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EXCURSION DANS LES PYRÉÎŒES

Bazas. — Mont-de-Marsan. — Bayonne. — Pau. — Eaux-Bonnes. — Bagnéres. — Barèges. — Auch. — Agen. — Montauban. — Toulouse. — Castelnaudary. — Carcassonne.

Voulez- VOUS me suivre de Bordeaux à Bayonne? Selon notre habitude, nous ne prendrons pas la voie ferrée, qui nous conduirait trop vite à notre but, et nous sortirons par le faubourg Saint-Julien.

Après avoir traversé une longue étendue de pays, parsemée de jolies maisons de campagne, nous arrivons à Bazas.

Je ne vous citerai pas Bazas , séjour de 4,500 habitants, comme une jolie ville, mais comme une ville antique , et pour avoir donné naissance à un poète latin , Ausone. F]n entrant dans sa cathédrale, qui doit dater du xni* siècle, et en portant la main au bénitier, regardez dans l'eau : par un singulier ellet d'optique, vous y verrez se réfléchir la voûte de la nef dans toute son étendue. Ce phénomène a lieu dans quokiues autres églises de France , et notamment à Saint- Ouen, de Bouen.

Nous voyageons sur un sol uni, sablonneux, tapissé de bruyères; nous entrons dans le déparlement des Landes. Çà et là quehiues massifs de pins se détachent sur cet horizon triste. Cette contrée a l'aiiparence d'un dé-

sert. A peine si nous rencontrons de temps à autre quelque construction misérable et d'un aspect bizarre; et encore ne sont-ce pas des habitations , ce sont des lieux de refuge pour le bétail, qui erre à d'énormes distances avant de trouver une chélive nourriture. Pour marcher dans ces sables, et surtout à cause des flaques d'une eau croupissante et de la hauteur des genêts, hommes et femmes ont dû recourir au singulier moyen de s'adapter aux jambes de longues échasses.

Quelques cultures nous annoncent les environs de Roquefort , qui compte environ 1,800 habitants. Elle fabrique de la chaux et de la poterie. On y voit les ruines d'un ancien château : son nom lui vient de rochers qui l'entourent.

Après le triste el monotone pays que nous venons de parcourir, les environs de Montde-Marsan nous paraîtront charmants. La ville, d'ailleurs, se présente bien, et nous n'éj>rouverons aucune désillusion en y entrant. Mont-de-Marsan est, en efl'el, bien bâtie, propre; l'eau circule dans ses rues.

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Sans èlre iri'aiidioses, ses édilices piihlirs sont très convenables. Knfin elle nous offre des promenades, donl Tune, la Pépinière, est fort jolie. Ileureiisenient située au conlluent de deux rivières, la Douze et la Midou, dont la réunion forme la Midouzc, Mont-de-.Mai'san comjile 8,;j00 habitants ; c'est bien peu pour un rlicl-licu de département. Son commerce est assez actif. Il expédie par la Midouze, dans des gabares appelées galupes, des grains, des vins, des eaux-de-vie, des bois, et reçoit en retour des houilles, des minerais, des métaux, des fourrages.

Mont-de-Marsan, fondée par Charlemagnc, détruite par les Saxons, relevée au xu* siècle, n'a pris que beaucoup plus tard une certaine importance. C'est dans la chapelle du couvent de Sainte-Glaire (couvent détruit pendant les guerres de religion) que François I" épousa, en lo27, la sœur de Charles-Quint.

Au xv° siècle , le château fort que possédait la ville de Tartas (3,000 âmes) a joué un rôle important dans nos guerres de religion.

L'antique Dax , située dans une plaine fertile, était, avant la domination romaine, la cité principale des Tarbelliens, le plus illustre des peuples de l'Aquitaine. Les Romains la désignaient sous le nom <ïAquœ Tarbcllicic, les Eaux Tarbelliennes, ce (jui vous indique qu'ils connaissaient la vertu de ses eaux thermales, souveraines contre les rhumatismes chroniques et les vieilles plaies. Dax aujourd'hui a près de 10,000 habitants.

La ville, assise sur la rive gauche de l'Adour, qu'on traverse sur un beau pont de cinfj arches achevé en 18u8, se trouve à plus d'un kilomètre de la station du chemin de fer établi sur la route opposée. Les murailles de Dax étaient de construction romaine, mais elles ont été récemment démolies. Le vieux château ( devenu une caserne), flanqué de grosses tours rondes et carrées, malgré les remaniements dont il n été' 1 objet, offre encore à l'archéologue des restes dignes d'attention. Au centre de la ville jaillit

une source d'eau chauile à soixante- ilix degrés, recueillie dans un vaste bassin, entouré d'un porticpie d'ordre toscan. Cette eau ne sert qu'aux usages domesticpies des habitants. Ils viennent y laver leur linge, leur vaisselle, leurs légumes, etc., sans compter les bouchers et les charcutiers, (pii s'y livrent à une besogne fort peu appétissante. Par un temps calme, les vapeurs du bassin couvrent toute la place d'un épais brouillard. C'est cette source thermale qui a donné son nom à la ville de Dax, par la réunion de la préposition de au mot Ax, traduction d'Aquœ.

Pour avoir une juste idée de la contrée des Landes, il nous aurait fallu prendre la route beaucoup plus courte (pii se maintient moins éloignée de la mer, et qu'on nomme la route des Grandes-Landes. Nous aurions voyagé entre des déserts couverts de genêts à notre crauche, et à notre droite des lacs très étendus derrière lesquels règne la longue ligne des dunes de Gascogne, qui retient l'eau de ces lacs et l'cmpèche de s'écouler dans la mer. Chaque année les sables mouvants des dunes, poussés par les vents furieux qui s'élèvent de la mer, font un pas de plus vers les lacs, et en refoulent les eaux plus avant. « Ces dunes, dit M. de Tillancourt, sont composées d'un sable d'une grande ténuité, <[ue le flux dépose sur la plage, que le vent d'ouest sèche, soulève et chasse vers les terres, que le moindre obstacle arrête et forme en tertres réguliers , croissants et mobiles dans le sens des vents dominants de l'ouest. Ces vents les drcouronnent peu à peu, leur rendent un sommet nouveau emprunté à la base ou à d'autres dépôts, et les déplacent en même temps que les Iclles ou vallons qui les séparent. Quand le vent souffle en tourmente, des nuages de sable sont emportés dans d'horribles tourbillons, comme de véritables nuages d'eau. Ils se déposent un peu plus loin, forment des monticules isolés que l'on nomme piguays, ou couvrent les récoltes, les forêts et même les habitations. Cette marche assez régulière, sans cesse croissante vers l'intérieur, était en moyenne de

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Landes de Gascogne.

vingt-cinq mètres par année, à la (în du siècle dernier. Déjà l'on pouvait prévoir l'époque où des pays importants seraient ensevelis ; la ville de la Teste même était sérieusement menacée.

« C'est alors que l'ingénieur Brémontier conçut le projet d'arrêter les progrès du fléau dévastateur, en fixant les dunes. 11 fallait pour cela les couvrir de plantations, ce qui semblait impossible, à cause de l'excessive mobilité du terrain.

« L'esprit observateur de Brémontier trouva un moyen fort simple, qui atteignit parfaitement le but. Il avait remarqué (jue l'obstacle le plus léger empêche le vent d'avoir prise sur le sable mouvant, qu'une simple branche d'arbre piquée dans ce sol préserve toute la partie qu'elle abrite ; et, dès lors, il lui suflit de couvrir de branches de pin les terrains où il prati(juait du semis, pour assurer leur reprise. 11 mêla aussi à la graine des arbres résineux celle de l'ajonc épineux , arbrisseau qui tapisse rapidement le terrain, et donne bient»M au jeune plant l'abri que les graines ont d'abord reçu des branches

sèches. » Ces moyens appliqués sur une vaste échelle , depuis le commencement de ce siècle, ont reçu une nouvelle impulsion sous le règne de Napoléon III, et sont presque terminés aujourd'hui. Les dunes, plantées ou non, couvrent, dans le département de la Gironde, un espace de cinquante-deux mille hectares.

Quant aux Landes proprement dites, c'est un immense territoire insalubre, inculte, voué d'âge en âge à l'incurie et au néant; il s'étend des coteaux de la Chalosse et de l'Armagnac juscju'à la mer, et se prolonge sur les deux départements de la Gironde et des Landes, embrassant une étendue de six cent trente-quatre mille iiectares. Il semble que la nature ait épuisé ses rigueurs sur ce singulier pays. Tout y est défeclucux , le sol, l'air, l'eau , le régime de la propriété et l'homme lui-même.

Les Landes forment un vaste plateau à pentes peu prononcées, élevé de cinquanle ù soixante mètres au-dessus de la mer ; le sol y est maigre et sablonneux, sans mélange (le calcaire et d'argile, d'une épaisseur

DlXIEMi: VOYAGE

moyenne de soixante à ciuatre- vingts centimètres, reposant sur une couche imperm«"able épaisse de trente centimètres à un mètre, (jue dans le pays on nomme alios. Pendant plus de six mois, en hiver, les eaux pluviales, alimentées par le voisinage de rOcéan, s'abattent en grande abondance sur toute rétendue du jilateau ; obstruées dans leur écoulement superliciel par Tinsuffisance des pentes, dans leur écoulement intérieur par rimperméabilité du sous-sol , elles inondent la suriace et y demeurent stagnantes jusqu'à ce qu'elles aient été éva[)orées par les chaleurs de l'été. Ces conditions nous expliiiuent clairement la stérilité du pays.

Son insalubrité procède en grande partie de la même cause. De ce sol fangeux et des décompositions de Talios s'exhalent nécessairement des miasmes putrides ; Tair partout s'en infecte, et alors naissent et se propagent les maladies endémiques, en été les fièvres intermittentes, en automne les inilammations abdominales, cruel impôt de tous les ans, auquel il est si rare qu'on échappe.

Aux eiïets de ces miasmes s'ajoute la mauvaise qualité de l'eau potable. Les Landes ne possèdent aucune source. La seule eau dont s'alimentent les hommes et les animaux provient d'une nappe située immédiatement audessous de la couche aliotique et formée des premières pluies de l'automne ; imprégnée de matières organiques, elle est impure, elle a une saveur acre, un aspect jaunâtre et repoussant. Elle ne peut être que funeste aux hommes et au bétail. Les marais du littoral ou leltes, refoulés par l'envahissement progressif des dunes, complètent rinsalubrité du pays.

La constitution de cette région nous montre ce qu'il faut en attendre et les moyens qu'il est nécessaire d'employer pour remédier à un si désastreux état de choses. Puistpie les landes se refusent à la culture des céréales et des prairies, il faut essayer de les fertiliser par la culture forestière et surtout par celle du pin maritime. Le jiin maritime n'est pas seulement apte à faire cesser la stérilité des landes, il peut les rendre prospères et les doter d'une industrie sans rivale par la pro-

duction de la résine; mais, pour en arriver là, il est indispensable d'en assainir le sol : percer partout la couche imperméable d'alios, qui empêche la filtration des eaux souterraines, recueillir l'excédent de ces eaux dans des fossés d'assainissement, les rejeter dans des canaux d'écoulement, et finalement les déverser dans la mer en leur ouvrant la barrière des dunes, voici les travaux qui s'imposent à celte région.

Ces travaux d'amélioration s'exécutent lentement, et le paysan n'en a point encore profité. Le paysan landais mène une vie presque sauvage. 11 habite une cabane isolée, mal construite, et encore plus mal meublée. Le chef de famille, l'aïeul, dirige le labourage et les travaux rustiques, il s'éloigne rarement de l'habitation ; il cultive le chanvre et soigne les abeilles. Les jeunes gens vont couper le bois dans les forêts, souvent jusqu'à quarante kilomètres, et en font du charbon, ou bien ils s'occupent à recueillir la résine , ou encore ils écorchent les chênes- lièges. D'autres vont, à une distance qui n'est pas moindre , garder les troupeaux. Chacun emporte pour son expédition quelques fromages, un paquet de sardines et un petit poêlon pour faire cuire son maïs et son lard. Il se construit avec quelques branches une cahute temporaire, et, dans ses moments de loisir, il a recours à son fusil, qui ne le (juilte jamais , et dont il se sert pour approvisionner de tribier les marchés de Dax, de Dazas ou de Bordeaux. Il a pour coiiïure le béret béarnais. C'est un curieux spectacle de les voir, hommes et femmes, et les plus jeunes enfants, courir avec leurs échasses d'environ un mètre et demi. Un cheval au trot a peine à les suivre. Ils ont en main un long bâton dont ils se servent pour franchir des fossés de cinq à six mètres. Quand ils veulent attacher leurs échasses, ils montent sur le haut d'une armoire ou sur le manteau d'une cheminée ; mais ce moyen n'est pas nécessaire à la plupart d'entre eux; ils savent fort bien se relever de terre avec les plus longues échasses. Quand il m'est arrivé de rencontrer (pichiu'une de leurs caravanes, comptée de plusieurs petits chars, dont chacun

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est attelé de deux maigres bœufs qui portent sur le dos un caparaçon de toile grossière, et qui marchent lentement à travers ces vastes déserts ; à Tétrangeté du costume des conducteurs, à leurs manières rudes, qu'on prendrait à tort pour un signe de méchanceté, je me suis toujours cru dans quelque contrée lointaine et tout à fait étrangère à notre civilisation.

Leur bétail est assez nombreux; leurs chevaux, qui sont en assez grande quantit('', méritent d'être cités, surtout pour leur sobriété et la faculté qu'ils ont de résister à toutes les intempéries de l'air. Leur taille est médiocre , leurs formes peu élégantes ; mais jusqu'à l'âge de plus de vingt ans un cheval landais conserve sa vigueur et demeure capable d'un rude service.

Nous arrivons à Bayonne par le faubourg de Saint-Esprit, qui à lui seul forme une ville avec une citadelle fortifiée par Vauban. Il appartient au département des Landes, et ne relève pas de l'administration de Bayonne.

Nous passons l'Adour sur un beau pont de pierre de sept arches, et nous entrons dans le Petit-Bayonne, qui a ses remparts flanqués de bastions, avec des fossés larges et profonds. Nous rencontrons une seconde rivière, la Nive, après laquelle nous entrons dans le Grand-Bayonne, qui, lui aussi, a ses fossés, bastions et remparts, et son château neuf flanqué de quatre tours. Je n'ai jamais vu tant de remparts. Il convient de dire que c'est à Saint-Esprit qu'est la véritable défense, et la citadelle qui domine tout Bayonne et ses 26,000 habitants, la campagne et la mer.

Bayonne est pauvre en monuments anciens. On ne peut citer que son vieux château, dont quelques savants voudraient faire remonter la construction au xii" siècle; sa cathédrale, commencée en 1213, restée inachevée, mais ((u'on restaure en ce moment; cnlin son cloître, (jui mérite surtout d'être visité.

Quant aux »Hlilices modernes, aucun, sauf l'église Saint-André, construite dans le slyl(> (lu xm" siècle, et qui ollVe la repi'oduction la plus fidèle de l'architeclui'c tigivale de la première périoile, ne mérite le nom do mo-

nument. Je n'accorderai certainement pas ce titre au vaste bâtiment carré, d'un aspect lourd et maussade, malgré la galerie à arcades qui règne tout alentour. On a eu la singulière idée d'accoler dans cette informe bâtisse l'hôtel de ville, la sous -préfecture, le théâtre et la douane. L'arsenal et l'hôpital militaire n'ont droit qu'à une simple mention.

Mais si Bayonne ne présente qu'un médiocre intérêt pour l'archéologue et le savant en quête d'antiquités, le touriste se laisse promplement séduire par la belle apparence de ses maisons, par la propreté de ses rues, où. se presse une population bigarrée; par ses places, dont la principale, la place d'Armes, est aussi spacieuse que bien plantée ; par ses allées marines , magnifiques promenades le long de l'Adour; par ses remparts ombragés, d'où la vue plonge et s'étend sur un paysage aux aspects les plus variés; par l'animation qui règne sur ses quais et dans son port, dans lequel chaque marée amène des barques et des navires. Bayonne est à la fois une ville industrielle et commerçante. Outre ses armements maritimes et ses expéditions lointaines, elle fait un cabotage très actif avec l'E^jpagne et avec tous les ports de notre littoral océanien. Les bâtiments qui sortent de ses chantiers, et qu'elle construit non seulement pour elle, mais pour Marseille, Nantes et le Havre, sont renommés pour la beauté de leurs formes, la rapidité de leur marche , l'élégance et la commodité des aménagements. Le seul reproche (ju'on leur adresse est de manquer un peu de soliilité. Ce défaut vient de ce que Bayonne tient trop à conserver sa réputation de construire à bien miMlleur mariMié que les ports du Nord.

Nous savez que le port de Bayonne no communique avec la mer que par l'Adour. L'embouchure de ce fleuve a él»' longlemi^s très difficile et très dangereuse, à cause des sables qui l'obstruent et forment une barre sur laquelle, même par une jolie brise, les Inmos déferlent avec violence. Tous les travaux successivement entrepris poui- améliorer cellt* enlrt'e n'avaient donui» (juc de

LtlXILME VUYAGI£

Biarritz.

faibles résultats. Un nouvel ofTort, tenté en 1859, paraît devoir arrêter l'ensablement. Aux anciennes jetées à claire-voie, maltraitées par la mer, on a substitué des jetées métalliques formées d'une ligne de tubes en fonte remplis de béton, dont les intervalles sont fermés par des vannes mobiles. Un bateau à vapeur est presque constamment en station sur ce point, pour aider aux navires à sortir ou à entrer dans l'Adour.

Il n'est plus permis aujourd'hui de venir à Hayonne sans faire une excursion à Biarritz, (liiil la plage est pour le sud de la France ce que la plage de Dieppe est pour le nord. Des omnibus nous y conduisent en moins d'une heure. Biarritz, ijui n'était, il y a trente ans, qu'un insignifiant village, est maintenant assez grand pour abriter deux à trois mille baigneurs, et Ton a calculé (jifil y venait tous les ans plus de dix mille étrangers. La première chose qui attirera nos regards en approchant de la mer est la villa Eugénie, ancienne résidence de la famille impériale. Cette construction, (jui manque totalement de cachet, rachète son insignifiance extérieure par l'heureuse distribution des ajjparlemenls et pai' lo bon goùl avec lequel ils

sont décorés. Malheureusement les alentours du château sont d'une aridité excessive. Aucune plante, aucun arbre n'a pu, jusqu'à ce jour, résister à l'action dévorante du vent de mer.

Du reste, l'absence de tout ombrage, le désagrément de ne pouvoir entreprendre la moindre promenade sans être exposé aux vents et aux rayons du soleil, que reflète un sable où s'enfonce le pied, rendent le séjour de Biarritz assez monotone pour ceux qui ne viennent pas y chercher tous les plaisirs que procure la réunion d'une société brillante et choisie.

Les baigneurs, selon leurs goûts et leurs forces, choisissent pour se baigner l'un des trois points suivants :

Le Port -Vieux. C'est une petite baie presque fermée, où les lames du large, brisées et réduites à leur plus simple expression, viennent doucement mourir. C'est la plage favorite des mères accompagnt'cs de leurs enfants, des personnes débiles ou craintives, de tous ceux (|ui prennent leur bain plutôt par raison (jue par plaisir.

La cote du Moulin ou des Fous. Celle partie du rivage, moins abritée que le Purt -Vieux,

DE BORDEAUX A RAYONNE ET A TOULOUSE

est la plus fréquentée. Le sable en est fin et uni ; une longue file de cabanes couvertes en tuiles rouges offre aux baigneurs un abri pour changer de vêtements. Tant que le vent d'ouest ne souffle que modérément, la plage des Fous ne présente aucun danger; mais, pour s'y baigner avec plaisir, il faut aimer les caresses, toujours un peu brutales, des

vagues.

Enfin la côte des Basques. Sur cette partie du rivage, exposée en plein aux flots qui viennent du large, se gonflent en rencontrant le fond , et s'écrou-

du costume. Comme agrément indispensable, une ceinture en soie rouge tournée sept ou huit fois autour du corps, et dans laquelle le Basque glisse sa pipe en terre, sa bourse et assez souvent son couteau ou ganibet, dont il fait parfois un sanglant usage, car le Basque est emporté et violent ; à ses pieds sont des chaussures de corde ou espardilles, auxquelles il attache des grelots lorsqu'il s'agit d'exécuter quelque danse nationale ; autour de son cou pend une cravate à peine nouée, et il porte sur l'oreille un larsre béret bleu. Dans . ce costume coquet

lent en torrents d'écume , les intrépides seuls osent s'abandonner à une mer toujours tourmentée. A moins d'être bien sûr de son sang- froid et de ses forces , il y aurait imprudence grave à choisir cet endroit, même en étant accompagné par un nageur de profession.

Vous connaissez, du reste, la mauvaise réputation du golfe de Gascogne, si fécond en sinistres maritimes : la configuration générale de la côte, formant une espèce d'entonnoir, dans lequel s'engouflVent des lames, où s'établissent des courants et des remous d'une violence extrême, explique la dureté de la mer sur cette partie du littoral. Aussi les baigneurs (juittent-ils rarement Biarritz sans avoir été témoins d'un des spectacles les plus grandioses que puisse donner l'Océan dans ses jours de fureur.

Nous pouvons prendre ici une idée du costume basque, abandonné par la classe moyenne, et qui dans la classe inférieure même a subi de graves niodilicalions , au grand regret des peintres qui visitent celle contrée. Une veste blouc en drap ou en velours, un pantalon de. la même t'ion'e, une chemise toujours très blanche, voilà le fond

Types basques

les jeunes gens du Labourd , de la Soûle et même de la basse Navarre, accourent, du 1j au 20 aoiit, aux bains de Biarritz.

Il faut ajouter au costume un lone:

bâton de néflier rouge , bien ferré , et qui est une armeterribledans les mains adroites d'un Basque.

Le noir dominait jadis presque exclusivement dans la toilette des Basquaises. Aujourdhui jupes, corsages et fichus ont des couleurs très variées. Le tablier, cependant, et le manlelet, spécialement réservés pour se rendre à l'église, doivent encore rester noirs.

Voltaire a dit des Basques : « C'est un petit peuple qui saute et danse au liant des Pyrénées. » Chaque soir, durant la belle saison, vous rencontrez dans la campagne des groupes nombreux ([ui, jusipTau milieu île la nuit, battent le sol d'un pied infatigable; et leui's danses n'ont point, comme nos ciuadrilles, des temps d'arrêt. Ici point de lialte : le même pas uniforme et incessant, entremêlé seulement de ipielques gambades incn>yables (|ui rappellent beaucoup la danse de don OuichoUe devant Sancho. La plus célèbre de ces danses es! le ^(Htt hasqitc, ou le nhnichico. qu'd ne faut pas confondre av«\' la pamperrwjur.

i>i\ I i:m k vov \r,K

ilanso parliculièiv ili la ville do Hayttuiit'. .lo vmis ai parlé des gielols (jue les danseurs allaehenl à leurs cliaussuies; ils cliarireid aussi leur tète de coui'onnes de tleurs et de l'ubaus autant qu'elle en peut porter. Vous connaissez le tambour tle hasipie, plus oriental que basque; ils ont de }>lus la llùle, un fifre aigu, et un instrument grossier ayant la forme de la lyre ancienne, garni d'un chevalet et de trois cordes, sur lesquelles frapjic l'exécutant. C'est là le véritable instrument national. Après la danse, la passion du Basque est le jeu de paume. Armé d'un gantelet de cuir, il pousse une balle élastique, dure autant que la pierre, et qui pèse jusqu'à cinq cents grammes. On vous racontera , dans la basse Navarre, le trait de quinze soldats basques, qui, partant d^îs bords du lUiin sans permission, viennent jouer à la paume dans leur commune le jour de la fête patronale, rejoignent ensuite le régiment quelques jours avant la bataille d'Austerlilz, et se comportent si bien dans cette journée qu'amnistie leur fut accordée du crime de désertion.

Les Basques en sont restés sur quelques points aux mœurs primitives : le respect pour les droits et les devoirs de l'hospitalité, l'autorité absolue du chef de la famille, l'état de soumission de la femme. Le droit d'aînesse, comme en Provence et en Languedoc, continue à être ici en vigueur, autant, du moins, que cela peut s'accommoder avec le Code. L'aîné hérite j)resque toujours de toute la portion disponible.

A écouter le premier paysan basque venu, les Basques sont le peuple le plus ancien de la terre, et leur langue, Veskuara, est celle qui se parlait du temps de Noé, et peut-être même de la création. Un écrivain du pays a entrepris de le prouver. Les linguistes admettent que la langue eskuarienne est à part et n'a aucun similaire dans l'ancien monde. Le caractère fondamental de cette langue est l'emploi d'un procédé d'incorporation (jui consiste à mutiler les mots et à les contracter en un seul tout. Les savants basques ont écrit d'innondjrables disseitations sur l'histoire des Ibères et des Canlabies, dont les liasques

arlucls paraissent, en effet, issus en ligne fort directe.

Nous visiterons aussi, aux environs de Hayonne, le château de Marrac , constiuit par l'épouse du roi d'Espagne Charles II. C'est là qu'en 1808 un autre roi d'Espagne, Charles IV, renonça à la couronne en faveur ilu fièi'e de Nai)oléon, au détriment de son propre (ils, Fei'dinand VII.

Saint-Jean-de-Luz est un triste exemple des vicissitudes humaines. Cette ville, qui comptait sous Louis XIV plus de 12,UUU habitants, qui armait jusqu'à cent navires ;ui long cours, renferme à peine 3,000 ûmes, el toute sa marine se compose de quelques bateaux de pêche. Elle cherche en ce moment à attirer chez elle les baigneurs qui redoutent le bruit et le mouvement, et ne veulent pas vivre aux eaux comme on vit l'hiver à Paris. Déjà un certain nombre d'étrangers ont commencé à répondre à son appel, et il est permis d'espérer que ceux-ci en amèneront d'autres.

Mais, me demanderez-vous, comment cette ville, encore florissante sous Louis XIV, estelle tombée si bas? C'est la mer qui l'a mise si bas; la mer, qui a rongé d'abord ses défenses naturelles, puis rompu ses jetées, puis balayé la digue qui la protégeait, puis renversé des fdes entières de maisons, et mis enfin le port dans l'état où il est. En parcourant les rues muettes de Saint- Jean-de-Luz, où l'herbe pousse entre les pavés ; en voyant ces grandes et belles maisons, ces vastes magasins, portant le deuil d'une splendeur passée, ces quais déserts, ce port vide où se balancent deux chaloupes, on se sent peu à peu saisi d'une invincible tristesse.

Le petit golfe d'Andaye, où la Bidassoa vient décharger ses eaux, nous est commun avec l'Espagne. En 1793, les Espagnols ruinèrent la petite ville d'Andaye, et, sur ses ruines, il n'est jias demeuré plus de 400 habitants. Andaye est renommé pour les eauxde-vie qui portent son nom.

Il est une autre roule plus fré(iuentée qui s'écarte de la mer, passe au village de Saint- Pé, et, i-emontant la vallé»; où coule la

DE BORDEAUX A P-AYONNE ET A TOULOUSE

Nivelle, arrive au premier village espagnol, Urdache : c'est la route de Pampelune.

La route qui conduit de Bayonne à Pau, l'ancienne capitale du Béarn, traverse un beau pays couvert de vignobles, et passe par Orthez, ville de 7,000 âmes. Elle nous montrera les ruines du château de Moncade, bâti dans les premières années du xin' siècle ; on le nomme le château de la reine Jeanne, parce qu'il fut une résidence favorite de Jeanne d'Albret, mère de Henri IV. Orthez, ville agréable, bien bâtie, en amphithéâtre sur une colline, au pied de laquelle coule le gave de Pau, profondément encaissé, a longtemps manqué de fontaines, et ses habitants y payaient toujours fort cher, et quelquefois à des prix exorbitants, l'eau nécessaire à leurs besoins. Cet état de choses s'est beaucoup amélioré.

Plus ancien que le château d'Orthez, le pont de pierre jeté sur le gave, au-dessous d'elle, subsiste encore avec ses quatre arches inégales, dont trois sont de hautes ogives. Au milieu de ce pont, dont la pente est 1res raide, il y a une tour sous l'arceau de laquelle il faut passer.

La jolie ville de Pau, qui conqîte 2o,000 habitants, s'est formée peu à peu auprrs du château, construit par un des premiers princes du Béarn, vers le milieu du xi® siècle. Infjuiété par les fréquentes excursions des Maures, il cherchait un endroit convenable pour y établir une bonne forteresse. Les habitants de la vallée d'Ossau lui cédèrent un terrain, sous la condition qu'eux et leurs descendants auraient droit, pendant la tenue de la cour souveraine, à la première place au haut de la salle du château (pii serait constiuit. On planta trois pieux pouiindiquer le terrain, et U' château fut bâti sur la place ([u'indiciuait le pieu du niilitMi. Du mot paou, (|ui en béarnais signifie pieu, on fait d('*rivor \c, nom du château, et, par suite, de la ville, qui ne larda pas à se former. Vers l'i7'i, (iaslon l\ la lit entourer de murs et de fossés, et y bâtit une église.

La ville de Pau, où ui\c brillante sociélt^ on majeure j»arlie composée de grandes familles anglaises, vient prendre ses quailier^

d'hiver, a de tout temps été renommée par l'égalité et la mansuétude de son climat; sous ce rapport, Pau est bien mieux partagé que Nice, Hyères, Montpellier. Ces brusques variations thermométriques, ces vents froids et pénétrants, ces temps brumeux et humides, si redoutés des personnes valétudinaires, si désagréables pour l'homme bien portant, y sont presque inconnus.

La ville, d'ailleurs, s'est mise en frais pour recevoir les hôtes distingués et difficiles qui viennent tous les ans s'abriter dans son sein. A côté de ses vieux quartiers s'est élevée une nouvelle ville , ouverte , bien percée , et dont les maisons, sans aucune prétention monumentale , répondent parfaitement , par leur apparence extérieure, par leur distribution et par le confort de leur mobilier, à leur destination principale, celle de loger la population flottante qui arrive à Pau quand fuient les hirondelles. Il est vrai que. si l'étranger, quelles que soient ses habitudes et sa fortune, trouve à Pau toutes les ressources nécessaires pour ne changer en rien son train de vie, il dépense autant que s'il était resté à Londres ou à Paris.

On ne sait au juste à quelle époque ni par quel prince fut bâti le château de Pau. Le fameux comte de Foix Gaston Phœbus (Gaston X) se fit bien, d'après la chronique de Froissard, édifier un moult bel chastel à Pau : mais s'agit-il d'une construction neuve de toutes pièces, ou simplement d'adjonctions, de réparations, d'embellissements? Ce ([u'il y a de positif, c'est que, depuis celte époque, le château de Pau a subi des remaniements qui ont de plus en plus altéré ses formes primitives. La dernière restauration, (jui a été très vivement critiquée, date du règne de Louis- Philippe. (>n lui reproche d'avoir fait perdre au chât«'au presque tout ro (jui lui restait do son cachot original.

\()us connaissez ln>p bien toutes les circonstances qui accompagnèrent la naissance do Henri \\\ j^our que je vous les rappelle ici. Ce prince vit le jour dans uno des chambres de ce château, (jue l'on vous montrera avec récaillc do tortue où lo royal enfant, s'il y a jamais dormi, devait otrc fort mal à

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l'aise. Vous savez également (lue ce château a servi de prison à Ahd-el-Kader.

Le parc dépendant du château e.4 célèbre dans toute l'Europe. Planté d'aibres remarquables par leur développement et par leur puissante végétation, parmi lesquels se dressent des hêtres gigantesques, ce parc occupe le sommet et les (imix pentes d'une eolline étroite, mais longue d(^ plus d'un kilomètre. Des allées, les unes larges et régulières, d'autres tortueuses, de simples sentiers, circulent en tout sens sous un diime de verdure impénétrable au vent el au soleil. Cette promenade, à deux pas de la ville, dont aucun jardin public ne peut donner l'idée, délicieuse en elle-même, prend un invincible attrait par la double perspective qu'elle olTre à l'teil ébloui. D'un côté . il découvre toute la chaîne des Pyrénées, qui, par une illusion d'optique, semblent beaucoup plus rapprochées qu'elles ne le sont réellement. De l'autre côté, le regard s'étend à perte de vue sur des campagnes cultivées, se déroulant jusqu'au fond de l'horizon. Ce riant paysage , d'un caractère moins grandiose, forme un saisissant contraste avec le spectacle des montagnes, qui vous écrasent sous leur immensité.

Pau est la patrie de Bernadotle, depuis roi de Suède sous le nom de Charles- Jean.

Suivez -moi à seize kilomètres de Pau, dans une vallée profonde, couverte de prairies et de vergers. Voyez-vous auprès de ce village qui a nom Coarraze, et à côté d'un château moderne, cette tour et ces débris de murailles? Sur ces débris, on lit une inscription espagnole qui dit : Ce 71a doit (ire ne peut manquer d'arriver. Là fui élevé le jeune Henri, partageant les jeux, le pain bis el la soupe à l'ail des petits campagnards, et q\ielquefois aussi, peut-être, méditant, sur la rive du gave impétueux, le proverbe béarnais : Qui veut aller loin doit aller vite, el ne point s'arrêter aux obstacles. Sa gouvernante, Susanne de Bourbon, baronne de Miossens, lui mettait en main, aux heures du travail, les Éléments d'Euclide et Plularqur.

Le coteau do Jurançon, qui n'o=;t qu'à deux

kilomètres, fournit les vins les plus estimés de cette contrée. Les gourmets l'ont déclaré depuis plusieurs siècles un vin du premier ordre, d'une très belle couleur, avec une sève fort riche et un bouquet extrêmement agréable. C'est ce vin dont Henri d'Albret fit avaler quehpics gouttes à son petit- fds nouveau- né avant toute autre boisson.

Dans tout ce pays de par delà la Garonne, on estime très fort les cuisses d'oie salées et conservées dans la graisse. Par toute la campagne errent d'innombrables bandes de ces animaux. De nombreux troupeaux de porcs donnent les jambons si connus dans le commerce sous le nom de jambons de Bayonnc. La chasse aux ortolans et aux palombes est assez abondante pour former un article d'exportation.

On entretient dans les environs de Pau un superbe haras, oîi se conserve avec soin la race des chevaux navarrins, estimés pour la cavalerie légère.

Coarraze, Pontacq, Oloron, ville de 9,000 âmes, dans une situation charmante, au confluent des gaves d'Ossau et d'Aspe, et Nay, sont les centres d'une fabrication de lainage, de bonneterie pour le Levant, et d'étoffes grossières connues sous le nom de capes de Béarn. Le surplus de ces articles s'exporte en Espagne. Les couvertures de laine sont excellentes. Les toiles et mouchoirs du Béarn, fabriqués avec le lin récollé dans le pays, el particulièrement avec le petit linet des environs de Pau et de Lescar, sont préférés, sous certains rapports, à ceux même de Flandre et de Bretagne. On attribue leur beauté à la (jualité du lin, et surtout (ce qui n'est pas prouvé) à la manière de le rouir. Les toiles blanches et ouvrées sont les plus recherchées. L'art du tisserand est ici très perfectionné, mais on ne travaille point en fal)rique. Le cultivateur du lin fournit son fd au tisserand, puis il vend sa toile aux jours de foire.

Vous comprenez, mes cliers enl';mt>, que ce n'est pas en voyageant simplement sur la carte qu'il me sera possible de vous faire connaître les beaux sites des Pyrénées. En attendant «pic l'occasion vienne de les aller

DE BORDEAUX A BAYONNE ET A TOULOUSE

observer de vos propres yeux, je me contenterai de vous indiquer rapidement quelquesunes des localités les plus visitées.

C'est de Saint-Jean-Pied-de-Port qu'on passe la frontière pour visiter Pioncevaux ou Roncevaille, où périt le paladin Roland, en 778. Dans une abbaye de moines de l'ordre des Grands- Augustins (Dieu sait ce qu'il sera advenu de l'abbaye depuis les derniers troubles d'Espagne) on conservait encore, il y a peu d'années, quelques armes du preux. Une, entre autres, est fort singulière : ce sont deux boules de fer attachées par deux chaînons de fer à un manche de soixante-cinq centimètres de long, ferré à ses deux bouts. La bataille où succomba l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne se donna dans la plaine à un kilomètre au midi de l'abbaye, près du village de Barguette. Au lieu dit le château Pignon existe une ruine qui garde le nom d'hôpital de Roland. C'est dans cette habitation que le guerrier, blessé mortellement, parvint, dit-on, à se réfugier pour y rendre le dernier soupir.

Les Eaux- Bonnes. Le village où se trouvent les sources de ce nom occupe une étroite vallée, ou plutôt une gorge, au fond de laquelle se dresse le pic du Ger, et que traverse le torrent du Valentin. Resserré entre des pentes abruptes, il ne se compose que d'une seule rue, et d'une ruelle tortueuse où se retirent les guides et les gens (jui ont cédé leur logis aux arrivants.

La rue principale, au bout de laiiuelle finit la roule, montre avec orgueil ses maisons hautes, grandes, luxueuses, qui ont fait dii'e du village (juc c'était un morceau de ville égaré dans un ravin. 11 est certain (pie la symétrie, l'air prétentieux de ces grosses constructions, i)résenle un contraste clioquant avec le sile à la lois grandiose; et sauvage où elles sont complètement dépaysées.

L'eflicacité bien roconmie, bien constatée, des Eaux- Bonnes contre toutes les affections de i^oitrini' y attire chacjue aiuu'c de trois à quatre mille étrangers, qui vieiuient s'entasser dans les hôtels et les maisons garnies du village, malgré la perspective peu enga-

geante d'un séjour plus ou moins prolongé dans un trou sombre et pluvieux, et de se mettre à la merci d'une population d'hôteliers et de marchands dont la réputation de rapacité est aussi solidement établie que celle des eaux.

Les Eaux-Chaudes. Notons d'abord qu'il est assez singulier qu'on ait donné ce nom à des eaux minérales qui sont loin d'être remarquables par l'élévation de leur température. On compte six sources dans cette station tliermale, dont la chaleur varie de trente- six à onze degrés. Elles sont très employées contre les paralysies, les névralgies, la goutte, les rhumatismes, etc.

La situation du village a plus d'un rapport avec celle des Eaux-Bonnes, dont il est peu éloigné (huit kilomètres environ). Anciennement il fallait, pour s'y rendre, suivre un chemin qui était loin d'être facile. Aujourd'hui une route ouverte à la mine, dans le roc vif, quoique courant comme une corniche le long d'une muraille de rochers à pic, non seulement n'offre aucun danger, mais ne présente que des pentes fort douces. Cette route, suspendue au-dessus d'un abîme au fond duquel bouillonne le gave de Gabas, est continuellement suivie par des omnibus qui vont des Eaux- Bonnes aux Eaux- Chaudes.

L'établissement thermal des Eaux-Chaudes, bâti de 18 '18 à I80O, est un des plus beaux et des plus complets de toutes les Pyrénées. Il se compose du bâtiment principal entièrement construit en marbre, et renfermant des chambres, des salons de conversation; de galeries couvertes, et de trois autres corps de logis semi- circulaires, où se trouvent les réservoirs, les cabinets de bains, la piscine, les douches, les buvettes. Quelques améliorations de détail en feraient un i-lablissemenl niodèli».

Dans le voisinage des Eaux-Chaude^ s'ouvre une grotte que les touristes ne manquent pas de visiter; c'est une des plus roniarcpiables de toute la contrée pyrénéenne.

Caulerets. Vous pouvez vous faire une idée de la variété et de l'abondance des eaux «le Cauterels par ces deux données : on y

niXlEMK VOVAilH

compte viiii:^!- trois sources utilisées, cl ItMir iK'hil suflit à donner trois mille l»;uus par jiiur. Kn l8l)G ou a découvert de nouvelles sources, (jui doubltM'ont la (piaulilé d'eau disponible quand elles seront aménagées. 11 vient par an, à Caulerets, de treize à quatorze mille étiangers.

Le bourg est très propre et très bien l)àli : les rues sont garnies de trottoirs; mais elles sont trop peu larges, proporlionnelloment à la hauteur des maisons. Ce défaut les rend sond)res et leur donne un aspect triste, malgré Télé-

cette princesse, un voyage à Cautt^rets olTrait aloi's des périls de i)lus d'une sorte.

i*our les eaux de Barèges, leur réi)utation est plus njoderne. C'est M'"" de Maintenon iliii commença leur vogue, en y amenant le jeune duc du Maine.

IJarèges n'est qu'un pauvre village situe à d(tuze cents mètres au-dessus de la mer. Exposé aux avalanches, (pii tous les ans lui causent (piehpie désastre, il n'ose transformer en maisons les baraques de bois (pi'il est obligé de démonter chaque hiver pour ^__ . laisser libre

séance des coustruclions qui les bordent.

Les balcons, dont les étages de la plupart des maisons sont oinés , contribuent encore à faire paraître la chaussée plus encaissée , et ne permettent que rarement aux rayons du soleil de descendre jusqu'à elle. La population fixe de Cauterets ne dépasse pas 1,GU0 âmes. Généralement les étrangers sont bien mieux traités à Cauterets qu'aux Eaux- Bonnes. Ici le prix des guides, des chevaux, selon l'étendue des courses, est tarifé, ce qui coupe court à toute discussion et permet au touriste de faire son compte d'avance.

Les bains de Cauterets ne sont point dans le village, mais disséminés dans la montagne à différentes hauteurs; l'éloignemenl des sources et la difficulté des chemins obligent les baigneurs à se servir de chaises à porteurs. Ln service public est organisé pour cet objet.

Les eaux de (Cauterets étaient déjà fréquentées du temps de la reine Marguerite, sœuide François I"; mais, d'après les récits de

Luz

* -"^ Tespace où se jH^écipitent les neiges quand elles se détachent des monts A s blancs. Or c'est au milieu (lu village, sur la place , ([u'elles se frayent leur chemin. Il en résulte que c'est justement dans la partie du village où les maisons seraient le mieux placées qu'il n'est pas possible d'en édifier. Il n'existe donc à Barèges qu'une seule rue digne de ce nom. Elle est assez large; mais les maisons, bâties en marbre gris et dissimulant mal les cicatrices des blessures du temps et des hivers, ont un aspect triste et morne. Barèges n'est habitable que j^eudant peu de mois de l'ann(''c; il y neige parfois en juillet. Dès les premiers jours d'octobre, tous les habitants aisés émigrent, emportant ce qu'ils ont de plus transportable et de plus jirécieux. Cinq ou six familles restent à la garde du village, et souvent ces malheureux sont, pendant des semaines entièi-cs, lt|n((ncs chez eux |)ar l.i n(Mge.

La petite ville de Lu/ a une éL;li.-?c b;ilie par les templiers. C'est un vrai château fort.

DE BORDEAUX A BAYOxNNE ET A TOULOUSE

Un rempart crénelé protège l'église et son cimetière, et, pour entrer, il faut passer sous l'étroit arceau d'une haute et formidal)le tour carrée.

En remontant la vallée de Gavarnie, on arrive à une des parties les plus curieuses de la chaîne des Pyrénées. On voit le gave à sa naissance sortir du lac du mont Perdu, au pied d'un glacier, rouler dans l'enceinte de Gavarnie de plus de cent mètres de haut, et se partager ensuite en sept belles cascades. Plus loin, réunissant ses eaux, il disparaît sous un pont de neige, pour reparaître bientôt plus terrible, et revêtir, à mc- -sure qu'il s'avance dans la vallée, une belle teinte d'azur. En franchissant le glacier, on arrive aucirque.

Figurez -vous un rempart de rochers de cent à deux cents mètres

de hauteur, qui affectent les formes de tours et de murailles crénelées. Ce rempart présente un croissant dont la convexité est tournée vers la France. Les montagnards, qui ne manquent pas d'imagination, se sont plu à voir arriver du côté de l'Espagne Holand monté sur son cheval de bataille, et voulant s'ouvrir un [)assage pour regagner la France. Il lire sa Durundal, ol d'un seul coup il ouvre dans le roc la brèche de cent mètres (ju'on y voit aujourd'hui, et (jui garde le nom de Brèche de Holmid.

Depuis (pie Jeanne d'Albret a mis à la mode les eaux d(^ Bagnères de Higorre , Ifur renommée a toujours été croissant. Ce n'est plus aujourd'hui un chétif hameau, c'est une ville (jui compte près de l(t,0()n iiabitants. (^n ne peut rien imaginer de plus propre, do plus joli, de

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Uavarnie.

plus coquet que cette petite cité. Tout y respire l'aisance et la sraieté. Des maisons blanches avec des balcons et des encadrements en marbre, des rues larges, aérées, plantées la plupart de beaux arbres au pied desquels coulent en murmurant des ruisseaux limpides; une population avenante; des appartements commodes et très convenablement meublés, à des prix qui n'ont rien d'exagéré, font de Bagnères un séjour délicieux. La culture est venue ajouter au charme des coteaux qui l'entourent. Chaque année voit

arriver de 12 à lo, 000 étrangers de toutes les nations ; la saison des eaux est une fête perpétuelle. On exploite auprès de cette ville de riches carrières de marbre dans la vallée de Campan.

Dans cette même vallée se trouve le petit village de Baudéan, où est né le célèbre chirurgien Larrey.

Le climat de Bagnères de Luchon, jolie ville de 4,000 habitants, est très doux; mais les pluies y sont assez fréquentes. Luchon possède ciiKiuanle- trois sources différentes, dont chacune a des propriétés spéciales.

La ville de Tarbes, (ju'une voie ferrée met en communication directe avec Bordeaux, est située dans une magiiiruiue plaine qui s'étend entre l'Adour et l'Échez. Celte plaine, grâce à de nombreuses dérivations de l'Adour et de ses aflluenls, (jui perniellent d'arroser les rhanq^s à volonté, jouit d'une fertilil»' exceptionnelle. Les prairies de luzerne y donnent justpi'à six et sept coupes par an.

La ville en elle-même, propre et assez bien bâtie, est triste en hiver; mais au retour des

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