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DIX II' MI' VÛVAOE

Lourdes.

beaux jours elle prend une animation extraordinaire. Le chemin de fer y amène de tous cotés des flots de voyageurs se rendant dans les Pyrénées, ou de pieux pèlerins se dirigeant vers Lourdes. Tarbes possède de belles promenades, un jardin public, digne d'une ville du premier ordre, et le dépôt d'étalons le plus important de la France.

Lourdes, petite ville de 4,500 habitants, est un lieu de pèlerinage très fréquenté depuis 18o0; on y a élevé, aux grottes de Massabiellc, une chapelle monumentale du style ogival primitif, en marbre des Pyrénées.

Passons maintenant d'un saut dans le déparlement de TAriège, et nous y trouverons entre autres deux stations thermales qui l>rennent chaque année plus d'importance.

Ax est une petite ville de 1,700 habitants, située dans un vallon qu'entourent de tous cùtés des montagnes à l'aspect le plus sauvage. La ville est assez laide, elle attend, pour se remettre à neuf, que les étrangers viennent y semer l'or, avec lequel ses heureuses rivales, moins bien partagées sous le rapport dos eaux minérales, mais plus connues et plus en vogue, se sont si rapidement transformées.

Ax, Aiju;!'. pu».s«de, eu cfTet, quatre-vingts sources, dont rpielques-unes d'une abondance

extraordinaire et d'une température fort élevée (soixante-dix-huit degrés). On peut dire qu'il existe à Ax de véritables torrents d'eau minérale, qu'on lâche en hiver dans les rues, pour fondre et balayer la neige. En deux heures, quelle que soit l'épaisseur du blanc linceul qui recouvre le sol, fût- il épais d'un mètre, il n'en reste pas la moindre trace.

Sa position au centre des Pyrénées, la vertu de ses eaux, appréciées du temps des Pvomains, les excursions pleines d'intérêt et d'imprévu pour lesquelles Ax peut servir de point de départ, finiront par attirer dans cette ville oubliée les malades et les touristes, maintenant que de bonnes voies de communication permettent d'y arriver, et (pi'un embranchement du chemin de fer du Midi relie Foix à Toulouse.

Une nouvelle route, destinée à déboucher en Espagne, est en construction. Cette route qui, partant d'Ax, ne dépasse pas encore le village de Merens, passe pour un des plus beaux et des plus hardis travaux de ce genre (pii aient été exécutés. Il fallait voir le pays avant son ouverture, pour se représenter les tliflicullés qu'il y a eu fi vaincre pour creuser cette Mère trouée dans des massifs de granit. Les murailles de rochers qui la bordent oiïnMit partout les traces de la pioche et de

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la mine. Trois fois, dans l'espace de quelques kilomètres, la chaussée traverse TAriège, dont elle suit les bords. En parcourant cette voie unie et légèrement montante comme l'allée d'un parc, tantôt s'enfonçant dans une gorge dont l'œil cherche vainement l'issue, tantôt menacée par la paroi inclinée d'une montagne abrupte qui penche sur votre tête, ou par des masses dont l'entassement et la saillie semblent une négation de toutes les lois de l'équilibre, on éprouve une sensation aussi profonde qu'inexprimable, mélange confus d'étonnement, d'enthousiasme et de religieuse terreur.

Dans le voisinage des bains d'Ussat, nous pourrions aller visiter une caverne souterraine qu'on a explorée à une profondeur de ({uatre kilomètres. Outre des stalactites et des concrétions calcaires des formes les plus bizarres, nous y verrions des débris d'ossements humains et de bêtes féroces en grande quantité. Ussat n'est qu'un petit village de 300 habitants; l'établissement de bains est le seul bâtiment de quelque importance qu'on y remarque, et encore n'a-t-il qu'un rez-dechaussée. Il est entouré d'un grand jardin bien ombragé, seule promenade à la portée des baigneurs.

D'Ax nous ferons une excursion jusqu'à Vic-Dessos, chef- lieu de canton d'un millier d'âmes, dont presque toute la population mâle est employée soit à la mine de fer de Rancié, soit au transport du minerai.

La mine de Rancié, une des plus importantes de la France , connue depuis six siècles, est une propriété communale, exploitée sous la direction d'un ingénieur de l'Étal. L'abondance du gisement, la richesse du minerai sont très grandes. Hancié fournit annuellement cent cinquante mille (juintaux métri(iues de minerai, (jui alimentent, dans un rayon de plus de cent kilomètres, une soixantaine de forges dites à la catalane. Ces forges di lièrent essentiellemont des hauts fourneaux dont je vous ai donné la description. Ici point de haut fourneau ni d'appareil gigantes(|ue; j)oint de mécanisme compliipn''. Une forge catalane consiste en une simple baraque ('tablic près d'un cours d'eau, formée

de quatre murs et d'une toiture ayant de cent à trois cents mètres carrés de superficie, et renfermant : 1" un foyer, sorte de creuset carré d'environ deux tiers de mètre, et pratiqué dans une grossière maçonnerie; la profondeur ne va pas à un mètre; 2" une trompe, placée derrière le foyer, et qui lui fournit le vent; 3" un gros marteau pesant de six à sept cents kilogrammes, mis enjeu par une roue à palettes d'environ trois mètres de diamètre. Une de ces forges, avec sa charbonnière et quelques petites constructions, représente un capital de vingt-cinq à trente mille francs.

Vous allez me demander ce que c'est qu'une trompe à vent. Elle se compose de deux arbres verticaux creusés de part en part, qui plongent inférieurement dans une grande caisse, et aboutissent par le haut à un réservoir où afflue un courant d'eau. Ce courant d'eau tombe dans un entonnoir dont la queue descend dans le tuyau , et y foime une espèce d'étranglement autour duquel l'arbre est percé de plusieurs trous. La colonne d'eau qui traverse l'étranglement entraîne l'air fourni par les trous aspirateurs, et vient tomber dans la caisse inférieure sur un madrier, où cette eau se brise en laissant dégager l'air qui adhérait à ses filets. L'air, accumulé ainsi dans la caisse, suit un tuyau vertical en bois, puis un tuyau flexible en peau de mouton, armé d'une buse en fer qui le projette dans le foyer. La caisse de bois constitue, comme vous le voyez, un soufflet excessivement économicjue, puisqu'il fonctionne constamment, et presque sans autres frais que son établissement.

Maintenant que vous savez ce (juo c'est qu'une trompe à vent, suivons l'opération. On prend généralement un jvu moins do cimi cents kilogrammes de minerai, dont une jiartie a d'abord été écrasée sous le gms marteau. On le dispose convenabloment dans le creuset, on le recouvre de charbon, ot l'on donne le vent. Tantôt on on augmente, tantôt on <Mi diminue la force, et l'on ajoute sucoessivemont du nouveau charbon ot du minorai pulvt'risé, pendant que le fondeur dirige et surveille l'oporalion. Il fait écouler los scories ou If laitii)-. ot de ttMujis à autre, à mesure

hlXlKMK VOYAGE

.(lie le minorai s'airirUiline, il U' pousse avec son i'ini,Mrd, long morceau «le iVr. \cms le centre du creuset. Onaml le métal ne forme plus iprune masse unitpie ou /nasscl , on le retire du fover, on le traîne sous le marteau pour le couper en deux viassoqucs, dont l'une est forgée inmiédiatement, l'autre maintenue chaude au moyen de scories et de charbon. Chacune des massoques est également coupée en deux et fournit deux massoqucttes, qui sont à l'instant étirées sous le marteau. La confection d'un masset dure si.x heures; elle a demandé environ quatre cent trente kilogrammes de cliarbon de chêne et de hêtre (ce sont les bois préférés), il faut ajouter trois à quatre heures pour étirer le masset. On obtient ordinairement en fer forgé environ le tiers du poids du minerai. Comme le charbon a été déposé à l'avance dans des cases dont chacune contient ce qu'il faut pour confectionner un masset, et (jue le minerai est pesé avant de passer au creuset, le maître de forges sait chaque dix heures combien il vient de gagner ou de perdre dans son travail. Dans aucune industrie il n'existe de comptabilité aussi facile.

Une circonstance vous aura frappés sans doute, c'est que, dans cette forge à la catalane, nous venons de voir la première fonte, au sortir du creuset, étirée à l'instant même en barres et devenant du fer forgé , tandis que dans les autres fabrications il faut que cette première fonte, sortie du haut fourneau, subisse un affinage et soit portée dans le fourneau à réverbère. C'est une faveur dont la nature seule a fait les frais. Elle a donné aux habitants des Pyrénées le minerai le plus riche et le plus fusible qu'on ait encore découvert. L'Angleterre. l'Allemagne, et même les Etats du Nord, où le fer est si abondant, ne peuvent travailler la première fonte obtenue. Vous comprenez (jue les Pyrénéens, qui ont ainsi l'avantage de faire bien du premier coup ne se sont pas beaucoup empressés de chercher le mieux; aussi continuent-ils de s'en tenir à leur forge à la catalane. Nous avons déjà vu «pie l'acier s'obtient par une combinaison du charbon avec les molécules du nu-tal. 11 ne vous ])a-

laîtra pas étonnant (|ue les forges à la catalane, sans avoir pour Iml de fabritpier de l'acier, domient un fer (pii ait à un certain pi)int des qualités identicpies. Leurs fers se distinguent, selon la coml)inaison j)roduilepar le hasard, en fer doux, fer fort et fer cédât. Le premier est toujours un jieu aciéreux, mais très nerveux; le second est un mélange de fer et d'acier en proportions variables; le fer cédât est un très bon acier nain ici.

Je crois que nous pouvons maintenant regagner Bordeaux en passant [)ar Foix, modeste préfecture de 6,*ô00 âmes. Peu de villes sont plus irrégulièrement bâties. Elle est dominée par les restes imposants d'un vieux château qui, après avoir servi longtemps de prison, vient d'être classé parmi les monuments historiques. Ce sont trois tours en pierre de grès, placées sur un rocher haut de cinquante-huit mètres. On connaît l'âge de la plus remarquable, la tour ronde; elle date du xiy" siècle, et fut élevée en 1361 par Gaston Phœbus. Les deux autres, qui sont carrées, sont beaucoup plus anciennes. La tradition locale, toujours enthousiaste, fait remonter la construction de l'une, ou tout au moins de sa base, à l'époque de Dagobert, vers 630.

Mais si Foix n'a que des rues étroites et tortueuses, elle est abondamment pourvue de toutes les choses nécessaires à la vie. Ses habitants se disliguent, entre ceux de toutes les villes du Midi, par leur affabilité et l'excellent accueil qu'ils font aux étrangers. Enfin les environs de Foix sont charmants, et, de quelque côté que le promeneur tourne ses pas, il trouve d'ombreuses et fraîches vallées, des eaux courantes, des sites délicieux, et, s'il s'élève sur les montagnes voisines, de magnifiques points de vue. Celui dont on jouit du haut du col de Pouch, d'où le regard embrasse toute la plantureuse vallée de la Barguillière, peut être cité parmi les plus dignes de l'admiration du touriste.

Auch est une ville de 12,500 âmes, qui fui du temps de César la capitale des Auscii. Comme elle est bàlie sur une colline escarl)ée, un escalier de deux cents marches, d'une construction siuL^ulière, sert aux communications entre la ville haute, (pii <'sl le Iteau

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quartier, et la ville basse, où coule le Gers. Nous nous arrêterons pour voir la cathédrale, qui est une de nos plus belles églises des XV" et xvi" siècles, avec des remaniements et des additions du xv^^ L'extérieur du monument, vu à distance, présente une masse majestueuse, mais un peu lourde et dépourvue de mouvement. La façade, dans le styh; classique, est grande et élevée; mais les proportions en sont écrasées par les colonnes corinthiennes ou composites, qui ne communiquent pas à l'ensemble l'élancement qu'on pourrait désirer.

Si l'extérieur de la cathédrale d'Auch ne satisfait pas complètement l'esprit, on est frappé, en y pénétrant, de sa grandeur et de sa majesté. La perspective en est riche et imposante; l'ordonnance des travées, la succession des arcades, des fenêtres et des galeries, la forme et la disposition des chapelles, tout est établi dans les proportions les plus harmonieuses. La grande nef s'étend dans des dimensions qui en font un des vaisseaux les plus vastes. Le chœur, avec ses inimitables boiseries, présente un coup d'œil surprenant. L'abside, avec ses vitraux brillants et sa noble structure architectonique, complète cet ensemble ravissant. L'admiration serait entière si le massif jubé, décoré de colonnes corinthiennes, ne venait durement briser toutes les lignes. Considérée isolément et dans un autre endroit, celte construction n'est pas sans mérite; mais dans la place qu'elle occupe c'est un contresens choquant, un hors-d'œuvre inqualifiable.

Condom , ville de 8,000 âmes, avait une abbaye des plus célèbres de l'ordre de Saint- Benoît. Cette ville a vu naître Biaise de Montluc, la terreur des protestants dans les guerres de religion.

Lectoure, ville de plus de G, 000 âmes, assise sur la plate-forme d'un inunense mciier entièrement isolé, fut la jiatrie d'un autre brave, Lannes, imt> ihîs grandes illustrations de l'empire. Deveiui maréchal et duc de Montebello, il acheta dans sa ville natale l'ancien palais de l'évôché; et plus d'une fois ses anciens amis d'enfance, en se retrouvant avec lui sur la promenade du Bastion, Tonl en-

tendu raconter qu'il avait pris part comme journalier aux travaux de cette plantation, et qu'il était payé alors à raison de six sous par jour. Simple autant que brave, il voyait du même œil le point d'où il était parti et celui où il était arrivé.

De Lectoure nous atteindrons Bazas et Bordeaux.

La soirée n'est pas très avancée. Voyageons de Bordeaux à Toulouse. Nous passons la Garonne au sortir de Langon, et nous venons gagner la petite ville de la Réole (4,000 âmes). Elle montre les ruines d'un temple romain.

Marmande est une ville de 8,300 habitants, assise au bord de la Garonne, que la route de Tonneins franchit à quelque distance sur un beau pont d'une seule arche.

Agen est une ville de 18,000 habitants, qui n'a de vraiment remarquable qu'une magnifique promenade nommée le Gravier, où se tient tous les ans une des foires les plus importantes du Midi. Elle possède un beau pont sur la Garonne. Agen passe pour une des plus anciennes cités de la Gaule.

Toute la contrée est riche de ses grains, de ses chanvres, de ses eaux-de-vie et de la récolte des fameuses prunes d'eîite qu'on vous vend sous le nom de prunes d'Agen. Vous jugez (ju'on cultive avec soin l'arbre qui les produit. On fait sécher les prunes en les exposant pendant quarante-huit heures au soleil, avec la précaution de les retourner; après quoi on les met au four sur des raquettes treillagées en bois. On les y laisse une heure, et l'en recommence cinq ou six fois. Récemment on a essayé de substituer l'étuvage à ce mode de dessiccation; la prune ac(|uérail un plus beau lustre, mais elle se conservait moins bien. On expédie pour l^aris depuis tli\ jusqu'à vingt mille quintaux de ces pruneaux en caisses, denu -caisses et barils. L'Angleterre en demande à peu près moitié de celte «puinlilé. 11 en va aussi beaucoup on lliiUande, et ils commencent à connaître le chemin de New-YorU. La récolte, selon les années, varie de cin(|uanle mille à deux cent mille quintaux.

A i-n croire une tradition, l'abbave de

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Moissac, dans la ville di' ce nom (W,oOO hal»itanl>), aurait civ fondée j^ar Clovis; les savants établissent que le vrai fondateur fut saint Aniand, évèque de Maëstricht, et (jue labhave datait du vu' siècle et du rétrne de Dagobeil II. Labbaye a disparu iii i)artie; quelques bâtiments servent aujourd'hui à des élablissenients |)ublics; mais l'éirlise existe toujours. A rentrée du porche est un arc en ogive; de chaque côté il y a une colonnetle engagée dans le mur. L'une suppoile la statue de saint Pierre, l'autre celle de saint Paul. Ce porche conduit à un i)éristyle carré, orné de colonnes et d\me architecture mâle. L'église paraît beaucoup moins ancienne (pie le j)orche et que le péristyle, et n'olTre rien de remarquable. On en revient à examiner les détails du porche. Des basroliefs en pierre et en marbre recouvrent ses côtés.

Dans la pai'tie inférieure sont des sculptures bizarres, représentant, à ce que Ton croit, les péchés capitaux, et qui ont quelque rapport avec celles que nous avons rencontrées à Montmorillon. La décoration principale a donné sujet à des volumes de dissertations. L'opinion la plus accréditée est qu'il faut y voir Dieu entouré des signes caractéristiques des quatre évangélistes et des vingt-quatre vieillards de TApocalypse. De l'église on passe dans le cloître, qui n'est pas moins curieux à étudier pour les artistes, et qui porte sur une inscription sa date certaine. 1100, Des chapiteaux, chargés de basreliefs qui représentent des scènes de la Bible, supportent des arcs en ogive peu élancés.

Autrefois les villes de Moissac, de Nérac, de Montauban, faisaient d'immenses expéditions de farines de niinol, qui passaient alors pour les meilleures de l'Iùirope. Aujourd'hui ce commerce a perdu ])our cette contrée beaucoup de son ancienne importance. Quand on veut expédier au loin des farines, on choisit la plus belle qualité, celle qui renferme le moins de son. Dans nos contrées du Nord, pour lui bien enlever toute humidité, on la passe à l'étuve; dans nos contrées du Languedoc et sur la côte de Provence, le climat est

assez sec pour qu'il suffise de laisser la farine dans un gicnier pendant (luehjues semaines apiès la mouture.

L'origine de Montauban, ville de 20,000 Ames, ne remonte cpie vers le milieu du xn" siècle. Elle s'est formée d'une poj)ulation émigrée d'une suzeraineté voisine pour chercher la protection du comte de Toulouse auprès d'un château ipril j)Ossédait sur h; mont Albcuius (mont Blanc), mont Alban, dont on a fait Montauban. Située sur un plateau qu'entourent le Tarn, le Tescou et un profond ravin, la ville proprement dite n'est pas très grande; mais elle possède des faubourgs remarquables par leur beauté et leur étendue, et des promenades charmantes. De l'une d'elles, par un temps clair, on distingue nettement à l'horizon la ligne neigeuse des Pyrénées.

Montauban est pauvre en monuments. Sa cathédrale, en grande partie moderne, est d'un stylo lourd et froid. L'église Saint- Jacques n'a rien qui attire et séduise le regard du voyageur. Le faubourg de Bourbon est relié à la ville par un pont bâti en briques et formé de sept arches en ogive. Une espèce d'arc de triomphe en décore l'extrémité. Ce pont, qui n'a aucune prétention à la légèreté et à l'élégance, ne manque cependant pas d'un certain cachet que lui donnent sa masse, sa hauteur et toutes les apparences d'une inébranlable solidité.

Toulouse est située sur la rive droite de In Garonne, que Ion passe sur un beau pont en pierres de taille, qui communique avec le faubourg Saint-Cyprien. Au nord , des jardins, des promenades et de belles habitations, séparent ce faubourg du canal du Midi et du canal de Brienne, qui y opèrent leur jonction. Cette jonction est une des belles choses que Toulouse offre aux étrangers. Un pont est jeté sur les deux canaux au point même oij ils réunissent leurs eaux : elles s'épanchent en cascades par deux écluses, et une double rangée d'arbres embellit les rives de chaque canal.

Outre ces magnifiques ]>lanlations, Toulouse possède des promenades remai(piables. Nous citerons le cours Dillon, (pii s'étend >ur

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la rive gauche de la Garonne ; l'avenue de la Porle-Neuve, l'esplanade, dont les allées convergent comnie autant de rayons vers un boulingrin circulaire, au centre duquel s'élance un jet d'eau en gerbe; le jardin public, le jardin des Plantes, un des plus vastes et des plus complets de France ; enfin la place Lafayette avec sa fontaine monumentale et ses jeunes arbres, qui donneront avant peu l'ombrage dont elle manque encore.

Presque toutes les maisons de Toulouse sont bâties en briques, et, quoique nulle part en France on ne , .__-

sache tirer meilleur parti de ce ~, mode de construction, l'intérieur de la ville, sauf quel- ([ues rues, est triste et sombre.

La municipalité tente cependant de louables efforts pour les élargir et les redresser, et pour substituer aux cailloux roulés de la Garonne un pavage moins incommode. Mais, quoi qu'on fasse, Toulouse a été primitivement si irrégulièrement mal percée, qu'elle péchera encore longtemps sous ce rapport.

Les antiquaires n'ont pas hésité à faire de Toulouse une colonie des anciens Phocéens de Marseille et une ville plus âgée que Rome. Lors de l'invasion de César, elle était la cité principale des Volces Tectosages. Les Romains la doteront d'un capilole', d'un palais, d'un amphithéâtre, etc. Sur le lieu appelé Vieille-Toulouse, des fouilles ont fait découvrir ù diverses époques des vestiges de celle ancienne splendeur. Nous pourrons voir dans son musée une série, sans rivale en France,

• IVaiiIns iii(Mil l'origiiio ronmino Je oo nom, ot Inllriliucnt (uni siinplornciit A la destination ilo IVdillcn oii les in.igislrats nuinicipaux do la villo se réunissaiont en conseil iMi chopilro, en roman rafiiloln , (Voit ils ont pris Ip non» do rapitouls. C.ello derni6ro in(cr|>rélnti"n nous parait la pins l'ondi'i'.

Le Capitole à Toulouse.

de quarante bustes d'empereurs et d'impératrices en marbre d'Italie, une statue de Jupiter- Sérapis, et surtout une Vénus en marbre grec, qui est un chef-d'œuvre de la statuaire antique.

Bien qu'elle ait changé son titre de capitale du Languedoc contre celui plus modeste de préfecture du département de la Haute-Garonne, Toulouse est demeurée le centre général de la noblesse lans-uedocienne. Parmi nos grandes villes (elle renferme 127,000 âmes) c'est peut-être celle, après Rennes,

où les titres ont conservé le plus de valeur. La grande quantité relative des nobles s'explique à Toulouse par l'ancien privilège qui concédait la noblesse aux échevins ou capitouls de la ville.

Cil de noblesse a grand uioul Qui de Toulouse est capitoul.

Les capilouls se qualifiaient, dans les actes publics, gouvernem's de la ville et chefs des nobles.

Entrons au Capitole, non pas comme Scipion, ni même comme les anciens capilouls, mais simplement comme des curieux qui demandent à visiter un hôtel-de-ville. Voici une belle façade avec trois avant-corps. Celui du milieu est enrichi de huit colonnes de marbre rouge de Carrare, et au-dessus un fronton triangulaire. Sur les deux côtés sont deux génies, et aux extrémités la Force ot la Justice. L'un des autres avant-corps conduit à la salle de spectacle, et porte naturellement les statues de la Tragédie et de la Comédie. Le troisième porte la statue de Clémence Isaure, la célèbre restauratrice des Jeux V\oraux. Cette façade est une restitution moderne, et est due i^ rarchitecle Cammas . do ITiiO à 1700.

Nous traverserons rapidement le vestibule, où sont les bureaux de police, etc., et nous nous arrêterons dans la première cour, de-

UlMLiMt: VOVALii:

vaiil mit' iiicho uù est ])lacéc une slaliu: Uo Henri l\'. La cour lui conslruile sous son ril'irnc. L'arlisle a eu la singulière idée d'exécuter la lèle et les mains en marbre blanc, el le corjvs, vêtu du eo>lume du temps, on marbre noir. Au Tond do la seconde cour, un («scalier, ou pluliM une rampe douce, permettait d'arriver à cheval jusqu'à la |)lale- Torme du donjon. Autrefois on plaçait là de l'artillerio. Sur cette j)late-forme s'élève un dùme que couronnait encore, il y a peu il'années, une Renommée en plomb. Elle s'apjHiyait d'une main sur un cartouche où étaient les initiales des mots Capilolium populusque Tolosanus, suivies de cette date MDLV (15b5).

Nous visiterons la salle du petit consistoire. La voûte est gothicjue. La cheminée, qui est du style de la Renaissance, est un véritable monument : c'est un arc de triomphe à colonnes surmontées de statues, et (jui a bien six mètres d'élévation. Nous verrons aussi la salle des illustres Toulousains ornée de leurs bustes, et nous terminerons par la salle de Clémence Isaure.

La statue en marbre qui longtemps orna son tombeau dans l'église de la Daurade a été transportée ici. On lit au-dessous l'inscription latine qui était sur le tombeau, et dont voici la traduction, « Clémence Isaure, fille de Louis Isaure, de l'illustre famille des Isaure, s'élant vouée au célibat, comme l'état le plus parfait, et ayant vécu cinquante ans vierge, établit pour Tusage public de sa patrie les marchés au blé, au poisson, au vin et aux herbes, et les légua aux capitouls et aux citoyens de Toulouse, à condition qu'ils célébreraient chaque année les Jeux Floraux dans la maison publique qu'elle avait fait bûlir à ses dépens , jpi'ils iraient jeter des roses sur son tombeau, et que ce qui resterait des revenus de ce legs serait employé à un festin ; que, s'ils négligeaient d'exécuter sa volonté, le fisc s'emparerait sous les mêmes charges des biens légués. Elle a voulu (ju'on lui érigeât en ce lieu un tombeau où elle repose en paix. Ceci a été fait de son vivant. »

L'église Saint-Saturnin, vulgairement anpelée Saint-Sernin, dédiée au premier évè(jue de Toulouse, est le seul monument réelle-

ment reniar<iuable que possède la ville. 11 faudrait être complètement insensible à la beauté architecturale, pour entrer la première fois dans Saint-Sernin sans être saisi de la trancjuille et harmonieuse majesté de son immense vaisseau. Quoique sa construction ait duré pendant plusieurs siècles, elle seuible avoir été bâtie d'un seul jet, tant est parfaite l'unité qui règne dans son ensemble et dans toutes ses parties. Trois époques différentes, dit M. Viollet-le-Duc, ont contribué à son exécution. Les j)arlies les plus anciennes, (jui sont le chœur et les transepts, remontent au xi° siècle. Au xiv" siècle, on continua la façade, qui est demeurée inachevée jusqu'à nos jours, puis on éleva les derniers étages de la tour centrale et la fièclie qui la surmonte. Les deux derniers étages de ce clocher oflVent un genre d'ouverture particulier au Toulousain et aux pays voisins : ce sont des fenêtres (jui, au lieu d'être en ogive, se terminent en triangle rectiligne. Dans le xvi" siècle , on acheva la galerie de la nef. L'ensemble du monument mesure cent seize mètres de long et trente-deux mètres de large. Depuis 1860 d'importants travaux de restauration ont été entrepris sous l'habile direction d'un éminent architecte, M. Violletle-Duc. Saint-Sernin en est digne, car c'est la plus belle église de tout le midi de la France.

A l'extérieur, la partie la plus intéressante de Saint-Sernin est l'abside, flanquée de ses cinq chapelles rayonnantes. A droite et à gauche en avant de l'abside, s'étendent les deux parties du transept, accostées chacune do deux chapelles construites sur le même plan. L'abside elle-même forme comme un soubassement au-dessus duquel s'élève le chevet de l'église, percé de gracieuses fenêtres. Toutes ces constructions semblent s'appuyer mutuellement pour servir de base à la tour élégante qui se dresse au point de jonction des bras delà croix. De cet ensemble résulte, comme l'a dit Mérimée, une disposition pyramidale des plus heureuses, qui frappe de loin le spectateur.

Les cryptes, dont la restauration est aujourd'hui terminée, contiennent de i)récieuses

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reliques et justifient rinscription placée sur la principale porte de Téglise souterraine :

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