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V.n ronlimianl notre route, nous arrivons à

Pont ilo la Roi'l>o-B*>rnnrd.

Vannes, ville de l'i,500 habitants, située sur le sommet et le versant méridional d'une colline; deux quartiers, dont les maisons s'étendent dans la vallée, sont bâtis sur pilotis. Située tout au fond du golfe du Morbihan, à vingt kilomètres de l'Océan . Vannes a un petit port bordé

-^, ., d'assez beaux

quais, mais qui ne peut recevoir que des bâtiments d'un faible tonnage, et son entrée est obstruée par les vases. D'un côté est une jolie promenade plant. r tl'arbres; de l'autre sont des chantiers renommés pour la construction des navires appelés chasse-marée.

Le principal monument de N'annes , qui . malgré son aspect un pou lourd , ne manque pas d'une certaine grandeur, est sa cathédrale Saint-Pierre. La llèche qui la surmonte aujourd'hui, de construction moderne, est loin d'olTrir la légèreté, la hardiesse, Télé-

QUATORZltME VOYAOI-

gance île celle qui a été ilolniile par la foudre, en 182». On cite dans rintéricur quelques belles statues en marbre et en bois sculpté.

Vannes, vue à distance, se présente assez bien ; mais, dès qu'on y a mis le pied, on est dcfsagréablement surpris de ne trouver (jue des rues étroites et tortueuses, des maisons en général de triste apparence, beaucoup d'échoppes , et l'instinct de la propreté s'y manifeste trop rarement.

Nous visiterons dans ses environs une ruine du moyen âge, le château d'Elven. Eduon de Malestroit le fit construire en 121)0, sur le plan, dit-on, d'un château fort qu'il avait pris d'assaut en Palestine. Dans le siècle suivant, un Jean de Malestroit qui commandait le château de Sucinio, près de Sainl- Gildas, dans la presqu'île de Ruis qui forme le golfe du Morbihan, repoussait glorieusement une descente tentée par les Espagnols. Ce château de Sucinio, avec ses six tours rondes, que surmontent de hautes et laides cheminées , n'est plus aujourd'hui qu'une belle ruine. Dans le golfe, la petite île aux Moines a perdu son monastère, mais a conservé un dolmen que les habitants appellent l'autel du Sacrifice. Nous en retrouverions plusieurs autres dans Belle- Isle, autrefois l'île Guedel, la plus grande des îles qui sont en face du golfe.

Belle-Isle mérite une mention toute particulière. L'excessive douceur de son climat, la fertilité de son sol, sa superficie d'environ vingt-six kilomètres carrés, justifient le nouveau nom sous lequel elle est aujourd'hui connue. Sa population est de près de 10,000 habitants.

Un agronome, qui s'est fait une réputation méritée par ses travaux et par ses heureux essais, est parvenu à exécuter à Belle-Isle de vastes plantations de chênes- lièges, aujourd'hui en plein rapport. La présence de ces arbres et de plusieurs autres espèces de végétaux (myrtes, lauriers-roses, etc.), que l'on trouve en pleine terre h Belle-Isle, prouve que le thermomètre n'y descend jamais aussi bas que la situation de Belle-Isle (dont la latitude est égale à celle de Strasbourg) devrait

le faire supposer. « Cette anomalie climatéritjue, dit M. de Quatrefages en parlant des îles Bréhat, situées encore plus au nord, s'explique par un de ces grands phénomènes que la science moderne a constatés à la surface du globe. C'est le Gulf-Stveam qui donne à la Bretagne et à ses îles ce climat si extraordinaire au premier coup d'œil : ce grand courant d'eau, échauffé parles feux de l'équateur, après s'être échappé du golfe du Mexique, se replie vers l'Europe, et une de ses branches, poussée vers le nord par la presqu'île espagnole, vient se briser sur les côtes de la Bretagne, et la baigne de ses ondes encore tièdes. »

Belle-Isle possède deux ports d'échouage et un bon mouillage : sa capitale est Saint-Palais, dont la citadelle est classée parmi les places de guerre du second ordre.

Auray compte plus de 5,000 habitants.

Son port, formé par l'embouchure de la petite rivière d'Auray, dans le golfe du Morbihan, peut recevoir des navires d'un moyen tonnage ; elle est le centre d'un cabotage fort actif, et il s'y fait un grand commerce de grains, de bestiaux, de beurre et de sardines. L'église d'Auray, qui date de la fin du xni" siècle, offre cette particularité, que ses contreforts montent jusqu'au sommet de l'édifice.

Près d'Auray se trouve la célèbre chapelle dédiée à sainte Anne, oîi l'on se rend en pèlerinage de toutes les parties de la Bretagne. Souvent, aux jours de grande fête, cette chapelle est beaucoup trop étroite pour contenir les fidèles qui viennent implorer sainte Anne ou s'acquitter de leurs vœux. Alors on célèbre l'office divin en plein air, sur l'autel (les pèlerins. Le 15 aoiît 1859. l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie ont fait leurs dévotions à Sainte-Anne d'Auray. Non loin de là se trouve l'ancienne chartreuse de Brech, occupée aujourd'hui par une école de sourds-muets. On y voit la chapelle expiatoire élevée par la duchesse d'Angoulème à la mémoire des 000 émigrés qui furent fusillés en 178:> dans le Champ des martyrs, après le désastre de Quiberon.

Les environs de la presqu'île de Quiberon,

BRETAGNE

Landes de Bretagne.

àKaniac, offrent un des nionumenls mégalithiques les plus extraordinaires. Dans une vaste lande se dresse une armée de pierres géantes, plantées verticalement en terre, rangées à perte de vue sur onze lignes parallèles, les unes droites et majestueuses, les autres penchées vers la terre, toutes couvertes de ce linceul de lichen dont le temps les a revêtues depuis des milliers d'années. Quelques-uns de ces blocs ont plus de six mètres de hauteur. Toute cette région est remplie de ces étranges monuments. De Crac'h à la mer, on ne voit que tumulus et galgals , dolmens et menhirs, complets ou mutilés, souterrains ou invisibles : la Tranche de Beurre, qui a sept mètres de long; la Table des Marchands, dont la circonférence est de près de vingt mètres; la Pierre Longue et son bataillon de dolmens ; et enfin la Caverne de Gavr'innis (île de la Chèvre), que les touristes ne manquent pas de visiter.

Ces singuliers nionumenls, que juscju'ici les archéologues français avaient attribués à la famille celtique, commencent à être étudiés à un autre point de vue plus général ;

car on en rencontre non seulement dans les régions qu'ont habitées les Celtes, mais aussi en Syrie, en Afrique et jusque dans l'Hindoustan. Partout les monuments mésalithiques (c'est le nom qu'on leur donne aujourd'hui pour exprimer leur construction en grosses pierres brutes) paraissent être des tombeaux ou des monuments commémoratifs.

La plupart de ces grandioses sépultures ont été violées depuis des siècles ; mais dans le petitnombre de celles qui avaient jusqu'à nos jours échappé à la curiosité ou à la cupidité, on a pu se convaincre de l'absence presque constante de tout objet de métal. On n'y découvre, avec les os et les cendres, que des instruments ou des armes en silex, en quartz ou en serpentine, avec quelques poteries grossières.

Hennebon est une jolie petite ville de ;i,000 habitants, bâtie sur deux coteaux à l'embouchure du Dlavel, et placée au point d'intersection de quatre grandes routes. Avant répo(pie de saint Louis ; elle faisait un commerce assez étendu ; son port est très fréquenté parles caboteurs; plusieurs maisons

nUATOHZIEMK VuVAiiK

d'architccturo i,'olhi(iue de» xiV ol xv' siècles attestent son ancienne richesse. Son marché aux grains est un des régulateurs du jirix des céréales pour riniporlalion et l'exportation.

Lorient, l'un des cinij ports niililaires de la France, n'était qu'un hameau en ITO'J; c'est aujourd'hui une ville de 38,000 âmes , avec des rues spacieuses, régulières et bordées de jolies maisons. C'est la compagnie des Indes qui a ouvert son port, vaste et d'une entrée facile, et créé ses beaux établisscîmcnts. Ses chantiers de construction sont superbes. On y construirait jusqu'à vingt-ciiui frégates ou vaisseaux de ligne. Sa rade, vaste et sûre, peut servir de mouillage aux plus fortes escadres. On remarque sur le ipiai une fontaine dont la cuvette est d'une dimension énorme. Sur la place du marché, on a érigé une colonne, et une statue due au ciseau de M. Galteaux, à la mémoire de Bisson, jeune officier de marine qui, dans l'expédition de Grèce en 1827, chargé de commander un brick pris sur les Turcs par la Hotte de l'amiral de Rigny, se fit sauter avec son équipage, plutôt que de se rendre à de nombreux pirates qui l'altaquaient.

Nous ne (juitterons pas Lorient sans nous promener sur ses quais, où de beaux ormes nous permettront de jouir, à l'ombre, du coup d'œil animé qu'offrent la rade et le port; sans visiter tous les grands établissements affectés à la marine de l'État, et surtout sans monter à la tour des signaux, haute de près de trentesix mètres, du sommet de laquelle nous nous ferons une idée complète de la ville et de ses environs.

Quimperlé, ville de 7,000 habitants, se nomma d'abord Avantot. Elle est située dans la plus délicieuse position, au pied de hautes collines qui méritent d'être appelées de petites montagnes. Bâtie sur le point oîi se réunissent les rivières de l'Isole et de TEllé pour former la rivière de Laita, Quimper-Ellé tire son nom de cette situation ; car ce nom signifie confluent de l'Ellé. Quimperlé a une curieuse église placée sous le vocable de la Sainte-Croix. Fondéeen 1020, écrouléeenl8r)2et reconstruite d'après le plan primitif, cette église reproduit l'exemple, unjf'uc en Bretagne avec le temple

de Lanleir, trunc forme circulaire imitée de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Quimper, ville de 12,!)0() Ames, ajoute à son nom celui de Corcntin, en l'honneur de M»n ])remier évèque dans le v° siècle, l^lle n'eut de remparts que vers l'an 1209. Son port re(^oit des navires de trois cents tonneaux. Sur un i)ortail latéral de sa cathédrale, bel édifice du xiu" au xv" siècle, l'anticiuaire peut étudier beaucoup d'écussons des anciennes familles bretonnes.

tjuimper est mal percée et mal bâtie; une partie de la ville est encore entourée de murailles ilancjuées de tourelles; l'autre partie tend à s'améliorer rapidement, et Ton y remarque déjà de belles et solides constructions.

Chùleaulin (8,500 habitants), sur l'Aulne, est environnée de riantes prairies plantées de peuj)licrs et de chênes. Son vieux château, à en juger par les ruines, a dii être une forte place. D'ici nous gagnerons Brest , soit en traversant l'immense rade ([ui nous en sépare , soit en passant par Landerneau , petite ville de 8,000 âmes, sur l'Elorn, dont le port reçoit des navires de trois à quatre cents tonneaux. Le cabotage, le commerce des toiles et des cuirs, des expéditions de grains et de légumes, lui donnent une certaine activité.

La rade de Brest est en communication avec Nantes par un canal qui part de l'Erdre, et passe à Blain au pied des ruines d'un château bâti par Olivier de Clisson. De ses neuf tours disposées comme un jeu do quilles, il n'en reste que deux. Ce canal passe ensuite à Redon, ville de 6,000 habitants sur la Vilaine, qui reçoit des navires décent cinquante tonneaux ; elle est assez commerçante, et expédie en Amérique et à Terre-Neuve. Tout auprès est le château de Beaumont, avec une cavité qu'on nomme dans le pays Vabime de Bviangant, et où, suivant la tradition, « les anciens possesseurs du château deBeaumonty lesquels estoient grands détrousseurs de passants sur la grande route de Redon à Rennes, jetoient les corps de ceux qu'ils avoient occis. » Le canal laisse à peu de distance, à l'est, Ploërmel, dont l'air a toujours passé pour très .sain, et où l'on envoyait, il y a cinquante ans, les soldats malades des gar-

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Tempête sur la côte du Finistère.

nisons de Lorient, de Port-Louis et de Belle- Isle. Il coule à Josselin, ville de 2,700 àraes, au pied d'un château qui a joué un rôle dans rhisloii'e de la Bretac^ne : là se voit le tombeau d'Olivier de Clisson. Il rencontre plus loin Pontivy (7,000 habitants), qui possède le vieux château des ducs de Rohan, bàli en X'iS'ô. Dans les environs, à la petite ville de Baud, on voit sur remplacement de l'ancien château de Quinipily une statue singulière en granit, haute de deux mètres, d'une exécution très grossière, qui est demeurée debout; on la nomme la Vénus de Quinipily. C'est une femme nue, portant au cou une espèce d'étole. qui par devant tombe jus- (ju'en bas. La tête est ceinte d'une bandelette croisée par derrière. Sur le devant sont sculptées ces trois lettres HT ou LIT. Llle était jadis dans un temple dont on voit quelques vestiges sur In montagne do Cardennec. Le canal vient ensuite au pied d«^ la montagne sur laquelle est située Carhaix, ou l\ora«'s, ou Kher-Aès. Les érudits bretons ont longuement discuté au sujet de ce nom. Quelquesuns afltrinont que celle ville doit son nom ù

la princesse Ahès, fille de Conan-Mériadec, qui la fit bâtir et la dota de deux chemins, dont l'un allait à Brest et l'autre à Nantes; elle a une église du xu® siècle. Près de cette ville s'exploitent les mines de ploml) argentifère de Poullaouen, qui donnent par an cinq cent mille kilogrammes de plomb, d'où Ton extrait environ sept cents kilogrammes d'argent. On a inauguré récemment à Carhaix une statue en l'honneur de Corret de la Tour d'Auvergne, né dans celte ville le '2'^ décembre [l\'^, premier grenadier de France, mort en 1800.

L'existence de la ville de Brest n'est constatée qu'à partir de l'an 12iO, quoique d'anciennes légendes établissent l'existence bien antérieure d'un château fort sur ce point du littoral. Fn 1G;{0, Brest n'était encore qu'une ville fort petite. Quarante ans après elle s'agrandissait, et le faubourg de Recouvrance conmion«;ait à naître. Dix ans s'étaient à peine •'coulés, que Vauban enfermait ce faubourg ainsi que la ville dans une enceinte de forlilications. Kn \~i:\, il fallut élargir l'enceinte. La ville possède aujourd'hui ime population

OUATOR/ILME VdYAGK

de 80,000 âmes. Klle s'élève sur le llaiic iluii coteau très escarpé; elle n'a de moiiumciils que son château et les bâtiments pour le service de la marine. C'est le premier port militaire de la France.

Le château, bâti sur un rocher presque à pic, est une vieille forteresse célèbre dans les fastes de la Bn^lagne. Sept énormes tours, liées par des courtines et par un chemin de ronde, sont couronnées de plates-formes d'une solidité extrême, cl di^posées pour recevoir de l'artillerie de çros calibre. L'une des trois tours qui rei^arde la rade porte le nom de tour de César, peut-être parce qu'elle remplace un castellum construit par les Romains, comme semble rindiijuer la base d'une i:rossc tour ronde, d'appareil romain, découverte en 1832.

La rade de Brest, qui forme un immense bassin de plus de trente-six kilomètres de circuit, communique avec la mer par une embouchure nommée le Goulet. Ce passage, dont la largeur ne dépasse pas seize cents mètres, offrirait néanmoins aux navires une entrée assez facile, s'il n'était parsemé d'écueils. dont le plus redouté des marins est la roche Mingan. Cette rade pourrait abriter toutes les flottes du monde.

Quant au port, un des plus beaux et des plus siîrs de l'Europe, il est assez grand pour contenir plus de cinquante vaisseaux ou frégates, garantis des vents par les hauteurs environnantes. En face d'une anse large et profonde, on a creusé dans le roc quatre magnifiques bassins de construction, qui s'ouvrent et se ferment au moyen d'écluses. Remarquez dans les ateliers disposés autour de ces bassins une machine à amollir et courber, par le moyen de la vapeur, les poutres qui entreront dans la construction des vaisseaux.

Notons encore le pont tournant jeté en 1861 sur un bras de mer et s'ouvrant au milieu en deux parties qui tournent sur In plate-forme supérieure de deux tours. La manœuvre, qui se fait de l'intérieur des tours, ne demande que dix minutes de travail et n'emploie que deux ouvriers. En tournant, le pont ouvre aux vaisseaux un passage de cent six mètres.

Le bagne de Brest, aujourd'hui fermé, pouvait recevoir deux mille for(^als. Il passait pour être, de tous les établissements analogues, le mieux approprié à sa triste destination.

La ville de Brest, (|ue reml)Ouchure de la rivière de Benfeld coupe en deux parties, se compose de la haute ville et de la basse ville. La déclivité du terrain sur lequel Brest est bâtie donne à la plupart de ses rues une pente rapide. Quelques-unes sont de véritables escaliers. Il n'est pas rare de voir une maison à cinq étages dont le toit est de niveau avec le sol sur lequel s'appuie la maison placée derrière elle. On comprend combien il est difficile, avec une semblable assiette, d'obtenir des rues régulières, d'une viabilité facile, de transformer, en un mot, la vieille cité du moyen âge en une ville moderne, en une ville réunissant toutes les conditions exigées aujourd'hui. De grands et louables efforts ont été tentés pour régénérer la ville haute. Elle s'est déjà considérablement améliorée, et s'améliore encore tous les jours. La partie basse, surtout dans le voisinage du port, ne laisse que peu de chose à désirer; on y voit des rues spacieuses et de très belles constructions. Malheureusement ce quartier passe pour moins sain que la ville haute. Les remparts offrent une promenade très agréable, qui fait presque le tour de la ville.

L'antiquaire visite, au nord de Brest, dans l'église du village de Plouguin, le tombeau de saint Jaona, un des premiers évoques de Léon. Sur ce tombeau, orné, dans son pourtour, d'arcades gothiques surmontées par des colonneltes engagées, est la statue, couchée avec mitre et crosse, et deux petits anges à la tète. Au bourg de Lannilis, on voit un tombeau sur lequel est la statue d'un sire de Kerangart, et à ses pieds un lion qui ronge un os. Dans une chapelle à deux kilomètres de là, un docteur en théologie a aussi son tombeau, décoré de plusieurs petites figures de moines qui prient et pleurent; mais ce qui est plus intéressant, c'est, auprès du grand village de Plourin, le château de Korgroadec, où rarchileclure contemporaine de

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Louis XIII se trouve à côté de celle du XVI® siècle.

Cette côte occidentale du Finistère, ou fin de la terre, est ainsi nommée parce qu'elle est la plus avancée dans l'Océan, comme l'indique une petite chapelle située sur la pointe Saint-Matthieu, qui précède la rade de Brest, chapelle appelée Notre-Dame-Finde -Terre.

Moins au nord est la pointe du Raz, et ensuite la troisième des pointes les plus avancées du Finistère, la pointe Saint-Matthieu. Jamais matelot ne passe devant la baie des Trépassés, auprès de la pointe du Raz, sans se rappeler les nombreuses victimes que rOcéan engloutit parfois dans ces parages. Non loin de là est l'enfer de Plogof, oii la mer s'engouffre avec un fracas épouvantable. Les rochers du fond y sont d'un rouge vif; le jeu des vapeurs et de l'écume les fait paraître en mouvement.

L'île de Sein, habitée par une petite colonie de pêcheurs, semble le prolongement de la pointe du Raz, dont elle est séparée par cinq kilomètres. Sa partie la plus élevée, celle du nord, n'est qu'à dix mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans les hautes marées, le flot habite souvent la partie la plus basse, qui est la seule cultivable. On n'y voit pas une ronce; quelques fougères, quelques bouquets de landes sont les seules productions naturelles. Un unique pied d'arbre, soigné par le curé, est coupé et brûlé par le vent du sud-ouest aussitôt qu'il dépasse le mur derrière lequel il a reçu un abri. Touché de la misère des habitants, et surtout du courage avec lequel ils exposent leurs jours pour sauver les équipages des navires en détresse, le duc d'Aiguillon, ministre sous Louis XV, fit construin^ dans la partie du sud une jetée d'un kilomètre, grâce à laquelle on a pu habiter et cultiver depuis lors un peu plus de terrain.

L'île do Sein était autrefois consacrée à une divinité gauloise. Les prêtresses de celle divinité, au nombre de neuf, gardaient une virginité perpétuelle. Les Gaulois les nommaient Seines, et croyaient qu'elles pouvaient par leurs chants exciter des tempêtes dans

les airs et sur la mer, prendre la forme de toute espèce d'animaux, guérir les maladies, prédire l'avenir, surtout aux navigateurs, qui manquaient rarement d'aller les consulter.

Pour terminer la soirée, mes enfants,, nous voyagerons, si vous voulez, de Brest à Paris, c'est un trajet de six cents kilomètres. Nous gagnerons Landivisiau, petite ville de 3,000 âmes, dont le clocher élégant et hardi est d'une construction particulière aux églises du Finistère et surtout de l'ancien diocèse de Léon. Vue sous un certain aspect, la flèche de ces clochers semble suspendue dans les airs, tant leurs supports sont légers et disparaissent à l'œil. Au nord de notre route, nous laissons Plounevetz-Lochrist, villace dans lequel se trouve une tombe plate qui porte, gravée en creux, la figure d'un chevalier du xin® siècle, armé de pied en cap, et aussi une de ces anciennes cuves de pierre qui, dans les premiers siècles de l'Église, servaient aux baptêmes par immersion. A Sibiril, on voit un tombeau assez curieux du xv" siècle. Saint-Paul-de-Léon, ville d'environ 7,000 habitants, possède, dans sa cathédrale, un tombeau, décoré d'ornements curieux du style le plus barbare; un autre tombeau, celui d'un évêque de Léon du xvn" siècle; et une figure à trois faces dont l'artiste a prétendu faire un emblème de la Trinité. Au bas, on lit ces deux mots en langue bretonne: Ma Douez, mon Dieu. L'île de Batz n'offre pas un arbre : la violence du vent découvre souvent la semence, et il arrive qu'on la renouvelle jusqu'à trois fois pour obtenir une récolte médiocre d'orge ou de seigle; mais son canal est une excellente relâche pour tous les navires qui entrent dans la Manche ou en sortent; ils s'y abritent contre les vents d'ouest, et peuvent, au besoin, gagner la baie de Morlaix, bonne pour les bâtiments de toute grandeur, et dont le seul inconvénient estd'avoir une passe étroite. On y a construit un des plus beaux phares de la Rretaune.

Morlaix est une ville de plus de 1 1,000 âmes, située à environ dix kilomètres de la mer, sur «me rivière connue sous le nom de

nn ATon/.iKMi: vov vce

rivi^'re de Morlaix; elle se joUe dans l'Occnn, ot esl assez pi'ofonde pour jioi-nu;ltre aux l>àlimenls de (juatre cents tonneaux de renionler justjue dans le port de la cité. Ce port, assez spaeieux, entouré de beaux quais où les navires viennenl décharger leurs cargaisons en lace des niairasins, sépare Morlaix en deux (juarliers, Saint-Léon et Tréguier. Le faubourg Saint-Martin domine la ville du haut du j)lateau où il est assis. Morlaix est eommen^ant et animé; il renferme de jolies maisons et de belles promenades, sans compter le parc de Kerncgues. Quebiues anciennes maisons, avec des porches très avancés et fort bas, ofl'rent à rintérieur une distribution singulière. Autour d'une énorme cage d'escalier carrée, éclairée pai' le toit, sont distribuées les chambres plus ou moins vastes du premier étage. On monte aux autres par des escaliers pris dans l'épaisseur des murs, et chaque étage intérieur a une galerie supportée par des colonnes de bois sculpté. L'église Saint- Matthieu est un assez bel édifice gothique. Celle de Sainte-Mélanie est du xv*" siècle, mais d'un style lourd. Le vaste bâtiment de l'hôtel de ville, construit sous Louis XIII, contient, dans une de ses salles, une bibliothèque riche en éditions du xv° siècle et en précieux manuscrits. Aux environs de Morlaix, on visite, à Lanmeur, l'église Saint-Mélair, qui date de la fin du X* siècle, et dont la crypte a tout le caractère des premiers siècles du christianisme; cette crypte renferme une source aux eaux de laquelle la croyance populaire attribue de grandes vertus. Dans un village un peu plus éloigné est une autre fontaine également célèbre et consacrée à Saint-Jean-du-Doigt. La rade de Morlaix, au fond de laquelle se dresse un château fort, est abritée par de hautes, falaises et passe pour très sûre.

De Morlaix nous gagnerons Guingamp, en laissant au nord la ville de Lannion (7,rX)0 âmes), qui a une église paroissiale du XII* siècle, et la ville de Tréguier (3,o00 habitants), assise sur un coteau qui fait face à la mer, et dont le port deviendrait facilement le plus considérable du département : sa rade reçoit des navires de tous les tonnages. Parmi les îles de cette partie de la côte, lile de

Dit'hat est devenue célèbre par l'érection d'un phare, la plus hardie et la plus étonnante construction de ce genre (pii existe en Europe. C'est une tour de cin(|uante mètres d'»''lévation : elle joint à une solidité inébranlable une mâle élégance. L'ingchiieur chargé de ce travail, M. Léonce Heynaud, n'a mis ([ue six ans pour mener à bonne fin une entreprise que tous les marins du pays considéraient comme une folie.

Nous passerons par Guingamp, ville de 7,000 âmes, au milieu de vastes prairies, avec ses fabriques de tissus de colon, et nous arriverons à Saint-Brieiic, ville de 16,000 habitants, bàlie sur la rivière du Gouet; elle a son port au petit village appelé le Gué, qui finira par se joindre à la ville par suite des constructions qu'on élève de jour en jour. Sur la j)oinle de terre qui forme l'entrée de ce port s'élève la tour de Cesson, du xiv" siècle, qui fut jadis une des meilleures places de la province. Elle atteint soixante-quinze mètres au-dessus de la mer, et les navires l'aperçoivent de vingt-quatre kilomètres. Sur la belle plage qui s'étend au pied de cette tour ont lieu, cliaque année, au mois de juillet, les courses entre chevaux de race bretonne. Le cheval breton manque d'élégance , mais il est j)ropre à tous les services; il est fortement membre, très musculcux, énergique, d'un tempérament robuste, et d'un fond solide. On en tire très grand parti pour le service des diligences et des malles-postes.

Un monastère fondé au v° siècle par saint Hrieuc a donné naissance à la ville. Vers le milieu du i\° siècle elle avait déjà de l'importance, et un des petits rois bretons, Nominoë, l'érigea en évèché. La cathédrale de Saint- Brieuc, rebâtie au xni* siècle, servit de forteresse au xiv° siècle, et soutint un siège. Au commencement du xvin® siècle elle menaçait ruine : son évêque fit démolir la grande nef et les deux collatéraux, en conservant néanmoins la partie inférieure des murs et des piliers. Le zélé prélat voulut rétablir le tout dans de belles proportions, en veillant d'une manière spéciale à la solidité de l'édifice. Cette grande réparation, dans le style du xvni' siècle, forme, avec ce qui reste du mo-

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nument ogival, une triste dissonance. On y voit la tombe de saint Guillaume, d'un style à demi barbare. L'hôtel de la préfecture est un bel édifice moderne. La statue de du Guesclin orne la place qui porte son nom.

Nous visiterons, à vingt -neuf kilomètres de la ville, le monument connu sous le nom de temple de Lanleff : les antiquaires y voient, les uns un temple armoricain, les autres un édifice consacré par les Romains au culte du Soleil; quelques-uns, un ancien hôpital pour les pèlerins revenant de la terre sainte; ceuxci un baptistère des premiers chrétiens, ceux-là une église bâtie par les templiers. Deux enceintes circulaires concentriques, construites en crranit et en tuffeau, avec un espace entre elles de trente mètres, servent comme de vestibule à une petite chapelle dans laquelle on descend par plusieurs marches. L'enceinte intérieure, beaucoup plus basse que l'autre, qui aujourd'hui a encore dix mètres environ, est détruite en partie. L'enceinte extérieure est percée de douze arcades à plein cintre , reposant sur des piliers carrés, dont chaque face présente une colonne engagée. Onze de ces arcades répondent cliacune à deux arcades, aussi à plein cintre, figurées sur la muraille de l'autre enceinte, et surmontées d'un œil-de-bœuf : chaque arcade figurée a en outre une fenêtre à plein cintre très évasée, et qui du dehors semble une meurtrière. Une voûte unissait les deux enceintes. La douzième arcade de l'intérieur répondait à une porte d'entrée de l'enceinte extérieure. Au milieu de Penccinte intérieure, qui est aujourd'hui à ciel ouvert, un if, auquel la tradition donne trois cents ans d'existence, a poussé et couvre ce monument de son ombre. La chapelle a du être bâtie postérieurement, quoicpi'il soit difficile de lui assigner une date. Depuis nombre d'années elle a ce singulier monument pour cimetière. Dès les premiers temps du christianisuic, on a construit des églises circulaires dont le chœur, également circulaire, était séparé par des arcades de ses bas côl»''s (pii l'entouraient. On ne penstî pas cependant (\\m\ la date du temple de LanlelT doive èlre cherchée avant le xn" siècle, et ce monument est sans doute

une copie du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Au village de Plérin, la chapelle Saint-Eloi est, à la Saint-Jean, le but d'un pèlerinage. On y conduit tous les beaux chevaux des communes avoisinantes, on les orne de fleurs, et, au retour, chaque fiancé ramène sa fiancée sur son cheval, qui a été béni à la chapelle.

L'industrie principale du département, et aussi de la Bretagne presque entière, est la fabrication des toiles. Celles qui sont destinées à l'exportation, pour les colonies espagnoles et toute l'Amérique, se fabriquent surtout à Quintin, par pièces de cinq mètres. Elles ont conservé à l'étranger le nom de Bretagne légitime. Cette exportation , quoique bien déchue, donne encore lieu à un mouvement de capitaux d'environ quatre millions par an pour les quatre villes de Quintin, Moncontour, Uzelet Loudeac. On compte que dans l'arrondissement de Loudeac les deux tiers des habitants s'occupent de cette industrie. Viennent aussi les toiles de l'arrondissement de Dinan, qui prennent le nom de toiles de Combourg , et enfin les toiles à voiles. La culture du lin se fait ici en grand; celle du chanvre a aussi de l'importance. Avec le fil de chanvre mêlé de laine on fabrique, pour l'usage du pays, une étoffe assez chaude et de bon usage, nommée barlinge.

Au sortir de Lamballe, ville de 4,500 âmes, qui s'embellit tous les jours, détournons-nous de notre route, pour aller visiter Dinan, ville ancienne qui compte 8,o00 âmes. Dans son château, énorme donjon à deux tours, les ducs de Brctacrne venaient souvent passer la belle saison. On y montre un fauteuil qui a, dit-on, appartenu à la duchesse Anne. Une place qui porte le nom de du duesolin servit de champ clos à ce preux dans le combat singulier où il fut vainqueur du chevalier anglais Cantorbie (Canterbury). Une statue a été élevée au brave chevalier breton sur le lieu même du combat. Elntrons dans réglise Saint- Sauveur; sur une table de marbre taillée en obélisque, et appliquée sur le mur, nous lirons celle inscription : < Ci-gît le conir de messirc Bertrand du Guesclin. en son

QUATORZIÈME VOYAGE

vivant coniiélablo de France; son corps repose avec celui des rois, ù Saint-l>enis en l'rance. » Au-dessus sont une urne funéraire et les armes de sa maison, un double aij^le, ijui rappelle assez les armes d'Autriche. Les environs de Dinan sont fréquentés dans la belle saison à cause de leurs eaux minéialcs, recommandées contre les atVeclions chroniques de Teslomac. Dinanest en communication avec Saint-Malo et Rennes par le canal de rille-cl- Hance, construit depuis quelques années, et qui assure une navigation intérieure, et à l'abri de l'ennemi, entre le port de Saint-Malo et celui de la Hoche-I3ernard, à l'embouchure de la Vilaine. Dinan a un port qui peut recevoir les navires d'un moyen tonnage. Sur une des places de la ville on a élevé, en 1838, une colonne de granit, surmontée d'un buste en marbre blanc, en l'honneur de Duclos-Pinot, secrétaire perpétuel de l'Académie française sous Louis XV, et ancien maire de Dinan, qui a entouré la ville de ses jolis boulevards. Tout auprès de Dinan, dans l'église de Lehon, nous verrons les débris de plusieurs tombeaux de la maison des Beaumanoir.

Les ruines romaines ne sont pas rares en Bretagne; nous en rencontrerons au village de Corseul, près de Dinan. Ce fut, dit-on, l'emplacement de la capitale des Curiosolites. Sur un des piliers de l'église on a encastré une inscription funéraire, que je vous traduis : « Ici repose Siliciana , prêtresse de la déesse Isis, née en Afrique, et recommandable par sa piété. Elle avait suivi son fils. Elle mourut à l'âge de soixante -cinq ans. .lanuarius, fils de cette illustre femme, lui a érigé ce monument. » Dans la campagne, une muraille d'une dizaine de mètres, de peu d'épaisseur, dont le plan serait la moitié d'un octogone à côtés égaux, sans portes ni fenêtres, et de construction évidemment romaine, a rcQu dans le pays le nom de Temple de Mars. L'église possède un monument d'un autre âge, mais dont on ne peut fixer la date. C'est une cuve ronde do granit noirâtre, soutenue par quatre figures sculptées grossièrement. lillcs sont vêtues d'une tunique fort courte, serrée à la taille, et attachée par un seiil bouton au-dessus du cou.

Elles portent des moustaches relevées et un peu de barbe.

Hn disait jadis : « Qui a la Bretagne sans Jug()n a une chape sans chaperon. » C'est que .lugon, qui n'est plus rien aujourd'hui, avait jadis un ciiàleau très formidable. Jean V, duc de Bretagne, le fil démolir en l'i20.

l'.n passant au bourg de Broons, nous saluons un i)elit monument moderne, élevé en 1840, destiné à rapj)eler que dans le château de Lamolte-Broons naquit Bertrand du Cuesclin.

Plus loin, dans la commune de Québriac, sur la roule qui conduit de Dinan à Vannes, nous trouvons un monument romain bien conservé. Ce sont quatre pierres en forme d'étoile, dont l'une est percée pour laisser couler la liqueur des libations (juc les païens faisaient en l'honneur des morts. Les ruines d'un petit capitole et des thermes donnent à penser que Monlfort existait lors de la domination romaine. Auprès de cette ville, qui est au sud de notre route, on nous montrera les débris d'un dolmen que l'on a nommé le Tombeau de l'enchanteur Merlin, si célèbre dans les romans de chevalerie; et, mieux que cela, la fontaine de Jouvence : mais vous n'avez pas encore besoin de son eau, qui, disail-on, redonne la jeunesse. Nous ne sommes pas loin de la forêt de Paimpont, la plus considérable de toutes celles de la vieille Bretagne, et dont les romanciers ont fait la forêt de Brocéliande. C'est là qu'ils ont placé une autre fameuse fontaine, celle de Baranton, dont les eaux, répandues sur le perron de l'enchanteur Merlin, soulevaient les tempêtes. Aujourd'hui, pour tout prodige, cette forêt nous montrera un chêne dont le tronc a près de dix mètres de tour. On compte que cet arbre a dû voir au moins six siècles.

En face d'un véritable tombeau, au village de Saint-Pern (abréviation de Saint-Patern), nous recevrons, d'un sire René de Sainl- Pern, une leçon d'humilité chrétienne. (Un Bertrand de Saint-Pern fut le parrain de du (iuesclin.) René, mort en IG^G, voulut être enterré à la porte de l'église, afin, disait-il, (( (jue celui qui, pendant sa vie d'un moment, avait i»u fouler quelques-uns des habitants,

BRETAGNE

ses vassaux, fût longtemps foulé par eux; qu'il ne fût pas possible d'entrer dans l'église où si longtemps il avait occupé la première place, sans poser le pied sur sa tombe; invitant ainsi ceux de ses descendants qui pourraient se laisser aller à l'orgueil ou à l'injustice, à penser à la brièveté de la vie, à l'égalité delà mort, à l'abaissement du tombeau. »

La vieille ville de Rennes, qui compte près de 50,000 âmes, jadis la capitale des Redones, peuple de l'Armorique, s'annonce de loin aux regards du voyageur par les deux tours très modernes de sa cathédrale reconstruite.

Rennes doit la régularité de ses rues et leur aspect moderne à l'épouvantable incendie qui faillit la réduire en cendres en 1720. Cet incendie, qui ne s'éteignit que le huitième jour, dévora plus de mille maisons, et quelques historiens portent à sept mille le chiffre des personnes tuées ou blessées dans ce sinistre. Deux promenades, celle du mail, la plus fréquentée, et celle du Thabor, d'où l'on jouit d'une perspective charmante sur la vallée de la Vilaine, contribuent puissamment à l'agrément de la ville.

Dans la muraille de la porte Mordelaise, on retrouve une pierre chargée d'une inscription romaine, qui constate que, sous l'empereur Gordien, Rennes comptait parmi les cités des Gaules. C'est par celte porte que les ducs de Dretaoïie faisaient leur entrée à Rennes. Ils n'en franchissaient le seuil qu'après avoir juré de conserver la foi catholique, de protéger rÉglise des Bretons, de la défendre, de gouverner sagement le peuple, et de lui rendre bonne justice. Deux belles places précèdent l'iuMel de ville, édifice moderne, et le palais de justice, décoré do peintures de Jouvenet et d'arabesques fort belles. Le meilleur tableau est le Mensonge démasqué. Le musée possède quehjucs tableaux de grands maîtres italiens et de Rubens. Sur la faradc d'un ancien couvent, aujourd'hui converti en caserne pour l'artillerie, on lit le nom de M"" de la Fayette, femme pieuse qui avait cru assurer à perpétuité une demeure à ses sœurs de l'ordre de Saint- Renolt. Le môme emplacement avait servi, dit-on, jadis ù un temple

d'Isis ou de Cérès; et une tour romaine, qui en était une dépendance, a subsisté jusqu'en 181G. La faculté de droit de l'ancienne université de Nantes a été transférée à Rennes en 1735.

En 1774, des maçons découvrirent, en démolissant une maison, outre une centaine de médailles romaines, une fibule, une chaîne et une patère d'or. Cette dernière, du plus beau travail, se trouve aujourd'hui dans les collections de la bibliothèque nationale de Paris, sous l'étiquette de patère d'or de Rennes. Exécutée, d'après les savants, vers la fin du ni® siècle, et pesant plus d'un kilogramme, la patère de Rennes offre incontestablement le plus remarquable spécimen de l'orfèvrerie gallo-romaine.

Depuis longtemps nous sommes sortis du véritable cœur de la Bretagne. Pour com-^ prendre une différence entre la haute et la basse Bretagne, il faut se reporter aux anciens évèchés. Nantes, Rennes. Dol, Saint- Malo et Saint- Brieuc composaient la liante Bretagne; Vannes, Quimper, Léon et Tréguier composaient la basse Bretagne, ou, comme disent les Bretons, la Bretagne bretonnante. La langue constitue la plus notable différence. Une ligne tirée de l'embouchure de la Vilaine, et qui viendrait aboutir à Chàtel-Audren, entre Guingamp et Saint-Brieuc, séparerait assez bien les deux parties de la province. En deçà de cette ligne, on n'entend parler que le français ou un patois bâtard; mais le paysan de la basse Bretagne a conservé l'antique idiome, et un Breton bretonnant vous dira ijuc les Celtes, ses aïeux, ne reconnaîtraient (pi'en lui seul leurs traits et leur sang.

La langue bretonne se divise en autant de dialectes qu'il y avait d'évèchos brelonnanls. (^cst, au surplus, un phénomène curieux que celui d'une conlrée où, depuis deux mille ans, vil la même race et se parle la même langue. Le brave la Tour d'Auvergne, qui fut à la fois le {iremier grenadier de France et un écrivain fort tM-udil, rapporte, dans ses Origines gauloises, à propos de la langue bretonne, une tradition proverbiale du pays, «t 11 est bien constaté, dit-il, qu'on parlait breton dans le

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UUATuUZltME VUVAUE

paradis loireslrc. OlkukI la pivmièiv l'oninic p^o^ellla la pomme à son époux, celui-ci eu demaiula un morceau en breton, à'tain, d'où lui vint le nom d'Adam. Elle lui oIVrit ensuite de Teau fii lui disant, toujours en breton, ci\ bois, et le nom lui en est resté à elle-même. »

La basse Hrelagne a conservé une foule d'anti(jues superstitions que la religion ellemême, ne pouvant parvenir à les déraciner, a dû tolérer en quelipie sorte, en les détournant de leur objet primitif par une signilication chrétienne. De ce nombre est le pèlerinage qui a lieu près du bourg de Pontou, à une antique chapelle dédiée à saint Laurent. Chaque année, dans la soirée du 0 août, une foule d'hommes y accourent des paroisses environnantes. Après avoir fait, sur les genoux, le tour de l'ancien cimetière, ils se glissent tour à tour en ranqiantdans un four pratiqué sous l'autel, pour rappeler le supplice du feu infligé à saint Laurent, baisent la pierre humide de l'àtre, s'y frottent les mains, puis, se dépouillant complètement de leurs vêtements, courent se plonger à l'envi dans la fontaine voisine. La vertu de ces ablutions est de préserver ou de guérir des rhumatismes. Quelques pèlerins s'offrent à recevoir une seconde douche pour le compte d'autrui, et l'on peut utiliser à peu de frais leur complaisance, et se baigner ainsi par procuration.

Au coup de minuit, la foule abandonne la fontaine pour se porter dans une prairie, où commencent aussitôt, à la clarté de la lune ou à celle des cierges empruntés à la chapelle, des luttes qui durent plusieurs heures. Les hommes mariés sont formellement exclus. 11 n'y a point de prix, ou plutôt il n'y en a qu'un, digne de la valeur des combattants : on lutte pour l'honneur de la paroisse. Quand les préparatifs sont terminés, d'anciens lutteurs, réduits au rôle de hérauts, crient : Lice/ lice/ comme on le faisait dans les tournois, et rangent en cercle les milliers de spectateurs. Les spectateurs des deux premiers rangs se tiennent accroupis sur leurs talons, les autres sont debout. Aussitôt que la victoire a décidé quelle paroisse aura le droit de mépriser les autres pendant une année, le cirque se décompose, des groupes nouveaux se forment

en attendant le jour : les uns écoutent le llux de paroles intarissable des improvisateurs populaires; d'autres dansent à la voix, en poussant de temps en temps des cris sauvages; d'autres remplissent les tentes des taverniers : et, quand le soleil se lève, les femmes, qui n'avaient j)oint encore paru, viennent se mèlef à la foule. C'est à leur tour de passer par le four et sous la cascade de la source.

Quoi([ue à peu près sans culture intellectuelle, cette population est brave et probe; avec de la d(»uceur on en fait facilement de bons soldats, et tous naissent marins intrépides, lui dépit du Code, les familles des cultivateurs continuent à observer généralement, dans leurs partages, le droit d'aînesse, afin de ne pas morceler l'exploitation rurale. Le fds aîné, en succédant à la ferme, devient pour ses frères et ses sœurs un véritable père de famille : il s'engage à les nourrir et à les établir. Nulle part l'hospitalité ne s'exerce avec plus de générosité : le mendiant trouve partout place à la table et au foyer; il paye son écot en prières, en nouvelles, en chansons. Tout le monde mange au même plat, maîtres et valets. Le maître y porte le premier la main, puis les fils de la maison, puis les valets; les femmes ne viennent qu'après tout ce qui est du sexe masculin. Cette nourriture est souvent misérable. Dans les environs de Brest et de Morlaix, ce sera de la bouillie d'avoine et de blé noir, du pain d'orge ou de méteil, et une soupe au lard; point de vin. Le maître de la maison se dédommage de cette abstinence dans les cabarets de la ville les jours de marché.

Dans les villages pauvres, on donne le nom de maison à une cahute en terre battue qui a dix mètres de long et la moitié de large, avec une porte, et pour uuicpie fenêtre une ouverture d'un demi-mètre. Une claie sert de cloison et sépare l'intérieur en deux parties. Dans l'une couche le bétail, dans l'autre la famille s'entasse sur des planches disposées en étagère des deux cotés de la cheminée. Une balle d'avoine ou de seigle sert de matelas; une couveiture est chose rare; une paire de dra|)S est un luxe.

BRETAGx\E

Les costumes sont très variés. Dans un pardon (on nomme ainsi les fêtes de village) on peut compter jusqu'à quarante costumes différents. Le plus usité rappelle l'habit à la Louis XIV avec les larges canons bouffants, bas noirs, souliers à boucle, chapeau à larges bords. La chevelure est toujours luxuriante et tombe sur les épaules. Quelques-uns font broder en laine rouge, sur une basque, la date de leur habit. Entre Quimper et Quimperlé, les femmes, dont la plupart ont de la beauté, portent un costume qui rappelle celui des paysannes suisses : jupe rouge et courte, corset entr'ouvert et bavolet blanc.

Un des plus bizarres préjugés de la basse Bretagne est le mépris pour ceux qui exercent la profession de cordiers. On les appelle kakour, caqueux, sentant la caque, et on leur reproche la lèpre, qui, dit- on, ne manquait jamais de s'attacher à leurs ancêtres.

Les tailleurs sont aussi voués au ridicule; un proverbe breton dit

qu'il faut neuf tailleurs pour faire un homme. Si l'on prononce le mot tailleur, on ajoute sauf voire respect. Les Anglais, ou (commi' dirait un vrai bas Breton) le peu[>le qui habite la petite lirclagne, ont également ce deinier préjugé; et même, de l'autre côté du détroit, c'est surtout dans la haute classe qu'il s'est conservé.

Mais tous ces usages, ces préjugés, ces mœurs par trop primitives, commencent à être fortement entamés par l'esprit moderne. Ces braves paysans comiirenncnl peu à jieu qu'ils ne sont pas condamnés sans appel ;i vivre do pain noir cl à s'abril(M' avec leur bétail dans (h; misérables cahutes. Si la Bretagne a été une des dernières provinces de la l'rance où la pi)pulation rurale soit restée en dehors du progrès agicole, c'est moins de

parti pris que parce qu'elle ne savait pas, et parce qu'elle manquait des premières avances pour améliorer ses procédés de culture. Aujourd'hui, grâce à l'initiative des grands propriétaires, qui donnent l'exemple, grâce aux conseils et aux encouragements des sociétés d'agriculture et des comices, grâce au puissant patronage du gouvernement, l'agriculture bretonne sort de ses vieux et stériles errements. Elle défriche, elle adopte des plantes nouvelles dans le pays, modifie ses assolements, ses instruments, et déjà les résultats obtenus pro-

lypes brelous.

mettent, dans un temps donné, la régénération complète d'une belle contrée , habitée par une population pleine de cœur et d'intelligence, à laquelle il ne fallait que montrer le chemin, dont il ne fallait que soutenir les premiers pas.

La basse Bretagne est le pays des dolmens ; nous en aurions rencontré là presque dans chaque commune. Aux environs de Rennes, la commune d'Essé en possède un des plus curieux, qu'on nomme la l'oche aux Fées. Il se compose aujourd'hui de (juarante-trois pierres fichées en terre, et supportant huit autres pierres plus grosses couchées à plat.

Vitré, ville d'environ 9,000 âmes, est une de ces vieilles cités qui ont le plus conserve leur cachet original. « Ses maisons, dit un de nos plus féconds romanciers, de style bizarre, sont jetées pêle-mêle sur la colline, autour de la grande masse du château, l^'œil se jierd au milieu de ces masures dix fois scculair«>s, tjui grimpent, serrées et en désordre, aux lianes rocheux de la montagne. » L'église de Vitré se recommande par une chaire en pierre construite en tlehors, el d'où l'on prêchait le peuple assemblé dans le parvis. Entre deux tours des reiupniis est

gUATon/lKMK VOVAt. !•:

une maison de peu d'apparence, cpio je signalerai à voire allenlion ; M'"" de Sévigné Tliabitail lorstprelle tiiiiltail son cliàleau des \\ochers pour venir à la ville. Ce château des Hochcrs esl forl l>ien enlielenu, trop bien niùme: car dans le cabinet de M'"" de Séviirné, ce cabinet vert où elle laconte avoir re«^u la gouvernante de Bretagne, on ne trouve plus rien de celte épociue, pas même la peinture. 1-^lle a disparu sous un crépi recouvert d'une couche de blanc. Nous visiterons sa chambre à coucher, et le second cabinet sans cheminée où elle se retirait souvent pour écrire; cl nous croirons enfin avoir joui un instant de sa présence, (juand nous aurons regardé un j)ortrait d'elle, qu'on attribue à Mignaid.

Une des principales industries de Vitré est la préparation des peaux de chèvres. On en fait un sayon, sorte de paletot qui se porte le poil en dedans ou en dehors, selon (piMl pleul ou qu'il fait froid. C'est surtout dans la contrée de Rennes à Vitré que ce vêtement est d'usage. Les jeunes élégants font orner leur sayon de brandebourgs à olives.

Laval est une ville de 27,000 âmes, qui date du vui" siècle, et qui s'est groupée auprès d'un vieux château, aujourd'hui disparu, destiné à arrêter les incursions des Bretons. Arrosée par la Mayenne, Laval a disposé assez capricieusement celles de ses maisons (pli bordent les deux rives. Ce désordre, qui probablement fait le désespoir du conseil municipal, a fourni à plusieurs de nos paysagistes de gracieux sujets de tableaux. Je n'en dirai pas autant des rues de la ville. L'une d'elles se prolonge sous des maisons voûtées. Dans la grande rue , non seulement le toit des maisons bâties en bois, mais chaque étage de la maison surplombe de beaucoup sur l'étage inférieur. La maison va ainsi eu s'élargissant de la base au toit. 11 y en a qui n'ont pas moins de six à sept cents ans d'existence. La tradition veut (prdles aient été construites avec des chênes abattus sur la place même. On esl tenté de le croire, quand on consid^e l'énormité des poutres mises en œuvre : il aurait fallu des fiais incroyables pour les amt-ner de loin.

L't'glise de la 'liiiiilé ollVe plusieurs détails remartpiables d'architecture gothique. Celle des Cordeliers a une voûte en bois entièrement peinte, et ti-entc-six colonnes en marbre rouge cl en marbre noir. L'église Sainl-Vénérantl a (pielijues vitraux assez beaux. La ville moderne abandoiuie le coteau sur lequel s'élève l'ancienne cité. Un nouveau (piartier se forme sur le passage de la grande roule, el devient la ville nouvelle; on y a construit un hùlel île ville, un beau puni, une salle de spectacle, plusieurs belles maisons ; la statue d'Ambroise Paré, célèbre médecin et chiruririen du xvi* siècle, s'élève sur une place non loin de la promenade. Tout près de Laval, le village d'Avenières aune jolie église qui date du xi" siècle. Le hameau de Grenoux en a une de construction romane, dont on place la date du vu" au i\" siècle. Elle renferme deux tombeaux assez curieux du xMi' siècle, celui d'un chevalier vêtu d'une longue robe retenue sur la poitrine par une agrafe , et celui d'une femme dont la tète est enveloppée d'un voile, ou plutôt d'une espèce de turban qui encadre très exactement le visage. L'inscription est en latin, mais illisible.

La partie haute de Mayenne, bâtie sur deux coteaux, est la ville; la partie basse est le faubourg, qui contient un tiers des 11,000 habitants de la population totale. Celte ville, dont l'orisrine remonte au ix° siède, s'appela d'abord Mayenne-la-Juhel, du nom du sire de Mayenne, Juhel, qui fit bâtir le château. La rampe qui conduit dans le haut de la ville est d'un accès très difficile. En hiver il n'est pas rare de voir atteler à une charrette jusqu'à trente bêtes, tant bœufs que chevaux. A quelque dislance de Mayenne, nous pourrons voir à Jublains un camp romain, ou plulùt une cité de construction romaine. C'est une enceinte carrée d'environ cent soixante mètres sur chaque face, et flanquée de tours. La muraille a trois mètres d'épaisseur; elle est construite en briques avec un revêlement en pierre sur les deux faces. Au centre sont les débris d'une autre fortification carrée de dimensions moindres, à peu près comme les donjons du

BRETAGNE

moyen âge. Dans ce môme bourg, qui fut la cité principale des Diablintes, on a retrouvé les vestiges d'un cirque, d'un temple à la Fortune, de thermes, d'un aqueduc, d'un théâtre, etc.

En poursuivant notre route, nous passerons à peu de distance de la petite ville de Lassay, dont le château, construit en 82o , et reconstruit au xiv" siècle, fut une forteresse importante ; c'est le mieux conservé des vieux châteaux du département. On y entre par un pont-levis flanque de deux fortes tours.

Alençon, ville de 10,000 âmes, est située dans une grande et fertile plaine entourée de forêts, au confluent de la Briantc et de la Sarlhe. Ses rues larges feraient croire à sa salubrité ; mais la mauvaise qualité de ses eaux et le voisinage de quelques étangs forcent à revenir de cette impression favorable. Sa cathédrale'date du xv" siècle. Le portail , achevé dans le xvin®, est remarquable par ses sculptures. L'autel, avec un baldaquin ù quatre colonnes de marbre blanc, est beau ; un incendie a détruit le chœur primitif; celui qui l'a remplacé est trop nu. En 1821, un ouragan a brisé les vitraux, qui étaient en réputation. Les environs donnent du cristal de roche connu sous le nom de diamant d'Alenron. Tu connais, Henriette, la dentelle qu'on appelle point d' Alençon.

Mayenne, Mortagne, et surtout Alenron, sont des marchés importants, oi!i les nombreux tisserands des villages voisins viennent apporter leurs toiles de chanvre et de lin. Les toiles de chanvre d'Aleiu^on sont très belles.

Mortagne est une ville de '),000 habitants, bâtie en partie sur une colline escarpée; mais la |)cnle de sa grande rue, par où passe la route, (V'^t habilement ménagée. Anciennement Mitrlagne maïKjuait d'eau : aujourd'hui (lit' possèih; (les fontaines alimentées pai'uno machine à vapeur qui ("lève Teau du fond (le la valh't' où les habitants étaient obliiri's d'aller la clienlici'. Dans les environs est la forêt de lU'Uesme, où l'on trouve la font.jine dt la Herse, source minérale froide. Sur une des pierres qui lui servent d'encadremenl ,

on lit une inscription latine qui indique que jadis la forêt eut un temple consacré à Vénus, Mars, Mercure, ainsi qu'aux dieux infernaux. Non loin de Mortagne, on a trouvé fréquemment au village de Céronne, sur l'emplacement de la ville antique de Mont- Cacone, des vestiges de constructions romaines.

Nous nous détournerons un peu au nord de notre route pour voir la ville de Laigle sur la Hille. Elle ne date que du xi' siècle. On raconte que, lorsqu'on la bâtissait, un aigle vint placer son nid sur les constructions commencées, et que c'est en souvenir de ce fait, peu probable, qu'on a placé un aigle colossal au sommet de la e-rande tour de l'église Saint-Martin. La nef de cette église est du xni° siècle, et quelques-uns de ses vitraux, d'un dessin grossier, sont curieux. La grande tour est un bel ouvrage du xv* siècle. L'église Saint-Barthélémy date de 1115; elle est d'un style roman fort naïf. On prétend que Mansard a donné les dessins du château, masse peu gracieuse.

Laigle est fort industrieuse ; elle renferme 5,800 habitants. Depuis longtemps elle et la ville de Hugles, dans son voisinage, sont en possession de fournir la presque totalité des épingles qui se vendent en France. Laigle commence aussi depuis peu à fabriquer de bonnes aiguilles ; car, sous ce dernier rapport, nous avons été longtemps inférieurs à l'Angleterre, et uiême aux deux fabriques prussiennes, Aix-la-Chapelle et Borcette. Le.s aiguilles se font avec les (ils d'un acier très pur, ((u'on dispose par bottes d'une centaine de lils. Une cisaille mue par un moteur (pielcontjue lionne vingt et un coups par minute, et il suffit de deux coiqis jiour couper une botte de cent lils. Pour faire la pointe, un ouvrier prend enlre le pouce et l'index une vingtaine de ces brins coupés, et les présente successivement par les deux bouts sur un*» meule de grès ipii tourne très vile. Quand les deux bouts sont appoirrlés, on coupe de nouveau ces brins par le milieu, de manière que elKKpre lu in lournil deux aiguilles. On donne un . oiip de marteau sur la tète pour for'iner ih>u\ faces, sur chacune desquelles on frap[>e

QUATORZIÈME VOYAGE

un coup de poin«;on qui perce lo iiiôlal, et pruiiuil Vœil ou trou de raiguille ; un coup de lune line lai^onne une goullirre îles deux CcMés. On Irenipe ensuite les aiguilles en les chaulVanl au rouge cerise dans des boîtes de fer, et en les jetant dans l'eau. lUi les polit en les frottant l'une sur l'autre avec de rémeri; enfin on rafraîchit la pointe sur la meule, nn conii)te ipie l'aiguille, depuis le moment où elle est simplement 111 d'acier jusqu'à celui où le marchand peut venir la prendre en fabrique pliée si proj^rement dans du papier, a passé par une centaine de mains, l'our la plupart des opérations on emploie des enfants. Pour ton instruction particulière, je te dirai , ma chère Henriette, qu'un beau poli est un préjugé favorable de la bonté des aiguilles; il se trouve, il est vrai , quelques aiguilles polies qui ne sont pas bonnes ; mais il est impossible qu'on ait fabriqué une bonne aiguille sans poli. Tu sais mieu.x que moi qu'une bonne aiguille doit supporter une flexion sensible, mais se rompre net et ne jamais se tordre.

L'épingle se fait avec du fil de laiton ; pour la tête en prend un fil plus fin qu'on torlillc en spirale sur une tige, et qu'on découpe par petits fragments, dont chacun a deux révolutions de la spirale. On place ce fragment au haut de l'épingle; on le pose sur l'outil qui la serre fortement, et on le fixe par le coup d'un marteau qu'on fait mouvoir avec le pied. On nettoie ensuite les épingles en les faisant bouillir dans une eau de crème de tartre ; on les lave à l'eau pure, et, pour leur donner une belle teinte blanche, on les fait de nouveau bouillir dans une eau de crème de tartre, mais sur un plat d'étain. Une partie de ce métal se dissout et se fixe sur l'épingle. Une épingle passe par les mains de dix-huit ouvriers, qui peuvent en faire environ cent mille par jour. Les épingles noires doivent leur couleur à un mélange d'huile de lin et de noir de fumée. La dernière opération, qui consiste à les placer sur le papier-, occupe des enfants sous la surveillance d'une femme ; le plus habile ne parvient pas à gagner au delà d'un franc cinquante centimes à deux francs par semaine. Cette fabrication s'opère I

par petits ateliers, au nombre d'environ quatre cents, dont le chef travaille pour son propre compte le fil de laiton qu'il reçoit clKKpie semaine de la maison de commerce a hupielle il est attaché, et qui lui paye ses façons, partie en matière, partie en argent. Le nombre des personnes employées dépasse six iiiillt>. (|ui j)i'oduisent annuellement pour une valeur de trois à quatre millions de francs. Une partie de ces épingles s'expédient pour la Belgique, l'Espagne et le Portugal, l'Italie, la Tunjuie et le Brésil.

Verneuil est une ville fort ancienne; sa l)opulation de 4,000 âmes ne répond plus à sa vaste enceinte. Elle a démoli dans le siècle dernier toutes ses forteresses, car elle en avait trois indépendamment du château ; elle n'a conservé qu'un redoutable donjon , la Tour grise (pii s'élève au bord de la rivière de l'Avre. Le clocher de son éijlise de la Madeleine est une tour remarquable par sa solidité et la profusion de ses ornements. Dans les environs, la petite ville de Breteuil possède les restes d'un château bàli par Guillaume le Conquérant.

Nous passons au joli village de Menill'Estrées. MM. Eirmin Didoty ont établi une importante fabrique de papier à la mécanique. Par les procédés les plus perfectionnés, là deux cent cinquante ouvriers fabriquent par jour une longueur de vingt kilomètres de papier, sur une largeur d'environ un mètre et demi, qu'on pourrait augmenter facilement. Les jardins de l'habitation sont formés par des îles délicieuses de la rivière de l'Avre. On y voit un beau saule provenant d'une bouture de celui qui ombiageait à Sainte- Hélène le tombeau de Napoléon.

Nous arrivons à Dreux, ville de 7,000 habitants, sur les rives gracieuses de la Biaise, et capitale des Duroca><ses avant l'invasion romaine. Elle est dominée par un coteau que couronnent les ruines du vieux château des comtes de Dreux. Du côté du nord sont les restes d'une énorme tour bâtie en briques; ce fut, dit-on, le donjon. Dans la première cour sont des chapiteaux dont les scul|)tures sont curieuses; ils proviennent d'une chapelle bâtie m I ri2. Au iiiili(Mi des anriiMines

BRETAGNE

murailles, le roi Louis-Philippe, encore duc d'Orléans, fit élever en 1816 une chapelle oià l'on a déposé les dépouilles mortelles de la famille de Penthièvre , et destinée à la sépulture de la maison d'Orléans. Cette chapelle est devenue un monument remarquable. Là est inhumée la duchesse douairière d'Orléans, et auprès d'elle les enfants de Louis- Philippe, la princesse Marie, duchesse de Wurtemberg, le prince royal si malheureusement tué près de Paris, et plusieurs autres membres de la même maison.

Dans les environs de Dreux, et dans une vallée charmante, était le château d'x\net, construit par ordre de Henri 11 pour Diane de Poitiers, et l'une des plus belles œuvres du célèbre architecte Philibert Dclorme. Il n'en reste aujourd'hui qu'une aile, la chapelle, et le portail bien mutilé. La grande porte du château s'ouvrait au milieu d'une construclion triomphale, surmontée de deux étages de terrasses bordées de riches balustrades, et couronnée d'un motif architectural dans lequel était ajustée cette horloge célèbre qui indiquait à la fois les heures, les mois de l'année et les phases de la lune. Un cerf en bronze, placé au sommet de ce portail, marquait les heures en fiappant du pied, comme s'il eût été harcelé par (juatre chiens, également de bronze, qui faisaient en même temps entendre leurs aboiements. Le tympan de l'arcade était orné de ce fameux bas- relief de bronze exécuté par Benvenulo Cellini pour Fontainebleau, et représentant la Nymphe de Fontainebleau appuyée sur uii cerf, entourée de sangliers et de chiens. C'est le morceau de sculpture le plus important que nous ayons en France du maître italien; il a été transporté au Louvi'c. L'ensemble de cette construclion moiuimentale était de plus enrichi de marbres de diflercntes couleurs. Cette espèce de frontispice, élevé à l'entrée du château d'Anct, existe encore, quoicpic assez détérioré; tous les bronzes ont disparu, et il ne reste plus (pie la grande porte ornée d'attributs de chasse et de pèche, ol dfs chilTres do Diane. La commission des monuments hislori(|ues l'a reslaui'écn iSiif).

La chapelle d'Anet est aujourd'hui la partie la mieux conservée du château, et cette conservation est le meilleur éloge qu'on puisse faire de la perfection avec laquelle elle avait été construite ; car les voûtes de sa coupole, dont les pierres sont apparentes à l'extérieur, et par conséquent exposées aux pluies et aux neiges de notre climat, n'ont pas subi la moindre altération. Les deux escaliers de cette chapelle, couverts de hautes pyramides de pierre, nous offrent encore une preuve de cette même perfection. La voûte est sculptée en caissons-losanges, dans chacun desquels est une tète d'ange ; elle est couronnée d'une lanterne que termine un petit dôme. Le pavement du sol reproduit par des losanges blancs et noirs la projection des caissons de la voûte. Huit figures de femmes ailées et drapées, tenant des palmes ou des trompettes, sont placées dans les tympans des arcs , et huit figures d'anges portant les instruments de la Passion sont disposées dans les compartiments des voûtes en berceau. Ce sont de magnifiques sculptures de Jean Goujon.

L'aile qui subsiste est surtout remarquable par un ancien plafond , dont les sculptures dorées et peintes sont bien conservées. On y voit les armes de France, de Brézé et de la duchesse de Valentinois, avec des D et des H entrelacés, et les croissants symboliques de Henri II combinés de toute manière.

(ne des cours renfermait la fameuse fontaine de Jean Goujon, représentant, sous la ligui'e de la duchesse, Diane couchée, tenant un ai'c d'une main et passant l'autre autoui' (lu cou d'un cerf; ses deux chiens favoi'is raccompagnent. Les restes de cet admirable niorc(\nu sont aujourd'hui nu Louvre.

Au sortir de cetlo vallée, on voit se déployer la plaine d'ivry, célèbre par la vict(Mre de Henri IV sur le duc de Mayenne et les ligueurs, en loOO. V^ers la fin du siècle dernier, le duc de Penthièvre fit élever sur ce lieu une pyramide ; la révolution la détruisit; mais elle fut rétablie en 1800 par ordre do Napoléon.

De Dreux, enfin nous tracnous \'ersailles.

quatouzièml: vuvagiî

en hiissaul >iir imlro ilroile le pcliL villairo de Séiuinle;^, où l'on a découverl plusieurs restes do l'époque romaine.

Je n'ai pas besoin df nous dire (jue la majeure partie du pays ipie nous venons tle parcourir est en ce moment sillonnée par le réseau du chemin de fer de POuesl, dont la gare iM'incipale, la tète, est à Paris sur la place de Hennés. Une de ses lignes se dirige vers le Mans par Chartres. Au Mans, cette ligne se subdivise en (juati-e embran-

chements : le premier court sur Tt>ur.s, le second sur Hresl par Laval , le troisième sur Angers; pour le (piatrième, il vient se souder, près de Cacn, avec la ligne de Paris à Cherbourg.

Une seconde ligne, partant également de la gare de Rennes, se dirige sur Granville par Ureux, en jetant à droite et à gauche des embranchements qui la relient à la ligne de Paris à Cherbourg et à la ligne de Bretagne.

QUINZIÈME VOYAGE

DE PARIS A CHERBOURG - COTES DE LA MANCHE

Évreux. — Cacn. — Clioibourcy. — Coulanccs — Saint - Malo. — Honfltur.

— Le Havre. — Uoueu. — Dieppe.

Vous connaissez maintenant la Médilerranée et l'Océan, il est temps de parcourir les côtes de la Manche. Qu'en dites- vous, mes enfants? Si vous êtes de cet avis, je vous proposerai aujourd hui le voyage de Paris à Cherbourg ; la distance est de trois cent cinquante-deux kilomètres.

Nous sortirons de Paris par la magnifique avenue des Champs-Elysées et le pont de Neuilly. Ces belles îles boisées au-dessous du pont appartiennent au parc et au château de Neuilly, construit dans le siècle dernier sur les dessins de Carteau. Le pont de Neuilly est un de nos ponts les plus remarquables par sa noble simplicité, par la hardiesse et la grâce de ses cin(i arches, ijui n'ont pas moins de quarante mètres d'ouverluie. On y a employé des pierres énormes : le parapet en présente qui ont plus de onze niètres de longueui* ; il y en a dans les piles ({ui n'ont pas moins de (luin/.c mètres cubes. C'est l'œuvre du célèbre ingénieur Perronct, mort en IT'.l'i, <»l le premier modèle d'un pont pUit (pi'oii ail \u cw l''i'anco.

Nous pas.^^ons au porl de Marly, devant la pompe à feu et les restes di^ la fameuse machine de Marly, dont je vous ai parlé, ainsi (pic de Taquciluc de Louvecionnes sur la

hauteur voisine, quand nous nous sommes trouvés à Versailles.

Arrivons à Saint-Germain-en-Laye, ville de 15,S00 âmes, située sur une montagne, et adossée à une belle forêt de vini?t-huit kilomètres de tour. Elle jouit d'un air pur et salubre, dont les rentiers de Paris apprécient l'avantage ; beaucoup y fixent leur retraite. Depuis qu'elle communique avec Paris par un chemin de fer, elle est devenue un but habituel de promenade, et reçoit chaque jour de nombreux visiteurs. Son château est une lourde mais vénérable construction, riche en souvenirs historiques. Louis le Gros avait là un château royal en 1124, et la ville ne date que de cette époque. François l" fil réparer le château, qui devint une de ses résidences. Henri IV, (jui s'y plaisait beaucinip, y ajotita des bàlinienls du côté i|ui regarde la Seine, et à ces bâtiments des grottes avec des bassins, des jets d'eau et des slalues. On voit encore des restes de ces grolles sur la nouvelle roule (|ui descend au pont du Pccq. Louis .\1\' exhaussa l'œuvre de François 1" de toute la partie construite en briciues . la Ihunpia lie cintj énormes pavillons, et l'enloura d'un large fossé. Il termina en «mire en 1070, .sur les dessins de le NiMn-. l-i b<^ll«^

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terrasse, de deux kilomètres do lon£riiour, (jui avait été commencée par Henri 1\'. Hiou- IcM il s'ennuya de ce séjour, et con^^lruisil Versailles. Aujourd'hui le chiUeau vieux subsiste, et sert de musée destiné à recueillir des nbjels crallo-romains, gaulois ou préhistoliques ; le château neuf, avec tous ses accessoires, a disparu, à l'exception du pavillon Henri IV, où est né Louis XIV, v[ «pii est occupé par un restaurateur. L'église de Saint- Germain garde le cœur du roi d'Angleterre, Jacques 11, qui, chassé par ses sujets , trouva un asile auprès de Louis XIV, et habita le chàleau.

Ln traversant la forêt, nous arriverons à Poissy, petite ville assez laide . de 5,000 habitants.

C'est le i> 1 u s grand marché de bestiaux pour lapp rovisi onnement de Paris.

Le portail a toujours manqué à son église, bel édifice du xi" au xvii® siècle. et d'une architecture fort riche. Elle conserve la cuve 011 fut baptisé saint Louis.

Meulanel Manles-la-Jolie sont deux petites villes d'un aspect agréable, et dans une magnifique contrée. L'une a plus de 2,000 habitants ; l'autre en a 5,500. Celle-ci, qui doit évidemment son surnom à la beauté de ses environs, renferme des monuments très intéressants. Son église, ancienne collégiale, est d'une noble et élégante simplicité. Sa nef, d'une élévation remarquable, est soutenue par des piliers dont la légèreté et la hardiesse effrayent la pensée. La vieille tour de Saint- .Maclou, la fontaine sur la place du marché, dont on veut faire remonter la construction au \\i* siècle, méritent d'être vues. Enfin Mantes a quelques droits d'être fière d'un pont construit par Pcrronet, comme celui de NVuilly. Lf's dimensions oi l'éN-gance des

Cliâteau de Saint- Germain-en-Laye.

arches sont les niômos. Tout auprès est le château de Rosny, où Sully na((uit, en 15!)*.). Des jardins et des piairies ai-rosées \m\v l'Iton, (jui se divise ici en trois bias, entourent Evreux, jadis Mediolanum Aulcrcorum, puis Ebroicum, aujourd'hui j^euplée de 1:^,000 habitants. Celte ville n'était pas primitivement située où elle est aujourd'hui. Le château fort occupait seul l'emplacement de la ville actuelle. De ce château il ne reste plus rien. Au vieil Evreux on a ti'ouvé des vestiges de constructions romaines. L'église Saint- Taurin, dans la ville moderne , restaurée en 120G par Richard II, duc de IN'ormandie, porte dans ses ruines la date des différents âges de l'art jusqu'à la Renaissance. La cathédrale est aussi d'une époque reculée , avec de nombreux remaniements du XI' au xvin" siècle.

Le portail de gauche oflVe des détails curieux. Le cardinal la Balue, lorsqu'il n'était encore qu'évêque d'Évreux, obtint de Louis X 1 l'argent nécessaire pour élever un dôme au centre de la croisée, entre la nef et le chœur. Ce dôme octogone repose sur (juatre piliers, et supporte un clocher fort élevé, d'un travail délicat, tout découpé à jour, et qui finit en pyiamide. La tour de l'horloge est une svelte et jolie tour à six pans, avec mâchicoulis, et une balustrade ornée de statues; elle date du xv'' siècle.

Evreux, que le chemin de fer ne met qu'à trois heures de Paris, se sent déjà du voisinage de la capitale, et fait de grands efforts pour se régulariser et s'embellir. Son nouveau jardin des Plantes, sans mériter complètement l'admiration avec laquelle en parlent les habitants d'Evreux, offre réellement une promenade fort agréable.

DE PARIS A CHERBOURG — COTES DE LA MANCHE

'ïf'^^^GBK

La Trinité de Caeii.

Sortis d'Kvreux, nous laisserons sur notre droite un bourg peu connu, Neubourg. Là était un très vieux et considérable château fort, où fut céléijré le mariage de Marguerite, fille de Louis le Jeune, avec le fils aîné de Henri II, roi d'Angleterre. Quelques murailles et parties de bâtiments sont encore debout. Les villageois dansent dans une salle délabrée qui fut, à bien dire, le berceau de l'opéra en France. Sous la minorité de Louis XIV, le marquis Soudiac de Kieux, seigneur de Neubourg, fit exécuter le premier essai du genre, un opéra de Pierre Coi'neille, /" Toison iTor. Un peintre ne manquerait pas de nous (piitter pour aller à gauche de la route dessiner les ruines pittoresques d'une ancienne abbaye auprès de Ueaumont-le-Roger.

Lisieux, vilh-ide plus de 12,b00 Ames, occupe le fond d'une valh'c qu'arrosent les eaux de rOrbcc et de la Touipn^s. La ville actuelle n'a qu'une graïuh^ rue; le reste n'oIVre qu'un dédale de ruelles, dans lesquelles l'horreur do la litrno dmito. du plnin-piod. de In symé-

trie, est poussée aussi loin que possible. Ces maisons en bois, en pierre, en galandage, sculptées, peintes, leur air penché, avec leur oi'nemcntalion gothique, olVrent sans doute au peintre des sujets séduisants, au touriste une promenade pittoresque, au savant archéologue des renseignements sur la manière dont se logeaient nos pères ; mais je suis persuadé que ni les uns ni les autres ne se caseraient volontiers dans ces quartiers, si mal appropriés aux exigences de la vie moderne. Lisieux n'occupe pas le (piart de l'emplacement (pie couvrit jadis l'ancienne capitale des Lexuvii. Les trois nefs de l'ancienne cathédrale Saint-Pierre ont été bûlies do It'il à IlSii, dan> un style de transition très avancé; la lanterne centrale, le rond-point et ses deux chapelles latérales datent du xui" siècle. IMus tard, Pierre Cauchon, l'un des hauts personnages qui avaient pris le plus de part à la condamnation de Jeanne d'Arc, fit construire en expiation la jolie cha- [)elle de la Vierge. Nous visiterons à l'évèché un rsralier rurieuv. C'est ici surtout que se

oui.N/. 1 i:m i; vovac. k

fiibi-iiiur la iiiialiU' de Inilc appeli'i* ocIdiihc, (lu iu»iM (lo Civlon , (iiii avait clabli iiiic maiiiirarlurc dans les enviions.

j'aiis la vallt'o de l'Orne, à doii/c Uilolui'lres lie la niei-, Caen, ville de iljind iunes, se développe en forme de croissant, et renlerme dans son centre des pi-aii'ies arrosées par les bras nondtreux Ac la petite rivièi'e de rodon. On est frapj)é de la ri'gularité, de la propreté des rues de Caen, cl de la bonne construction des maisons. Le vieux cliàteau tort occupe le sommet de la courbe extérieure du croissant. Llle a un petit jiort , formé par 1.' lit de l'Orne et celui de l'Odon ; mais l'Orne a de nombreux bancs de sable à son embouchure, et puis au-dessus de Caen sa navigation cesse ; cependaiit la marée amène des navires de cent cinquante à deux cents tonneaux , et la ville tire encore un bon parti de cette facilité.

Voyez-vous ces collines qui bordent la vallée?

Elles fournissent en abondance une excellente pierre de taille, qu'on appelle ici (yirreait. Vous ne vous douteriez pas que les principaux édifices de Londres, et notamment la Tour (qui a été construite par (iiiillaume 1«' Crincpiéranl, et (pi'un incendie récent a détruite en partie), sont bâtis avec le carreau de Caen.

Le premier nom de Caen fut Cathem (en saxon, demeure de t,'uerre). En 912, c'était déjà une cité importante, qui prit encore un rapifle accroissement sous les ducs de Normandie, et surtout sous Guillaume le Conquérant. Ce prince fit construire le château siir l'enq. lacement d'une forteresse détruite, el VAbhmjc aux Hommes, tandis que Mathilde, son é[»ouse , fondait VAhbaijc aux Femmes. (]m sert aujourd'hui d'hospice.

Chevet de l'église Saint -Pierre, à Caen

l/ancioiHie église ch; IWidiayc! aux Hommes ou abbaye dtï Saint- Kticime est l'i^glise cathédrale. Le majestueux portail, la nef, luie partie de la croisée, appartenaient à l'c'glise primitive, et datent de lUGC). A l'intérieur, les bas côtés ont de vastes galeries avec balustrades. Le chceur. d'une épo(iue dilTérente, se lie bien avec la nef. il se termine par un sanctuaire de forme circulaire, fermé de grilles et entouré de onze chapelles. Guillaume le C'onquérant lïtl inhumé dans cette

église. Son tombeau, renversé une première fois pendant les guerres de religion, et une seconde fois en 1793, a été restauré au commencement de notre siècle. Celui de Mathilde, dans son église abbatiale de la Trinité, a eu pareille destinée, et a été restauré en 1819. On admii^e à l'église Saint -Pierre (dont la construction appartient aussi à différentes époques ) le chevet et le rond-point, comme une des œuvres les plus parfaites de la Renaissance. La tour, bâtie en 1308, ainsi que les trois portails, est un pi^odige de hardiesse et d'élégance. Elle repose en arcade sur quatre sveltes piliers; à l'intérieur, elle est vide jusqu'à la base de la croix qui surmonte la flèche du clocher; c'est un assemblage de pierres de taille qui ont quatre doigts d'épaisseur, et sont liées entre elles par des crampons de fer. Les jésuites ont fait construire vers la fin du xvn" siècle, et entièrement dans h; goiU italien, l'église Notre-Dame, dont l'intérieur est d'une remarquable élégance. La principale place de Caen est ornée d'une statue en bronze de Louis XIV, érigée en 1828, et dtuî au talent de M. Telitot fils.

La bourse et le (ribunalde commerce, (pii datent de l'épcKjue de la Renaissance, h; thé;i-

DE PARIS A CHERBOURG

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