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COTES DE LA MANCHE

tre, riiùtel des monnaies, de magnifKiiies promenades, un musée renfermant une galerie de laJjleaux telle qu'on en rencontre rarement hors des grandes capitales, une bibliothèque riche en livres rares et précieux, et notamment en éditions du xv" siècle, font de Caen une ville du premier ordre, et qui mérite d'être visitée en détail.

A douze kilomètres de Caen, au village de la Délivrande,- est une curieuse chapelle bâtie au xi" siècle, pour en remplacer une autre fondée au vu* par saint Regnobert. Cette chapelle est célèbre par le sanctuaire et Tantique statue de la sainte Vierge, et par l'affluence de pèlerins qui s'y rendent dans la belle saison. Les hommes placent à leurs chapeaux, et les femmes à leurs corsages, des fleurs artificielles qui se vendent en cet endroit et qui sont ornées de paillettes d'argent. On conserve chez soi ces fleurs qui ont été présentées à l'offrande.

Caen jouit depuis longtemps d'une très grande prospérité commerciale. Louis XI, voulant la récompenser de la conduite qu'elle avait tenue pendant la guerre du Bien public, lui avait accordé deux foires franches, qui n'avaient pas tardé à rivaliser avec celles de Lyon, de Bruges et d'Anvers, mais qui furent ensuite transférées à Uouen. Sous Fi-ançois I"', son commerce s'étendit en Afrique et jusque dans le nouveau monde. VA\e enqiloyait alors huit mille ouvriers à fabriquer des toiles très estimées. « 11 n'y a ville en Lurope, dit un de nos vieux historiens, où il se fasse do plus beau et plus singulier linge de table, que l'on appelle haulc lice, sur lequel les artisans lelliers représcnlent ttiules sortes de fleurs, bestes, oiseaux, arbres, médailles et armoiries de rois, piùnces et seigneurs, voire aussi naïvement cX proprement que le plus estimé peintre pourroit rapjiorter avec son j)inreau. »

Cathédrale de Baveux

Son commerce est très actif, et son industrie actuelle comprend le raffinage des sucres, la fabrication et l'épuration des huiles, (juelques filatures de coton, des fonderies de fer, la bonneterie, qu'elle fabrique dans la perfection, et la fabrication des dentelles, dont elle et Baveux sont les deux centres. En 1825, on comptait environ trente mille ouvrières employées à ce travail dans les communes qui avoisinent ces deux villes. Le fil entrait alors pour les trois quarts dans la fabrication des dentelles. Depuis, la mode ayant fait prévaloir les blondes ou dentelles de soie, Caen les a produites avec une supériorité qui les a fait rechercher dans toute l'Europe. Aujourd'hui le fil reprend le dessus. Baveux remporte pour l'exécution des dentelles de meilleure qualité et de prix plus élevé. C'est elle qui fournit les grandes pièces .

telles que robes, voiles, châles , écharpes , mantilles, etc. C'est un objet considérable d'exportation pour l'Espagne, la Havane, le Mexique et les États-Unis. Il se tient aux environs de Caen une des foires aux chevaux les plus considérables de la France.

La ville de Bayeux, qui compte 'J,000 âmes, doit à l'aiguille d'une femme de voir arriver chez elle en pèlerinage tout' le monde érudil, et tout ce qui s'occupe de recherches sur le moyen âge. Malheureusement nous ne sommes pas érudits; mais du moins nous sommes curieux. Courons d'abord à la liibliolhèque publique, et faisons- nous montrer la célèbre tapisserie de la reine Mathilde. C'est une toile (le lin parfaitement conservée, (jui a un peu plus d'un demi- mètre de hauteur sur plus de soixante-onze mètœs de long. Une suite de figures brodées à raiguille, en couleur, représenlenl, en cinquante- huit grotqvs, la con(|uète de l'Angleterre par Cuillaume. La Iradilion raconte que cette broderie est l'on-

UUINZIDME VOYAliE

vraijre lie la reine elle-même. C'est un inoiuiment exlrèmemeiU précieux pour qui veut éluiliei- les aiinuies, les coslumcs el les usages ilu xi" siècle.

Le chœur de la cathédrale de Baveux est admiré comme un chef-d'œuvre de Tari au xn" siècle. Il renferuie de magnidiiues statues en bois de chêne, qui sont dues au ciseau des statuaires du xvi". Au-dessus du chœur s'élève une tour octogone qui se termine par une lanterne en forme d'^béliscjne, soutenue par huit élégants piliers. Sous le chœur est une crypte supportée par huit courtes colonnes massives, et qui doit dater de l'édifice primitif, j»resque entièrement détruit par un incendie en lldG.

La ville de lîayeux, située au milieu (riiii pays essentiellement agricole, ne peut, malgré ses fabriques de porcelaine et son commerce de dentelles, être citée parmi les villes industrieuses et commerranles du département.

A fiuelques kilomètres au delà de Bayeux, la roule passe à peu de distance du bourg de Littry, où, depuis 1741, s'exploitent des mines de houille fort riches. C'est à Littry que, vers Tan 1800, la machine à vapeur fut, pour la première fois en France, employée pour l'épuisement des eaux et pour amener les produits du fond de la mine au niveau du sol.

Nous trouverons à Saint-Lô, ville de 10,000 âmes (qui s'appela Briovère avant de prendre le nom du saint évêque de Coutances qui la posséda en fief), une cathédrale assez belle; et nous nous arrêterons surtout devant les sculptures et bas -reliefs fort curieux de l'église Sainte-Croix, une des plus anciennes de France ; quelques savants prétendent que leur construction remonte à l'an 80o. Elle possède aujourd'hui un marbre romain du plus haut intérêt par les inscriptions qui y sont gravées. .Malheureusement la principale a été en partie détruite, non par le temps, mais par la négligence des hommes; pendant longtemps des couvreurs se sont servis de ce bloc pour tailler dessus leurs ardoises. Il fut trouvé ù quelques kilomètres de Caen, au village de V'ieux, qui exploite une carrière de marbre,

et sur un sol où l'on pense qu'exista une ville considérable, cpii aurait été la capitale des Viducasses. Ces inscriptions, fort longues, sont, quoiipie altérées, très curieuses par les détails qu'elles donnent sur la manière dont les Romains administiaient les Gaules; elles doivent avoir été gravées sur le piédestal d'une statue élevée à Titus Sennius Solcmnis, fils de Solenniinus, grand prêtre de Mercure, de Mars et de Diane, (|ui non seulement avait pendant quatre jours de suite donné des spectacles et des fêtes en l'honneur de Diane, au prix de vingt- cinq mille sesterces qu'il avait reçus, « mais encore était recomman- (lable par sa gravité religieuse, par l'honnêteté de ses mœurs et par sa rare prudence. »

On voit que ce monument fut dédié à ce Solcmnis, prêtre originaire de la cité des Viducasses (Caen), par les trois provinces des Gaules, sous le consulat d'Annus Plus et de Proculus, qui coïncide avec l'an de Rome 991, de l'ère chrétienne 238.

Saluons de loin sur la côte le petit port d'isigny, à l'embouchure de la Vire et de l'Aure, là où finit le banc de rochers de vingt kilomètres, nommé le Calvados, qui commence à l'embouchure de la Seule. Isigny est célèbre par son cidre, et par son beurre, qui s'expédie, ainsi que ses œufs, pour Rouen, Paris et même l'Angleterre. Tout ce département du Calvados, ainsi que toute la basse Normandie, a pour richesse principale ses chevaux, ses bestiaux et sa volaille. Le cheval normand a de la taille, de belles formes; il est propre à la selle; mais c'est surtout un cheval de trait et de voiture. Les principales foires de chevaux se tiennent à Caen et à Guibray, faubourg de Falaise. Ici le nombre des bœufs est cinq fois supérieur à celui des vaches, qui est cependant très considérable; les propriétaires des magnifiques herbages de la vallée d'Auge achètent les bœufs maiiires qui viennent du fond de la Bretagne et du Poitou, et les engraissent pour les conduire ensuite au marché de Poissy. Les vaches sont de la belle race du pays; élevées avec soin, elles donnent un lait abondant et de qualité supérieure. Les beurres d'isigny ont une grande répulalion; ils In doivent aux soins et

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à l'intelligence avec lesquels on les fabrique srénéralement.

Nous traversons à la hâte Carentan, petite ville de 3,000 âmes, fortifiée et entourée de marais. Son vieux château, rebâti, sous le roi Jean, par Charles le Mauvais, roi de Navarre, a joué un rôle important dans nos guerres avec l'Angleterre. Une grande partie est encore debout, mais ne tiendrait pas, assure-t-on, contre une attaque sérieuse. Nous passerons ensuite par Valognes, ville de 0,000 âmes, autrefois florissante. Près de là, sur le bord de la mer, au petit village de Quinéville, est un antique et singulier monument : une colonne de plus de huit mètres de hauteur, avec une sorte de toit pour chapiteau, creuse dans toute sa longueur, et terminée en haut par des pilastres qui laissent de l'un à l'autre une ouverture par où s'introduisent l'air et le jour. On a émis l'opinion que ce devait être un phare construit dès le f siècle de notre ère.

Nous voici à Cherbourg, que les géographes latins appellent Coriallum , et qui, sous les ducs de Normandie, se nomma le château de Carusburg. Vauban, qui présida à la démolition de son vieux château, lorsque Louis XIV eut décidé de créer là un port militaire pour faire face au principal port militaire de la côte anglaise, reconnut des restes de consti-uction romaine. La ville moderne est assez belle; elle a à nous montrer son port, son bel arsenal, ses chantiers de construction, et un musée peu considérable, mais composé de tableaux de grands maîtres italiens, flamands et espagnols.

Dans celte baie, malheureusement troj) ouverte, il s'agissait de fonder une digue cpii brisât la fuieur des vagues et renfermât un espace moins considérable : c'est ce qu'on fit en réunissant la petite île Pelée à la terre fernic par une jetée. Au commencement de notre siècle, cette jetée était déjà fortement endommagée; Napoléon la lit reconstruire. Au lieu de jeter le gianit bloc par bloc, ainsi (pj'on avait fait d'aboid, on a imaginé de construire d'immenses caisses que Ton emplit de blocs réunis ensemble par du b('«(on, cl que l'on submerge, ('elte jelt'e, essentiellement

sous -marine, s'élève en talus très incliné jusqu'au niveau de la basse mer; la base a deux cents mètres de large, et le sommet se termine par une plate -forme dont la largeur atteint soixante mètres. Sur celte jetée a été fondée la muraille, chef-d'œuvre de construction maritime, qui a pris, par suite de l'agrégation des matériaux, due à l'emploi des ciments, le caractère d'un véritable monolithe long de trois mille huit cents mètres sur neuf mètres d'épaisseur à la couronne, et plus de neuf mètres de hauteur au-dessus du niveau des basses mers. La construction seule de celte digue a coijté soixante-sept millions de francs, soitdix-huil mille francs environ par mètre courant.

Le passage qui reste ouvert à l'extrémité de cette jetée est défendu et dominé par un fort construit sur un îlot factice, et qui élève au milieu des flots ses formidables rangées de canons. Les travaux nécessités par ces constructions sont gigantesques.

Non content de ce port. Napoléon en fit creuser un autre dans le roc, auquel il donna deux cent vinert-deux mètres de lonsrueur sur deux cent trente-sept mètres de largeur, avec une ouverture ou passe de soixante- quatre mètres, et une profondeur qui lui permet de recevoir les vaisseaux de premier rang. Ce bassin a fourni plus d'un million de mètres cubes de matériaux. 11 fut terminé en 18KL Lu second bassin à flot, formant un rectangle de deux cent quatre-vingt-onze mètres sur deux cent dix-sept, communique avec l'avantport au moyen d'une écluse large de treize mètres; il a fouini près de neuf eent mille mètres cubes de matériaux, et peut recevoir dix- sept vaisseaux. Il lut achevé le 2a août IS2U.

Le bassin Napoléon III, d«''crélé en 1803, entrepris en 1830, repris sur un plan plu.» grandiose en 18^3, présente une surface de quatre cent vingt mètres sur deux cents, et conuuuniipie ivec l'avant-port et le bassin à Ilot par deux larges écluses. Il peut recevoir (pialorzo vaisseaux. Kn cinci années, grâce à l'emploi de mines ciiargécs de vingt mille kilogrammes de poudre, qui soulevaient d'énormes masses de roc, ce bassin fut conq»lè-

OUINZIKMl- VOYAGE

leiueiil UM'iiiiik', ot son inaugural ion ruL lieu le 7 août 18ii8, eu pi'éseuce il'uu iuimeusc concours de speclateurs. i*our vous donner une idée des iriijranlestiues travaux exrculé.s à Cherbour;^-, jr laisse la parole à M. de roctjueville :

« Dans les rochers grauilitpies cpii bordent le l'ivage, à l'ouest de la \ille, trois bassins ont été creusés à di\-neuf mètres de prolonileur. Trois nùliions six cent ving't nulle deux cent (luatre-vingt-deux mètres cubes de locliers en oui élt'^ lires. Ce sont les j)yramides d'Egypte exécutées en creux au lieu île l'être en relief. Autour de ces vastes bassins s'élève une nouvelle ville, composée d'ateliers, de magasins, de bui'caux, de casernes et de cent autres édifices que réclament les besoins d'un irrand arsenal maritime.

Des forts fondés au milieu de la mer, des fortifications formidables sur le rivage, des redoutes sur les hauteurs, assurent sa défense.

(Jualre-vingts ans de travaux et plus de deux ccnls millions de dépenses, voilà le Cherbourg de nos jours. »

La ville de Cherbourg compte aujourd'hui .'57,000 habitants environ; elle est appelée à de hautes destinées. A cùté de son port militaire elle a un port de conmierce. Un luxe des Anglais riches est d'avoir un yacht, élégant petit navire qui leur sert à des promenades maritimes. Cherbourg est souvent visité par (juclques-uns de ces yachts, (|ui ne manquent pas de prendre à la cote de France un chargement de vin de Champagne. En avant des ports est la rade, (jui pourrait abriter jusqu'à quatre cents vaisseaux. Elle n'est ouverte qu'aux vents du nord et du nord-ouest.

Allons de Caranlan, par où nous venons de passer tout à l'heure, jusqu'à Saint-Malo; c'est un voyage de cent (juarante-cpiatre kilomètres. Nous verrons Coutances, ville de

Calhcdrale do Coulances

S.OOO âmes, (jui, bâtie à sept kilomètres de la mer, sur une colline d'où l'on jouit d'un coup d'œil magnilicpie, nous montrera (piehpies restes (riin aijueduc ronuiin. Sa cathédi'ale, doiil les parties les plus anciemies daleul du xi" siècle, est un de nos beaux édifices d'architecture gothiipie. VAU) a deux tours avec clochers en aiguilles, et de plus une coupole au centi-e de la croix.

Granville, population de plus de l'),000 habitants, est située sui' un large [»romontoire qui s'avance dans la mei', et forme l'une des

cornes d'une vaste baie.

Dès le commencement du xvi° siècle, dix à douze ans après la découverte de l'Américjue, les Ciranvillais parcoulaient déjà les mers, et pourtant Granville n'était encore ({u'un petit havre; c'est en 1746 seulement que l'on creusa un port au pied du rocher où la ville est bâtie. Un môle assez grossier le protégea contre la force des marées. Il vient d'être remplacé par une belle jetée avec un beau phare. Granville envoie tous les ans aux pèches de la morue et de la baleine soixante-dix grands navires de trois cents à huit cents tonneaux, montés par deux mille six cents hommes d'éipiipagc. C'est le septième port de France. Granville possède aujourd'hui un bassin à flot, ce (pii lui permet de recevoir les grands navires, pour lesquels l'échouage dans les ports ouverts n'est pas toujours sans inconvénient et même sans danger. Les chantiers de (ii'niiville sont rcnonunés par la solidité et la grande marche des bâtiments (pi'ils construisent. La pèche des huîli'es, de nombreuses expéditions de grains, de légumes, de salaisons, d'œufs, de beurre, etc., donnent au port nu mouvement, une animation qu'augmentent encore l'ariivée et le départ (piolidiens des bateaux à vapeur desservant les Iles anglaises de Jci'scy et tle Guernesey.

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Le mont Saint -Michel.

Enfin, depuis quelques années, les amateurs de bains de mer viennent tous les ans demander plaisir et santé aux belles plages de Granville.

Avranclies, ville de 8,u00 habitants, est dans une situation charmante, sur le haut d'une colline couverte de vergers. Elle jouil d'une réputation in('ritce pour la pureté et la salubrité de son air. Depuis une quinzaine d'ann(i(ïs les émigranls anglais ont adopté Avranchcs, comme ils ont a(lopt('' Tours, l*aii, Houlogne, Vei-sailles, et la ville s'est accrue de plus d'un (piait, grâce à (*etle colonie étrangère. Avranches exislait avant la domination romaine : c'était la cité des Ahviticdtui, Dans les manuscrits de la bibli(ithèqu(î d'Avranchcs on ;i n-liouvé l'écomment celui des ouvrages du docteur Alx'lard qui lit jadis le plus de bruit, (ll'est le .Sied non. c'esl-ù-dirc Oui i-l non. |)ublié par M. V. C.uusin, en \S'Mj. La biltlinLlit''(|U(' niunicipidc de Toui's possède aussi une bonne c(qnc ancienne île cet

ouvrage.

A sei/.e kilomètres d'Axi anches est le mont Saiiil-Mictiel. C'est un rorjiei' isulé nu niilien I

d'une grève immense que la mer couvre et découvre à chaque marée. Sa base a neuf cents mètres de circonlërence; à soixante mètres d'élévation, son plateau a reçu les fondations d'un château et d'une abbaye. Sur la seule pente qui ne soit pas à pic, celle qui l'egarde le levant et le midi, sont groupées autour d'une chapelle quehpies misérables maisons avec de petits jardins. La lanterne du clocher s'élève à plus de cent trente mètres au-dessus de la grève. Arriver ;ui pied du mont Saint-Michel n'él;iit pas chose facile autrefois. On devait jirendie un guide pour traverser ces sables mouvants, entrecoupés par les bras nombreux de jdusieurs rivières, et (ju'à une certaine heure la mer doit infailliblement envahir : ;ijouttv (pie d'i-nais brouillards (pii régnent presque eonslanunent ne [)eiiueltenl (pi'à gi'and'peine de se diriger. Plus d'un voyageur imprudent a disparu dans ces sables. La route la plus sûre était du côt'^ d'Aii«ni>n. On fournissait au vovai:eiU' un cheval et mènie une charrette. .Vujourtlhui on jiarvient sans danger au mont Saint-Michel, pourvu que la marée ne soit pas inuninente.

0U1N/ii;m !■: \ uvai-.r

au nioyoM irmiejelce (iiii relie' la montagne à la lerro fermo.

VA cepcudaiil tluraiil iiiio lonijuc suite de siècles la \uoic ainenail clia(|ue jour an imuil Sailli- M iclifl d'innonilualtles pèlorius. !>•• toutes les jH'ovinres de la l-rance, de tous les pays de l'Iùirope, ou voyait arriver des cai-avauos de deux à trois cents personnes, cavaliers et jMétous, avec îles hauuières et leui' aumônier en tète. Au retour, la caravane se nommait des chefs dont l'un portait le litre de nti et pour insigne une coui'onne de piond» doré. Chacun se décorait de plumets, de cocardes, d'écharpes garnies de eo(|uilles el de médailles de saint Michel.

Dans toutes les villes, sur la route, on taisait une entrée triomphale, bannières déployées, et l'on visitait dévotement les églises. Louis XI fit ce pèlerinage; il otTrit la somme considérable alors de six cents écus d'or à l'archange Saint-Michel, et le l''' août l^iG'.» institua l'ordre de saint Michel en son honneur. La célébrité de ce lieu date d'un temps immémorial. Les antiquaires affirment qu'avant l'arrivée des Romains les Celtes avaient établi là un collège de druidesses. Les premiers apôtres du christianisme y placèrent quelques ermites, qui bâtirent un monastère. En 7U8, Aubert, évoque d'Avranches, y fit construire une petite église, et dédia le mont à l'archange saint Michel. Des pèlerins couronnés enrichirent successivement l'abbaye de leurs dons; alors on la fortifia d'épaisses murailles flanquées de tours, et chaque siècle vit s'accroître les constructions. Au bas du rocher, du côté du sud-ouest, se trouve aujfturd'hui une caserne pouvant loger environ deux cents hommes. L'abbaye, qui avant la révolution de 1789 était une prison d'Etat, était devenue depuis une maison centrale de détention; on y avait établi des ateliers de dillérentes industries, qui occupaient environ sept cents détenus. Mais depuis <|uelqucs années cette maison a été mise à la disposition d(i l'évèque d'Avranches, qui y a installé une petite colonie de religieux, et qui s'occupe de la restaurer. Au sommet du rucher se présente la porte d'entrée, flanquée de deux tours de forme conique et qui ressemblent

assez, à deux énormes canons dressés sur leur culasse. Dans le bâtiment qu'on appelle la MervtMlie, on remar([ue l'ancien réfectoire, lie viuLil - neuf mètres de long, un di>s plus beaux vaisseaux golhicpies ijui existent en Fi'ance, et la salle des Chevaliers, de même dimension, admirable morceau d'architecture du \u" siècle. La voûte est soutenue par trois rangs de colonnes en granit d'une extrême légèreté et d'un travail parfait. Le triple rang des colonnettes du cloître, et ses voûtes en ogive et à nervures, sont aussi dignes d'une mention. La cour du cloître est pavée en plomb et reçoit les eaux pluviales, ([ui se conservent dans une citerne pour l'approvisionnement de la maison. Au centre de plusieurs bâtiments s'élève l'église, dont la nef a été récemment dévorée par un incendie, mais dont le chœur, très beau, n'a point soullert, et qui repose sur une voûte que supporltî un groupe central d'énormes ])iliers de

'ranit.

Le château de la petite ville de Pontorson, à l'embouchure du Couesnon, a joué un grand rôle dans nos guerres avec l'Angleterre. Le roi de France en avait confié la garde à du Gucsclin. Celui-ci, en battant la campagne aux environs, avait pris un chef anglais, Felton, qu'il retint prisonnier sur parole jus- (pi'à ce qu'il eût payé rançon. Du Guesclin étant sorti de la place, Felton gagna une des ffMiimcîS de la dame du Guesclin, qui piMidanl la nuit introduisit un parti d'Anglais; mais ils avaient compté sans la sœur di; du Guesclin, Julienne, une religieuse, qui se trouvait alors au château. Réveillée la première, elle accourut au bruit, donna l'alarme, renversa les échelles et fit échouer l'escalade.

Dol (''1,000 âmes) est une ville triste, avec (les maisons dont les étages font saillie sur la rue; mais elle a une belh; cathédi'ale, qui doit dater du milieu du xni° siècle. Cet (ïdifici; réunit tous les caractères distinctifs du premier style gothicpie ayant reçu tout sou développement, mais non encore gâté par l'exagération et la prétention des petits détails. La forme rectangulaire du chœur, la chapelle de la N'ierge, la décoration intérieure, rapi)ellent beaucoup les premières

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églises gothiques d'Angleterre, et surtout l'une des plus imposantes, celle de Salisbury. Les rapports constants de commerce et de politique entre l'Angleterre et la Bretagne, au xni" et au xiv" siècle, permettent de supposer que les deux pays ont employé les mêmes architectes ou du moins des architectes de la même école. Tout près de Dol est la pierre du Champ-Dolent, dans laquelle les uns voient un monument gaulois, les autres un monument romain. Elle est enfouie de près de cinq mètres et dépasse le sol de dix mètres environ. Sa forme, jadis ovale, a subi beaucoup d'altérations. C'est une pierre d'un granit grisâtre qui doit avoir été extraite du rocher du mont Dol, à trois kilomètres de là. Il y a trente ans, on a fouillé à son pied et tenté de l'incliner, et dans cette opération on a trouvé une petite médaille, grande comme un centime, à l'image d'Adrien.

Saint-Malo est bâtie sur l'ile d'Aron, liée au continent par une chaussée de deux cents mètres. Son port est très sûr, mais d'un accès difficile à cause des récifs. A l'ouest de Saint- Malo se trouve la rade, protégée par sept forts, dont un, celui de la Couchée, est à huit kilomètres en mer sur un rocher qu'on ne peut aborder que d'un côté et avec difficulté. Vauban, lorstju'il fut chargé de fortifier Saint-Malo, en 1700, voulait en faire une citadelle et transporter la population à Saint- Servan. Il a construit des remparts d'une extrême force et d'une grande beauté. Ils sont très larges; leur sommet, pavé en grandes pieires [)lales, forme une promenade d'où l'on jouit d'une belle vue ({ui embrasse la campagne, Saint- Servan , le port, la rade, les forts avancés et la pleine mer. La vue est moins belle à la marée basse, lorscpic la plage se présente grisâtre t;t (jue les navires sont couchés liislement sur le liane. L'eau ([u'on boit ici vient do loin. \'A\o est fournie par (pieUpies sources au delà de Saint- Scrvan , et amenée par des aqueducs ipii passcMil à travers la grève et ipn' la mer recouvre pres(]ue toujoui's.

Le château de Saint-Malo a ôlr utilist' tlana le plan dos forlilio allons modernes. C'est une

construction de la reine Anne. Par suite de quelque opposition qu'elle avait rencontrée de la part du chapitre, qui réclamait une indemnité pour un terrain , elle fit placer sur une tour cette inscription : Qui qu'en grogne, ainsi sera : c'est mon plaisir. Cette partie des fortifications a retenu encore aujourd'hui le nom de Quiquengrogne.

Saint-Malo est la patrie du brave Duguay- Trouin, dont la statue s'élève sur la place du Palais, et de Chateaubriand, pour qui elle a préparé une tombe. Cette tombe , simple pierre sans inscription, avec une croix, est placée sur l'îlot du Grand-Bey, accessible à marée basse. L'Hôtel de France occupe la maison oii naquit l'illustre écrivain.

Saint-Servan occupe l'emplacement d'une vieille ville connue dans la plus haute antiquité sous le nomd'Aleth, E]lle nous montrera quelques fragments de murailles romaines. Aujourd'hui elle et Saint-Malo ne forment, à vrai dire, qu'une seule et même ville. Quand le nouveau bassin de Saint-Malo sera terminé, une chaussée de plus de vingt-six mètres de largeur assurera constamment une communication qui aujourd'hui n'existe qu'à marée basse. La tour Solidor fut construite par Guillaume le Conquérant. C'est une tour, ou plutôt un assemblage de trois tours à mâchicoulis. Saint-Servan a sur Saint-Malo l'avantage de posséder de jolis jardins. Chacune de ces deux villes conliguos compte environ 11,000 habitants.

Saint-.Malo expédie une cinquantaine de bâtiments pour la pêche de Terre-Neuve, et dos navires aux Indes; ciuoitjue son commerce n'ait pas encore retrouvé la prospérité dont il a joui sous Louis Xl\', il est encore fort actif.

.\ dou/.o kilomètres à l'est de Saint-. Malo se trouve la petite ville de Cancale, sur la baie de ce nom. Llle compte C,0(K) habitants, dont la fortune consiste dans les huîtres renommées de sa baie. Elles se pèchent avec mie drague, espèce de grand râteau de fer, numie d'une poche en cuir ou d'un filet , et (jue traîne un bateau. Les huîtres ne sont bonnes (iu'a|irès avoir séjourné quoique lonq)s dans un j)arc, bassin dVau salée d'un

OUINZIKMK VOYAC.K

mèlro «Miviron de proroiuleur, sui" un fond do galets pour t)ii<' l'eau soil toujours limpide. L'iiiliotluction du sable dans un parc est très danirereuse ; un seul grain cpii resterait dans l'intérieur di' riuuti'»' sulïiiait ytoviv la faiic niourii'. Pendant le temps du IVai , (pii duic de mai à septembre, la pèche est sévèrement interdite.

De Saint-Mal» > je vous ramènerai à Caen par l'ougères , jolie ville de l),oOOûmes, au point d'intersection de six grandes routes, sur une hauteur d'où elle domine un vaslf horizon, et aussi le riant et frais vallon arrosé par le Xançon. Nous visiterons à Mortain, ville de 2,o00 âmes, une église de la fin du x\i° siècle, édifice curieux en ce qu'on y reconnaît la transition du style roman à l'architecture ogivale. De grosses colonnes courtes, simples, cylindriques, constamment uniformes, soutiennent les voûtes, qui, le long de la nef, ne présentent que des ogives obtuses, tandis qu'au fond du chœur les ogives commencent à s'élancer. Vire est une ville de 7,000 âmes, qui s'est groupée auprès d'un château ruiné, sur un rocher coupé d'un côté, presque à pic, d'où l'on domine le cours sinueux delà Vire, la rivière qui vire, c'est-à-dire qui tourne. C'est une ville industrielle, qui fabrique de la draperie et des lainages. Ses fabriques de draps et de nouveautés occupent 3,500 ouvriers. Elle a démoli son château pour construire de jolies maisons , et pour tout appareil militaire elle a aujourd'hui deux canons fondus avec les chandeliers de toutes ses anciennes corporations.

Le département de lOrne a reçu à juste titre le surnom de la petite Suisse normande. Un délicieux voyage pour un peintre paysagiste est celui de Caen à Alençon. On passe parP^alaise, ville de 8,000 âmes, où na(juit Guillaume le Conquérant, le Normand intrépide qui se fit roi d'Angleterre. Une partie du donjon qui fut son berceau subsiste encore. Argentan et Séez sont deux jolies villes de y à 0,000 âmes. Une colle-ction de portraits des évoques et quelques statues de la cathédrale, édifice du xm" et du xiv" siècle , méritent une' distinction pour celle dernière ville. Nous

avons , ù soixante-quatre kilomètres sur notre droite, la petite ville de Dond'ront (î), ()(»(> âmes ), bâtie sur un l'ocher coupi' à pic vtM's le couchant.

Une autnî route, qui traverse une contrée non moins pittoresque, est celle de Caen au Havre par la petite ville de Pont-l'Evèciue et par lloidleur. Cell(.' dernière ville compte l>lus de 10,000 habitants. Son port fut autrefois très florissant, et faisait un grand commerce avec l'Espagniï ; mais la fondation du Havre, au xvi° siècle, a jiorté un coup funeste à sa prospérité. Depuis on l'a laissé s'encombrer; cependant 715,000 francs ont été votés, en 18G0, pour y faire des travaux d'amélioration.

Ici nous traversons la Seine à son embouchure, qui a environ huit kilomètres de larf^eur. Vovez la lutte du courant du fleuve

O Kl

avec la marée montante ; au point où les eaux se contrarient, elles s'élèvent, et forment une barre bien distincte. Tous les fleuves à leur embouchure ont une barre. Celle de la Seine est très forte , et quelquefois même dangereuse ; elle remonte le fleuve à une grande dislance ; la marée se fait sentir jusqu'à Rouen.

Vers le milieu du xv" siècle, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le Havre, il n'y avait que deux tours, dont les Anglais s'emparèrent pendant le règne de Charles VII. Louis XII fît ausrmenter ces fortifications vers l'an 150G. Sous Louis XIV, le Havre fut un des principaux ports où la compagnie des Indes faisait ses armements. Aujourd'hui la population de la ville, qui à peine était de 10,000 âmes avant la restauration, s'élève à 75,000, sans compter une population ilollante de 6 à 10,000 étrangers.

Le port du Havre ne possédant qu'une entrée, et cette entrée, se trouvant fort étroite, il deviendrait assez difficile aux nombreux navires qui, à chaque marée, veulent entrer ou sortir, de gagner les bassins ou le large, sans une circonstance phénoménale, à lacjuelle le porl du Havre doit une grande partie de l'importance qu'il a ac- (piise. Il l'ésulli! de sa position par rapport au cours de la Seine, que, lorsque la niei"

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est haute dans l'avant-port, la marée, après avoir atteint son maximum d'élévation, reste pleine dans cet avant- port pendant trois heures de suite, tandis que partout ailleurs la marée commence à descendre presque aussitôt qu'elle a cessé de monter. Cette exception à la loi générale des marées, en faveur du port du Havre, a pour effet de donner aux navires entrants et sortants le temps nécessaire à la durée de leurs mouvements. Le port consiste en huit bassins, que des écluses séparent les uns des autres, ainsi que de l'avant-port. 11 y a en outre une petite et une grande rade ; la première n'est éloignée du rivage que d'une portée de canon ; l'autre s'étend à plus de huit kilomètres en mer, mais n'olTre aucun abri aux bâtiments, qui y mouillent rarement, et préfèrent louvoyer au large. La construction des navires au Havre est coûteuse; mais elle se distingue par la perfection minutieuse des détails et par la beauté des formes. L'Angleterre peut opposer des bâtiments à vapeur plus grands que ceux construits ici jusqu'à présent, mais non d'une élégance et d'une marche supérieures.

Napoléon disait : « Paris, Rouen et le Havre ne sont qu'une seule et même ville, dont la Seine est la grande rue. » Ceci est surtout devenu vrai depuis que la navigation des bateaux à v^apeur a pris un grand développement, et que le chemin de fer est venu lier encore plus étroitement ces villes.

Le Havre, cité toute modiïrne , ne peut montrer aux voyageurs ni antiquités, ni monuments histori(jues d'une certaine valeur. Sa tour de François I*"", ses églises de Saiiit- Franrois et de Notre-Dame, n'ont, en ollVl, rien de remarquabh;. Mais, en n'vanche, il nous montrera ses bassins, où se pressent dos centaines de navires ; ses (juais encombrés de marchandises, ses magasins, ses usines, ses rues, où s'agili' une population alTairée; son port, où, à l'hrure de la pleine mer, des bâtiments do tout pavillon sont (juel- (|uelois obligt's de faire ((uoue. C'est (pio lo llavroest, après Marseille, le premier port de commerce do la France.

Pendant longtemps le Havre, trop absorbé par ses armements et par ses spéculations, ne songea pas à mettre ses rues, ses maisons, ses édifices publics, en harmonie avec son importance et ses richesses. Mais, dès qu'il voulut s'en occuper, il entreprit une transformation complète; de grandes et belles constructions s'élevèrent de toutes parts, et la rue de Paris devint tout à fait digne de son nom.

Bientôt le Havre, se trouvant à l'étroit dans son enceinte fortifiée, demanda à l'empereur Napoléon III l'autorisation de la démolir. Cette demande, accompagnée d'un plan grandiose où figuraient la rue de Paris prolongée bien au delà de la porte d'Ingouville, et une nouvelle artère partant de la gare du chemin de fer et débouchant à la mer, fut agréée. Les terrassiers, les démolisseurs, les maçons, se mirent aussitôt à l'œuvre, et, au train dont ils marchent, la réalisation du plan promet d'aller aussi vite que celle des plans adoptés par l'édililé parisienne, ce qui n'est pas peu dire, convenez-en.

Venons du Havre à Paris. Nous passerons par Harileur, petite ville dont le port, jadis assez fréquenté, est aujourd'hui à peu près de nul usage. De la charmante ville de Bolbec, assise au fond d'une vallée, et qui ressemble assez à une ville suisse , nous ffaçrnerons Lillebonne, laissant au nord-est Yvetot, dont les anciens seigneurs ont porté le litre de rois ; de là cette expression proverbiale de roi d'Yvetot, (jui s'est conservée jusqu'à nos jours, pour désigner le monarque d'un pauvre royaume. Bolbec et Lillebomie ont été les deux premières villes de France à filer le coton à la mécanique. Lillebonne, ville de 'j, 000 âmes, tire son nom du surnom que lui donna, dit-on, l'empereur Anlonin : Jtdiobonn (bonne pour Jules). On y a découvert réceuimenl les restes d'un Ihéàlio romain. Guillaume le Conquérant eut là un chàleau où il rt'sidait souvent. Les ruines de ce chàleau, qu'on a nommé plus tard le château d'ilareourt, et (jui a été complété à une épo(iue postérieure, sont assez curieuses. Une tour à trois étages a des voùles en ogive 1er-

OUINZIKMK VU VA Ci:

minées par un cul-de-lampo. Los fonêlres ilii hàliinenl principal sont cintrées , avec une architrave suppoitée par deux petites coloiuies. Kilos siinl divisées par uiio autre petite cu- Kuuiedansle sens de leur longueur.

Joseph Vcrnet, (pii a j)eint de si belles marines, disait ipie la vue dont on jouit du (|uai de Caudebec est une des jilus belles de l'^rance. Celte ville a une église du xV siècle, que llçnri IV qualitiait (c la plus jolie chapelle des royaumes de France et de Navarre »'. 1 /ornementât ion du portail est un chef-d'œuvre. La tour, surmontée d'une flèche élancée , porte tiois couronnes qui semblent figurer la tiare.

Nous sommes au centre du pays de Caux, et bien à portée d'étudier l'ancien costume des Cauchoises, presque

totalement abandonné, sauC le gigantesque bonnet, sa pièce principale, il est vrai. Les cheveux, relevés sur le sommet de la tête, sont couverts d'une petite toque de drap d'or et d'argent, sur laquelle s'attache en pain de sucre un grand voile de mousseline dont les barbes, descendant jusqu'à la ceinture, sont bordées de riches dentelles de Valenciennes ou d'Angleterre (il y en a souvent pour une valeur de douze à quinze cents francs). Cette coilTure rappelle tout ù fait la coillure royale d'Isabeau de Bavière. Plusieurs ran^s de chaînes d'or entourent le cou d'une Cauchoise. Sa taille c-ît retenue par un élégant corset de drap ou de soie, suivant la. saison , lacé par devant. (!•• maruère 6 laisser apercevoir une

pièce d'étoiïe (\u\ semble former le vêtement de dessous. Ce corset n'a pas de manches; celles de la chemise sont relevées presque jus(prau dt-faut de l'épaule, et de belles manchettes de mousseline recouvrent le bras depuis l'épaule jusqu'au coude, et rejoignent de longs gants glacés. Uu court jupon écarlale, un t.iblier de mousseline des Indes,

ou brodé ou rayé,

les

bas

a com

Jumièges.

de jolis souliers, complètent ce costume riche et élégant. Il appartient spécialement aux femmes des campagnes.

Quelques riches fermières suivent, pour leur habillement, les modes qui viennent de Paris; mais beaucoup conservent encore la coiffure nationale du pays de Caux.

A côté de Caudebec était la faîne use abbaye fondé'c en G^i8 par saint Wandrille, ou plus exactement Vandregisile. C'était un des grands officiers de la cour de Dagobert. Dégoiité de la vie mondaine, il persuada à sa femme de se consacrer uniquement au Seigneur, et lui, de son coté, embrassa la vie monastique. Cherchant une retraite, il trouva, à vingt-huit kilomètres au-dessus de Rouen, un lieu nommé Fontenelle ou Fontanelle (la petite fontaine), à cause d'une source en réputation. Il en obtint la propriété de la libéralité du roi, et y fonda un monastère, qui bientôt compta jus(j[u'à trois cents moines soumis à la rèLde de Saint-Benoît. Lu 178H, l'abbaye renfermait (juatre églises, sans compter (luehjues oratoires au dehors. Il ne reste plus que le réfectoire et le cloître, oc-

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cupés par une filature, et les ruines de l'église principale.

La presqu'île de Jumièges. formée par un des nombreux replis de la Seine, garde les ruines également célèbres de l'abbaye de ce nom, qui ressemblait à une ville. Le portail de la erande église existe encore dans son entier avec ses deux tours surmontées chacune d'un clocher, et dont la hauteur atteint plus de cinquante mètres. Elles continuent à rendre le service de signaler leur route aux navigateurs de la Seine. Derrière ces tours, à l'extrémité des deux rangs de colonnes qui supportaient les voûtes de la nef, il reste un pan de la tour qui s'élevait à l'entrée du chœur, au centre de la croix. Elle porta jadis une pyramide en bois revêtue de plomb, rivale de celle de la cathédrale de Rouen. On raconte que Clovis II, pour punir deux de ses fils qui s'étaient révoltés contre lui, leur infligea, dans la ville de Paris, le supplice de Véiiervation, c'est-à-dire, selon quelques écrivains, leur fit couper les nerfs des bras et des jambes, ou, selon d'autres, leur fit brûler les jarrets avec un fer rouge. Les deux princes furent ensuite placés, avec des vivres et un serviteur, dans un petit bateau sans gouvernail ni avirons." Le bateau, abandonné au courant de la Seine, vint s'arrêter au monastère des anciens Gemièges, que Dagobert avait commencé à fonder, et dont saint Philbert était abbé. On a retrouvé récemment sous ces ruines une pierre tumulaire que l'on croit avoir recouvert les restes des deux énervés.

En poursuivant notre route, nous passerons à peu de distance d'une troisième abbaye non moins fameuse, celle de Saint -Georges de. Boscherville , fondée vers 1060 par Raoul de Tancarville, chambellan de Guillaume le Conquérant. L'église et le chapitre sont encore debout. Le clocher s'élève à soixante mètres; deux tours longues et grêles ornent le grand portail. L'édifice est massif, sans arcs-boutanls , et Ton retrouve partout le plein cintre. C'est un des rares monuments de cette époque où l'on ne rencontre pi»int de partie refaite après coup; on a sous les yeux, dans tout son onsiMnblo, le travail du prrniior archilect»î.

Rouen, avec sa population de plus de 100,000 habitants, est, sous ce rapport, la cinquième ville de France. Pour l'importance réelle, elle ne le cède qu'à Lyon et à Marseille. La Seine baigne cette riche cité, et y amène des navires de trois cents tonneaux ; la Robec, l'Aubette et la Renelle sont de bien modestes cours d'eau, et cependant ils donnent la vie à plus de cent cinquante usines, où l'on s'occupe surtout de teindre, défiler et de tisser le coton et la laine. Le caractère de l'industrie rouennaise est de s'attacher à créer des produits qui entrent dans la consommation commune. Tu connais mieux que moi, ma chère Henriette, la principale sorte de toile qu'on nomme rouennerie. Ces toiles peintes, rayées et à carreaux, où dominent certaines couleurs telles que le rose, le violet, le lilas, mais plus ordinairement le rouge, se fabriquent avec des cotons teints. Il n'y a qu'une vingtaine d'années qu'on est dans l'usage de teindre le coton en fil, et il n'y a qu'un siècle environ qu'on sait lui donner en France ce beau rouge qu'on appelle le rouge des Indes ou d'Andrinople. La fabrique de Rouen en apprit le secret de quelques teinturiers grecs qu'elle fit venir en 1747. Les toiles sont tissées par des ouvriers qui travaillent à domicile et à la pièce, et non dans des ateliers communs.

La facilité des communications avec la capitale et les principales villes du nord et de l'est de la F'rance, a donné naissance à un commerce considérable d'entrepôt, d'expédition et de transit, qui se fait surtout avec r.Vméritiue, le Levant, l'Algérie, ITlalie, l'Espagne, le Portugal et le nord de l'Europe. La navigation de long cours et le grand cabotage sont fort anciens à Rouen. On voit. en 1380, un navire de cent cinquante tonneaux partir de Rouen et aller à la côte d'AIViiiue. L'établissement du port du Havre avait modifié les dispositions des armateurs rouennais ; ils établissaient une maison au Havre, et n'expédiaient plus directement de Rouen. En i7G:i, un négociant rouennais fil ronslruirc un trois -mâts dont le premier chargement fut pour Cadix. Ses confrères ne lardèrent pas à l'miiler.

OUINZIKME VOYAUE

L'ancien |>i»nl do bateaux. i.runc consliiiclion intrénieuse, qui se prêtait au niouvonuMil lie la marée montante ou descendanlo, tjui se roulait en partie sur lui -môme pour donncrpassage aux bateaux naviguant vers Paris, cpii se démontait (piand les glaces devenaient redoutables, après avoir fait pendant près de trois siècles Tadmiration des voyageurs, esl remplacé aujourd'hui par un pont suspendu non moins merveilleux. 11 se compose de deux travées égales (pii viennent aboutir à deux piles de pierre, assises au milieu du lleuvc et distantes Tune de l'autre de (]uin/.e mètres. Sur chacune de ces piles sont quatre colonnes en fonte, deux par deux, (jui suj)portent des voussoirs ou arceaux également en fonte, à une élévation d'au moins vingtcinci mètres au-dessus des plus basses eaux. L'ensemble présente un bel arc triomphal à quatre faces, et couronné d'une légère balustrade. C'est entre les piles et sous les voussoirs que se trouve la passe mobile pour les navires. Le tablier du pont est, à cet endroit, formé par deux ponts-levis qui se lèvent à droite et à gauche au moyen de chaînes suspendues aux voussoirs. La manœuvre se fait avec autant de facilité que de promptitude, et les navires passent à pleines voiles sous cet arc élégant et léger. La longueur totale du pont est de cent quatre-vingt-dix-sept mètres; sa construction n'a pas coûté au delà de sept cent cinquante mille francs.

Sur la partie supérieure du fleuve, Rouen possède un pont de pierre qui s'appuie à la pointe d'une île. Ce pont a été établi de 1^^10 à 1820. Au centre du terre-plein s'élève la statue en bronze de l'illustre Rouennais Pierre Corneille : c'est l'œuvre de David (d'Angers). Le célèbre compositeur Boïeldieu a également à Rouen une statue en pied, que ses compatriotes ont érigée en son honneur en

Rouen, comme toutes les anciennes cités, conservera longtemps encore le caractère trop bien accentué de son ajustement primitif. Ses rues mal alignées, ses vénérables bâtisses en désharmonie complète avec les besoins de la civilisation actuelle, ne disparaîtront que peu à peu. Déjà cfpendant, au

milieu de ces gros pàtt's de con.strucliun.s caduijues, de profondes trouées s'exécutent, et à peine l'emplacement d'une nouvelle rue esl- il déblayé (juc des deux cotés s'élèvent de grandes et magnifiques maisons. Les trois (juais de Rouen (ceux de Paris, de Napoléon, du Havre), d'un aspect grandiose et prescpic monumental, peuvent entrer en comparaison avec les cpiais les plus vantés de l'Europe. Quant à la rue Impériale, qui traverse le vieux Rouen tout entier, et dont le développement esl de treize cents mètres , elle est le digne pendant de la rue de Lyon portant le même nom.

Outre ses boulevards, (jui l'enveloppent d'une verte ceinture, Ivouen a de belles et nombreuses promenades. Le cours la Reine sur la rive gauche, le cours Roïcldieu , le nouveau jardin des Plantes, avec des serres telles (ju'on n'en rencontre pas dans nos villes de province, sont aussi agréables que soigneusement entretenus.

A la différence de beaucoup de nos villes de commerce, celle-ci possède un assez bon nombre de ses vieux monuments. Sous la domination romaine, vers le milieu du second siècle de l'ère chrétienne, elle se nommait Roihomagus, et était la capitale des Velocasses. Vers l'an 260, saint Mellon y prêchait la foi et purgeait cette ville du culte des idoles. Le premier duc normand et ses successeurs y établirent leur résidence, et lui donnèrent de plus fortes murailles. Philippe- Auguste, pour la tenir en bride, fit construire un château fort dans la partie nordouest ; une tour et quelques ruines sont aujourd'hui tout ce qui en reste.

L'église Saint-Gervais possède une crypte gallo-romaine qui doit dater du iv" siècle, et appartenir à la chapelle primitive, construite par saint Victrice. On y descend par un escalier de vingt- huit marches. La voûte de cette crypte a été restaurée, et l'abside polygonale reconstruite.

L'édifice actuel de l'église Saint-Ouen, qui appartenait à l'abbaye de Saint-Ouen, fondée sous le règne de Clotaire et la i)lus ancienne de toute la Normandie, ne fut commencé qu'en 1318. C'est la merveille de Rouen, un

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Saint-Ouen, à Rouen.

des chefs-d'œuvre du style gothique. Il ne faut pas se borner à contempler sa magnifique façade, qui vient d'être terminée sous l'habile direction de M. Grégoire ; c'est du jardin public qui est à ses pieds qu'on doit regarder son immense corps grisâtre garni de galeries à balustres légères comme une dentelle, et tout hérissé de pinacles et de pointes aiguës, de petites pyramidfes surmontées de statues de moines. L'édifice est une croix latine. Au centre de la croix s'élève une tour dont la base est carrée, et la partie supérieure octogone et Hanquée de quatre tourelles (pii s'y rattachent par de légers arcsboutants découpés gracieusement à leur extrados. VAU) porte à son sommet une couronne ducale travaillée à jour. Sa hauteui- totale est de quatre-vingt-sept mètres. Pou d'églises oiïrent une telle harmonie dans les proportions de toutes les parties. 11 est impossible de se défendre d'une religieuse émotion on pénétrant dans la nef. Le chœur est un ceivle ou plutôt un ovale formé par de hauts piliers, faisceaux de sveltes colonuetles qui s't^pa-

nouissent à double reprise en immenses ogives pour s'aller perdre dans les nervures de la voûte. Il est entouré de onze chapelles. Trois rangs de fenêtres y versent une lumière variée par de beaux vitraux. Le second rang de ces fenêtres éclaire une galerie circulaire intérieure qui règne au-dessus des collatéraux. Si, en entrant par le portail occidental, vous prenez l'eau bénite dans un grand bénitier de marbre adossé au premier pilier, vous pourrez voir au fond de ce bénitier se rélléchir en entier la voûte de l'éc^lise.

La calhédrah^ a été construite du xm" au xiv° siècle, à l'exception de la base do la tour Saint-Iiomain , (pii nfTre des traces d'une anticpiilé plus rocuh'o. C'est une croix latine avec un portail à trois portiques et deux tours. Au centre do la (Moix, une troisième tour supportait un clocher pyramidal, construit en charpente et couvert en plomb, qui s'élevait à la hauteur de cent trente-deux mètres. Un incendie allumé par la foudre le consuma en l'an 1822 ; on la reconstruit et poussé jus(ju'à cent (juaranlo-trois mètres,

».>UlNZli:.Mli VOYAGE

mais cello luis en pièces de fonlc liées par desbinilons, de manière cpril juiisse braver l'iiicendio. L'iiilérieur de l'église leiifernie plusieurs tombeaux, entre autres celui de Hollon, premier duc de Normandie, et celui de Guillaume Longue-Épée, son fils. Kn 18:58, un savant antiquaire, M. Deville, iliriireades fouilles par suite desquelles on a retrouvé un tombeau orné de la statue de Hichard Cœur-de-Lion, et, dans ce tombeau, la boîte i\m renferme son conir (le corps fut iiduimc à Fontevraull). La balustrade d'argent qui, dans le principe, entourait son tombeau, servit à payer une partie de la rançon de saint Louis fait prisonnier par les mahomélans à la bataille de la Massoure. Une inscription incrustée dans le pavage du sanctuaire indique que là reposait Jean Lancaslre, duc de Bedford, mort en li35, cet Anglais (|ui prit le titre de régent du royaume de France à une époque pour nous si désastreuse. Des courtisans conseillaient à Louis XI de faire disparaître le tombeau d'un ennemi de la France ; il s'y refusa. La chapelle de la Vierge contient d'autres tombeaux remarquables : ù gauche , on voit nu monument très simple élevé à la mémoire de Pierre de Brézé, tué à la bataille de Montlhéry. Un peu plus loin un autre de Brézé. petit- fils du précédent, repose sous un tombeau magnifi{|ue, érigé par les soins de son épouse , la fameuse Diane de Poitiers. Ce monument, un des plus remarquables de la Benaissance, est attribué à Jean Cousin ou à Jean Goujon. Vis-à-vis se trouve le tombeau des deux cardinaux d'Amboise, enclavé dans l'épaisseur de la muraille; les deux cardinaux, l'oncle elle neveu, sont représentés à genoux sur des coussins, la tète nue et les mains jointes ; tout autour on admire de charmantes statuettes, des bas-reliefs, et tous les ornements les plus riches et les plus délicats de l'architecture du xvi" siècle.

Le palais de justice, achevé en 1499, est un bel édifice de style gothique. La grande cour était enceinte par une muraille à créneaux, fermée par quatre portes, dont deux sont à voûtes. Cette clôture est aujourd'hui remplacée par une grill.! de style gothi(iuc. I

l»n a aussi récemment comi)lété la façade principale, en se conformant exactement aux plans primitifs. La salle des Procureurs n'a pas moins de quarante-huit mètres de long sur plus de seize de large. Le j)laf()nd à compartiments et caissons de la salle où se tiennent les assises est un morceau fort curieux. Le peuple rouennais parle avec beaucoup d'orgueil do la tour de la Grosse- Horloge , qui dale de 1389. Oucl artiste a jamais passé à Bouen sans visiter l'hùtcl du Bourglhcroulde, si célèbre par ses bas-reliefs? On attribue sa fondation à Guillaume Leroux, vers la fin du xv" siècle. Quelques uns de ces bas-reliefs représentent l'entrevue (pii eut lieu entre François I""" et le roi d'Angleterre Henri VIll, au camp du Drap d'or.

On a inauguré en 1804 à Bouen un musée céramique destiné à recueillir tous les beaux spécimens de la célèbre fabrique de faïence rouennaise.

Les origines de la fabrication de la faïence de Bouen sont assez obscures. Cependant il est certain qu'en 1542 cette fabrication était en pleine activité, car c'est de Bouen que sont datés les magnifiques pavés du château dEcouen aux armes de Montmorency. Mais ces œuvres ne se rattachent pas au style rouennais proprement dit. L'industrie commerciale de la faïence s'établit à Bouen vers le milieu du xvn® siècle ; elle y fut apportée par un homme étranger à la Normandie, Edme Poterat, d'origine italienne ou grecque, qui fi^ souche d'une nombreuse lignée dont la révolution a dispersé les derniers rejetons. Ces premiers types se rapprochent beaucoup des types de la fabrique nivernaise. Louis Poterat, fils aîné d'Edme, introduisit dans ses faïences le style de la fabrication hollandaise. Sous l'impulsion de Colbert, en 1G0;{, la fabrique rouennaise fit des prodiges, et alors on vit naître le style ou décor rouennais qui porte en lui tant d'originalité. Les malheurs de la France, à la fin du xvn* siècle, contribuèrent encore davantage à l'essor de cette belle industrie. Les grands seigneurs durent envoyer leur argenterie à la Moimaie et se mettre en faïence, comme dit Saint-Simon. La fabrication rouennaise

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pourvut en grande partie à cett(3 immense consommation. De là tant de pièces, de services aux armoiries des plus illustres familles. Le xvin" siècle fut une époque de décadence pour la faïence rouonnaise, et bientôt les désastres de la révolution vinrent lui porter le dernier coup.

Rouen a un grand luxe de fontaines. Celle de la Croix de pierre est un clocheton gothique à trois étages, et sous de jolis dais sont des statuettes de saints. Elle est surmontée d'une croix. La fontaine de Lisieux , de forme pyratnidale , représente le Parnasse.

Les Muses sont disposées d'étage en étage; au sommet est la figure d'Apollon jouant de la harpe, et au-dessous le cheval Péerase. La fontaine dite de la Pucelle, élevée sur le lieu où fut brûlée l'infortunée Jeanne d'Arc, est du siècle dernier; elle remplace une fontaine gothique d'un travail curieux, où l'héroïne, vêtue d'une armure

complète de chevalier, était aLiciiouilléc devant Charles VIL

N'oublions pas de nous faire montrer à la bibliothèque publique le Livre des Fontaines, manuscrit du xvi" siècle, où sont les powrtraiclures de la cité de Rouen aux différentos époques, et surtout le missel de Robert Champart, archovèqut; de Londres et de Canterbury, tjui servait en Angleterre au couronnement des rois de la race saxoini(\

De RoufMi à Paris nous avons le choix nilre deux routes : l'uni; par V(îrnon, l'autre par Pontoise (sans parler du chemin d»; frr (]ui est en service régulier depuis IH^iil).

Nous |)rendrons la jHemièi'e. Après avoir passé à Pont-de-l'Arche un pont de vingt-deux arches sur la Seine et ses îles, nous viendrons à Louviers, où nous attend une ImUc église qui paraît avoir été construite au xni" siècle,

Portail de la cathédrale de Rouen

et la imaison des Templiers , de la fin du xn" siècle. La vieille ville est généralement bâtie eu bois; mais la ville neuve possède de beaux quartiers qui s'agrandissent de jour en jour; sa grande rue franchit les bras de l'Eure sur trois ponts, dont le plus grand est bombé comme les vieux ponts, et cependant aussi large que les ponts modernes.

Louviers et sa voisine Elbeuf, l'une de 12,000 âmes, l'autre de 24,000, sont les deux centres d'une immense fabrication de draps;

de là et de Sedan, ville des Ardennes, sortent les plus beaux. Le drap se tisse comme la toile ; seulement il faut que la trame soit plus souple et moins tordue que la chaîne , et l'on donne au tissu une largeur double de celle qu'on veut obtenir réellement, parce que le foulage la rétrécira de moilié.

Quand le tissage est terminé, on enlève les fils doubles, on rapproche les clairures{\es fils qui sont trop espacés), on ôte les nœuds avec des pinces (ce qu'on appelle épincetage), enfin on remédie à tous les défauts visibles. Cela fait, on le dégraisse; après quoi on le foule, c'està-dire qu'on le soumet, plié et replié, à l'action de pilons mis en œuvre par des moulins à foulon. On fait encore sortir la peluche de laine, en mouillant et frottant avec une brosse, ou une machine armée de tètes de chardons. Ce lainage est irrégulier; on tond les poils d'égale longueur avec des ciseaux nommés forces, et on les couche à plat. Enfin on lustre en soumettant le drap à la presse. Excepté l'épincelage, tout se fait par des machines. On compte jieu d'établissements qui réunissent toutes les opérations. Le foulonnage est presque toujours fait au dehors, et 1res souvent aussi la teinture. On teint la laine en fil, ou l'on teint le drap en pièce.

Après Louviers nous trouverons Vornon,

OUIN/IKM!-: VOVAiiH

ville de 7,500 àmos, dans une situation ravissante sur la rive ijauche do la Seine, avec une lai'i^e loin-, déhris tluii vieux château, et une éi^lise cjui lenfernie un toniheau curieux pour les costumes du temps auipiel il appartient. Nous gai^Mions de là ï^umièics, Hosny et Mantes-la-J(tlie , «pie vous connaissez.

Par l'autre roule nous aurions passe à queUiue distance des Andelys, deux villes séparées par une chaussée d'un kilomètre, et qui comptent pour population totale environ b,000 lialtitanls. C'est la pairie de Nicolas Poussin, notre grand peintre, ne en loO'i, mort en 1GG5, dont la statue a été inaugurée en grande pompe en 1851 ; du célèbre ingénieur Prunel, qui enli'epiit et acheva la construction du fameux tunnel sous la Tamise. Au grand Andely est une jolie église gothique de plusieurs époques; elle appartenait à une abbaye fondée par sainte Clolilde. Près du petit Andely sont les ruines du Château-Gaillard, construit par Richard Cœur-de-Lion, en 1195. Le siège et la prise de cette forteresse par Philippe-Auguste, en 1204, sont un des exploits que le chroniqueur Guillaume le Breton a célébrés dans son poème en vers latins la DiUippide.

Pontoise, au confluent de TOise et de la Viosne, compte 6,000 habitants et est assez industrieuse. Les veaux qu'elle engraisse pour Paris ont une grande réputation.

Saint-Denis, ville d'environ 20,000 haletants, doit sa célébrité à son abbaye, dont la fonflation est sans date certaine. On raconte que, vers la fin du ni® siècle, une dame chrétienne fit construire sur ce lieu inhabité une chapelle pour y déposer les restes de saint Denis et de ses compagnons, saint Rustique et saint Eleuthèrc. La chapelle fut remplacée par un oratoire où, suivant (irégoire de Tours, Chilpéric fit enterrer un de ses fils en 580. Dans le vu" siècle, à l'époque de Dagobert, l'abbaye existait; ce prince l'enrichit, et lui donna une belle église où il fut enterré en ft.^8, et qui depuis est devenue le lieu de sépulture réservé pour les rois do France. Kn I79.'{, tous ces tombeaux avaient été violés, et les cendres dispersées. L'é'glise fut restaurée par Napoléon, et l'on y a fait dans

ces dernières années de nouvelles réparations, sous l'habile direction de M. Viollet- It'-huc. Sous le ministère de rabb('' Suger, on conuuen«;a à donner le nom de ville à la réunion d'habitatittns qui s'était formée près de l'abbaye. A It-glise de Dagobcrt en succéda une commencée par Pépin le Bref et achevée par Charlemagne. On l'entoura de fortifications dont il reste encore quelques traces. Le portail, le vestibule, les tours, dont l'une a cinquante-six mètres de hauteur, ainsi que le rond -point et la crypte de l'église actuelle, ont été construits de 1130 à 1134 par Suger, abbé de Saint- Denis et plus tard régent du royaume sous Louis le Jeune. La nef, commencée sous saint Louis par l'abbé Odon, ne fut terminée que sous Philippe le Hardi en 1281 , ce qui explique la difl'érence des styles. La partie inférieure du portail est ornée de figures luzarres d'une exécution soignée. Les vitraux sont tout à fait modernes, et remplacent ceux que la révolution a détruits et qui étaient regardés comme les plus anciens que Ton connût en France; cependant les trois chapelles absidales ont conservé de magnifiques verrières du temps de Suger. Une visite à Saint -Denis est un cours complet de l'histoire de la statuaire aux difTérentes époques. Sous le vestibule de l'église est placé le cénotaphe de Dagobert et de Nantilde, sa femme, réédifié par saint Louis. Ce monument à double face a été dédoublé, et les deux parties occupent chacune une paroi du vestibule. Les deux chapelles qui précèdent le chœur ont rcru, l'une le mausolée de François P', qu'on attribue à Philibert Delorme, l'autre les mausolées de Louis XII et de Henri II, ce dernier par Germain Pilon, sur les dessins de Philibert Delorme. Ainsi, à quelques pas de distance l'un de l'autre, se trouvent l'art enfant et grossier et l'art grandi et parvenu au plus haut degré d'élégance. On attribue à Jean Goujon les statues couchées de François P' et de Claude de France, sa femme. Le mausolée est en marbre blanc. Seize colonnes ioniijues cannelées, de deux mètres de hauteur, supporlent un entablement au-dessus duquel sont plact'cs les statues acenouillées et en habit de cour des mêmes souverains et

DE PARIS A CHERBOURG — COTES DE LA MANCHE

de leurs trois enfants. Un bas-relief, 'qui fait le tour, représente les batailles de Cerisoles et de Marignan. Autour du mausolée de Louis XII sont les douze apôtres dans douze niches ornées d'arabesques. On voit également les statues couchées, et au-dessus les statues agenouillées de Louis XII et de sa femme, Anne de Bretagne. Le bas-relief présente les triomphes des Français en Italie. Ce chef-d'œuvre a été exécuté par un artiste italien établi à Tours, le célèbre Jean Just. Douze colonnes d'ordre composite, avec leurs pilastres en marbre, ornent le mausolée de Henri II; les quatre vertus cardinales occupent les quatre angles; Henri II et Catherine de Médicis se montrent aussi deux fois, couchés et à genoux. C'est l'œuvre de Germain Pilon.

On descend dans la crypte par deux escaliers latéraux. Une suite de nombreux petits caveaux s'ouvre sur une aalerie circulaire, voûtée en petites arcades qui portent sur des colonnes avec chapiteaux ornés de bas-reliefs d'un goût médiocre. Dans ces caveaux sont placés par ordre chronologique les cénotaphes de nos rois. On commence par ceux de Clovis et de Clotilde, de Childebert, et successivement en suivant la galerie circulaire, jusqu'à la sortie, où se trouvent ceux des Valois. Le caveau du centre était destiné à la branche des Bourbons que la révolution de 1830 a exilée. A droite et à gauche sont doux caveaux, dont un est occupé par la sépulture du dernier prince de Condé.

L'église possède de beaux tableaux modernes, entre autres une toile représentant Charles-Quint et François I*' visitant Saint- Denis, par notre célèbre Gros.

Dans lo bâtiment de l'ancienne abbuv*^ on a établi la maison d'éducation |)Our des filles de chevaliers de la Légion il'honninir; elle contient cin(j cents élèves, dont quatre cents sont élevées aux frais du gouvernement.

Pour achever de connaître la Normandie, nous pouvons entreprendre le court voyage de Diepjie.

A lr»'nte-six kiloMièlivs (h* Ponlois»'. nous Irouvei'ons Gisors, dans m\c plaine ferlile, au conihient de l'Fpte et de la Tiwsne; elle

a une église qui date du xiii" siècle, avec un très remarquable portail de l'époque de la Renaissance. Une partie très bien conservée de son vieux château sert de halle; un autre joli portail de la Renaissance est celui de l'église de Montjavoult, dans les environs. Non loin de là, le château de Berticlières, sur la Troësne, annonce par sa construction bizarre et une tour antique une origine très reculée. Trie-le-Chàteau possède une église qui date du XH^ au xv^ siècle. Le portail est formé de quatre pleins cintres d'un luxe de sculpture inimaginable; il est classé comme monument historique.

Gournay, célèbre par son commerce de beurre, compte, ainsi que Gisors, un peu plus de 3,000 habitants. Dans ses environs sont plusieurs sources minérales, dont une porte le nom séduisant de fontaine de Jouvence.

La petite ville de Forges est un rendez-vous de malades qui viennent à ses sources minérales chercher une guérison que Louis XIII et le cardinal de Richelieu y ont trouvée jadis.

Nous passons très près de Neufchâtel, renommée pour ses fromages, et où le roi d'Angleterre Henri P"^ avait fait construire un château fort qui a joué un certain rùle dans nos guerres.

Il ne reste plus que les ruines informes du château d'Arqués, bourg situé dans la vallée de l'Faulne et célèbre par ses sépultures mérovingiennes; c'est de là que Henri IV écrivait à Grillon : « Pends-toi, brave Grillon, nous avons combattu à Arques, et lu ny étais pas. -> L'église, édifice du wi*" siècle, a conservé son élégant jubé d'archilecture grecque, où l'on monte par un escalier en spirale d'une extrême légèreté.

Dieppe, ville de 'JO.OOO âmes, le premier port de pèche de la Manche, reçoit des navires de quatre à cinq cents toiuieaux au plus. Pendant deux à trois mois chaque année, des Uots d'étrancrers et de Parisiens aflluent à Dieppe, allirés par son superbe établissement de bains de mer, par les sites riants (le sa charmante vallée, et surtout par le coup d'œil que présente sa plage avec se? hautes et

(lUlN/lKMK VOYAOE

blanches falaises, si halles alors qu(> \c soloil couchant les éclaire. Quand nous aurons visité réi^lise Sainl-Henii, édilico dos xvi" et \vn* siôcles, et surtout l'éirlise Saint-Jac(juos, coniniencée au xuT siècle et rappelant toutes les variétés du style ogival, avec de gracieuses sculptures dans sa chapelle de, la Vierge et une tour qui ressemble beaucoup à noire tour parisienne de Saint-Jacqucs-la- Boucherie, je vous conduirai sur la jetée de l'ouest devant nue maison cpii sert de demeure au gardien dn jthare. Nous y lirons cette inscription : « Napoléon le draiul. Hécompense nationale à Jean-Andié Bouzard, pour ses services maritimes. » Ce Bouzard était le maître de la jetée, ([ui avait sauvé pendant les tempêtes un nombre cansidéralde de naufragés. Son pelit-fils, il y a quehiues années encore, habitait sa modeste et glorieuse maison, et ne montrait pas moins que son aïeul de dévouement et de courage. Dieppe a élevé en 1844 une statue de bronze au célèbre marin Dnquesne, qui est né dans ses murs. Celle statue est Tceuvrc de Dantan aîné.

Une industrie particulière à la ville de

Dieppe est la sculjtlure de l'ivoire; dès la lin du XIV* siècle, on y faisail dans ce genre de petites merveilles de patience et de délicatesse.

Sur toute cette côte de la Manche, les touristes visitent : la très ancienne ville de Fécamp, (pu coniple plus de 13,000 âmes, (jui a eu luie abbaye célèbre, fondée par le duc de Normandie lUchard 1"', et (jui montre encore une belle église du xi'' siècle; la toute moderne Sainl-Valery-en-Caux, qui compte près de !j,000 âmes, et, au nord de Dieppe, le Tréport, gros bourg de 3,700 âmes, (jui exislait du temps de César, et qui est voisin de la ville d'Eu et de son magnifique château. Toutes ces villes, adonnées par leur situation aux arts maritimes, emploient les deux tiers de leur population à la pèche. Ce sont elles qui, en toute saison, alimentent en grande parlie de marée fraîche notre halle de Paris. Elles salent par tonneaux le maquereau et le hareng, et en font des expéditions considérables dans tous les pays. Dieppe arme de gros navires pour la pèche lointaine de la morue et de la baleine.

Dieppe.

SEIZIÈME VOYAGE

DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU XORD ET DU NORD-EST

Soissons. — Heinis. — Mézières. — Bcauvais. — Abbeville. — Boulogne. — Calais. — Dunkorqiu'. — Amiens. — Saint -Oiner.

La soirée se trouvant trop longue pour le voyage que j'ai à vous proposer, nous en ferons deux ce soir; tous les deux nous conduiront pourtant jusqu'à nos frontières du nord et du nord -est; mais de ce côté elles sont, depuis 1815, fort rapprochées de notre capitale. Allons, mes enfants, mettons-nous en route de nouveau.

Nous nous rendrons d'abord de Paris à Mézières et à Sedan.

Nous sortirons par la barrière Saint- Martin; mais, après le Bourgct, nous gagnerons le bourg de Dammartin et ensuite Villers- Cotterets, dont le château, construit sous François l"', est aujourd'hui le dépôt où l'on envoie les mendiants que condamne le tribunal correctionnel de la Seine. Près de là sont les ruines de l'abbaye de Longpont, fondée au xu'" siècle.

Soissons se présente avec 11,000 habitants, des environs délicieux, un château gothique llan(]ué de grosses tours rondes et massives, et une cathédrale construite dans les xn" et xiH" siècles. Hubens, malade à Soissons, y fut soigné dans le couvent des cordelicrs, et par recomiaissance leur peignit une Adoration des bergers. Nous verrons ce tableau, cpii est aujourd'imi dans la ralliédralc. Deux statues

en marbre blanc, représentant l'Annonciation, ornent le maître-autel et ne sont point indignes de figurer à quelque distance du tableau et d'un beau jubé. Voyez-vous ces quelques débris de murailles près de la rive droite de l'Aisne? Ce sont les restes de l'abbaye de Sainl-Médard. Charlemagne en avait fait bàlir le cloître. Louis le Débonnaire l'embellit, sans se douter que bientôt, détrôné par les enfants de son premier mariage, il aurait cetle abbaye pour prison. On nous montrera une sorte de caveau qui sert aujourd'hui de cellier, et l'on nous dira (]ue l'infortuné souverain déchu y fut renfermé. Je ne sais quelle main y a tracé les lignes suivantes : « Hélas! ijue je suis prins de douleur! — Mourir mieux me vaudroit que souffrir telles empreintes. » Plus heureuse que celte abbaye, celle de Saint-Jean-des-Vignes, fondée au xr siècle, est encore représentée dans celui-ci par il«'ux tours, les débris d'un cloîlit' sitmptueux du xin" siècle, un petit cloître ruiné de la llenaissance, une grande salle voùlée, le réfectoire et un portail. Soissons est l'antique Xoviodutium, et la dernière place forte des (laules<jue les Homains aient évacuée devant l'invasion des barbares.

Voici lU'iiiis. la ville où Clovis. le v.iin-

SEIZIKME VOYAC.E

(jticui* pnVen , >'luiiiiilia, ivçiil \o li;i|>lriiit^ îles mains de rovèt|ue saint IUmmI, cl juia «le .< Itrùloi- 00 (pi'il avait adoré ». De ce jour ilatc le titre de roi très rlnrlir)i. (jue pi-enaient les rois île I"'rance; le pape Aiiastase le donna ù Clovis on signe de satisfaction de son baptême.

I/édiliee acUicl do la oathoilraK', cimimenoi' ou \-\'2 par l'arolievèipie Albi-ric do Ilumhort, sui- les plans de lîoberl de Coucy, date du \iu" siècle; c'est un des plus beaux uionumeuts religieux (pii existent. Le poilail présente trois arcades et deux frontons chaînés de statues, et au-dessus deux tours. Les tours sont composées de piliers, de chapiteaux, de pyramides, lo tout à jour et en d«''coupures, et se teruunent par une toiture ipii ressemble assez à un bonnet carré. Les statues ilu bas du portail ont plus de doux mètres do hauteur. Au-dessus de Tarcade centrale est représenté le Jugement dernier, sur les deux autres le Couronnement de la Vierge et la Passion. Entre les tours, audessus de la rose, on voit le Baplème de Clovis. A l'extrémité de la toiture est placé le clocher de l'Ange, haut d'une vingtaine de mètres, ainsi nommé de la statue d'ange qui le termine. A la base de ce clocher sont huit statues colossales représentant des vices punis. Vingt-deux arcs- boutants, dont les arcades sont doubles, renforcent les murs de l'édifice. Chacun est décoré d'une statue d'ange ou de roi entre deux colonnettes, et surmonté d'une croix. A une porte latérale sont les statues colossales de saint Nicaise, saint Eutrope et saint licmi. A la voûte de cette porte une quarantaine de damnés et de démons regardent d'un air moqueur le martyre de saint Nicaise et les miracles de saint l'emi. A l'intérieur, les trois portes du grand portail sont entourées d'un grand nombre de statues dans leurs niches. La grande nef a perdu le labyrinthe en pierres bleues (pii était inci'usté au milieu de son pavé. La magnificence des vitraux est piodigieuse. Sur un coin de la rose de la croisée du midi on lit: < Nicolas Derhodé, IIJSl; *> probablement le nom de l'artiste et la date de l'œuvre. Par suite de riiabilude qu'avaient les artistes

du \vi' siècle de mêler le profane au sacré, celte rose représente Dieu lo Père sous les traits ot avec les attiibuts de Jupiter, et autour de lui los dou/c apôtres. L'orgue, construit en l'iSl, a vingt mètres de haut; il conq»le plus de trois mille cinq cents tuyaux ot cinquante-trois registres. l)ei)uis la des- IriK tioii d(^ l'église Saint-Nicaise, on a trans- \)i.)[[c ici un tombeau anti(iue, sur lequel est cotte inscription : Cénotaphe é)'igc, dans le iv" siècle, à Flavius Jovin, Rémois, préfet des Gaules, chef des armées, cousid romain, transféré de l'église Saint -Nicaise à la fin du xwn" siècle, an VIII de la République (1800). Ce tombeau est orné d'un bas-relief*, une dos i)lus belles œuvres d'art antique (pie la France possède. C'est une chasse au lion par des personnages dont plusieurs sont à cheval.

L'église Saint-lîcmi, édifice plus ancien (lue la cathédrale, et (pii date de 1401, appartenait à une abbaye de bénédictins. Elle a joui, avant la cathédrale, de l'honneur de servir au sacre des rois. Sa façade et ses deux tours, avec leurs flèches, sont beaucoup moins anciennes que le reste de l'édifice, qui, tant par ses dispositions générales que par ses détails, appartient à l'architecture romano-byzantine (xi^ siècle).

Le tombeau de saint Rémi, de forme circulaire, et de six mètres d'élévation, que l'on voit aujourd'hui, occupe l'emplacement du tombeau du môme saint érigé dans le cours du XVI* siècle, et démoli par les vandales de 93. Saint Rémi et Clovis occupent le centre, et tout alentour sont disposés douze pairs de France. Ces douze statues font parlie de l'ancien mausolée. Elles sont l'œuvre d'un sculpteur de Reims.

Il est à Reims un vieil hôtel appelé l'hôtel de la Maison -liouge, sur lequel on lit cette inscii|)tion : L'aii 1429, au sacre de Charles VU, dans cette hôtellerie, nommée alors l' Ane-Rayé, le père et la mère de Jeanne d'Arc ont été logés et défrayés par le conseil dr ville. Il est une autre maison appelée le Long-Vètu, rue de Cérès, à laquelle se rattache un souvenir (pii doit être cher à tout commei'oant ellabricaiil fiançais. Un marbre

DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU NORD-EST ET DU NORD

porte : <^ Jean-Baptiste Colbert, ministre d'État, est né dans cette maison le 29 août 1610. »

Reims existait longtemps avant la domination romaine; elle était la ville principale de la Gallia Belgica, la cité des Durocorlorum. Plus tard, elle prit le nom des Rémi ou Fiemigi, qui, dit-on, avaient été ses fondateurs. Elle comptait des chrétiens en Tan 360, et, six ans après , Jovinus, dont nous ^^^U^^^i venons de voir le tombeau, se convertissait. Saint Nicaise y fondait un siège épiscopal vers l'an 400. C'est aujourd'hui une ville de plus de 60,000 âmes, avec des rues généralement droites, propres, et d'une largeur presque suffisante, par suite de l'élévation moyenne des maisons. Comme toutes les villes essentiellement industiielles, Heims

renferme des parties qui laissent beaucoup à désirer sous plus d'un rapport, et qui sont loin d'offrir ù la population ouvrière les conditions de salubrité désirables; mais ces quartiers s'entament tous les jours et de tous les côtés par des percements de rues et des constructions nouvelles, hans les environs du grand cours et autour de remarquables promenades, on conq)te déjà bon nombre de jolis hôtels entre cour et jardin, et une foule de maisons d'un lirand style.

La ville avait pendant longloMq)s manipié d'eau à cause de son élévation au-dessus du niveau de la rivière de la V<>sle, (juand un digne chanoine dépensa son |>alrimoine à la doter d'un appareil liydi'auliipu', (pii amena

saint- iteini, à Reims.

les eaux de la rivière dans les sept fontaines de la cité. Mais l'œuvre du généreux Godinot, à qui ses concitoyens ont dressé une statue, ne tarda pas à devenir insuffisante pour les besoins toujours croissants de la cité. Une nouvelle machine, de la force de quarante chevaux, construite par M. Cordier, et qui a coûté un million, alimente depuis 1843 un

grand bassin situé sur un des points culminants ; elle fournit, par jour, vingt mille hectolitres d'eau que distribuent plus de quatre-vingts fontaines.

Je vous ai déjà dit que Reims était un de nos grands centres industriels. Ses manufactures et ses fabriques de draps, de fianelles , de lainages de toute espèce, de bonneterie, expédient leurs produits dans le monde entier. Son pain d'épice et ses biscuits ont une réputation si bien établie, que le nom de la ville de Reims est devenu le passeport obligé des pains d'épice et des biscuits de la plupart des marchands de la France.

C'est à Reims que fut, m'a- 1- on assuré, fabritiué pour la première fois, en 1801, ce tissu si beau et d'un si excellent usage connu sous le nom de vivri)ios. OnUc Colbert. Reims est, à bon droit, fière de compter parmi ses enfants le maréchal Rrouet d'Krlon, dont nous verrons la statue; le célèbre graveur Nantouil; Cilles Cobelin, qui fonda la manufacture à lacpielle on a c«)nservé son premier nom, même depuis qu'elle est devenue propriété de l'État, sous l'administration de l^olbeil. l'.nnn, il se fait à Reims un commerce

SKIZltMK VOYAGE

des vin.s moussoiix, dits de llhainiviij:no, loiil aus:?i considérable qu'à Épernay.

Helhel, ville do 7,'»00 àines, rallaclie son origine à un anlitiue château l'orL construit par les Honiains, Dans ses environs nous pourrions dcssiiier le donjon et les luines d'un château du xv" siècle, le château Porcien. Si nous suivions la route qui conduit de llethel à la petite ville de Monlniédy ( J,0(>0 habitants), que Vauban a couverte par des fortifications, nous verrions, un peu après avoir passé Vouziers, ipii était à peine un village au xiv" siècle, et (jui aujourd'hui est une ville de 3,000 âmes, une petite mosquée fort curieuse, appelée le Mahomet. Elle est située sur la commune de Buzancy. Voici riiisloire de sa fondation. Pierre d'Anirlure, comte de Rourlemont, avait suivi saint Louis en Palestine. Fait prisonnier par les Sarrasins, il obtint de retourner en France après avoir juré sur sa foi de gentilhomme qu'il rapporterait sa rançon en personne. Le soudan vit, en elïet. revenir, accompagné d'un écuyer et de deux mulets qui portaient la rançon, le vieux chevalier, qui avait vendu partie de ses domaines, éprouvé dans ce dernier voyage mille accidents funestes et perdu un œil. Le Soudan, admirant sa loyauté, le tint quitte et lui rendit la liberté, à la seule condition que Pierre d'Anglure ferait bùtir sur ses terres une mosquée en l'honneur du Dieu de Mahomet, ce qui fut exécuté. C'est une masse quadrangulaire dont la toiture peu élevée se termine par un croissant. Construite en grosses pierres de taille, elle est maintenue par des éperons peu saillants. On voit encore, sous le cordon de rcntablement, un grand nondjre de figures antiques, ainsi que plusieurs caractères symbolicjues. A moins de huit kilomètres de là, au village de Fossé, la petite chapelle de Mame, consacrée au vrai Dieu, continue à recevoir la visite de nombreux pèlerins, qui viennent des points les plus éloignés de la France, et môme des pays étrangers. Cette chapelle a remj)lacé une vaste église que Charlemagne avait fait bâtir en reconnaissance d'une mémorable victoire remportée sur les Saxo-Allemands. I '.éprenons notre route et arrivons à Mé-

/ières, place de guerre de seconde classe et |)opulation d'environ 0,000 unies. .le suppose que nous y onti'ons un 27 septembre : nous assisterons à une procession solennelle «jui ne mancpie jamais ce jour-là. Voyez- vous cette bannière qui porte l'image d'un chevalier? c'est la bannière du Chevalier sans peuiet sans i-oproche. L'armée de Charles- Quint menaçait Mézières, l-'rançois F'"", dans un conseil de guerre tenu à Reims, allait ordonner de brider Mézières, qu'on déclarait d'une défense impossible. Bayart s'opposa à cette fatale mesure, en disant: « Il n'y a pas de place faible où il y a des gens de cœur pour la défendre. » Il se jeta dans Mézières avec deux mille hommes. Quarante mille Autrichiens, sous les ordres du comte de Nassau, la cernèrent sur les deux rives de la Meuse, et pendant six semaines consécutives y jetèrent plus de trois mille bombes. C'est le premier siège où l'histoire militaire mentionne l'emploi de ce projectile. Bayart et les braves habitants de Mézières ne s'en laissèrent point clYrayer, et, le 27 septembre lo21, l'ennemi se décida à lever le siège.

Chaileville, qui compte près de 12,000 âmes, n'est séparée de Mézières que par une chaussée plantée d'arbres. Sa place principale, ornée d'une belle fontaine et entourée d'arcades, rappelle un peu la place Royale à Paris. Sa manufacture d'armes de guerre est connue depuis longtemps. Cette ville a été bâtie au xvii° siècle par Charles de Gonzague, duc de Nevers et de Mantoue, qui lui imposa son nom.

Sedan, place de guerre de deuxième classe, est une ville d'environ l!i,000 âmes. C'est un de nos grands centres manufacturiers pour la draperie. Elle conserve depuis longtemps une supériorité marqui'e, même sur Elbeuf et Louviers, pour la solidité et la beauté de ses draps et casimirs noirs, comme aussi pour ses couleurs riches et brillantes, telles que l'écarlate, le cramoisi, le rouge, le jonciuille, le chamois, à l'usage des uniformes et livrées. Sa production annuelle représente une valeur de dix-huit millions de francs. Le dixième environ s'exporte à l'étranger, c'està-dire dans le Piémont et l'Italie. L'union des

DE PARIS AUX FRONTIERES DU NORD-EST ET DU NORD

Calais

douanes allemandes lui a fermé l'entrée de l'Allemagne, où elle trouvait autrefois un bon placement. Les fabriques d'Aix-la-Chapelle et celles de Belgique lui font en outre maintenant une concurrence active.

Sedan fut le berceau de Turcnne,que Napoléon P"", qui devait s'y connaître, a proclamé un des six grands capilaines des siècles anciens et modernes. Le pavillon où il est né se trouvait au centre du château, et a été démoli pendant la Révolution. La ville a donné son nom à une place (jui est ornée de sa statue en bronze, érigée en 1823. A droite du château est une allée d'arbres qui fut, dit-on, plantée par lui. Au village de Hazeilles, nous pourrons voir la chambre où il fut allaité. Sedan a obtenu depuis peu une lamenlabl(> célébrité par la capitulation désastreuse de l'armée française, le 2 septembre 1870.

Toute la partie nord des Ardonnes est entrecoupée de montagnes couvertes de forêts et de bruyères incultes, dont on est réduit à brûler les genêts pour engraisser ipiehpies champs d'une terre IVoide. La partie du sud (pii louche à l'ancienne Chanqingne ilonne des vins de ([ualili' mc'dioere. Les pâturages

où dominent les herbes aromalicpies engraissent des moutons de petite taille, mais dont la chair succulente a une grande renommée. Le prix comparativement peu élevé du bois a donné ici une grande extension à la fabrication du fer ; cependant les établissements sont plus nombreux que considérables. On s'attache moins à traiter le minerai lui-même qu'à l'affinage du fer déjà transformé en fonte. Les fontes importées proviennent surtout des usines entre Sambre et Meuse, du bassin intérieur de la Meuse, et en moindre (juantité des fourneaux situés dans le Luxembourg entre la Samoy et la frontière de France. On fabrique ici de la ferrauderie et de la taillaudei'ie de toute espèce, des clous, de la tôle, du fil de fer, des faux, des limes, et aussi des marteaux, des enclumes, des essieux pour l'artillerie, etc., et tous les ustensiles de ménage (pii .se moulent en fonte par seconde fusion.

En descendant le cours de la Meuse nous Inniverions (iivet et sa protectrice Charlemont, une de nos forteresses les plus importantes. Ce sont comme deux vedettes placées à re\tr('Muil('' de coWc pointe de notre fron-

lière qui jx'nMrc dans lo royaume lielgc. Oivet, patrie de MéhuI, le célèhre C()iii|)ositeur, e^l une jolie ville de 0,701) ihnes, qui s'ei-l formée de deux villages siluéssurlesdeux rives, el depuis une trentaine crannées réunis par un jM>nl dont la (U)nstrucli()n l\it ordonnée par Napoléon. Au retour d'un voyage en Belgiipie, il voulait passer iriiuo rive à l'autre : mais les pluies avaient tellement grossi la Meuse, et le vent était si terrible, que les bateliers franç^ais déclarèrent le passage impossible. Il est à croire qu'ils hésitaient surtout à liasardei- les jours du souverain. Napoléon, dans son impatience, se rappelle qu'à Givet se trouve pour le moment un dépôt de prisonniers i\o la marine anglaise. Il en fait venir (luclques-uns et les consulte. Us répondent (pfen effet la traversée est fort dangereuse, mais non pas imjiossible. Napoléon en choisit vingt, se confie à leur habileté audacieuse, et parvient sain el sauf à l'autre rive. Les vingt Anglais reçurent la liberté, un habillement complet, et chacun quelques pièces d'or.

Nous reviendrons par Rocroy, oîi, en 1643, le grand Condé, à l'âge de vingt-deux ans, remporta sur une armée espagnole une victoire qu'il dut à son coup d'œil prompt et à son héroïque l)ravoure; Vervins, l'antique Verhinum, ville de 2,700 âmes, qui a une chapelle où sont de beaux tableaux de Jouvenet ; et Laon, oîi dès les temps anciens exista un château important du nom de Laudiinum. Elle occupe le sommet d'une montagne isolée au milieu d'une vaste plaine. Un géographe prétend que, parmi ses 10,400 habitants, un sur cinquante arrive à Tàge de quatre-vingts ans, ce qui ajoutc-t-il , confirme l'aphorisme d'ilippocrate : « La position la plus salubi'c est celle qui est battue pai' tous les vents. » Il a songé sans doute aux vents, l'architecte (pii a construit les quatre tours de la cathédrale : il a j)rodigué les découpures et le travail à jour, apparemment pour que le vent eût moins de prise, (;t il a produit un chef-d'œuvre de légèreté et d'élétrance. A l'inli-rieur on admiie la forme incrénieuse des pdiers (pii déguise leur épaisseur, les ornements des bases et des chapiteaux.

qui tous diffèrent, et la décoration des rhapt'lics, (jui appartient au bel âge de la seul 1)1 ure française. On donne à cet édifice la date de 1114, comme celle non de sa fondation, mais de sa reconstruction à peu près eiiliiM-e. L'église Saint-Martin, du xu*" siècle, est glande, mais d'un style lourd. Laon a conservé une vieille tour bâtie par Louis d'Outre-Mer et réparée en 1207 par Philippe- Augusle. Elle a aussi une autre tour remar- (juable en ce qu'elle penche au point de présenter une inclinaison de dix degrés ; ce doit être par une fantaisie de l'architecte. 11 existe l)Uisieurs de ces tours en Italie; je ne connais ([uo celle-ci en France. Au village de Notrcl)ame-de-Liesse , à seize kilomètres de là, nous verrions les ruines d'une assez belle église du xn" siècle. Avant la I»évolution nous aurions pu admirer dans la célèbre abbaye de Pi'émontré, reconsti'uitc au xvni° siècle, un escalier qui passait pour un des chefs-d'œuvre du genre.

Nous allons maintenant connaître la Picardie en nous rendant de Paris à Calais. La distance est de deux cent soixante-cinq kilomètres.

De Saint-Denis nous gagnerons la jolie petite ville de Beaumont, qui s'annonce par une tour, unique débris de son château.

Non loin de là est Chantilly, ancienne résidence de Condé, léguée par le dernier héritier de cette maison au duc d'Aumale. Le château est une remarquable construction de la Renaissance, avec des embellissements du xvn° et du wiif siècle. Les écuries, (jui datent du siècle dernier, présentent à la partie centrale un dùme massif; elles peuvent loger plus de cent soixante-quinze chevaux. A l'une des extrémités il y a un manège découvert, avec des arcades, des trophées el des attributs de chasse. Entre les écuries et la forêt s'étend la pelouse, sur laciuelle ont lieu annuellement des courses de chevaux renommées. De la terrasse du parc, un escalier monumental conduit aux jardins, où l'on remarque le jardin anglais, avec son petit temple de Vénus Callipyge; le hameau, le parc de Sylvie, réservé au gibier ; le canal , alimenté par la Noneltc au moyen d'une cas-

DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU NORD-EST ET DU NORD

Dunkerque.

cade artificielle; et le château d'Enghien, construit au xviii^ siècle. La forêt, qui comprend deux mille cinq cents hectares , renferme le château de la reine Blanche , petit rendez-vous de chasse construit par le duc de Bourbon, en 1826, dans le style du xiii^ siècle.

L'église paroissiale de Chantilly, bàlie en 1G92, renferme un monument funéraire élevé par le duc d'Aumalc à la mémoire des Condé, et contenant les cœurs des derniers princes de cette maison. L'hospice est un bel édifice fondé par Louis-Joseph de Condé, mort en 1818. Un temple protestant a aussi été érigé à Chantilly en 1867, en raison de la nombreuse population anglaise qu'y appellent les courses de chevaux.

Beauvais , ville de lo,000 âmes, sous les Romains cité des Bellovaces, sous Charlemagne liclvacus, est située dans un riche vallon entouré de collines boisées au confiuent de l'Avelon «.'l du TlK'rain. Une petite partie de la ville a conscrvi' l'ancion nom romain de Cilc, et des murailles de deux mètres d'épaisseur, bâties en petites pierres carrées fort dures et en larges bri<|ues;on cioit qu'elles datent du ni"' nu du iv" siècle.

La plupart des maisons sont en bois et argile, quelques-unes avec des ornements et des sculptures. La cathédrale actuelle, commencée vers 1225, n'a jamais vu s'achever sa nef. Deux fois la voûte du chœur • s'écroula ; et, lorsque après l'avoir reconstruite une troisième fois les architectes, à l'instar de Michel-Ange à Saint- Pierre de Rome, eurent assis sur les quatre piliers au centre de la croisée une tour pyramidale de quatrevingt-seize mètres de hauteur, vide à l'intérieur de manière que du pavé de l'église l'œil montait jusqu'à la voûte du comble, cette tour s'écroula dès la cinquième année, en 1l)73. La façade latérale de l'église est d'une ornementation très riche dans le style ogival sur son déclin. Onze degrés conduisent au perron. Les deux vantaux de la porte sont remarcjuables par le bon goût des sculptures. La salamandie indique l'époque de FraïK^ois I". La basse œuvre (qui devait disparaître pour fournir au prolongement de la nef) est incontestablement du vni" siècle :

' lio liiiinir a ito longtoiii|'s cilé comme lo plus beau do l-'ranco. Lu amien dicton pnSloudail faire ainsi la description dune ëglifio parfaite : « Portail de Reims, clochers de Char* tros, nef d'Amiens et cluvur de Beauvais.*

oo *

SElZIllMn VOVAr.E

les assises tie inerre allernanl avec des assises de britiues, la coiislnielion îles eiii- Ires et des uiiveilui'es, el liois statiielles nues au-dessus de l'areado priiieipaK" rallesleiit assez. La plupart des vitraux sont de la belle cpo(iue de la peinture sur vcire. Ceux audessus de l'autel Sainte- Harhe sont, dit- on, d'après les dessins d'Albert Diirer. Huit belles tapisseries ipii ••nient le clui'ur, ex»'eutées d'après les cartons de lUii)liael conservés à llainplon-Court, sortent île la nianufacture nationale de Beauvais, digne rivale de la nianul'aclure parisienne des Oobelins, et plus ancienne de trois ans. Dans Téglise Saint- Ktienne on ferait un cours complet de riiistoirc de la peinture sur verre. Le palais épiscoi>al, avec sa forte muraille flanquée de diMix tours, semble une petite place militaire.

Montons à riiotel de ville, édifice moderne datant de 17o3, et faisons-nous montrer un glorieux trophée. C'est le drapeau qu'une fille de Beauvais. la vaillante Jeanne llachelle, lors d'un assaut donné par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, le 27 juin 1472, arracha des mains d'un Bourguignon déjà parvenu sur la muraille. Chaque année les jeunes filles le portent dans une procession solennelle, où les femmes, en l'honneur de cet exploit, ont le pas sur les hommes. La statue de cette héroTne a été érigée sur la place de rilùtel-de-Ville en 1862.

Je conseillerai aux amateurs de beaux vitraux d'aller visiter l'église du village d'Epaubourg. Ces vitraux représentent la nativité de Jésus. Savignies , autre village des environs de Beauvais, fabrique depuis la plus haute antiquité de la poterie de grès. On en retrouve dans les ruines d'une vieille cité romaine, Draluspansium, qui fut près de là, de tout à fait semblable jKJur la matière et même la forme. Savitrnies fournit des creusets excellents pour la fonte du cuivre.

Nous voyageons dans une plaine assez monotone, sillonnée par des chemins que bordent des pommiers à tète ronde. Ici, comme dans la Normandie , le pommier est l'arbre de prédilection : le cidre est la boisson oi-dinaire, .\blxville ne date guère que du

x" siècle. Elle n'a à nous montrer que le magnili(pie portail de l't'glise Saint-N'ulfrand, d'une ordonnance ivgulière et élégante ; trois porti(pies, et deux tours carrées de soixantesix inèlies de hauteur. Les statuettes de ses saints ont des ornements et des costumes assez singuliers, (pii rei)roduisent le style du xv" siècle. L'inscription suivante est gravée sui" la j^orle à l'inlcM-icur d(; l'église (les scnlpliires de cette j)orle repi'ésentent les douze apôtres et les mystères de la Vierge) : Vierujc aux hiunains la porte d'amour este. On conserve à la bibliothèque publicjue un évangile sur vélin pourpre, dont Charlemagne fit, dit-on, présent à Angilbert, son gendre, abbé de Saint-lUquier. L'église de cette abbaye de Saint-Riquier, à huit kilomètres d'Abbeville, porte sur son porche un arbre généalogique de tous les ancêtres de Jésus-Christ. Un antiquaire, M. Dusevel, a retrouvé sur les murs de l'ancienne trésorerie , en faisant disparaître un grossier badigeon, des Iresques curieuses : Hugues Copet rapportant à l'abbaye les restes de saint Riquier, et une Danse des morts. Voulonsnous voir une forteresse conservée comme au moyen âge, nous visiterons le château de Ivambures. Le propriétaire de ce manoir j)ourrait au besoin y soutenir un siège comme un baron du xiv° siècle.

Entre la roule et la mer nous verrons de loin la petite ville de Rue , où Isabeau de Portugal et Philippe de Bourgogne ont leurs statues sur la façade de la chapelle du Saint- Esprit ; elle leur doit ses voûtes, d'où pendent de longues clefs à jour d'une extrême légèreté. Les statues de LouisXIet de Louis XII s'y trouvent aussi.

C'est de Boulogne, alors Gessoriacum (nom ([u'elle changea pour celui de Dononia) , que César s'embarqua lors de sa première expédition contre les peuples de l'Angleterre, l'an l)ij avant notre ère. C'est du même port, agrandi et embelli par ses soins, que Napoléon se préparait, dix-huit siècles plus tard, à tenter une expédition semblable et l»ien autrement difficile. C'est au camp formé pour cette expédition que furent distribuées les premières décorations de la Légion d'honneur,

DE PARIS AUX FRONTIERES DU NORD-EST ET DU NORD

le 16 août 1804. Une colonne de marbre de plus de cinquante-trois mètres est destinée à perpétuer ce souvenir. Le maréchal Soult en posa la première pierre, sur laquelle on a gravé : « Première pierre du monument décerné par l'armée expéditionnaire de Boulogne et la llottille à l'empereur Napoléon , posée par le maréchal Soult, commandant en chef, 18 brumaire an XIII. » Boulogne voit sa population de 30,000 âmes presque constamment renforcée par une colonie d'environ 10,000 Anglais. Cette ville possède d'importants établissements de bains de mer favorisés par une très belle plage, que fréquente la haute société de toutes les nations. Son église Notre-Dame, bâtie de 1827 à 18G6 sur l'emplacement de l'ancienne cathédrale , possède un magnifique autel donné par le prince Torlonia ; elle renferme aussi une crypte remarquable.

Les premiers titres où il soit fait mention de Calais ne remontent guère qu'au ix* siècle, En 1346, les Anglais mirent le siège devant cette ville. 11 fallut un an pour qu'elle consentît à se rendre, à la suite d'une longue famine. Aussi Edouard, irrité, n'accordat-il de capitulation que sous la condition que six des bourgeois les plus notables lui seraient livrés en chemise et la corde au cou. Eustache de Saint-Pierre , Jean d'Aire , Jacques et Pierre Wissant (l'histoire n'a pas conservé les noms des deux autres) s'offrirent en victimes expiatoires et allaient être envoyés à la mort. Heureusement pour la gloire d'Edouard, les supplications de sa femme, Philippa de Hainaut, lui arrachèrent la grâce de ces héroïques Fran(^ais. Edouard donna à Calais une population tout anglaise. Celte clef de la France resta près de doux cents ans au pouvoir de l'Angleterre. Sa population est aujourd'hui de 12,1)00 habitants.

Les ports de Boulogne , tie Calais et do Dunkercjue, ce dernier encore plus au nord, sont en possession prescjue exclusive des passages cjui s'elVectuent de France en Angleterre, et réciproquement. Les deux premiers reçoivent les voyageurs; le troisième est surtout le port d'approvisionnement do la ville de Lille et d'une partie du nord de la

France. Boulogne fait dans ce moment une concurrence très active à Calais , et cependant leurs avantages et leurs inconvénients comme port se balancent assez bien. Si le port de Boulogne offre plus de facilité pour aller de France en Angleterre, l'autre en offre davantage pour le retour d'Angleterre en France. Si le port de Calais est meilleur que celui de Boulogne quand les vents d'ouest dominent, le "contraire a lieu lorsque les vents soufflent du nord. Si le port de Boulogne, à raison des travaux d'art qui y ont été exécutés et de la plus grande hauteur à laquelle la mer y monte, l'emporte pour la navigation des grands bâtiments à vapeur, Calais l'emporte à son tour pour les bâtiments à vapeur d'un faible tirant d'eau, à raison de ses autres avantages.

Saint-Pierre-lez-Calais est le centre de nombreuses usines et de fabriques considérables de tulle. Dans la ville il faut visiter l'hôtel de ville, la promenade, la jetée, les bains de mer , et avant tout l'église Notre-Dame, dont le chœur, tout en marbre d'Italie, renferme plusieurs statues remar- (juables et un tableau de Van Dyck. Le nouveau phare est une construction qui honore son auteur.

Dunkerque (en langue flamande, Eglise des Dunes) s'est formée peu à peu autour d'une chapelle bâtie par saint Eloi. C'est aujourd'hui une ville de 33,000 habitants, qui arme plus de cent navires et occupe environ 1,500 marins pour la pèche du hareng et de la morue , sa principale source de richesse. Aujourd'hui c'est surtout Boulogne et Dieppe ((ui pèchent le hareng. Les Anglais nous l'ont prise plusieurs fois; ses fortifications, souvent rasées, furent reconstruites en 1783. Le nouveau port est vaste et reçoit des navires d'un fort tonnage. La rade, formée par une ceinture de bancs de sable, et qui n'a ([ue doux passes, l'une à l'est, l'autre à l'ouest, esta l'abri des croisières ennemies. La villo est rt'guliôn^ et jolie; nous saluerons sur la place Dauphine la statue de Jean Bart , lo oolèbro ujarin, no dans collo villo on l(t!ll. et mort en 1702, après s'ôlre élevé, par sa bravoure, de simple corsaire au rang

SEIZIEME VOYAGE

de chef d'escadre, que Louis XIV lui conféra avec des lettres de noblesse.

Si nous étions venus à Dunkenjuc par la véritable route, nous aurions gagné, au-dessus de Saint- Denis, le village d'Écouen, dont le château, construit sous le règne de François I", possède des vitraux peints d'après les cartons de Raphaël , et représentant les amours de Psyché. Nous aurions admiré aussi plusieurs ornements de détail exécutés par Jean Goujon. Le château est une masse lourde , flanquée de quatre pavillons avec une cour intérieure.

Les façades sont décorées de colonnes et de pilastres de difl'érenls ordres. La frise est enrichie de trophées d'armes de la plus

belle exécu-

tas Ihtidra le d'Amiens.

lion. C'est là que Napoléon avait établi, sous la direction de M""" Campan, Tinstitution des jeunes orphelines de la Légion d'honneur, transportée plus tard à Saint-Denis. Mais Ecouen possède toujours une succursale de la mai.«on de Saint-Denis.

Creil est une de nos villes qui luttent avec le plus de succès pour atteindre à la perforlion des poteries anglaises.

Le village de Liancourt compte j)lusicurs

établissements industriels, parmi lesquels une filature de lin à la mécanique. Son château rappelle le souvenir d'un homme de bien, le duc de la Rochefoucauld-Liancourt, (|ui consacra une grande partie de sa fortune au soulagement et à l'éducation des classes

pauvres. L'ée:lise du village renferme le tombeau et deux statues agenouillées d'un seigneur de la Rochefoucauld et de sa femme, en costumes du XVI" siècle, et d'une assez bonne exécution.

La petite ville de Clermont-en-Beauvoisis (5,500 habitants) a transformé un château des princes de Condé en une maison centrale de détention pour femmes.

C'est à Amiens, et devant le portail de sa cathédrale, qu'il faut venir pour bien comprendre tout ce que le style ogival peut réunir d'imposante noblesse et de somptueuse élégance. Nous avons devant nous un des plus beaux édifices religieux que possède la France. Cette façade, légère tant il y a d'harmonie dans toutes ses proportions, de grâce et de fini dans ses détails, se divise en trois porches surmontés de deux galeries en ogive que couronnent des niches garnies de sta-

DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU NORD-EST ET DU NORD

luettes. Deux tours flanquent ce portail, et sont décorées de clochetons disposés par étages. Des clochetons s'élèvent aussi audessus des arcs-boutants. Du centre de la croisée monte une flèche de forme octogone à sa base. Cette flèche, en bois de chêne et de châtaignier, repose sur les quatre piliers de la croisée, et parvient jusqu'à soixantesept mètres au-dessus de l'édifice. On en compte cent quatorze du pavé de l'église au coq. Parmi les bas-reliefs des porches, on distingue le Jugement dernier ; les Vertus et les Vices , par groupes contrastés ; les quatre Saisons et les douze Mois de l'année , chaque mois figuré par le travail agricole qui s'y rapporte ; les Mages conduits par l'étoile et voyageant en bateau ; le Massacre des Innocents; la Fuite en Egypte, etc. etc. A l'intérieur, la svelte hardiesse des piliers et des retombées des voûtes , la légèreté de la galerie circulaire et la richesse des vitraux, composent un ensemble grandiose devant lequel il n'est pas de visiteur qui puisse rester froid. Sur le mur qui forme le pourtour du chœur, on a représenté l'histoire de saint Firmin et de saint Jean-Baptiste; ce sont des groupes d'une exécution naïve, et fort curieux pour qui étudie les progrès de l'art. Jamais le bois ne fut travaillé avec plus de perfection que pour les stalles de ce chœur. La Gloire qui couronne le maîtreautel est d'une grande beauté. Il y a un Génie funèbre d'une expression tellement vraie, que le peuple d'Amiens l'a surnomme renfanl pleureur; c'est le plus magnifi(iue éloge. La chaire, supportée parles trois Vertus théologales, est une œuvre remarquable. Le tombeau en marbre blaiu- du cardinal llémai'd, et ceux en cuivre de deux évèques, ne sont pas indignes de figurer dans un [o\ encadrement. Par un concours do circonstances difficiles à expliquer, les piliers qui entourent le chœur, et ceux (pii forment séparation entre les din'érentes chapelhv-^, résonnent comme une cloche lorsfju'on vient à les fra|)pei'. On les appelle \c^ coloimrs sonnanles. Une enlic autres, la rolonnc sonore, se fait rcmanpier jiar rinlensib'îdu son qu'elle rend à la moindre percussion. Lu n'sumé,

la cathédrale d'Amiens est un des chefsd'œuvre du style ogival, un des plus beaux édifices religieux de la chrétienté et la plus grande des cathédrales françaises. On en doit le plan à Robert de Luzarches, en 1220.

La belle église Saint-Germain, monument du xv^ siècle, est située sur une colline, au pied de laquelle coule la rivière d'Avre. Le beffroi, où veille le guetteur aux incendies, est surmonté d'une flèche que termine une Renommée de bronze; sa cloche pèse onze mille kilogrammes, et son battant trois cent quinze. Une statue a été érigée sur la place Saint- Denis, en 1849, au savant antiquaire du Fresne du Gange.

Le Chàteau-d'Eau domine le port d'aval; il est pittoresque, et rappelle l'Observatoire de Paris. La machine hydraulique est curieuse par son ingénieuse simplicité ; elle a été construite par le P. Ferri, minime d'Amiens.

Amiens est une fort belle ville, qui a plus de six kilomètres de circonférence. Généralement propre et bien bâtie, heureusement placée sur les bords de la Somme, elle possède en outre de charmantes promenades et des boulevards spacieux et ombragés : la chaussée dite de la Voirie, espèce de digue plantée d'arbres qui s'élève au milieu de riches cultures maraîchères; le cours de la Ilotoye, belle prairie avec des allées dessinées par le Nôtre. Sa population, de 01,000 âmes, alimente des fabriques importantes de velours, de tapis, etc. On ne saurait passer sous silence ses jiàtés de canards, dont la renonmiée est européenne.

Près de cette villt^ ipii a donné le jour à Pierre l'Ermite, le prédicateur d.' la première croisade , se trouvait le célèbre pensionnat de Sainl-AeheiU , tenu par les pères jésuites. C'est aujt)urd'hui un noviciat de l'ordre.

DouUens , petite ville de 4,700 âmes, mais toile place de guerre, a une citadelle réparée par Vauban . qui passait pour une des jilus belles de France. Elle a servi de prison dl'.lat pendant les deux siècles derniers; aujourd'hui c'est une maison centrale de correction.

Aiiv, patrie de Malebranehe , jihilo-<iphe

SKIZIEMK VoVAdK

et lliéoloirieii , tiui naiiuil en 1G38, coiumo Louis XIN , <'t mourut ;uissi la même aniu-e que lui (ITIL)), compte l),000 liabilaiits, ot ses casernes peuvent recevi>ir un pareil nombre de soldais.

L'éi^lise Saint-lMerre, vieil édilice gotlii({ui\ nouvellomLMil restauré et oru»' de beaux vitraux , contient d'assez bonnes toiles, dues à la munilicence du gouvernement. Placée au conlluenl de la Lys et de la Laiiuelte, industiieuse, commerçante et animée, Aire est une jolie petite ville. La réputation do ses andouilles s'étend à vingt lieues à la ronde.

L'église d'IIazebrouck , ville de plus de 9,000 habitants, a une tour surmontée d'une flèche à jour fort belle, qui date du commencement du xv!*" siècle. Son hôtel de ville et sa sous-préfecture, édifices tout modernes, sont rcmanjuables.

Hazebrouck avec sa belle place, ses rues propres et bien percées, ses maisons entretenues avec le plus grand soin, respire l'aisance et le bien-être.

Quand ce coq chanté aura, Le roi Cassel conquètera.

Voilà ce que disaient à Philippe le Bel, en lui montrant un coq peint sur leur bannière, les bourgeois de Bruges accourus pour défendre leurs compatriotes flamands, les bourgeois de Cassel. Ils étaient au nombre de seize mille, commandés par Zonnekin , et avaient pris position sur la hauteur où est située cette petite ville. Le 23 août 1388, ils essayèrent de surprendre le camp royal; leur armée, divisée en trois corps, se dirigea en silence sur les trois tentes des rois de France, de Bohème et de Navarre. Philippe, qui soupait entouré de toute sa gendarmerie, n'eut que le temps de sauter à cheval et de gagner au large. Cependant les comtes de Ilainaut et de Bar, dont les tentes étaient plus éloignées, n'avaient point quitté la cuirasse; ils accoururent avec leur gendarmerie, et alors conimcnra un grand carnage des bourgeois llamand.-s, dont pas un ne lâcha pied. Treize mille furent ainsi massacres, cl trois moneeaiix de corps mai-quaicnt la plare où

avaient eu lieu les trois attaques simultanées.

A l'époiiue de l'invasion romaine, Cassel était la cai)ilaledela Morinie. Des trois portes fortifiées (pii lui restent, deux passent (mais c'est une pn'tention mal justifiée) pour être liiuvrage des Bomains. On voit encore des restes de voûte cl un ])uits de cette époque. La statue de la Vierge dans l'église paroissiale, l»àtie à la fin du xni" siècle, est visitée par de nombreux pèlerins.

Pans cette ville, peuplée de 4,o()0 habitants, bàlie sur le sommet d'une montagne e(tni(jue, isolée au milieu d'une vaste plaine, on peut prendre une idée de l'aspect de la Flandre en général. Ce sont de vastes champs (pie nuance de cent façons différentes la variété des cultures. A certaines époques de Tannée, sur la teinte dorée des moissons , qui forme le ton dominant du lal)leau, se détachent le vert tendre du lin, les noirs taillis du houblon, le vert foncé des betteraves, le reflet bleuâtre des pièces où mûrissent le colza, la cameline, la navette, ([ue sais-je encore. C'est un immense tapis de verdure, qui non seulement enchante le regard, mais qui charme la pensée, parce qu'il révèle une situation agricole des plus florissantes. Le paysage pèche cependant, il faut l'avouer, par un côté capital : il est 1res pauvre en arbres. Le cultivateur flamand connaît trop bien son métier et calcule trop juste, pour souffrir dans ses champs ces gros consommateurs, dont il redoute autant l'ombrage que les racines : l'ombrage prive ses récoltes d'air et de soleil; les racines disputent toujours victorieusement aux plantes annuelles les sucs nourriciers de la terre. Il en résulte qu'on ne voit guère d'arbres dans les champs, même en bordure. Considérés comme objets de luxe et d'agrément, ils ne sont tolérés qu'autour des habitations, et il est rare de ne pas apercevoir, entre chaque boutpict de verdui-e, les murs blancs d'une ferme.

Mais ce qui donne à la campagne de la Flandre un caractère tout particulier, c'est la multiplicité de ces hautes cheminées d'usines, se dressant au-dessus des bâtiments de toute exploitation rurale un peu importante. Ce seul fait prouverait combien , dans cette par-

DE PARIS AUX FRONTIÈRES DU NORD-EST ET DU NORD

Lie de la France , l'agriculture est avancée , puisqu'elle en est arrivée depuis longtemps à employer ces moteurs inanimés auxquels l'industrie doit ses merveilleux développements.

Du sommet de la montagne sur laquelle Cassel a été construite on découvre trentedeux villes, et une cen- ^^ ^ taine de bourgs et villages. Si l'on se tourne du côté de la mer, et que les brumes ne forment pas un voile, ce qui est assez rare, on peut, à l'aide d'une lunette, distinguer les navires dans la rade de Douvres. Par une nuit pure, on aperçoit le feu du phare anglais. A vingi Cl un kilomètres au sudouest , on rencontre la ville de Saint-Omer (22,000 habitants), située dans une contrée marécageuse sur l'Aa. L'église de l'abbaye de Saint- Berlin, édifice du xiv° siècle, est aujourd'hui en ruines. Celle de Notre-Dame n'était point achevée vers le milieu du xv° siècle , quoique commencée depuis un laps de temps considérable. En 1553, les chanoines de Saint- Omer obtinrent de Charles-Quint qu'il leur fît présent, pour orner cette église, du magni(i(jue portail de la cathédrale de Thérouanne. Cette dernière ville, prise d'assaut par l'Enipcreur après un siège long et sanglant, venait d'être condamnée à une destruction totale (c'est aujourd'hui un pauvre village de GOO habitants). Lo poi'tail ne lut cependant pas transporté ; on se contenta des principaux ornements, entre autres de figui'os colossales, (pii lirenl le trajet de plus de douze kilomètres qui séparent l luTouanno do

BelVroi de Bergues-Saint-Winoc

Saint-Omer. Cette ville possède un riche musée , une bibliothèque de vingt mille volumes, une salle de spectacle neuve. Ses promenades sont belles et agréables. Elle renferme les plus grandes manufactures de pipes qui existent dans toute la France ; cette fabrication n'occupe pas moins de douze cents ouvriers,

et produit quarante ^^3 millions de pipes par an,

Bergues-Saint-Winoc, sur la Colme, compte 6,600 habitants ; c'est une de nos places de guerre de première classe.

L'enceinte de ses fortifications, due à Vauban, est protégée par quatre forts. Elle communique avec Furnes et la mer par un canal de huit kilomètres de longueur, navigable piiur les navires de trois cents tonneaux.

Les canaux de Dunkerque et de Saint- Omer y aboutissent aussi. L'hôtel de ville a été reconstruit en 1867. Le beftVoi , ou tour de l'horloge , est fort curieux (c'est le nom usité dans tout le nord de la iM-ance, et le beflroi avec son carillon est dans toutes les villes l'édifice de luxe). Celui-ci est d'origine espagnole, et remonte au xv" siècle. C'est une tour carrée, à mâchicoulis non crénelés, llanquée de quatre tourelles i)olygonales, et surmontée il'une lanterne. La lanterne et les tourelles ont une coupole qui so termine en llèche très aiguo. Tout cela est siuiple, liés svelle et hardi. La bibliothèque possède un beau psautier du w" siècle, avec miniatures; on voit ilans le must'O (piolqiies tableaux tle urands maîtres llamaud?.

DIX-SEPTIÈME VOYAGE

DE PARIS A LILLE —FLANDRE FRANÇAISE

Senlis. — Péronne. — Cambrai. — Lille. — Valenciennes. — Saint -Quentin. — Compiégne.

Si nous voulons nous rendre de Paris au cœur de la Flandre française, à Lille, cheflieu du département du Nord, nous sortirons par le faubourg Saint-Martin et le bourg de la Villette, dont vous connaissez le beau bassin pour les eaux du canal de TOurcq. Nous gagnerons Louvres, bourg très ancien, qui a une église avec portail à plein cintre du xii*" siècle. Non loin de là sont les deux célèbres châteaux de plaisance de Morte-Fontaine et d'Ermenonville. Le premier a appartenu à Joseph Bonaparte; le second a vu mourir J,-J. Rousseau, à qui M. de Girardin fit élever un tombeau dans l'île des Peupliers.

Nous apercevons la flèche, travaillée à jour, delà cathédrale de Senlis, qui s'élève à plus de soixante -dix mètres. C'est une des œuvres les plus élégantes du xiii" siècle. Pour consoler la ville de la perte d'une église fondée par Charlemagiio et que l'incendie avait dévorée, Louis XII consacra i\ la construction de l'édifice actuel la retenue d'un denier sur chaque mesure de sel vendue dans le royaume. Le portail est à plein cintre, ef dans rmiu^mentation on voit des vignes, des raisins, avec une frise tournante garnie d'oiseaux. On reconnaît à l'intérieur les formes gracieuses

que la sculpture commençait à adopter à la fin du XV® siècle.

Nous passons l'Oise à Pont-Sainte-Maxence sur un pont qui est le chef-d'œuvre de Tarchitecte Perronnet. Les trois arches ont chacune quatre-vingts mètres d'ouverture. Il ne présente aucune pente et est orné de quatre pyramides de sept mètres d'élévation. Il a été construit de 1774 à 1785.

Voici les remparts de la très forte ville de Péronne, peuplée de 4,500 habitants. A côté de ce château, qu'on dit avoir été bâti par Henri IV, s'élève une tour sombre et plus ancienne ; on l'appelle la tour Herbert, du nom d'Herbert II, dauphin de \'iennois. C'est là, dit-on, quil renferma le roi Charles le Simple, (jui y mourut. Là aussi Louis XI, venu pour une entrevue avec Charles le Téméraire, envers (pii il se rendait au même instant coupable d'une insigne mauvaise foi , lut, pendant trois jours, gardé prisonnier par son puissant vassal justement irrité. Vous savez comment Louis recouvra sa liberté, par de belles promesses qui ne lui coiltaient guère.

Péronne se vante de n'avoir jamais été prise. Assise au pied d'une colline . en partie

dix-skptieml: vuyage

enlouiée de iiiarôcagcs, (|U(' l'on ikhiI au besoin inonder coinplèlenient, celle ville ne passe pas [xmr saine, malgré l'aéralion île ses rues et ses fraîches promenades au i)ied des ivinpai'ls. Ces magnifniues ju-omenades ont beaucoup soulVei't des deux bondjardenienls (pie les Prussiens fircnl subir à l'éronne pendant l'hiver de 1870-1871.

Son église paroissiale de Saint- Jean, gi'avemenl endommagée par le bombardement, est remaïquable par des basses nefs d'une élévation inusitée.

La citadelle que Charles-Ouinl construisit pour s'assurer la possession de la ville de Cambrai, passe pour une des merveilles de rarchileclure militaire de cette époque. Dans certaines parties, les remparts s'élèvent de cimpianle à soixante-huit mètres au-dessus des fossés. Le fondateur de celte forteresse se procura les matériaux d'une façon expédilive : on raconte qu'il fit démolir huit cents maisons de Cambrai, une partie de la ville de Crèvecœur et six châteaux. De l'ancienne cathédrale, il ne reste aujourd'hui (jue le clocher. La ville compte 22,000 âmes. C'est elle que les géographes romains nomment Cameracum. Vers la fin du vi° siècle, Chilpéric eut assez de confiance en ses nmrailles pour s'abriter derrière elles avec ses trésors. Ses édifices dignes d'intérêt sont : l'horloge, rhcMel de ville avec la célèbre horloçre de Martin et Martine, la chapelle des moines de l'abbaye du Saint- Sépulcre, devenue la cathédrale depuis que l'ancienne, une des merveilles de l'architecture ogivale, a été détruite; enfin l'église Saint-Gery, qui possède la Mise au tombeau de Puibens. La nouvelle cathédrale a été incendiée en 1859.

On a pu sauver de l'incendie un tableau sur bois de cèdre, apporté de Home en I'i40, les magnifiques grisailles de Girard d'Anvers, le Christ de la sacristie, et les tombeaux. Le tombeau de Fénelon ainsi (pie celui de l'évèque de Dclmas ont donné lieu à des critiques assez fond(3es; cependant la statue de Fénelon par David d'Angers est d'une belle exécution.

Certainement vdu.-, avez entendu parler du géant Gavant, de M'"' Gayant et de ses trois

lilsJaco, h'illion et Dimbin , persoimages (pii (inl riiabitude de jiarcoui'ir les rues de Douai dans les j)remiers joui's du omis de juillet. Ce sont (le grands mauntupiins d'osier, vêtus à la mode du xii° ou du xin" siècle, et que plusieurs hommes font mouvoir; autour d'eux caracole un petit Centaure grotesque. Vient ensuite un char qui porte la déesse de la Fortune, aulour de la(pielle dansent six poupées figurant un financier, un paysan qui tient une poule, un procureur, un Espagnol le maître (lu pays, une femme et un militaire. Tous ces gens, d'états difi^érents, dansent en rond sui'un [)laleau incliné, de manière qu'ils se trouvent tour à tourtantcit en haut, tantôt en bas. Faut-il voir dans ce Gayant, ainsi que le raconte le peuple, un souvenir de la ville sauvée jadis par le courage d'un chevalier, seigneur du village de Canlin, ou en croire un document authentique, existant encore dans les archives de Douai, (jui donne à l'origine de celle procession la dale de 1480, et porte « ([u'clle a été instituée en l'honneur de Dieu, de toute la cour célestiale et de monseigneur saint Maurand, pour rendre grâces que par tel jour, 10 juin, ceste ville fut gardée et conservée de l'emprcinse que y fesoient les François pour le cuiders'en prendre?»

Douai, lors de l'occupation romaine, s'appelait Duacum. Au ix® siècle c'était une place importante. Aujourd'hui elle compte 24,000 ùmcs ; elle a conservé de vieilles murailles flanquées de leurs rondes; elle a un vaste arsenal , une fonderie de canons et une école d'artillerie. On peut encore citer parmi ses monuments l'imlel de ville et son beffroi, dont la partie supérieure , incendiée soixante ans environ après son achèvement , a été reconstruite au commencement du xvi° siècle.

La façade de I'IkHcI de ville, percée de fenêtres ogivales, a conservé dans toute sa pureté sa physionomie primitive; mais, à l'intérieur, il reste à peine quelques traces des ancieimes constructions ; leur vétusté et l'inconmiodilé des distributions ont forcé de les d(''truire.

Le beffroi, accolé à rh(3tel de ville, se compose d'une tour à base carrée, se terminant

DE PARIS A LILLE — FLANDRE FRANÇAISE

par des créneaux et flanquée à ses quatre angles supérieurs d'encorbellements historiés et de tourelles aux toits aisrus. Une flèche centraie, ornée de galeries, de lucarnes, de frontons, domine ces tourelles, et à son sommet se dresse un lion en cuivre doré, tenant entre ses griffes un étendard servant de girouette. Ce lion mobile sur son axe, et haut de près de deux mètres, pèse, quoique creux, plus de cinquante kilogrammes. Toute une série de cloches de grandeur et de timbres différents, portant chacune son nom, ayant chacune une destination spéciale et bien connue des habitants, leur annonce les fêtes, les réjouissances publiques, les incendies, la fermeture des portes, etc.

Si les églises de Douai n'offrent rien de saillant, nous en serons dédommagés en parcourant la ville. Nulle part nous ne verrons tant de vieilles maisons, curieux spécimens de Tancienne architecture flamande et espagnole , conservées avec plus d'amour et de respect que dans cette cité, où la culture de la science, des arts, delà littérature, est depuis longtemps florissante. Douai est, en effet, une ville essentiellement calme et studieuse; on y compte par douzaines les collections particulières de livres rares, de manuscrits, de tableaux, de médailles et de curiosités archéologiques.

Avant d'arriver à Lille, voyez-vous, sur notre droite, à quelque distance de la route, ce clocher qui pointe au milieu d'un groupe d'arbres? C'est le petit village de Bouvines. C'est là que notre roi Philippe-Auguste remporta, en 1214, sur l'empereur Othon IV, une victoire célèbre.

On arrive à Lille à travers une forêt de moulins à vent, qui travaillent pour la fabrication de l'huile. On en compte plus de six cents dans un rayon de moins de huit kilomètres. La commune (jui en est propriétaire a pris récemment le nom de commune des Moulins; c'est un des faubourgs de Lille. De là partent d'immenses convois d'huiles de colza, d'œilletto et do lin, qui vont alimenter les fabri(pies du Midi, le commerce do Paris et celui do toute la Franco. Pour celle fabrication, après le marche de Lille, vient celui

d'Arras, puis ceux de Douai, Cambrai, Valenciennes.

La culture des erraines oléaçrineuses est une des plus productives qui existent ; jusque dans ces dernières années elle était demeurée concentrée dans notre ancienne province de Flandre, dont elle a fait la richesse ; mais aujourd'hui elle s'est répandue d'un bout de la France à l'autre , ainsi que la culture de la betterave, celle du tabac et celle du houblon. Cette dernière donne au pays une physionomie singulière. Figurez-vous des champs entiers plantés de perches de dix mètres, le long desquelles grimpe la plante verdoyante.

Entrons dans un de ces moulins flamands en usage depuis des siècles ; nous verrons une série de pilons qui s'abattent dans des auges où la graine est broyée. Une plaque de fonte, chauffée à feu nu, sert à torréfier la graine, écrasée par les pilons, et qui est ensuite renfermée dans des sacs de laine, renfermés eux-mêmes dans une enveloppe de crin nommé étendelle; le tout est soumis à l'effet d'une presse qu'on serre en enfonçant des coins à grands coups de maillet. Le maillet pèse trois cents kilogrammes, et est mis en mouvement par l'arbre de la roue du moulin. L'huile exprimée coule dans un réservoir. Le résidu qui se trouve dans le sac de laine se nomme tourleau; il contient encore de l'huile, qu'on extrait en le passant de nouveau sous les pilons, au chaulfoir et à la presse. On donne le dernier résidu au bétail ; c'est un mets dont il se montre très friand. Aujourd'hui on commence à remplacer les pilons par des meules de granit, les chauffoirs à feu nu par des chauffoirs à vapeur, les presses à coins par la presse hydraulique.

Lille est une ville bien fortifiée, et qui a une bonne citadelle construite en partie sur les plans de Vauban. Celle enceinte acte démolie, il y a (juelques années, du cùlé du sud, pour l'aimexinn à Lille de quatre communes suburbaines, ce ijui a porté sa population à r.)!>,0>0 habitants. La ville est bien percée , bien biUie. Elle a commencé par (lueltjuos habitations groupées autour d'un château construit dans les dernières aimées de la diuuination nMuaine. En 86.T, le comte do

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l'iautirt" liau.louiii 1", ilil Hras-de-Fcr, lit poiulro plu:>ieiir» de ses lmiiiciiùs aux crciR'aux do sou c-liàloaii de Lille. I!ii lOiJO, naudouin IV donna des murailles ù la ville. [Jaudouin \ le Itébomiaire l'ut aussi surnommé lîaudouin de Lille, ù cause des eml>ellissemenls qu'il lit à la eilé naissante. Lu \-\'A, le roi Pliili{)pe-Aui;u5le brûla et détruisit la cité de Tond en comble. La fameuse comtesse Jeanne dut travailler pendant bien des années pour réparer ce désastre. En 17U2, Lille soutint contre les Autrichiens un siège mémorable. Pendant huit jours et huit nuits, un déluge de bombes et de boulets rouges tomba sur la ville, et y ravagea une foule de monuments et d'habitations. La défense fut héroïcpie, et Tennemi se retira, abandonnant dans la tranchée une partie de son matériel. Aussi la Convention décréta à Tunanimité que Lille avait bien mérité de la patrie.

Comme jilace forte , Lille est au premier rang des villes de France; ses remparts et sa citadelle, construits par Vauban, attirent l'attention des hommes de l'art. Son enceinte est percée de plusieurs portes, dont l'une, la porte de Paris, présente un magnifique arc de triomphe, élevé en 1682 à la gloire de Louis XIV.

Parmi les monuments, il faut citer l'hôtel de ville, reconstruit depuis 184G sur les restes de l'ancien palais de Rihour, bàli par les ducs de Bourgogne. On a conservé de l'ancien édifice la salle du Conclave, où s'assemblaient jadis les échevins pour rendre la justice. Elle est ornée de tableaux d'Arnould de Vuez.

Le musée de peinture, établi dans les salons de l'hùtel de ville, est riche en trésors de tous les maîtres et de toutes les époques. 11 renferme entre autres une collection uni(jue de dessins originaux, léguée à la ville parle chevalier Wicar, et dans laquelle on compte soixante-huit dessins de l'aphail et cent quatre-vingt-dix-sept de Michel-Ange.

Les églises possèdent aussi plusieurs œuvres d'art très remarquables ; et Ton ne peut quitter Lille sans aller admirer dans l'église Sainte-Catherine le chef-d'œuvre de P.ubens qui représente le martyre de cette sainte.

La bourse, la colonne comméniuralive du siège de 1792, le théâtre, la gare du chemin de fer, le palais de justice, les hOtpitaux méritent d'être cités. On remanpie également une foule de maisons particulières construites dans le style espagnol, et dont l'ordonnance pré'senlc un caractère particulier d'élégance et d'originalité.

La luomenade principale de la ville est décorée d'une magnifi(iue statue du général Négrier, tué à Paris dans les funestes journées de juin 1848. Ce témoignage d'estime et de regrets a été décerné par une masse imposante de souscripteurs au brave général dont Lille était la patrie d'adoption.

La bibliothèque publique se recommande aux touristes bibliophiles, non moins que de nombreuses collections particulières riches en raretés bibliographiques de toute espèce.

Mais les principales curiosités lilloises sont du domaine de l'industrie. Filatures de lin, filatures de coton, filatures de laine, s'élèvent ici de toutes parts, et leurs nombreuses cheminées à vapeur donnent à la cité une physionomie toute particulière. Les lissages de toute espèce, les fabriques de tapis, de cordes, les ateliers oiî se construisent les machines réclamées par ces établissements , tout cela travaille sans relâche. Les raffineries de sucre, les distilleries, les épurations d'huiles, les fabriques de produits chimi(jucs, et mille autres usines produisent sans cesse et justifient par leurs productions la réputation industrielle des Lillois. N'oublions pas les brasseries, car nous sommes sur la terre classique de la bière. L'arrondissement de Lille compte près de cent de ces établissements.

Comme toutes les villes industrielles, Lille offre dans certains quartiers le spectacle d'une profonde misère. Mais les efforts de la charité privée et la sollicitude de l'administration en diminuent cha(juc jour les effets. Ainsi des rues nouvelles, percées dans les (juartiers populeux, y ont versé à fiots l'air et la lumière. Des commissions spéciales examinent sans cesse les habitations présumées insalubres, et une discussion récente élevée dans le sein de l'Assemblée nationale, en ap-

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