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FLANDRE FRANÇAISE

lation du gothique; des casernes spacieuses, une citadelle construite par Vauban, et, sur une de ses promenades, la statue de Turenne, qui défendit la ville contre les Espagnols. La citadelle, bâtie de 1670 à 1074, a été surnommée la Belle- Inutile, à cause de sa position désavantageuse.

En revenant vers Paris, nous trouverons Saint-Quentin, l'ancienne Augusla Viromanduorum; elle doit son nom, raconte-t-on, à saint Quentin, qui y souffrit le martyre en l'an 303. C'est une grande et belle ville, aussi bien percée que bien bâtie, où nous ne pouvons manquer de visiter deux monuments dignes de notre admiration. L'église paroissiale , quoique privée de tours (elle n'a jamais été entièrement achevée ) , est un des plus remarquables édifices de l'architecture ogivale que nous ayons rencontrés dans cette partie de la France.

Commencé soixante ans auparavant, le chœur fut terminé en 1257, et consacré en présence du roi saint Louis. La nef et les chapelles sont postérieures. Un double transept, figurant la croix archiépiscopale, présente une disposition assez rare. De splendides vitraux et un buffet d'orgues richement sculpté complètent la décoration de cette église, fort au-dessus de sa réputation.

L'autre monument, l'hôlel de ville, avec son {)oiclie ogival à sept arcades, avec son triple fronton, avec ses fenêtres, qui allègent si heureusement la façade, avec celte façade elle-même, sur laipiellc la verve féconde et capricieuse du génie du moyen âge a multiplié les plus délicieux ornements, est, au dire de bien des connaisseurs, la jtlus noble et la plus élégante expression de rarchileclure civile du xiv" et du xv" siècle.

l'élicilons Saint-Quentin au sujet île ses hôpitaux nombreux. h;uis celui des femmes

Tour de Ilam.

indigentes, nommé le Béguinage, on n'exige pas, comme à Paris, làge de soixante ans, et souvent plus; on admet les béguines à quarante. Il est vrai qu'on ne leur fournit que le logement et le feu, et qu'ainsi ce n'est pas proprement un hospice. C'est une de nos villes où l'industrie est le plus active; nulle part on ne file et on ne tisse le coton avec plus d'habileté. En moins de vingt-cinq ans, la population de la ville a triplé; elle est aujourd'hui de 32,000 âmes. En comptant ce qu'elle occupe dans les campagnes environnantes, elle donne du travail à environ cent mille ouvriers, et sa production annuelle représente une valeur de cinquante millions. Le canal qui met Saint- Quentin en communication avec Paris, par l'Oise et la Seine, est un des beaux travaux . modernes de nos ingénieurs. H y a deux tunnels, dont l'un , le grand tei^rain , ne compte pas moins de deux mille deux cent quatre-vingts mètres. On l'a voûté dans les endroits où la roche ne présentait pas assez de solidité. 11 peut se fermer aux deux extrémités par des portes, lorsque le vent s'engoulVre avec trop de violence, et surtout pendant les fortes gelées. Le halage s'y fait, non avec des chevaux, mais par des hommes, cpii portent des lumières. Lorsqu'on quittant l'Escaut les bateliers fiamands arrivèrent pour la première fois à l'entrée de ce tunnel, ils hésitèrent. Un décret impérial do 1810 accorda une dispense de tout droit de navigation sur le canal au bateau (jui se décida à montrer la route aux autres; ce baleau reçut le surnom de Grand-Souterrain, {^oiià avons aujourd'hui sur les chemins de fer des tunnels bien autrement importants.)

Voyez- vous, à coté île la jietile ville de Ham , celte gn^sac tour, ou plutôt cet énorme c«>ne, i\n\ a trente -trois mètres de haut sur un égal diamèlre, et des nuus de ilix mètres

DIX-SEPTIÈME VOYAGE

irépaisseiir? C'est, dit-on, la plus forte tour (jui existe en France. Louis de Luxembourii', comte de Saint-Pol. (lui la lit construire vers Tan l'iTO, a lait graver ces doux mots, que vous pouvez lire encore au-ilessus de la porte : Mon inicitx. S'il se fût toujours renlormé dans sa grosse tour, ])eut-ètre ne fût- il pas tombé aux mains de Louis XI, (jui le lit décapiter. Elle a aujourd'hui pour destination de recevoir les prisonniers d'Etal. Elle a servi de prison au prince Louis-Napoléon, à Bou- Maza, au général CliauLrarnier et à d'autios personnages illustres. La magnificence de l'église de Ilam a de quoi surprendre : des colonnes de marbre supportent le hulTet d'orgues, ainsi qu'un riche baldaquin à l'entrée du chœur. On y admire aussi de magnifiques bas- reliefs représentant divers traits de l'Ecriture sainte.

Nous nous détournerons de la roule pour visitera Saint-Gobain, bourg de 2,000 âmes, la célèbre manufacture de glaces transportée là en IGOl, trois années après sa fondation à Paris par Abraham Thévart. Jusqu'alors les glaces se faisaient par le soufllage, comme les carreaux de vitres. Il fut le premier qui les coula. M. Bon temps, qui nous a appris comment on souffle le verre, va nous raconter comment se coulent les glaces. <f On prend dans le four de fusion le pot ou la cuvette contenant le verre fondu; on le sort sur un chariot, et, au moyen de deux pinces qui l'enveloppent dans une rainure pratiquée à cet elVet, et qui sont adaptées à une grue, on enlève le pot au-dessus d'une table de bronze, sur laquelle on le verse. Sur cette table sont ajustées deux baguettes, qui règlent l'épaisseur qu'on veut donner à la glace brute, et sur lesquelles roule un cylindre de bronze qui lamine le verre. Cette table est à roulettes, et placée à l'entrée du four à recuisson ou caircaisse. Lorsque la glace a pris la consistance convenable, on la pousse dans la caircaisse, et l'on passe au coulage d'une autre glace, pour laquelle on sort une autre cuvette du four de fusion.

* Pour le dressage, ou dégrossissage, oi! scelle la glace avec du piatio sur une table de marbre, et on la fiotle avec une autre plus

petite, fixée également avec du plâtre sur un moellon. On interpose d'abord du sable à gros grains avec de l'eau; puis, à la lin de cette opération, on fait usage de sable plus fin. Pour le doucissage, on se sert d'émeri de plus en plus fin avec de l'eau. Pour le pulissage, on ])rojette sur la glace une poussière très fine de colcothar { i)eroxyde de fer) délayé, et l'on frotte avec un feutre. Tous ces frottements, qui se faisaient à bras, s'exécutent aujourd'hui par des moyens mécaniques.

« Pour VéUunage, on ajiplicjuc une feuille d'étain très mince et très unie sur une table de marbre horizontale, et on la recouvre d'une couche de mercure. L'amalgame s'opère. Quand la fusion des deux métaux est parfaite, on présente le bord de la glace, et on la fait glisser avec précaution sur ce bain, de manière à ce qu'il ne reste aucune bulle d'air attachée au verre. On charge la glace de poids ; la pression sur toute l'étendue chasse l'alliage excédant par une rigole qui le reçoit, et il n'en reste que la petite quantité qui est nécessaire pour se coller à sa surface. »

La manufacture de Saint-Gobain n'a de rivale en PYance que celle de Saint -Quirin (Meurthe). « Les glaces de France, ajoute M. Bontemps, l'emportent généralement de beaucoup sur les glaces anglaises pour la blancheur, mais le verre en est moins fin; et un reproche qu'on peut leur adresser, c'est de ne pas être d'un verre assez sec. On fait entrer trop d'alcali dans leur composition, afin de hâter la fusion; il en résulte qu'elles attirent l'humidité de l'air, et se chargent souvent de vapeur dans les appartements humides. Aussi les glaces fabriquées depuis un certain nombre d'années sont-elles tout à fait impropres à faire des plateaux de machine électri(iue. Les ingénieurs en instruments de physique sont obligés de rechercher avec soin les anciennes glaces, seules propres à cet usage. » En 18G0, la production des glaces à Saint-Gobain s'est élevée à deux cent mille mètres carrés.

César fait mention do Noyon, où il rencontra une forteresse (\m lui opposa une vive et longue résistance. L'évèché de Noyon a été

DE PARIS A LILLE — FLANDRE FRANÇAISE

occupé par des prélats illustres : saint Médard, dont l'éloquence persuasive convertit une foule d'idolâtres répandus dans son diocèse; saint Éloi, qui fonda à Noyon une école d'orfèvrerie; saint Etienne Albert, qui, en montant sur le trône pontifical, prit le nom d'Innocent VI, et gouverna l'Église avec autant de sagesse que de bonté.

C'est dans la cathédrale de Noyon que Charlemagne fut sacré. C'est là encore que Hugues Capet fut proclamé roi de France. En 1131, un incendie détruisit de fond en comble la vieille basilique; celle qui existe aujourd'hui a été réédifiée sur le même emplacement par Philippe-Auguste, et elle mérite d'être classée parmi les plus beaux monuments de notre architecture nationale.

Lorsque Calvin, né à Xoyon en 1309, adopta les doctrines de Luther et rompit avec le catholicisme, il était encore bénéficiaire de la cathédrale de Noyon et de la cure de Pont-l'Évêque.

Si, en parcourant aujourd'hui celte modeste ville de 6,300 âmes, qui ne doit plus qu'à ses fabriques de sucre de betterave, à ses filatures, à ses tanneries, à ses usines de produits chimiques la seule importance qui lui reste, on songe que Noyon a été la capitale de l'empire de Charlemagne, il est bien difficile de ne pas réfléchir à l'instabilité des choses humaines.

Sous les rois des deux premières races, Compiègne était une maison de chasse où ils faisaient de fréquents séjours. Peu à peu se forma une ville, à laf|uelle Charles le Chauve donna le nom de Carlopolis. Il y construisit un palais, et y fonda l'abbaye de Saint-Corneille. La ville compte plus de 12,000 âmes. L'hùtel de ville est un assez curieux édifice gothique. Au-dessus de la façade, décorée de quelques ornements sculptés, et qui porte deux tourelles, s'élève une petite tour carrée surmontée d'une flèche de clocher. La tour très haute

de l'église Saint -Jacques, avec une lanterne décorée d'un ordre grec, semble dater de l'époque de la Renaissance. Mais l'édifice vraiment digne d'être visité, c'est le château royal. Tout ce qui appartenait aux temps anciens a disparu; on n'a devant soi que l'œuvre de l'architecte Gabriel sous le rèene de Louis XV.

La façade, qui se développe en face de la belle forêt de Compiègne sur une longueur de cent quatre-vingt-quatorze mètres, est magnifique, ainsi que la salle des gardes, la salle de bal et la galerie. Une pompe à feu fournit les eaux de l'Oise à ce palais, que Napoléon \" restaura avec un grand luxe. Un berceau, avec treillage en fer de seize cents mètres de long sur cinq de large, va du péristyle jusqu'à la forêt; un canal de la même longueur conduit les promeneurs en bateau jusqu'au premier rendez-vous de chasse.

C'est à Compiègne que, le 27 mars 1810, Napoléon reçut Marie-Louise d'Autriche à son arrivée en France.

Près de Compiègne se trouve le magnifique château de Pierrefonds, fondé en 1390 sur une éminence escarpée, démantelé en 1617, et classé comme monument historique par l'État, qui l'a fait restaurer par M. Violletle-Duc, sur des plans primitifs. C'est un quadrilatère irrégulier de plus de six mille mètres carrés de surface, présentant sur chaque front trois grosses tours de défense à mâchicoulis. Des courtines bien protégées font communiquer entre eux tous les points de la forteresse. De vastes salles à larges cheminées, servies par des escaliers monumentaux, composent la distribution intérieure du château. Un dessous s'ouvrent des caves et des souterrains en ogive, d'une étendue immense, qui se prolongent bien au delà de l'enceinte fortifiée.

De Compiègne, nous regagnerons Senlis et Paris.

DIX-HUITIÈME VOYAfxE

DE PARIS A STRASBOURG

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