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LORRAINE, ALSACE, PAYS MESSIN

Chûlons-sur-Marne. — Nancy. — Strasboura- — Troyes. — Chauniont.

— Vesoul. — Colmar. — Metz.

Aujourd'hui, mes enfants, nous visiterons la Lorraine et l'Alsace. Une guerre désastreuse nous a enlevé, il est vrai, une partie de. ces belles provinces; mais elles ne doivent pas pour cela cesser de nous intéresser. Quoique le ciel y soit moins brillant que dans le Midi, elles ont aussi leur beauté, ainsi que leur richesse agricole et industrielle.

Voulez-vous me suivre de Paris à Strasbourg? C'est un voyage de cincj cent deux kilomètres par le chemin do fer.

Sortons de Paris; nous gagnerons Meaux, ville de 11,000 âmes, divisée par la Marne en deux parties inégales.

En disant de la ville de Meaux que, prise dans son ensemble, elle est assez mal percée et bâtie, nous reconnaîtrons cependant (pfelle possède (juehiucs belles rues. C'est une des villes (jui concourent h» plus activement à l'approvisionnement de la capitale. Son marché do grains, de bestiaux, de vt)laillos, de denrées do toute sorte, est le plus im|)()rtanl du rayon do Paris. Il se vend aiuiuellemiMil sur la place de Meaux plus de trois millions

de kilogrammes de ces fromages connus sous le nom de fromases de Brie : ce seul détail vous donnera une idée du mouvement commercial de cette ville.

Sa cathédrale, commencée dans le xi" siècle et continuée jus({u'au xvi°, est belle, et dut beaucoup aux libéialilés do Jeanne, reine de Navarre, dont on a placé le buste à la clef de voûte. La tour, haute de plus de soixante-six mètres, a conservé sur deux de ses faces une partie des sculptures extrêmement déliées dont elle était couverte. Le chœur et les six colonnes (jui l'entourent sont surtout à admirer. Cette église possède un monument élevé, en lS22, à la mémoire de Possucl, l'Aigle de Meaux. En nous dtHournant vers le sud, nous trouverions à Crécy plusieurs vieilles tours, restes curieux de ses fortitications, et à ChajK'llesur-Crépy une belle église du xin* siècle. Plus loin, dans les environs de Coulommiers, (^>t le château Ao la (irange-Bleneau. cpii fut possédé par le général la l'ayetle. Il est tlan- (pié de cint| grosses tours, bâties en pierres de grès, et entouré de fossés. Les deux grosses

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tours de la porte d'entrée sont presiiue entièrement taj>issées de lierre, et ce lierre a été planté par rilliistre Fox, un des hommes politiipies les plus remarquables de rAnijlelerre. l'n salon, dans la tour du parc, est orné de tous les portraits des présidents des Étatsl'iiis de rAm('M"i(pie du Nord.

Nous traversons un pays charmant, et passons d'abord par la l'erté-sous-Jouarre, ville de 5,000 âmes, (jui fournil les meilleures pierres meulières que l'on connaisse; puis par ChiÀteau-Thierry, population de G,oOO habitants, qui, selon quehpies érudits, devrait son origine à un château que Charles Martel fit bâtir pour servir de résidence à Thierry IV. fantôme de roi derrière lequel le puissant maire du palais poilait en réalité la couronne. La ville se groupe autour des restes de ce' château, qui la domine, et d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur la belle et riche vallée de la Marne. Château-Thierry est la patrie de notre grand et inimitable fabuliste, et l'on nous montrera la maison où il naquit, en 1621. Nous verrons également sa statue en marbre blanc, élevée sur une des places de la ville. Cette statue, donnée à Château-Thierry par Louis XVllI, est due au ciseau de M. Lailié.

La Ferté-Milon, petite ville de 2,000 âmes, à vingt-sept kilomètres de là, s'honore d'avoir donné naissance à Racine. Elle possède, dans sa bibliothèque, son buste en marbre blanc, exécuté par M. Stabincsky, et sur une place, sa statue, œuvre de David (d'Angers).

La richesse d'Epernay, ville de 11,700 habitants, consiste dans ses vins. Elle et Rein.s sont les deux crrands centres du commerce des vins de Champagne. Autour de ces deux villes sont les coteaux célèbres qui donnent les vins blancs et rouges les plus estimés. On les dislingue en vins de rivière et vins de montagne. Les meilleurs vins de rivière se récollent à la droite de la Marne, à partir de Mareuil, Aï, Disy, llouvilliers, jusqu'à Cumières inclusivement; les vins mousseux d'Aï sont les premiers. Les vins de montagne sont ceux d'Ambonay, Bouzy, Villers-Marmery, Ver/.y, Verzenay, Mailly, Billy, Montmorret, Taissy et Sillery ; les blancs de Sillery ont une grande

rt'^pulatioii, (4 sont mis par (pichpies gourmets au-dessus de ceux d'Aï. Tous ces vins viennent se ranger dans d'immenses caves creusées dans un sol crayeux et qui ont souvent jusqu'à trois étages. Le village de Monlniaur, à douze kilomètres d'Epernay, possède un château, ou plutôt un donjon d'une construction ancienne, presfjue tout en bri(jue, llanqué de tours et de tourelles, et dans un état parfait de conservation. Un autre village, Baye, possède un château très vaste, dont la construction remonte à l'an 1150.

Châlons-sur- Marne, ville de 17,000 âmes, dont les maisons sont pour la plupart construites en bois, située au milieu de vastes ])rairies, avec la belle promenade du Jard, voit la Marne baigner ses murs au nord-ouest. Elle est désignée par les géographes anciens sous le nom de Catalauni.

Parmi les églises de Châlons, je vous recommande de visiter celle de Notre-Dame et celle de Saint- Alpain : la première, de style romain et ogival; la seconde, dont on voudrait, mais sans titres suffisants, faire remonter quelques parties au vi* et même au iv' siècle. Les caves de Çhâlons-sur-Marne ne le cèdent en rien à celles dont je vous parlais tout à l'heure. On cite celles de M. Jaquesson, dont les galeries souterraines, hautes, bien aérées , forment un parcours de près de vingt kilomètres. Une voie ferrée les sillonne; et, comme ce railway s'embranche sur le chemin de fer de l'Est, les expéditions jiour toutes les parties du monde se font dans les caves mômes.

A vingt kilomètres de là, entre les villages de la Cheppc et de Cuperly, les antiquaires placent le camp d'Attila, lors de sa défaite par Aélius dans les champs catalauniqucs. Quatre lombelles ou petits monticules, qui se voient sur ce lieu, ont été fouillées; on y a trouvé quelques urnes de forme antique, des cendres, du charbon très bien conservé et un couteau de sacrificateur.

Au village de l'Epine est une magnifique église. La construction en fut commencée vers la fin du xni° siècle en l'honneur de la sainte Vierge, dont un berger venait, racontc-t-on , de trouver une image dans un buisson. La

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façade présente trois portiques surmontés chacun d'une pyramide. Les deux tours sont inégales. L'une a perdu sa flèche de clocher et a longtemps porté un télégraphe ; l'autre est surmontée d'une pyramide à jour se composant de six consoles ou branchages en pierre bien ouvragés de feuillages, qui serpentent et se réunissent au sommet en un bouquet sur lequel sont posés le globe et la croix, qui se termine par un coq. Une couronne royale entoure cette pyramide au tiers de sa hauteur, pour rappeler ce que l'édifice a dû à la munificence du roi Charles VIL Tout ce travail est d'une telle délicatesse, qu'on le prendrait pour un de ces ouvrages en ivoire travaillés au tour. Parmi les prophètes et les saints qui ornent le portail, on remarque David assis avec sa harpe, et sainte Cécile avec son orgue. Un des bas- reliefs représente le Berger, le Buisson et l'Image miraculeuse. Le même sujet se reproduit sur un des vitraux à l'intérieur. Le chœur, pavé en marbre et séparé de la nef par un jubé d'un travail précieux, présente, au-dessus du maître-autel, une Assomption de la Vierge, sculptée en bois, que couronne un élégant baldaquin. Ce que les artistes viennent étudier avec le plus de curiosité, ce sont les figures monstrueuses ou grotesques qui surmontent les arcs-boutants et qui servent de gouttières. Il y a là une figure de Bacchus tenant un broc et une tasse , et une truie qui joue d'un instrument à cordes.

Vitry-sur-Marne ou Vitry-le-François , improprement appelé Vitry-le-Franrais, ville do 8,000 habitants, fondée par François I", qui lui donna son nom, possède une vaste église, malheureusement non achevée. C'est un des premiers moniiments religieux (jui furent construits en France après l'abandon du style ogival et le retour vers rarchitecturegrecciuo. L'ornementation est de style corinthien et composite.

La petite ville do Saint-Dizier (10,000 âmes) fut une j^lace forte très importante, qui résista longtemps à l'empereur Charles- Quint à la tète d'une armée considérable, en Ui'i'i. A ce siège mémorable, l'armée impériale perdit Benc de Chàlons, prince

d'Orange, dont le tombeau, que nous allons voir dans une église de Barle-Duc, est une œuvre remarquable de Ligier Bichier, un des plus dignes élèves de Michel-Ange. Sur un bloc de marbre noir l'artiste a placé la Mort, un squelette de marbre blanc qui tient en main un sablier. Des muscles desséchés, des fragments de peau, échappés à la destruction, recouvrent encore en partie ces ossements décharnés. L'aspect de Saint-Dizier, que l'imprudence d'un boulanger réduisit en cendres dans l'année 1775, est tout à fait moderne ; ses rues sont larges, régulières, et elle possède deux jolies promenades.

C'est à Saint-Dizier que la Marne commence à devenir navigable. Cette circonstance avait donné à la ville une importance considérable, parce que, situé dans le voisinage de grands établissements métallurgiques, son port servait à l'embarquement de leurs produits. La création du chemin de fer de l'Est, qui traverse le département de la Haute-Marne, a porté un coup sensible à la principale industrie de Saint-Dizier ; car les usines placées à proximité de son parcours expédient aujourd'hui directement par la voie ferrée, au lieu d'envoyer leurs fontes et leurs fers d'abord à Saint-Dizier, pour être de là transportés par eau vers le Centre et vers l'Ouest.

L'église Saint-Étienne, à Saint-Mihiel , ville de 0,000 âmes, possède une autre œuvre du statuaire qui vient d'être cité ; elle est composée de treize statues de grande nature représentant Jésus mis dans le tombeau, et aussi une Vierge en bois d'un beau travail.

Saint Gérard jeta les fondements de la belle cathédrale de Toul vers la lin du X* siècle : mais le portail ne fut construit que vers It^ milieu du xv', sur les dessins de Jacijuomin de Commeny. Toul, Metz et Verdun formaient autrefois ce qu'on appelait les Trois-Évèchés, qui, bien qu'enclavés dans la Lorraine, n'en faisaient point partie.

Nancy, avec ses uO,(XX) habitants, passe à juste titre pour une des plus belles cités de la France. Si l'ancien (juarticr, en réalité

lil\-lH I riKMK VOVAC. K

moins laul (uTil ne le paraît parle contraste de la ville neuve, rappelle encore la ville du moyen àixe; si Ion a le dioit de reprocher à Nancy ralVreux pav»' cpii la dépaiv, Tétranger, en y entrant pour la iiremière fois, est singulièrement frappé par son aspect régulier et monumental, pai" ses rues vastes et rectilignes, par l'élégance des constructions, par ses places richement décorées, par le nombre et le caractère des édifices. Venez voir sur une des places de Nancy une belle statue, élevée non à un monarque, à un conquérant, mais à un homme dont la gloire n'a coûté ni une larme ni une goutte de sang à ses semblables. En accordant cet insigne honneur à Matthieu de Dombasle , le grand agronome de IWville, la ville de Nancy s'est montrée l'interprète des sentiments d'admiration et de profonde reconnaissance de l'agriculture française tout entière. C'est, en elTet, Matthieu de Dombasle qui, par ses exemples, ses expériences, ses écrits, a préparé et dirigé à son début la révolution agricole aujourd'hui en voie de s'accomplir.

La cathédrale de Nancy, bel édifice moderne, nous montre une coupole de plus de quinze mètres de diamètre, sur laquelle est peint un ciel ouvert. L'église de Bon -Secours renferme les tombeaux du roi et de la reine de Pologne, Stanislas et Catherine Opalinska : le premier est de Sébastien .\dam, né à Nancy. Un autre statuaire de Nancy, Drouin, a exécuté une Cène qui se trouve derrière le maître-autel de l'église Saint- Epvre, où l'on admire, dans la chapelle de la Conception, une fresque de Léonard de Vinci exécutée au commencement du règne d'Antoine de Lorraine : ce sont six sujets groupés de manière à présenter un ensemble. L'édifice des Cordeliers, de la fin du XV" siècle, possède, parmi de nombreux tombeaux, celui de l^ené II, dit le Bon (le même qui plus tard fut comte de Provence et porta le litre de roi de Naples), élevé par sa veuve dans les premières années du xvi* siècle. C'est un monunient très curieux de la I^enaissance. Le Père éternel est assis au sommet, et plus bas, sur une corniche et dans de i)etit«;s niches très élégantes, soi)t

la sainte Vierge, l'archange Gabriel, saint Nicolas, saint Jérôme et saint François, patron des Cordeliers. Toutes ces statues sont coloriées. Plus bas les anges supportent des écussons dont chacun offre une partie du blason des ducs de Lorraine. Les armes pleines se voient réunies sur un écu surmonte'' d'un cimier en bronze, au haut ducpiel un aigle déploie ses ailes. Les pilastres, les corniches sont peints en azur et en vermillon, d'où se détachent des arabesques dorées en demi-relief. Un autre tombeau remarquable est celui du cardinal de Vaudemont. Dans la belle statue agenouillée du cardinal , on reconnaît le ciseau habile de Drouin. La statue qui décore le tombeau de la duchesse Philippe de Gueldres, transporté de Pont-à-Mousson, où elle avait été inhumée, est une œuvre de Ligier Uichier, et le plus beau morceau de sculpture que possède Nancy. Cette statue, en pierre de couleur d'ardoise, représente la duchesse en costume de religieuse Clarisse ; la tète et les mains sont en pierre blanche.

La chapelle ducale, accolée à l'église des Cordeliers, est un octogone régulier d'environ dix mètres de diamètre , surmonté d'une coupole et précédée d'un portique formé de deux colonnes de marbre noir, et sur le fronton un écusson aux armes de Lorraine, que supportent des aigles et qu'entourent les attributs de la souveraineté. La chapelle est décorée de seize colonnes de marbre noir à chapiteaux blancs. Sur le pavé, noir et blanc, s'élève au centre un riche autel de marbre blanc, et tout autour sont rangés sept tombeaux de marbre noir, avec la couronne, le sceptre et la main do justice en or, posés sur un coussin d'or. Ajoutez, pour ornementation de la muraille, des rosaces et des génies supportant les attributs de la souveraineté ; au-dessus de la corniche, des trophées et seize médaillons représentant la suite des ducs de Lorraine. Le jour pénètre à travers des vitraux de couleur violette. Cette chapelle, dégradée pendant la Hévolulion, a été restaurée ainsi par Louis WIll. Ce (ju'on a pu retrouver des restes des ducs do Loiraine, qui avaient été enlevés de

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leurs cercueils de plomb et du caveau de la chapelle, a été rapporté. L'empereur d'Autriche entretient un chapelain auprès de cette sépulture de ses ancêtres.

Vous savez que, par suite du mariage de l'impératrice Marie- Thérèse avec le duc Léopold de Lorraine , c'est la maison de Lorraine qui règne aujourd'hui en Autriche.

Dans la vieille ville, ce qui reste de l'ancien palais ducal sert aujourd'hui de caserne à la gendarmerie. Au-dessus de la fontaine qui décore la place Saint- Epvre, nous retrouverons une ancienne et petite statue équestre en plomb, d'un dessin fort naïf; elle représente le bon René.

Dans la ville neuve, la place royale est entourée de grilles de fer et de nobles édifices, parmi lesquels l'hôtel de ville occupe le premier rang; la statue de Stanislas en orne le centre; les angles sont décorés de fontaines élégantes. La porte Saint- Jean conduit par un joli chemin à une croix élevée sur le bord de l'étang où fut retrouvé le corps de Charles le Téméraire, après sa défaite sous les murs de Nancy, et ((ui porte le nom de croix gagnée. C'est sur l'emplacement même de ces marais que s'élève aujourd'liui la gare du chemin de fer.

Sans être, à proprement parler, une ville industrielle, Nancy a quelques filatures de colon et de laine. Mais sa fabrication la plus considérable est la broderie, qui cnqiloie dans la ville, et surtout dans les environs, de vingt à vingl-cin(i mille ouvrières (les deux tiers, il est vrai, ne travaillent (pie pendant six mois de l'année, alors ([uc les travaux agricoles sont suspendus). Ou évalue à 3,000,000 de francs la production annuelle de cette induslriiï. I*]lle a des dépots ù Paris, Lyon, Londres, New -York et Hio- Janeiro. Nancy est aussi renommée pour ses li<pieurs.

Palais ducal à Naucy

A trente et un kilomètres de Nancy, nous pourrons visiter le très beau château d'Haroué, et surtout la ferme -modèle de Roville, dirigée, jusqu'à l'époque de sa mort (1844 j, par Matthieu de Dombasle.

Lunéville n'était, avant le x" siècle, qu'un hameau ou une maison de chasse. C'est aujourd'hui une belle ville de près de 16,000 habitants. Elle possède un beau château, bâti ou considérablement augmenté par Stanislas, mais dont une aile a été détruite par un

incendie récent. La promenade publique des bosquets attenant à ce château, où Stanislas mourut en 1769, est fort jolie. On peut citer aussi les casernes pour la cavalerie .

le manège couvert , où manœuvrent deux cents hommes à cheval. Dans les environs de Lunéville , nous visiterons la verrerie de Baccarat. Vous connaissez la pureté et la blancheur du cristal de roche, qui se trouve par fragments dans la nature de roche que les géologues appellent quartz.

Les verriers imitent le cristal par un verre dans lequel il entre cinq cent soixante parties de silice, quatre-vingt-neuf parties de potasse, vingt-six parties de chaux, trois cent vingt-cinq parties d'oxyde de plomb. Un enqiloie encore d'autres compositions ; mais celle-ci donne le plus beau cristal.

Le cristal se travaille soit par le souftlage, soit par le moulage avec ou sans pression.

Jusqu'à ces derniers temps, l'opération du souftlage se faisait ou Idute circonstance par le souille de l'homme; assez puissant pour donner une forme à une bouteille, il ne l't'tait pas lorsqu'on voulait . jKir exemple, oriirr le fond d'une carale d'une espèce de ciseluie imitant la taille. Un ouvrier do Baccarat, nommé Isinaël Hobinel, inventa, il y a une trentaine d'années, un soufllet à piston aussi simple (pie coLnmode, au moyen duquel

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on exerce sur la matière on fusion conlonuo dans un moule une pression si forte, que cette matière se trouve refoulée dans les moindres creux, dont elle conserve la forme en se refroidissant. L'invention de ce soufflet a opéré une véritable révolulion dans nos verreries, et a valu à son auteur le prix Monlhyon de 8,000 francs, que lui décerna l'Académie des sciences.

Pour les pièces communes on se contente de la forme donnée jvir le moule : c'est le cristal moulé. Pour les pièces de luxe, elles sont également moulées ; mais on les taille ensuite, au moyen de roues en fer, en grès et en bois. Pour la gravure, on enduit la pièce d'un vernis composé de cire et d'essence de térébenthine ; on y trace le dessin qu'on veut produire à l'aide d'un burin qui enlève le vernis, et l'on attaque les parties du verre mises à nu par l'acide hydrofluorique liquide ou gazeux.

A la station d'Avricourt, nous entrons dans la nouvelle province d'Alsace- Lorraine que le traité de 1871 a donnée à l'empire d'AUemasrne.

On attribue la fondation de Sarrebourg, aujourd'hui ville de 3,000 âmes, à l'empereur romain Galba. En 1834, les fouilles opérées dans les environs de Sarrebourg ont mis à découvert des médailles qui indiquent du moins que les Romains ont occupé le pays. Sa position au principal débouché des Vosges l'avait fait choisir comme propre à servir de base à des opérations militaires. On y avait construit des magasins et des boulangeries immenses. Tous ces moyens de défense sont aujourd'hui retournés contre nous

Phalsbourg (3,o00 âmes), bâtie sur un rijc élevé, commande l'entrée des défilés des Vosges. Vauban y a construit son importante forteresse. Cette place, en grande partie incendiée par les projectiles allemands le 14 août 1870, ne se rendit que le 11 décembre. ll\iit kilomètres plus loin, la route nous conduit à la montagne de Saverne, où l'on franchit la chaîne des Vosges. De là on jouit de la vue admirable de la plaine d'Alsace, bornée par le Rhin, et, au delà, la

ligne bleuâtre des montagnes de la Forêt- Noire. Nous arrivons à Saverne par une route spirale, (pii depuis l'établissement du ciiemin de fer, a jiordu de son importance, mais (jui n'en reste pas moins un des travaux les plus remarquables de ce genre.

LUc avait été exécutée par les ordres de Louis XIV. Les Romains eurent là un château fort. Plus tard la ville eut une muraille flanquée de cinquante- deux tours, qui disparut à la fin du xvn" siècle. La grosse tour carrée et à cinq étages de l'église paroissiale présente les caractères du xu- siècle. Saverne a près de 6,000 habitants.

Wasselone (4,000 âmes) a des fabriques de bas et de chaussons, des carrières, une source minérale et quelques ruines d'un château célèbre dans l'histoire de l'Alsace.

Nous voici à Strasbourg, qui était en 1870 la plus importante cité de l'est de la France. Assiégée du 13 août au 27 septembre 1870, et bombardée par les Allemands, Strasbourg fut enfin obligée de se rendre à l'ennemi , auquel le traité du 26 février 1871 en a depuis cédé la possession. C'est une très gj^ande ville (elle compte plus de 84,000 habitants), entourée d'une double enceinte baslionnée, défendue par une citadelle, une place de guerre du premier ordre, mais pas du tout une belle ville, dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot. De forme irrégulière , percée de rues qui se contournent et s'enchevêtrent, n'offrant que peu de constructions modernes, Strasbourg, avec ses maisons dont chaque étage empiète successivement sur la rue, dont les toits pointus forment la moitié du bâtiment, a conservé sa vieille physionomie allemande. Une seule rue, celle du Dôme, qui, partant de la cathédrale, se dirige vers le cours de Broglie, est rectiligne; aussi est-ce le quartier opulent et aristocratique de Strasbourg.

Cette promenade de Broglie est la seule qui se trouve intima muros; hors de la ville, il en existe deux autres : celle du pré Robert (Bohert's Aue), et celle de Contades ; la dernière, entourée de cafés, de jardins publics, est très fréquentée le dimanche.

Strasbourg ne saurait être classée parmi les

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grands centres industriels. Elle renferme cependant quelques fabriques de draps et de toiles, d'immenses brasseries qui expédient leur bière jusqu'à Paris ; ses jambons et surtout ses pâtés de foies gras font les délices des gourmets des cinq parties du monde.

Vous avez souvent entendu parler de la cathédrale de Strasbourg, dédiée à la sainte Trinité, sous l'invocation de la sainte Vierge; c'est le plus haut édifice connu après la grande pyramide d'Egypte. On aperçoit sa tour de tous les points du duché de Bade. Un colonel du génie, qui l'a mesurée récemment, lui donne un peu plus de cent quarante-deux mètres. On y monte par six cent trente -cinq marches; sa flèche, en pierre, est découpée à jour par un travail admirable, et ressemble à une légère dentelle. L'édifice a un portail à trois arcades ; celle du milieu est ornée de colonneltes et de statues ; au-dessus on voit les statues équestres de Glovis, Dagobert, Rodolphe de Hapsbourg, auxquelles on a ajouté celle de Louis XIV, surmontées d'une rosace de plus de quinze mètres de diamètre. L'intérieur a une chaire en pierre sculptée d'un précieux travail, avec des figures variées et belles; un beau buffet d'orgues et des vitraux remarquables de difierentes époques. Le pilier des anges, sur lequel repose tout le poids de la voûte, est décoré, au bas, des quatre évangélistes; vers le milieu de quatre anges armés de trompettes, et, plus haut de (juatre autres dont un tient une croix, et un autre une couronne. Une horloge , curieuse parla complication de ses rouages, marque le mouvement des constellations , le cours de la lune et des autres planètes, un comj)ut ecclésiasti(iue et un calendrier peqictuel. Outre les indications astronomiques, on voit, à midi, la marche des douze aixMres, ((ui, en passant devant le Christ , reçoivent la bénédiction de leur divin maître; pendant ce temps un coij mécani(iuc, perché à l'un des sommets du monument, fait entendre trois fois son chant d'allt'gresse , en ballant des ailes et en ouvrant le bec. Ce elief-d'œuvre de mécani(iue savante a été exécuté, do 18.{8 ù 1842, par M. Schwilguô. La cathédrale tic

Strasbourg, dont les fondements furent posés l'an 1013, était construite en grande partie en 127o, sur les plans d'Erwin de Steinbach, mais ne fut achevée qu'en 1439 par Jean Hultz, de Cologne. Sa longueur totale est de cent deux mètres, et sa larceur de trente-huit.

On suppose que Strasbourg occupe l'emplacement d'une des cinquante forteresses construites par les Romains cinquante ans avant Jésus-Christ, pour garder la rive du Rhin contre les invasions des peuples du Nord. Au u^ siècle, elle jouissait du droit de cité romaine, et la huitième légion y tenait garnison. Plusieurs fois ruinée par le passage des peuples barbares , elle ne présentait que des décombres, lorsque, vers le vin° siècle, Adalbert, duc d'Alsace et frère de sainte Odile, y construisit un monastère, dont l'église et quelques parties de construction existent encore, mais entièrement dénaturées. En l'an 870, elle fut annexée à l'empire d'Allemagne. En 1203, l'empereur Philippe, fils de Frédéric Barberousse, déclara, par lettres patentes, prendre toute la ville de Strasbourg, et les bourgeois et toute chose appartenant à la ville, sous la garde et protection spéciale de l'Empereur. Vers la fin de ce môme xiu" siècle, Strasbourg, profitant des troubles qui agitaient l'Empire, s'assura l'exercice des droits régaliens, le droit de faire de nouveaux statuts sans le concours de l'évèque et du chapitre, de s'imposer, de disposer des biens communaux, et de faire des traités d'alliance. Elle demeura ville libre et impériale, formant un État de l'Empire, ayant séance et voix à la diète, jus- ([u'au traité de Wostphalie (RViS) par lequel Louis XIV acquit Strasbourg et l'Alsace, et (jui cependant ne reçut ?;on oxôfulion qu'on 1G81, alors (pie la ville, sommée par Louvois à la tète d'une armée, signa la capilulali(»n d'IUkirch.

,\u commoncemonl du wi* siècle, Strasbourg accueillit avec faveur les ministres protestants. H y a (juchjuos années, on s'apoiçut (jue lo badigeon, dont les proloslants n'avaient pas mampio iU^ rect»uvrir toutes les imagt's des églises dont ils s'étaient emparés.

Dix-HurniiMi' V(tv \r. !•

cachait une suite de fresques précieuses ; queUjues personnes les alli-iltuent, mais à U>i'l , je erois, au pineeau triliilhein. (".'est une Danse des Morts. Dans le premier tableau, un prédiealeur s'adresse à un auditoire composé de prélats, de religieux et religieuses de dilïérenls ordres , dans les suivants, on voit la Mort entraînant des personnaires qui a|>partiennent à toutes les conditions.

Dien (pie consacrée aujourcriiui au culte luthérien, ipii proscrit images et statues, Tancienne église Saint-Thomas conserve un riche mausolée élevé à la mémoire du comte de Saxe , et le chefd'œuvre du statuaire Digale. Au pied d'une pyramide de marbre noir, la Mort ouvre un tombeau où le maréchal descend d'un air calme, entre le Génie de la guerre qui pleure et éteint son flambeau , et l'Aigle

d'Autriche, le Lion belge, le Léopard anglais, blessés ou renversés. La France le retient d'une main, et de l'autre repousse la Mort ; assis à l'autre bord de la tombe , Hercule est abîmé dans sa douleur.

Le musée de Strasbourg est riche d'une cincjuantaine de tableaux, parmi lesquels il y en a de Philipjie de Champagne, de Poussin et du Guide.

Au polygone d'artillerie, à deux Kilomètres de Strasbourg , nous saluerons un oljélisque élevé à la mémoire de Kléber, (jui a aussi une statue sur la place de Broglie. Dans l'île des Epis, sur la route qui conduit au port du Hhin, est un monument élevé en l'honneur de Desaix. Longtemps ce fut un magnifiipic pont en char|)ente; remplacé plus tard par un pont de bateaux, il l'est aujourd'hui par un pont à treillis en fer.

Mausolée du maréchal de baxe

Outre la Iniiderii- de canons qui existait à Slia>b(turg, on trouvait à vingt et un kilomètres de là deux inq)ortanlcs njanufaclures d'armes : celle de Mutzig |)our les armes à feu, ri celle de Klingenthal, un peu plus loin, pour U's armes blanches. Les canons de Strasbourg ont une vieille r«'pulation ; un ancien proverbe allciiiaïul dit : Artillerie de Strasbourg, pointage de Nurendjerg. Des vieilles corporations tle métiers ipii existaient en France avant la révolution de 1780, Strasbourg conserve encore un vestige dans ses jardiniers cultivateurs. Ils continuent à porter un costume uniforme en drap bleu foncé, se marient entre eux, et s'attribuent le monopole des jardins de la banlieue. La plupart sont riches; quelques-uns se glorilicnt de titres nobiliaires dus aux fonctions municipales qu'ont exercées leurs ancêtres.

C'est à Strasbourg que Gutenberg, venu de Mayence, et aidé de Drilzchem, de Strasbourg, tenta les premiers essais d'imprimerie dans l'hôtellerie Thiergaten, en 1439. Strasbourg a consacré ce précieux souvenir par une fête magnifique donnée, en 1840, à l'occasion du quatrième anniversaire séculaire de l'invention de l'imprimerie, marqué par l'érection de la statue en bronze de Gutenberg, due au ciseau de David (d'Angers).

Dans toute la })lainc de l'Alsace (ainsi que dans le Languedoc et dans la Guienne), de nombreuses bandes d'oies sont conduites sur les champs au pâturage. On évite de les laisser pâturer dans les prés, parce qu'on a remarqué qu'elles y détruisent les bonnes plantes et y multiplient à l'infini les herbes nuisibles. On mt leur abandonne que les terrains vagues et les chaumes. Pour obtenir ces foies gras dont ont fait des pâtés si renom-

DE PARIS A STRASBOURG

mes, on enferme Tanimal dans une cage étroite, en lui donnant une pâtée très nourrissante, et, pour boisson, de l'eau soufrée. On a abandonné Tancien procédé, qui consistait à placer les o'es dans les fours, dont chaque jour on élevait un peu plus la température, jusqu'à ce que le foie eût atteint tout le développement possible.

Nous pourrions aussi commencer notre voyage d'Alsace par l'ancien département du Haut-Rhin. Pour cela, nous prendrons la route de Bàle, une des villes les plus considérables de la Suisse, située sur notre ancienne frontière au point où le Rhin commençait à la cou\Tir.

Nous gagnerons Troyes, que nous connaissons déjà, et de là Bar-sur- Aube, ville de 5,000 âmes, au pied d'une montagne escarpée. Des traces de constructions romaines , des tombeaux, des urnes, trouvés dans ses environs et même dans son intérieur, attestent sa haute antiquité. Reconstruite vers la fin du V* siècle , après sa destruction par les Huns, elle fut un ^ centre important de commerce; elle eut quatre foires franches, et des quartiers séparés pour

Gutcnberg

les Allemands, les Hollandais, les Lorrains, et les marchands de la principauté d'Urange. La petite église Saint- Maclou possède un maître-autel dont le retable est de Bouchardon.

A vingt-quatre kilomètres est Brienne-le- Chàteau, ville dont les chronicjues mentionnent l'existence dès le v" siècle. Le cluUcau actuel, construit sur l'emplacement de l'ancien, ne date que de l7o7, et fut bâti par un Loménie qui fut le dernier comte de Bricnne. Cent ans auparavant, Louise Béon de Lu-\embourg avait fondé à Brienne un couvent de minimes destiné à Téducation des enfants. Ln 177G, une ordonnance royale fil du collèi:re une succursale de l'école militaire de Paris, destinée à recevoir cent pensionnaires et cent boursiers. Napoléon Bonapaile y en-

tra comme boursier le 23 avril 1779, à Tàge de neuf ans et huit mois ; il en sortit le 17 octobre 1784. Trente ans après, le 29 janvier 1814, il remportait sous les murs de cette même ville , où s'étaient écoulées les studieuses années de son enfance, une de ces victoires qui achevaient de consumer ses forces, et n'ont profilé qu'à sa gloire militaire. Le souvenir de Brienne suivit Napoléon jusque dans Texil. Son testament porte que : « un million sera prélevé sur son domaine privé pour la ville de Brienne, et que deux cent mille francs seront distribués aux habitants qui ont le plus souffert dans la campagne de 1814. »

Sur la place de Brienne est élevée une statue en bronze de Bonaparte, en costume d'élève de l'ancienne école militaire ; c'est l'œuvre de M. Louis Hochet.

Près de Bar est Clairvauxsur-Aube, célèbre par son ancienne abbaye , aujourd'hui transformée en une maison centrale de détention qui renferme 1,500 hommes et 500 jeunes détenus.

Chaumont-en-Bassigny est le lieu où furent arrêtées, dans cette même campagne de ISTi, les bases de la Sainte-Alliance entre les principaux souverains de l'Europe, qui résolurent dès ce moment la chute de Napoléon. C'est une ville de 8,000 âmes, qui a dans sa partie haute un arc de triomphe commt^ncé sous Napoléon, et achevé sous Louis XVI IL Elle a bu de l'eau de citerne jusqu'à l'époque , encore peu éloignée, oii une machine hydraulicpie fit monter et distribua dans ses rues les eaux de la Suize. Nous irons à quatre kilomètres de la ville, dans un vallon sauvage, prendre un croquis «le la célèbre abbaye du Val-des- Ecoliers, fondée en 1212 par quatre docteurs dégoùlcs du monde. Plus loin, plus au nord, la petite et très ancienne ville de Joinville nous montrerait les ruines d'une maison de plaisance des dues de (oiise (en

DlX-llUlïlÉME VOYAGE

faveur do François de Guise, Henri II érigea Joinville en principauté). Ces ruines sont celles (.lu petit château, par opposition au grand château , bâti au xi° siècle par Etienne de Vaux, et successivement agrandi, mais qui aujourd'hui a complètement disparu. A la richesse et au lini des détails on reconnaît que le petit château a dû être une des belles œuvres de la Renaissance. La lettre E et les lettres A T s'y trouvent répétées, soit seules, soit réunies en chitïre, ce qui porterait à croire que Claude do Lorraiiie le fit bàlir du vivant de sa femme Antoinette. Sur les pilastres on lit : Toutes pour une — Là et uoti plus; devises qui furent celles du premier des Guises et de sa famille.

Langres, ville de 8,o00 âmes, sur la rive gauche de la Marne, et sur une montagne escarpée de quatre cent quarante -quatre mètres, présente la forme d'un ovale parfail. Sa cathédrale est une des plus intéressantes que nous possédions. Le péristyle du chœur, avec les cannelures de ses pilastres et les chapiteaux de ses colonnes, paraît avoir été imité de ranlicjue. Le jubé, qui présente une sorte d'arc triomphal, est du milieu du xvi" siècle. Pour que rien ne manque à la bizarrerie, le portail ne compte pas plus de cent ans, et date de 1768. On voit encore engagé et confondu aujourd'hui dans les murailles de la ville un reste de façade d'un arc de triomphée double porte, de construction romaine et dont l'érection est attribuée par la tradition à Marc-Aurèle. Ses ijuatre pilastres d'ordre corinthien sont d'un beau travail. La principale industrie de Langres est la coutellerie , et surtout celle de luxe. Nulle ville, excepté Paris, ne fabricjue aussi bien qu'elle les instruments de chirui^ie.

A quarante- deux kilomètres au nord -est, la petite ville de Bourbonne-les-Bains (4,000 habitants), riche en sources minérales, et où l'on a retrouvé des thermes construits par les Romains , est rivale de Plombières. On recommande ses eaux contre les paralysies générales et partielles. Nous pourrons visitei', au petit village de Celsoy, une pierre tumulaire qui porte de curieux dessins. Elle indique que la tombe de Guibert de Celsoy, (jui fut

médecin des rois Jean II et Charles V. Le docteur est représenté en longue robe, et assis sur une chaise gothique ; il a devant lui un pupitre et un livie ouvert. A ses côtés et à ses pieds sont plusieurs personnages plus petits (jue lui, occupés à lire et à écouter. Au-dessus on voit Dieu le Père qui tient devant lui l'enfant Jésus.

Port-sur-Saone est, dit-on, le Portas Abucinus de l'époque romaine ; on y a trouvé plusieurs vestiges d'antiquités , ainsi qu'aux environs de Jussey, située plus au nord ; mais c'est surtout le petit village de Corre qui est aujourd'hui cher aux antiquaires. On croit ce village bâti sur les ruines de Ditlalion, que Banville place au conllucnt de la Saône et du Coney.

Au pied d'une montagne de forme conique, dans une vallée fertile, arrosée par le Dragean , et bordée de deux lignes de coteaux vignobles, la jolie ville de Vesoul, qui compte 7,500 âmes , n'a à nous montrer qu'un ancien sépulcre, dont les figures sont fort belles , dans une église toute moderne. On ne trouve aucune mention de Vesoul dans l'histoire avant le ix" siècle. Tout auprès, au village d'Échenoz , les géologues visitent le Trou de la Roche, puits naturel de dix mètres de profondeur, sur six environ de diamètre, au fond (kupiel est une petite source. Il suffit de deux jours pluvieux pour la faire déborder et causer une forte inondation dans la contrée. Dans une autre grotte, le Trou de la Baume, on a trouvé , en 1827, un grand nombre d'ossements fossiles, dont quelques-uns aj)partiennent à une espèce d'ours aujourd'hui disparue. Sur un autre point du département , au village de Fouveut-le-Bat, on avait déjà découvert, en 1800, dans le Trou de Saint- Martin, d'autres ossements fossiles qui onl été décrits par Cuvier.

Lure, sur la rive droite de l'Ognon , donne pour preuve de son antique origine une grande «piantité de tuiles romaines trouvées sur son teri'itoire. Elle est mentionnée dans le partage qui eutlieu entre Charles le Chauve et Louis le Germanique. Dans ses environs est Luxeuil, iléjà célèbre du temps des I»omains par ses eaux minérale»?, cl (pii «nmpte

DE PARIS A STP.ASnOURG

4,000 habitants. Au vu® siècle, saint Colomban y fonda un monastère considérable, qui existait encore à la révolution de 1789. La maison de ville s'est parée de pilastres enlevés aux ruines de fort beaux thermes romains. La petite ville d'Héricourt a conservé son vieux château seigneurial intact, et quelques curieuses constructions. Au bourg de Villersexel est un magnifique château du xn" siècle appartenant au duc de Gramont. Le 9 janvier 1871, Villersexel fut le siège d'un combat acharné de neuf heures entre le général Bourbaki et le général prussien Werder; l'avantage resta aux Français.

Béfort, ou Belfort, ville commerçante de 8,500 âmes, place de guerre de première classe, est dans une position agréable sur la rive gauche de la Savoureuse, et au pied du mont Maudit. Son château, appelé la Roche de Béfort, date du commencement du xni® siècle; Vauban l'a réparé, et en a fait une citadelle moderne et formidable, que le traité de 1871 nous a conservée.

Ici nous entrons sur le territoire cédé à l'empire d'Allemagne.

Altkirch, située sur une hauteur dont l'ill baigne le pied, ne date, ainsi que Béfort, (pie du xni° siècle. Les ducs d'Autriche ont souvent habité son château , aujourd'hui en ruines, dont la tour principale est une des plus hautes de la contrée. Sa population est de 3,00U âmes.

La très petite ville d'IIuningue, qui ne coinj)le ])as 3,000 habitants, n'est plus aujourd'hui qu'une vedette à qui l'on a enlevé ses armes; mais jamais ville n'a perdu ses remparts d'une manière plus glorieuse. Noln* dernier fait d'armes dans la campagne de 181;) fut l'admirable résistance du gén«M-al Baibanègre dans la citadelle d'iluniiigue. Il fallut, jM)ur la réduire, qu'une armée de vingt-cinq mille hommes mît en batterie cent trente pièces, et lui fît essuyer un bombanlemeiit de trois jours. Lorsque les Autrichiens, après douze joui's de tranc'hée ouveile, convaituus, par la vivacité du fou (pii ripostait au leur, ([u'ils avaient alTaire à uut* gai'uisoii inq^osanle, eurent accordé la (Capitulation la jilus honorablt* o\ la faculb* de se letirer avi'C

armes et bagages, quelle ne fut pas leur surprise! Le général, à la tête de cent cinquante fantassins et ae cinq gendarmes à cheval, la plupart blessés, et tous épuisés de fatigue, défila fièrement devant les vingt -cinq mille vainqueurs.

Maintenant revenons sur nos pas, et partons de nouveau pour Strasbourg. C'est la vilfe avec laquelle Bâle entretient le plus de relations. Elles communiquent entre elles par le Pdiin, et aussi par un embranchement sur le canal du Rhin au Pdiône, par une grande route et par un chemin de fer construit depuis quelques années. Nous aurons donc à notre choix ou la locomotive rapide, ou un service très bien organisé de bateaux à vapeur, ou la poste, ou la diligence. Dans tout ce trajet de Strasbourg à Bâle, nous sommes dans la nouvelle province allemande d'Alsace- Lorraine.

La route court entre la rive srauche du Rhin et le canal. Nous avons à notre droite le long rempart des montagnes des Vosges, sur le flanc desquelles, de loin en loin, à travers des forêts verdoyantes, les ruines d'un château pointent sur un roc. Les clochers de nombreux villages indiquent l'entrée des vallées. Par delà le Rhin notre œil peut compter les clochers des villages du duché de Bade et les tours de quelques villes qui se détachent sur la verdure des lu-airies : la liirne des montagnes de la Forêt- Noire forme l'encadrement de ce C(3té. Au lutil village d'Otlmarsheim nous nous arrêterons devant une église qui semble avoir été construite dans les premieis temps du christianisme. C'est un ('(lilicc octogone à (rente-deux colonnes, surmonté d'une coupole. Tout autour à l'intéiieur règne une galerie voûtée, et dans l'épaisscui- des nnn-s sont des escaliers qui conduistMit à un «'tage supérieur. Au re/.-dechaussi'e (juatorze grands arcs â plein cintre s'ouvrent de cette galerie voûtée sur la nef; i\o l'étage supérieur il s'en ouvre huit. Plus loin nous Inuiverons Nouf-Brisach, jolie ville de J.(KK) âmes, fondée jiar Louis XI\'. Vauban la forlilia en I (')'.»() pour en faire un boulevard de rAl.xacf. que Laulerbourg i-l la \illi> ;incitMin(^ dt> \\ issiMubourg |)ar d«'là

DIX-HUITIEME VOYAGE

Strasbourg couvraient du côté de la Bavière rhénane, tandis que Bitche gardait un dos passages les plus importants des Vosges.

Neuf-Brisach olïre toute la régularité et toute la symétrie que peut présenter une ville créée d'un seul jet par un ingénieur militaire; une grande place au centre, d'où on aperçoit les quatre portes (jui donnent accès dans la cité, des rues parallèles ou se coupant à angle droit, des maisons de hauteur et de fat^ades uniformes, donnent à Neuf-Brisach un faux air de grande caserne.

En nous rapprochant des montagnes nous aurions pu suivre une route beaucoup plus longue, mais aussi beaucoup plus digne d'intérêt.

Nous aurions rencontré Muhlhauscn ou .

en francisant le nom, Mulhouse (vous n'ignorez pas que toute l'Alsace parle plus facilement l'allemand que le français). Le plus ancien document où soit mentionnée Mulhouse date du commencement du viu^ siècle. En 1268 elle avait pris rang parmi les villes libres impériales. En 1445, la bourgeoisie chassa la noblesse et forma une petite république, qui en lol3 se rattacha à la confédération suisse en qualité d'alliée. Elle se réunit à la famille française en 1789. Sa population . qui ne s'élevait alors qu'à 8 à 9,000 âmes, dépasse aujourd'hui le chiffre de 58,000, sans compter les dix mille ouvriers qui, logés dans les communes voisines, viennent chaque matin frapper à la porte de ses ateliers. Le quartier neuf est magnifique, bàli à grandes arcades comme la rue de Rivoli à Paris. C'est ici qu'il faut venir admirer les merveilles de notre industrie dans la fabrication des toiles peintes, et des cotonnades avec des dessins à l'imitation de ceux de l'Inde. Pour la solidité et le brillant des couleurs, elles l'emportent sur tout ce que l'étranger, excepté l'Angleterre, peut olîrir en ce genre. Quant au bon goût des dessins et à leur variété infinie, l'industrie anglaise est forcée de s'avouer vaincue.

Il n'y a pas encore cinquante ans, les toiles peintes se coloriaient à la main avec des [)lanchc3 de bois ou de cuivre gravées. On Q aujourd'hui un procédé plus rapide, plus

régulier et plus économique. On se sert de cylindres dont la surface est gravée au burin ou à l'eau-forte, et qui tournent uniformément sur leur axe en se chargeant d'un mordant jiar leur passage dans une auge. Ce mordant ne prend que sur certaines places, les autres en étant préservées par un vernis gras. Les toiles, cousues bout à bout, et roulées sur un cylindre uni, passent, en se déroulant d'un mouvement régulier, sur le cylindre gravé; elles y sont pressées contre sa surface par un rouleau , comme dans un laminoir. Le mordant prend ainsi sur diverses places qui ont des figures déterminées.

Les toiles passent de là sur des cylindres cliaufles par la vapeur, qui les sèchent. La chaleur augmente l'action du mordant. Lorsqu'on plonge ensuite la toile dans une cuve de teinture, la matière colorante ne s'attache qu'aux figures dont il s'agit, et le lavage enlève celle qui se trouve, non fixée, aux autres places. Si la toile doit recevoir plusieurs couleurs, on recommence la même opération pour chacune, en changeant les mordants et en les appropriant à la nature de la matière colorante.

Mulhouse a en outre des ateliers où l'on construit depuis les machines les plus colossales jusqu'aux plus petites machines nécessaires à tous les genres de fabrication dans toute industrie.

Parmi les nombreuses institutions de bienfaisance destinées à subvenir aux besoins de ses trente mille ouvriers, il faut citer surtout la Société mulhousiennc des cités ouvrières. qui, à l'aide d'une faible augmentation sur le prix ordinaire des loyers, fait propriétaires d'une maison, au bout de quatorze ans, ceux qui en ont été les locataires.

La petite ville d'Egisheim a conservé une belle tour hexagone, reste d'un château du vin" siècle. A deux kilomètres à l'ouest, on voit les trois tours carrées d'un château du xni".

C'est à Bixheim , dans les environs de Mulhouse, que se trouve une des plus importantes fabriques de papiers peints que possédait la France. Elle livre par an au

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commerce deux cent mille rouleaux fort recherchés pour leur belle exécution.

Colmar, l'antique Argentuaria, n'était plus, au commencement du xii^ siècle, qu'un village qui fut réduit en cendres, et peu après reconstruit. En 1220, le village devint ville, et avant le xiv" siècle la ville était libre et impériale. Elle compte aujourd'hui 24,000 habitants. Elle a une belle église, construite vers l'an 1363; à l'intérieur, une quadruple inscription, en hébreu, en grec, en latin et en allemand , raconte les terribles ravages de la peste de 1341. La bibliothèque possède plusieurs tableaux sur bois d'Albert Diircr et d'autres anciens maîtres allemands.

La vallée de Munster mérite que nous nous dérangions de notre route pour visiter ses riches fabriques de toiles et de mousselines peintes, ainsi que ses papeteries. Elles donnent du travail à plusieurs villages, qui sans cela vivraient mal sur un terroir ingrat. Peu de contrées sont aussi riches en sources minérales. Tous les environs de Colmar sont couverts de ruines de nombreux châteaux ; je vous citerai celles du château de Kayserberg (le mont impérial), qui sous le règne de l'empereur Frédéric II était déjà qualifié de vieux château.

Dès le milieu du x* siècle. Sainte -Marieaux- Mines exploitait de célèbres mines d'argent, de plomb et de cuivre. La mine de Sarlatte est aujourdliui la seule à laciuelle on continue à demander un minerai de plomb contenant une certaine quantité d'argent. L'exploitation des mines de fer et de cuivre est une bien plus puissante source de richesse pour toute cette population des montagnes des Vosges.

C'est au-dessus de l'ancienne ville de Ribeauvillé (ju'on trouve les restes les plus considérables du mur des païetis (Ileindenmaucr), qui couronna les sommets do la première ligne des Vosges. C'est une muraille en pierres sèches et non taillées, dont on reconnaît encore les vestiges sur un espace de plusieurs kilomètres. On suppose que les pierres étaient assemblées par des queues d'arondo en bois de chêne. Les premiers colons romains raui'ont ronsiriiile commo

barrière contre les incursions des peuplades refoulées par eux dans l'intérieur des montagnes.

Une tradition populaire en honneur à Schelestadt vous dira que la ville tire son nom du géant de Sleton, et qu'à l'hôpital on conserve une de ses côtes et un cercle de fer où fut enchâssée une de ses dents. Le plus ancien document où Schelestadt soit mentionnée date du milieu du viii^ siècle. Charlemagne y rendit la justice et y passa les fêtes de Noël de l'année 775. C'est aujourd'hui une ville de 10,000 habitants, qui a une citadelle construite par Vauban. Son église principale, qui date du xiv^ siècle, est un édifice du style gothique simple avec une tour carrée à deux étages, qui porte aux quatre coins d'élégantes petites tourelles. L'église Sainte-Foi fut bâtie, dit-on, sur le plan de celle du Saint- Sépulcre, à Jérusalem, par une duchesse de Souabe, à son retour de la Terre-Sainte, en 1094. A l'une des extrémités s'élève une tour conique; le toit est supporté par de petites colonnes d'architecture sarrasine. A quatre kilomètres de Schelestadt, les paysagistes vont étudier les fort belles ruines du château le plus vaste de toutes les Vosges, le Hohe- Kœnigsburg (haut château royal). Il ne reste plus que deux tours du vieux château d'Andlau, qui fut le siège d'une commanderie de l'ordre Teutonique. Au-dessus de la petite ville de Bar, s'élèvent le Kirchberg { mont de l'église) et le Monlkalb (mont pelé), et audessus d'eux \e Ilolicnberg (haut mont); c'est celui de l'Alsace qui est le plus riche en vieux souvenirs. Non loin des ruines du château de Lansberg, bâti avant l'an 1200 par Conrad de Lansberg, est l'ancien couvent de Sainte- Odile, fondé en 022 par cette sainte (illc iKAliialric, duc d'Alsace. La chapelle actuelle n'a pas deux siècles; mais elle continue d'être fré([uentée par les pèlerins, et elle est remplie d'ex-voto. Au milieu des ruines de l'ancien monastère de Truttonhauscn , cncoro plus avant dans la montagne, on retrouve un grand nombre de pierres sépulcrales où l'historien lit avec intérêt plusieurs noms do faniill(\s illustres.

A cliaqui' ruino, à rliaijuo roche df collo

1>I\ linilKM r. VOVAi.H

vallt'c ilu Pxliin se rallaclic quoique ]iiousc létreiule ou quelque elïroyable histoire. Au eluUeau de Lichlenberir, par exemple, dans la partie uoi'd des inoutaLrnes des Vosges, auprès de Hitclic, c'est uu frère (pii tMiferme son iVère dans une tour, et le fait mourir de faim. IMus tanl, le crime est vengé; et, pour en éterniser le souvenir, trois bustes sont sculptés sous la nervure de la voûte. Le premier représente le prisonnier dans la force de la santé; le second le montre amaigri, et le troisième agonisant.

L'Alsacien, ton- .-^'-i^-i

jours Français de cœur, est resté Allemand par beaucoup de ses usages. Dans les villages, les maisons ont une grande partie de leur façade vitrée par de petits losanges encadrés dans des châssis de plomb.

La vigne serpente le long de cette façade bien blanche, et qui présente son pignon sur la rue, A Tintérieur, vous trouvez le poêle de fonte. En dépit des anciennes ordonnances qui prescrivaient à l'Alsacien de se vêtir à la française, quelques vieux fermiers avaient continué à porter le tricorne de feutre rabattu sur le front, l'iiabit de serge noire à larges basques et à collet droit, le gilet de drap rouge, le pantalon boutonné sur le côté dans toute sa longueur, ou la culotte courte avec les bottes molles. Chez les femmes qui ont conservé l'ancien costume, il se compose d'un corsage de couleur éclatante, lacé par devant, garni de clinquant et de dentelles, avec de larges manches bouffantes d'une toile bien blanche. La jujjc, rouge ou verte, vient s'attacher presque sous les épaules. Gracieusement incliné, le chapeau de paille est orné de rubans. Ici, dans les familles protestantes, la nuit de Noël se fêle à In manière allemande.

Types alsaciens.

Elle est chez les enfants ce qu'est le jour de l'an dans les autres familles. On établit dans le salon, au milieu d'une foule de bouiries, Vdvbrc de Nocl, qu'on décore de rubans, d'anges en cire, de noix dorées, d(; clin- (juant, de boid)ons, et tout autour on étale des jouets et des friandises. Une femme de la famille, vêtue de blanc, remplit le rôle du bo)i Christ, elle prend les enfants par la main, et les conduit au jirésent qui leur est destiné. Si l'enfant n'a ])as été sage, on lui montre iuu> ])oignée do verges que le mauvais ange

a apportée à son' adresse.

Nous reviendrons à Paris par la roule de Metz en passant d'abord à Château- Salins, qui tire son nom des salines ou sources salées exploitées des l'an L130, et d'un château bâti à peu près à la même époque. Ces salines sont abandonnées aujourd'hui , ainsi que celles de Moyenvic, depuis la découverte d'un banc de sel gemme auprès de la petite et très ancienne ville de Vie, oiî des sources salées étaient en exploitation dès le v" siècle. Dieuze, connue dès l'époque d'Attila, })ossède des sources du môme genre. Le sel gemme, qui s'extrait à Vie par gros blocs et de la même manière que les autres minerais, à l'aide de la poudre à canon, sert à saturer les sources de Dieuze. Cette eau saturée est élevée par des pompes au sommet d'un hangar très haut. On la fait tomber en pluie sur des fagots empilés par étages à une hauteur de quinze à vingt mètres. A mesure (pi'clle coule à travers les fagots, la partie liquide s'évapore par l'action des courants d'air qui traversent en tous sens le hangar, et il n'arrive dans le réservoir d'en bas qu'une eau chargée de près de (|iiniante fois plus de .sel que

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celle que les pompes ont élevée dans le réservoir supérieur. L'eau qui a passé par les branchages est portée dans des chaudières où, par Haction du feu, l'évaporation s'achève. Ce hanerar, avec l'échafaudaç^e de fagots, se nomme bâtiment de graduation, parce qu'à mesure qu'elle descend d'un étage de fagots à l'autre, l'eau se gradue, acquiert une salure de plus en plus forte.

Metz, une des plus anciennes villes de la Gaule, s'appela d'abord Divodurum. C'était le chef-lieu des Mediomatrices. Les Romains l'embellirent ; mais elle fut ravagée par Attila.

Elle devint , après Clovis , la capitale du royaume de Metz en Austrasie, Elle fut longtemps ville libre , quoique relevant de l'Empire. Ses évoques prenaient le titre de princes.

Elle passa sous la domination de la France en 15o2.

Charles-Quint tenta vainement de la reprendre; la belle défense du duc François de Guise le força à lever le siège. C'est aujourd'hui une place de guerre de première classe, et une des villes les plus fortes. Elle doit ses fortifications à Vauban et au maréchal de Belle-Isle; les Allemands viennent de les augmenter.

Metz, peuplée de iiD,000 habitants, est généralement bien bâtie, bien percée. Le seul quartier situé sur la rive droite de la Moselle offre, par la configuration du terrain, des rues étroites et escarpées. L'ancienne place Napoléon, entourée de constructions d'un caractère monunicntal, spacieuse, régulière, occupe l'emplacement d'un ancien cloître, de chapelles et de (juehiues maisons que le maréchal de Saxe lit démolir en 1755, non sans une vive opposition de la part des chanoines et des habitants du ([uartier.

La gare du chemin de fer n'a pu être placée dans l'intérieur de la ville, à cause des fortifications (ju'il fallait respecter. l*]llc

Cathédrale de Metz.

se trouve en dehors, à proximité d'une des portes.

Metz était le siège de l'École d'application pour l'artillerie et le génie. En sortant de l'École polytechnique, les officiers de ces armes devaient passer deux ans à Metz. Ce fut au moyen âge une ville de luxe et de plaisirs, où l'on accourait de tous les points de l'Allemagne. Un proverbe allemand dit : « Si j'avais un Francfort, je le dépenserais à Metz. »

Avant 1870, Metz n'avait jamais été prise, ç?r^ n'avait jamais ouvert ses

^-^~"' i^— ^ portes à l'ennemi. Lors-

i^ :^^ que, après les désastres

~ " de 1814, les troupes al-

ilk ^ :5 liées évacuant la France

se présentèrent à Metz pour traverser la place, le passage leur fut refusé, et elles durent faire le tour de la ville et jeter un pont sur la Moselle. Cette vieille gloire a été ternie récemment, lorsque le maréchal Bazaine, rejeté sous les murs de Metz après la bataille de Saint-Privat (18 août), capitula le 27 octobre 1870. Le traité de 1871 a cédé Metz à l'empire d'Allemagne.

Metz possède plusieurs églises remarquables, outre sa célèbre cathédrale, commencée en 1014, et qui ne fut terminée que bien longtemps après; de siècle en siècle jusqu'à cetui-ci, on y a constamment travaillé. La tour, découpée à jour, a (juatre-vingt-onze mètres de haut, elle renferme une cloche du poids de onze mille kilogrammes, appelée la Mule, (jui s'entend de huit kilomètres. Les vitraux du chœur, remarcpiables par réclat des couleurs et le mérite du dessin, sont d'un Strasbourgeois, Antoine Busch, et datent du xvi" siècle. Melz jjossède une magnifitiue promenade; (•'e^l un beau jardin dessiné avec beaucoup d'ail, avec des allées de grands arbres, d'où la vue emlirasse tout le riche vallon de la Moselle, et peut compter plus de cinquante villages. L'IuMel du gou-

DIX- HUITIEME VOYAGE

veniement, sur cette esplanade, est un bel édifice oiné de sculptures de Masson, artiste messin. Sur la place d'armes, devant la cathédrale, on a élevé en 18'jO une statue au maréchal Fabert, né à Metz en luOO; elle est de M. Ktex. La bibliothèque, qui renferme plus de soixante mille volumes, est riche de quelipies manuscrits curieux du x° siècle. Sous la domination romaine, Metz cul des arènes, des thermes, un palais impérial, et d'autres monuments dont il ne reste plus que de faibles vestiges.

Parmi les édifices militaires on remanjue l'arsenal, situé dans le retranchement de Ciuise. 11 contient des ateliers de menuiserie, de charronnage, des forges et de vastes magasins de canons, de projectiles, de fusils et d'armes blanches.

Au village de Jouy-aux-Arches, on voit de beaux restes d'un aqueduc antique qui amenait à Metz d'excellentes eaux de source, éloignées d'environ vingt-quatre kilomètres. Une arche encore intacte, sous laquelle passe la route de Metz à Nancy, a dix-neuf mètres d'élévation. Un peu plus loin sur cette roule, on a trouvé à Dieulard , qui occupe remplacement de l'antique Scarpone, des basreliefs, des urnes, etc., qui appartiennent à la plus haute antiquité. Celle contrée de Metz à Nancy est la plus riante de la Lorraine. On n'aperçoit que vergers fleuris, collines boisées ou coteaux couverts de vignes, clochers surmontés d'un coq doré, prairies baignées par des eaux claires et vives. La j)elite ville de Pont-à- Mousson (8,000 âmes), à mi-chemin des deux villes, est une des mieux situées de France. Son église Saint- Martin e.-^t un édifice fort remarquable du xiii" siècle, dans le style ogival fleuri.

Le paysan messin porte encore l'habit à pans courts et carrés, avec la veste à larges

fleurs. Uuelques-uns sont restés fidèles à la culotte courte en velours vert bouteille, aux bas bleus, aux boucles d'argent, et même à la poudre. Le costume des femmes n'a de remaniuable que le chapeau de paille en forme de tuile et noué d'un velours noir. Sûrement Henriette n'a pas oublié que c'est à Metz que nous devons ces excellentes mirabelles confites dont elle est si friande, et ce n'est pas là le moindre mérite de cette bonne ville.

De Metz nous venons à Verdun, l'antique Verodunum, ville de 13,000 habitants, qui existait avant la conquête romaine. Elle est aussi fortifiée, et s'est acquis une sorte de renommée par ses dragées et ses liqueurs. On peut citer le maître-autel de l'église Saint- Vannes.

Sainle-Menehould (4,000 âmes) est située sur un terrain marécageux, entre deux rochers, dont le plus haut porte encore les ruines d'une très vieille forteresse, qui aurait succédé, dit-on, à un temple d'Isis. Visitons à huit kilomètres de là, sur le champ de bataille de Valmy, un monument où est déposé le cœur de Kellermann, avec cette inscription que lui-même a dictée à son lit de mort : « Ici sont morts glorieusement les braves qui ont sauvé la France au 29 septembre 1792. Un soldat qui avait l'honneur de les commander dans cette mémorable journée, le maréchal Kellermann, duc de Valmy, dictant après vingt-huit ans ses dernières volontés, a voulu que son cœur fut placé au milieu d'eux. »

De là nous regagnons Paris en passant par Châlons-sur-Marne; cette partie de la route vous est connue. Nous avons fait assez de chemin pour ce soir, il est temps d'aller nous reposer.

DIX-NEUVIÈME VOYAGE

DE PARIS A PLOMBIÈRES - VOSGES, FRANCHE-COMTÉ

Bar- le -Duc. — Épinal. — Plombières. — Besançon. — Bourg.

Genève. — Dijon.

Nous pourrions maintenant, pour nous délasser, entreprendre une excursion aux eaux de Plombières, dans les Vosges.

C'est un voyage que tout Parisien de la bonne compagnie manque rarement de faire, au moins une fois en sa vie, soit pour sa santé , soit pour -"

son plaisir. Nous reprendrons donc la route de Strasbourg jusqu'à Barle-Duc. Do là nous passerons à Ligny, où la maison de Luxembourg avait un château considérable. Les romanciers (1 u moyen âge en faisaient la retraite

de la fée Mélusine, dont la maison ilo Luxembourg, comme i(>lle de Lusignan, prétend tirer son origine.

Nous sommes au village de Donuvmi-la- PucoUe; suivons ces groupes de petites filles qui se rendent à l'école. Tout près de celle école, et sépan'o irelle seulement par une

'^^^^èS^^v

Maison où est nùo Jeanne d'Arc

petite cour, voyez-vous cette maisonnette ou chaumière de singulière apparence et qui est bien vieille, n'est-il pas vrai? Approchons. Une inscription en vieux langage, avec la date de liôl, nous apprend que dans cette

maison est née Jeanne d'Arc.

Tournons maintenant en face de l'école, du côté de cette simple el éléuanle fontaine, composée de quatre pilastres (lui supportent un iVouton , et audessus le buste en marbre blanc de l'héroïne. Ce monument a été élevé en 1820. Le roi Louis- Philippe a envoyé aussi à la ville de Domremi une copie en bronze de la statue de Jeanne d'Arc, ouvrage de sa fille, la princesse Marie, duchesse de Wurtemberg, que la mort a enlevée trop tôt aux arts et à la France. A deux Kilomètres au sud, sur la rive gauche du fieuve, un peuplier inditjue

DIX-NEUVIÈME VOYAGE

le lien i»ù la rucelle enlendil ses voix pour la pivmière fois.

Aux environs de la petite ville de Neiifrhàleau (:],000 habitants), sur Ir lei-riloire du boni'ij: lie Grand, nous avons à visiter les ruines d'un anipliilliéàlre romain (lu'on a coniinencé à déblavtM" en iSiiO, et iloiil un savant antiquaire, M. .Inllois, a doiuié la dcseriplion.

On a trouvé plusieurs autels de Mercure sur les collines (jui avoisinent Mirecourt, ville de plus de u.OoO âmes, et cette très ancienne ville tirerait, dit-on, son nom de celui du dieu. Au xv° siècle, elle apiiaitenait aux comtes de Vaudemont, (|ui y avaient uu bon château. Aujourd'hui elle est le centre d'une grande labrication de boissellerie, et aussi d'instruments de musiijue : violons, basses, guitares, orgues portatives, serinettes, etc. Cette industrie n'occupe pas moins de six mille ouvriers dans la campagne environnante.

Thierri d'IIamelan, évoque de Metz, passe pour le fondateur de la ville d'Espinaul.x ou de Spinal, et, selon l'usage adopté, Épinal, qui, vers la fin du x" siècle, ne comptait que quelques maisons isolées sur les rives de la Moselle.

En 14G'i, c'était une place forte qui se donna à Louis XI. Louis XIV fit démanteler ses fortifications, elles n'ont pas été relevées depuis, et son vieux château, bâti sur le sommet d'un rocher, tombe aujourd'hui en ruines.

Les chutes de la Moselle dans les environs d'E|}inal ont amené l'établissement de nombreuses usines. Les papeteries tiennent le premier rang par leur nondjre et par l'importance de leur fabrication; puis vienucnL les forges. Il se débite à Epinal beaucoup de nierrain, destiné à la tonnellerie de la Bourgogne. C'est une ville de 12,000 habitants, pauvre en édifices, mais assez industrielle. Elle est surtout lenonmiée par ses grossiers produits d'imagerie enluminée.

La réputation des eaux de Plondjières date de l'époque romaine. Plombières compte à peine l,lj(X) âmes; mais on y trouve tous les plaisirs qu'on va chercher aux eaux, et sur-

tout des environs délicieux. Cette contrée est chère'au\ artistes; elle leur représente, sinon les beautés grandioses des Alpes, du moins uuf natui'o élégante et des lignes harmonieuses. Les Vosges sont formées de lignes mamelonnées, dont les sommets atteignent une hauteur moyenne de huit cents mètres, t't ne dépassent jamais celle de quinze cents mètres. Le nom de ballons s'ai)j)li(pie ])arfaitement à leurs croupes arrondies. Du côté du lUiin, elles se présentent comme un rempart formidable cl (pii semble à pic; sur le revers opposé, au contraire, elles s'inclinent par de longues pentes vers les plaines de la Moselle. Dans tous les vallons où les eaux ont amené un surcroît de terre végétale, grandissent de magnifi({ues forêts; les cimes seules sont rocheuses.

Plombières a des eaux froides et des eaux chaudes, dont la température varie de quinze à soixante degrés. On y compte cinq établissements de bains fréquentés, du 15 mai au lo octobre, par plus de 3,000 étrangers, je n'ose dire malades; car, depuis que l'empereur Napoléon III est allé y chercher la santé, ses eaux sont devenues fort à la mode. Plombières n'est qu'à vingt-cinq kilomètres d'Épinal, où il existe une station des chemins de fer de l'Est.

De là nous pourrons visiter la contrée comprise entre la Saône et le Jura, l'ancienne Franche-Comté. Nous sortirons des Vosires en prenant la route de Luxeuil et de Béfort. Aux environs est Montbéliard, ville de G,oOO âmes, patrie de Cuvier; elle a converti en maison d'arrêt le château auquel elle doit son origine. Le village d'Audincourt possède une belle usine à travailler le fer, qu'on peut citer comme une des plus belles de noti-e pays.

L'ancienne Franche-Comté est séparée de la Bourgogne par un cordon de collines assez haute» ; par delà s'étendent de grandes plaines accidentées, fertiles et coupées de mamelons (pie sui'montenl des castels avec des villages à leur pied. Ces plats pays se terminent brus- (jucment contre les chaînes du Jura, et c'est là que sont situées, à peu près sur une file, la jilupart des villes de la province. A huit

DE PARIS A PLOMBIKRES - VOSGES, FRANCHE-COMTÉ

kilomètres, et quelquefois moins, de ces villes, on se trouve en montagne. Les vignobles qui tapissent les coteaux de la Franche-Comté cessent tout à coup; la plupart des arbres des forêts se rabougrissent, et sont remplacés par d'énormes sapins noirs chargés de brouillards continuels. Des hameaux d'un aspect misérable se dessinent au milieu de belles prairies couvertes de bestiaux. Si l'on gravit jusqu'au troisième plateau du Jura, on ne voit plus que des buis serpentant sur la croupe pelée des montagnes, et des -= -"

torrents qui creusent des précipices, commedans le Grand- Vaux et dans le pays de Saint-Claude.

Nous arrivons à la petite ville de Baumes-les-Dames ( 2 , oOO âmes), près de laquelle la caverne de la Grâce-de-Dieu , au milieu d'une épaisse forêt, est une glacière naturelle. Sa cavité intérieure forme un triangle dont les côtés ont environ cinquante mètres. L'eau qui suinte par le haut se congèle avant d'arriver en bas, et, à la lueur des flambeaux, on distingue sur le sol une masse éclatante de cristaux de glace.

Besancon, chef- lieu du département du Doubs, compte ''i7,ÛOO habitants; c'est une place de guerre de première classe, et runc des plus fortes de ri']urope. Le Doubs forme un repli qui l'enveloppe en très grande partie, et l'isthme i)ar lequel on arrive à elle est couvert par un roc qui porte une citadelle facile à défendie, nu'Miie avec une faible garnison. C'est un des beaux ouvrages de Vauban. Peu de villes ont des maisons aussi élégantes et aussi solidement bâties. L'entrée jiar la porte Taillée a quel(|ue chose de bi/arre et d'effrayant. Les Romains (ranti(|ue J'ciion/to existait avant leur arrivée dans les Gaules) avaient

Le lorl Joux.

ouvert une tranchée à travers le roc pour une route ou pour un aqueduc; les deux parois de cette tranchée, qui s'élèvent à une hauteur prodigieuse, ont été réunies par une maçonnerie dans laquelle on n'a laissé qu'une voûte assez basse. On croit entrer dans une caverne. Besançon a un pont oiî l'on reconnaît le travail des Romains, ainsi que dans un bel arc de triomphe assez bien conservé. La cathédrale, dédiée à saint Jean, date du XI® siècle; elle possède une liésurreclion de

Vanloo, et un saint Sébastien de Fra Bartolomeo, l'émule de Raphaël. La ville a un grand luxe de fontaines ; l'une d'elles représente l'apothéose de Charles- Quint. C'est la patrie de Victor Hugo et de Charles Nodier.

On cite les promenades de Besançon :

celle de Chamars, sur l'emplacement de l'ancien champ de Mars des Romains; le jardin de Granvelle, qui a pris son nom du chancelier de Charles-Quint, au centre de la ville; enfin, l'allée du canal, dans le charmant vallon du Doubs, (jui se prolonge jusqu'au village de Beurre.

La bibliothèque, qui renferme plus de cent vingt mille volumes et une curieuse collection de bustes; le nuisée Paris, consacré aux anli- ([uités; le musée de peinture, qui possède des œuvres magistrales i\nc Ton n'est point habitué à rencontrer dans les collections de province, retiennent pres(iue toujours le touriste à Besançon.

L'horlogerie est la principale industrie de celle ville; elle y occupe plus de quatre miUe ouvriers.

Le voyageur (jui de Besançon veut aller en Suisse va gagner la jolie petite ville de Ponlarlier. peuplée de II.OOO habilanls. une

niX-NKrVIÈMK VOYAGE

des j)lus anciennes de la Franche-Comlc, et qui cependant est aussi bien bâtie que légulièrenient percée. Il passe juir les ijorges de la Cluse et de Verrières, sous le feu du fort Juux, citadelle regardée comme imprenable, et qui a servi de prison à Mirabeau, au fameux nègre Toussaint-Louverture, et au général l>iipont, après sa funeste capitulation à Haylen. Je conseillerais à mon voyageur de suivre le Houbs jus(|u'au point où il forme la ligne de frontière. Le Doubs entre dans le lac de Chaillaxon, et, peu après sa sortie, il se précipite, tout d'une masse et à pic, d'une hauteur de plus de vingt-sept mètres : c'est ce tpi'on appelle le Saut du Doubs.

Nulle contrée en France ne possède plus de grottes à stalactites, et nous avons le choix entre celles des villages de Chassagne, ou de Chenecey, ou de Lods, ou de Hougemontot, ou d'Osselles; ces dernières ont le plus de réputation.

Au fond d'une vallée profonde, quoicpie très évasée, sur la Cuisance, s'élève la jolie ville d'Arbois (6,000 âmes). Les vignes qui tapissent le flanc des montagnes environnantes fournissent un vin blanc délicieux, dont la réputation serait encore plus grande s'il supportait mieux les longs voyages.

Puisque nous sommes sur ce sujet, je vous dirai qu'on fabrique dans le Jura beaucoup d'excellents vins de liqueur dits vins de paille. Ils sont ainsi nommés parce qu'avant de fouler le raisin on le laisse, après sa maturité, séjourner sur le cep, puis sur un lit de paille.

Poligny, détruite dans le ix*' siècle par un incendie, est aujourd'hui une ville de o,G00 âmes; on la comptait alors comme une des plus considérables de la Franche-Comté. Prenons nos crayons, détournons -nous de quelques lieues, et allons dans un agreste vallon dessiner la chute de l'Ain. Une nappe d'eau de quarante-cinq mètres se dégage d'une masse de rochers qui la recouvre et semble sortir d'un aqueduc, et puis londje, en formant plusieurs cascades, d'une hauteur de plus de seize mètres.

Lons-le-Saulnier (c'est-à-dire Lons le fournisseur de soi), population de 10,000 habi-

tants, occupe le fond d'un bassin qui n'a plus que deux kilomètres de large, et qu'enveloppent des montagnes de trois à (juatre cents mètres d'élévation, couvertes de vignes jus(ju'ù leur sommet. Le bâtiment de graduation (vous savez ce que c'est) pour Tévaporation de l'eau salée a trois ailes, et chacune n'a pas moins de quatre cents mètres de longueur.

Les sources salées abondent dans toute cette région. Les salines de Salins ont été vendues en 1844, par l'État, à M. de Grimaldi. Elles produisent 00,000 quintaux de sel par an. Les sources exploitées sortent d'une roche dolomitique; de grandes roues mettent en mouvement des pompes aspirantes qui montent l'eau versée, au moyen de tubes, sur un banc de sel gemme ayant de vingt-trois à vingt-quatre degrés de salure. Trois trous de sonde, poussés à deux cent cinquante mètres de profondeur, fournissent chacun 500 hectolitres par jour. La moitié des eaux est dirigée, par un conduit en fonte long de dix-sept kilomètres, sur la saline de l'Arc, établie en 1775. Outre le sel de cuisine, on fabrique dans cet établissement du chlorure de potassium et du sulfate de soude.

En 1855, M. de Grimaldi a fondé, dans la petite saline, un établissement de bains, alimenté par les eaux mères sodo-bromurées de l'exploitation. Cet établissement compte cinquante cabinets de bains. La piscine contient quatre-vingt-dix mètres cubes d'eau tiède; on peut s'y livrer à l'exercice de la natation. A ces bains on a ajouté, en 1859, un vaste établissement hydrothérapeutique.

Aux environs sont les ruines du château de Saint-Laurent-de-la-Roche, la tour de Charlemagne à Chàteau-Châlons, avec les citernes vraiment remarquables de la vieille abbaye, et surtout le château d'Arlay, où l'on a trouvé des médailles et un pavé en mosa'ùpie (pii lui assignent une date bien antérieure aux temps féodaux.

Bourg, l'ancienne capitale de la Bresse, est une ville de plus de 14,000 âmes, assez bien percée et bâtie, très propre, parfaitement arrosée, mais triste et monotone. Son

DE PARIS A PLOMBIÈRE? — VOSGES, FRANCHE-COMTÉ

église Xûtre-Dame, commencée au xy" siècle, et achevée deux cents ans plus tard , a nécessairement subi les conséquences de ce long enfantement. Ogivale dans quelques-unes de ses parties, néo-grecque dans d'autres, elle manque de cet ensemble harmonieux qui constitue la principale beauté d'un monument. La façade, où s'étagent trois ordres d'architecture, est peut-être la partie la plus disgracieuse de cette église.

Nous verrons également à Bourg un obélisque élevé à la mémoire de Joubert, la statue de Bichat, par David (d'Angers), et la jolie promenade du Bastion.

Mais si la ville de Bourg, malgré les excellentes volailles qu'on nous y servira, ne mérite pas de nous arrêter longtemps, au village de Brou, qui n'est qu'à dix minutes de la ville, nous trouverons une des plus grandes merveilles de notre architecture nationale, l'église de Brou, construite par les ordres de Marguerite d'Autriche, ^fiUe de l'empereur Maximilien P'", et tante de Charles- Quint. Cette princesse, dont la vie fut si agitée, fit reproduire de toutes parts la devise qu'elle avait adoptée : Fortune, infortune, fortune. Le portail se présente flanqué, au lieu de tours, de deux pignons beaucoup plus bas, et l'on compte, sur le développement de la façade, un seul porche, lequel a de chaque côté deux grandes fenêtres à ogives qui descendent jusque près du sol; l'arc du porche est surbaissé. Sur cette façade, en guise de pilastres, sont accolés des arcs -boutants. Tout cela est orné d'une profusion de petites statuettes dans des niches et d'arabesques d'un goût exquis. Du centre de la croisée s'élève une jolie tour carrée surmontée d'une lanterne. A l'intérieur, on a ménagé toute la magnificence pour le chœur, où l'on a prodigué le plus beau marbre de Carrare et les plus riches vitraux. Là sont trois splendides mausolées: à droite, celui de Marguerite de Bourbon, femme de Philippe II, prince de Savoie, (jui fil le vœu de bàlir l'église; à gauche, celui de Maiguerite d'Autriche, sa belle- fille, qui accomplit le vo}u; et, au milieu, celui de Philibert le Beau, mari de Marguerite d'Autriche, (jui est représenté

deux fois , mort et agenouillé. Les modèles de ces trois tombeaux avaient été faits par Michel Colombe, sculpteur de Tours; mais les monuments ont été exécutés par deux artistes flamands, van Boghem, maître maçon, constructeur de l'église, et Conrad Meyt, sculpteur.

Une singularité de cette éÊrlise est le cadran solaire qui est tracé sur le pavé au-devant de sa grande porte. Construit au x\f siècle, il a été restauré en 17j7, par les soins de l'astronome Lalande, qui eut Bourg pour lieu de naissance. Les douze chiffres des heures sont distribués à la circonférence d'une ellipse, qui a son grand axe dans la direction de l'est à l'ouest. Une ligne indiquant le méridien traverse l'ellipse du nord au sud, et sur cette ligne sont distribués les noms des douze mois de l'année. Vous vous placez sur le nom du mois courant, et vous devenez l'aiguille du cadran : votre ombre se projette sur un des chiffres tracés à la circonférence de l'ellipse, et ce chifl"re indique l'heure aussi exactement qu'elle vous serait donnée par un autre cadran solaire.

De Bourg à Lyon, le trajet est peu intéressant. Dans nos premiers voyages, nous sommes allés de Lyon à Genève, en passant par le défilé que garde le fort de l'Ecluse; revenons de Genève à Paris en prenant par Gex, petite ville qui ne compte, à vrai dire, qu'une seule rue. Dans les environs est la ferme de Naz, qui depuis plusieurs années donne les mérinos dont la laine est la plus belle. Nous élevant peu à peu sur les terrasses de la chaîne du Jura, venons chercher, au village de la Vatay, le passage de la Faucille. Du point le plus élevé de ce passage, nous jetterons un regard sur deux cantons de la Suisse , Vaud et Genève. Nous sommes ici à une hauteur de plus de douze cent cinquante mètres, et, sur le côté, le sommet du mont Dôle gène notre vue. Quittons la route et montons environ quatre cent cinquante mètres de plus; celte fois nous sommes sur le point le plus élevé du Jura. Celle cime est une arèle de cinq cents mètres et très étroite au sud; du cO»lé des Alpes, la pente est presque à pic. On assure que d'ici,

iHXN i;r\ I KM !•: voyage

jKir un liMups pariïiilonieiil clair, non» j>i»iifroiis dorouvrir six lacs : ccu\ de (iciicvo, d'Annecy, du l>oiirgcl, ilc Joiix, de Moral cl de NcufcluUcI. La IdiiLHU' siulc dos soiuniels des Alpes, à parlir du haupliinc jnsipTau Sainl-Golhard, esl là ilovaiit nous. A sa double cime chenue, et surloul à sa masse, nous reconnaissons le monl IManc, le géant paiMui lanl de monls gt'anls. Vin nous lournant vcis la France, noire regard planera sur un horizon de cenl soixante kilomètres. Nous reconnaissons les sommets du Jura (pii fuient, en s'ahaissant par terrasses parallèles au cours du Doubs, et par delà nous distinguons, dans la basse plaine, les difîcrenls foyers d'habitation entre Dôle et Dijon.

De l'autre côté du passage de la Faucille, nous trouverons les Housses; c'est le village le plus haut placé dans les montagnes. Audessus on ne voit plus que quehiues rares auberges et des chalets. L'église des Rousses oIVre une particularité assez curieuse : chacune des deux pentes de son toit déverse l'eau, quand il pleut, dans des directions opposées : une partie de cette eau va se perdre dans l'Ucéan , et Taulre partie dans la .Méditerranée.

Morez ou Morey est un gros bourg d'environ j,500 habitants, au fond d'une gorge très longue, et qui laisse à peine assez d'espace pour la route et les deux rangées de maisons. Li.'s montagnes sont à pic et nues jusqu'à la hauteur de quatre cents mètres, où leur cime s'arrondit et se couvre de sapins, pour former un second rideau d'une élévation à peu près égale. Par bonheur, lu gorge se contourne au nord du bourg, «l il se trouve ainsi protégé contre la bise; l'ouverture la plus large, située au sud, reçoit le soleil pendant la plus grande partie du jour. Morez, qui n'était, il y a moins d'un siècle, fju'un pauvre hameau, s'est transformé en un bourg remanjuable par la beauté de ses maisons; et cela, parce que ses habitants ont su tirer un adndrable jjartidu cours d'eau qui le traverse. Ce cours d'eau donne le mouvement et la vie à une foule d'usines : forges, moulins, lileries de fer, filatures de coton, etc. La |)rincipale industrie de Morez

est la fabrication îles" loui'nebroches, des verres dt> lunettes et des horloges communes. On conq)te par milliei's les articles de cette espèce qm sortent annuellement de ses ateliers.

Ghanqiagnole est une jolie petite ville de plus de 3,000 âmes. (|ui, détruite jjar un incendie, en 171)8, a été entièrement rebâtie à neuf. IJeaucoup de ses maisons sont cependant recouvertes de planchettes de sapin, nommées tavelles, comme c'est l'usage dans toutes les villes de l'intérieur du Jura. J'aime mieux le fer battu de leurs clochers, la lumière y joue d'une manière agréable : c'est comme une flaque d'eau qui anime le pay-

sage.

Ici nous disons adieu aux forêts de sapins, et nous rentrons dans le pays de plaine. Je vous dois quelques détails sur la vie de ces montagnards que nous quittons. Du l*"" juin au 9 octobre, jour de la Saint-Denis, on habite le chalet dans le^ pâturages élevés. C'est une légère construction en bois; à l'intérieur' est une chambre d'habitation et une autre pour y placer les fromages faits. Le chalet est au centre de trois à quatre cents arpents de pâturages, quelquefois entourés d'un petit mur en pierres sèches. Les vaches y paissent en liberté, sans jamais coucher sous le hangar qui touche au chalet. Elles n'y viennent que pour se faire traire, attendant patiemment leur tour, et repartant ensuite. On compte un berger pour quinze vaches, et un faiseur de fromages pour quatre-vingts. Ces fromages sont une imitation de ceux de la vallée de Gruyères, en Suisse.

Le jour venu de quitter les pâturages, on descend dans le fond des vallées, et l'on rentre au village. Les habitations sont solidement bâties, mais peu élevées. C'est un long bâtiment carré, fort aplati, construit en pierre et en chaux. Sur le toit en planches sont posés, çà et là, de gros blocs de roche, pour olîrir de la résistance au vent. (L'architecture est ici bien moins avancée (pit3 dans les montagnes de la Suisse.) Les hommes et le bétail loirent ensemble sous le même toit. Au centre est ménagé pour les hommes un carré de trois à (juatre mètres

DE PARIS A PLOMBIÈRES — VOSGES, FRANCHE -COMTÉ

sur chaque face, et au-dessus le tuyau de la cheminée. De ce carré partent deux crèches jusqu'aux deux bouts de cette grande halle, et à ces crèches le bétail est attaché sur un double rang, tète contre tête. Le sol est planchéié de manière que les urines s'écoulent par-dessous. Le plafond est à environ deux mètres du plancher, et supporte la provision de fourrage pour l'hiver. Souvent l'habitation est recouverte entièrement par les neiges. La porte et les fenêtres sont solidement fermées, et c'est alors par le tuyau de cheminée qu'on entre et qu'on sort. Ce tuyau se ferme par une trappe à bascule, et à l'aide d'une perche on tient ouvert, pour livrer passage à la fumée, le côté opposé au vent. On vit enfermé de la sorte quelquefois pendant six semaines. Les grands parents ont un mauvais lit ou deux près do la cheminée, les autres personnes couchent dans le grenier à fourrage.

Dans la montagne, on trouve encore des familles qui, depuis plusieurs siècles, portent les mêmes prénoms, se marient entre elles, font de leur second fils un prêtre, ou de leur aîné un magistrat; tandis que les autres enfants, demeurés au logis paternel, le rebâtissent à mesure qu'il s'écroule, sont servis par leur mère ou par leurs sœurs, et continuent après leurs aïeux le trafic du buis ou des fromages. Dans les archives de plus d'une de ces chaumières, on conserve quelque lettre de noblesse octroyée par les archiducs Albert et Isabelle, ou l'anneau pastoral d'un ancêtre, qui fut cvêque, ou les œuvres de quelque ancien docteur, membre de la famille.

Dùle est une ville de 11,000 âmes, assise sur le penchant d'une colline, et entourée de coteaux vignobles. Elle est assez bien bâtie. De l'esplanade de Saint-Maurice on jouit

d'une vue magnifique. Le mont Blanc, le Jura, la forêt de Chaux, la vallée du Doubs forment un panorama aussi varié qu'étendu. Le maître-autel de la cathédrale est orné de colonnes et de statues de marbre blanc. Une charmante statue d'enfant décore une fontaine. C'est l'œuvre d'Attiret, qui naquit à Dole, et que ses compatriotes ont laissé mourir de faim. Dùle est une ville d'une haute antiquité, qui a conservé quelques vestiges d'un amphithéâtre romain et les débris d'un aqueduc. Elle avait un parlement, des écoles, et le titre de capitale de la Franche-Comté, lorsque, après sa conquête, Louis XIV transféra tous ces avantages à Besançon, qui avait été ville libre et impériale jusqu'en 1652. C'est à Dole que commence le canal qui par le Doubs unit les eaux du Rhin avec celles de la Saône, et par conséquent du Rhône et aussi de la Seine.

Nous sommes à Auxonne, ville de 6,000 âmes. Voyez-vous ce pont sous lequel coule la Saône? On y arrive par une longue chaussée qu'on a eu la précaution de percer de trente-deux arches; c'est que plusieurs fois dans l'année la Saône grossit d'une manière formidable et couvre toute la basse campagne. Un nouveau pont en tôle a été construit pour le service du chemin de fer. Ce pont remarquable se compose de neuf travées. Vauban a construit les remparts d'Auxonne; on y entretient un arsenal de construction et des magasins à poudre. C'est une de nos places d'approvisionnement militaire. Auxonne forma longtemps une suzeraineté indépendante; les sires d'Auxoime se (lualifiaient comtes; en 1552, celle suzeraineté fut réunie au duché de Bourtroiine.

D'Auxonne nous gagnons Dijon, cl ensuite Paris.

VINGTIÈME VOYAGE

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