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ILE DE CORSE

Bastia.

Corte.

Ajaccio. — Bonifacio. — Calvi.

Nous avons achevé notre tour de France, mes enfants, et pourtant notre tâche n'est pas finie; la soirée est trop peu avancée pour que nous n'entreprenions pas un dernier voyage , qui ne sera pas le moins intéressant : c'est celui de la Corse. La Corse portait dans l'antiquité les noms de Thérapné et de Cyrnos. Carthage y eut des établissements. Rome se fit céder cette île en 238 avant Jésus-Christ; mais elle eut sans cesse à combattre les révoltes des indigènes. La Corse demeura cependant à l'empire romain, quoiqu'elle ne fût guère qu'un lieu d'exil. Au vin° siècle elle devint à peu près indépendante, quoique comprise un instant dans l'empire de Gharlemagne. Dans la suite, les papes se déclarèrent souverains de la Corse. En 1071, Urbain II la vendit aux Pisans; Gènes leur disputa cette concession, et finit par s'en emparer en 1481. Le traité de Gâteau -Gambrésis leur en garantit la possession, contre laquelle les Corses protestèrent par des soulèvements perpétuels. En 173G, le baron de Neuhoiï, né à Metz, et résident de rempcrom Charles VI à Florence, sut persuader aux insurgés de le proclamer roi sous le nom dv Théodore 1°'; mais au bout de huit mois il fut forcé (le prendre la fuite. Après quelques autres lentativos infiMidueust's, il moui-ul à

Londres, où ses créanciers l'avaient retenu sept ans en prison. Paoli, dont le père avait combattu sous Neuhoff pour l'indépendance nationale, élevé par lui dans l'exil et dans la haine des Génois, prit part à une nouvelle tentative de la Corse, et y déploya un grand caractère. Gènes, se voyant dans l'impossibilité de conserver sa conquête, la céda à la France, qui finit par la soumettre, malgré la résistance de Paoli , forcé de se réfugier en Angleterre. Plus tard la France l'appela à commander son pays avec le titre de lieutenant général; mais, s'étant brouillé avec la Convention, il offrit la Corse à l'Angleterre . qui l'accepta sans en donner toutefois la vice-royauté à Paoli. mais qui ne put là conserver. La Corse fut d'abord divisée en deux déparlements, le Golo et le Liamonc, (\m, en 1811, furent réunis en un seul.

Cent dix-huit myriamètres séparent liastia de Paris. Cette fois, nous devons nous mettre en mer. Courons nous embarquer à Marseille. Avant de débarquer sur la plage, vuyez-vous ces vieilles tours qui s'élèvent do distance en distance? Une ciiu]uantaine environ sont réparties sur toute la circonférence de l'île, qui, vous le savez, a cent soixantehuit kilomètres de longueur sur soixanledouzi» dans sa plus graïuh^ largeur. Ces tours

furent élcvccs dans le xi" sii'^ch» pnr les Génois, sur la (Irinando dos liahilanls. pour s'opposer aux spoliations des eoi'saires l)arl)arostpn>s. Pans chacune d'elles un i^ai'diiMi av.iil à ses oi'dres un caporal cl trois sitldals. A l'approche d'un navire suspect, on alluniaiL des feux sur ces tours, et le rivage se couvrail bienliM d'une force suffisante pour repousser Tattatpie.

Haslia est la plus foilc place de i:uerre de la Corse. Cette ville, dont la po|tulalii»n drpa6se2l.0OO liahitants, bàlie en aiiii)hilhéàlre autour de son port, est la cité la plus industrielle et la plus commerçante de toute la Corse.

Son port , assez resserré, et d'une entrée dilïicile , reçoit en ce moment d'importantes améliorations. On achève la construction d'une nouvelle jetée, et l'on fait sauter les rochers qui, dans le port même, gênent les mouvements des navires.

Bastia possède le long de la mer, du porl à la place Napoléon, un assez beau (juai. La place Napoléon elle-même est spacieuse et bordée de belles constructions. Au milieu s'élève la statue de Napoléon I"', costumé à Tantique, c'est-à-dire très peu vêtu. Un reproche, non sans raison , à cette œuvre un défaut capital : on dirait que l'artiste, en donnant à Napoléon le Grand la carrure et les muscles d'un Milon de Crotone, n'a songé qu'à personnifier la force matérielle, au lieu de personnifier un des plus grands génies des temps modernes.

La partie basse de Bastia, celle qui d(>scend vers le port, est irrégulière, malpropre et coupée de rues étroites et déclives; mais le nouveau quartier, presque entièrement composé de constructions modernes, est beaucoup

mieux percé. La rue Traverse, ou 'la Travei'se, connue on l'appelle, ipii, parlant du palais de justice, édifice à colonnes de marbre rt'cennncnt terminé, se prolonge juscju'à la place Napoléon, avec sa spacieuse chaussée, ses larges trottoirs, ses maisons vastes et très (■•levées, ne serait pas déplacée môme dans une belle ville du continent. Dans le voisinage de iîaslia, nous jiourrons visiter une usine nii'lallurgi(pie du premier ordre, celle de Toga.

En suisaul l

a grand

Corlo.

c roule (jui traverse l'île, sillonnée dans le sens de sa longueur par une chaîne de montagnes dont plusieurs sommets dépassent deux mille mètres, nous trouverons le village do Biguglia, sur l'emplacement 'j occupé jadis par Mariana, qui fut capitale alors que les Pisans commandaient dans l'île. Biguglia conserva ce titre jusqu'en 1380, époque où fut construit le premier bastion qui donna naissance à Bastia. La vieille tour de la Morlalo est le seul reste d'un château important. Ne voyez-vous pas dans cette rivière du Golo (juelque chose de semblable à nos rivières du continent? La Corse n'a que des torrents qui roulent des cailloux sur un fond de rochers et (jui sont presque tous guéables en été. Jamais on ne s'avisa de leur confier une banjue.

On arrive à Corte, située sur un monticule très escarpé, au centre d'une vallée couverte de jardins, de vignes et d'oliviers, par une belle avenue.

Ne vous attendez pas à trouver à Corte une ville régulière. Dans la construction des anciennes maisons, on ne s'est assujetti à aucun alignement; chacun avait posé son habitation et enclos sa propriété do murs ainsi qu'il lui

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