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CORSE

avait plu. On comprend comment avec une pareille disposition il est difficile, à moins de faire table rase, de donner un peu de régularité à l'ensemble de Corte. En attendant qu'on remette Corte à neuf, on a élevé des deux côtés de la grande route, qui passe au pied de l'ancienne ville , perchée sur son rocher, d'assez belles maisons, et l'on a formé ainsi une rue nouvelle, droite et d'une largeur suffisante. Cette rue deviendra évidemment le noyau de la cité moderne. Un aqueduc de quatre kilomètres amène des eaux limpides et abondantes. Dans les environs de Corte , la vallée de Morosoglia est célèbre dans les annales de la Corse. C'est là que se tenaient les consultes ou assemblées sénéraies de la nation , quand la nation était libre, ou alors qu'elle se réveillait pour chasser ses oppresseurs. Au village de ce nom naquit Paoli. Si l'on veut étudier les mœurs corses dans leur simplicité primitive, il faut visiter, à quelque distance à l'ouest de Corte, la vallée de Niolo. Là se retrouvent encore, portées au plus haut point, l'abnégation de la femme et la soumission absolue au chef de la famille; l'hospitalité considérée comme devoir sacré ; tout autre travail que la garde du bétail ou la récolte du vin et des olives regardé comme peu digne ; et, par-dessus tout, le culte de Thonneur de la famille. Là seulement quchpies femmes ont conservé l'ancien costume. Une toque de velours noir, bordée par les cheveux en deux tresses, forme la coilïurc; la chemise boutonnée jusqu'au menton lient lieu île fichu ; la robe est de drap bleu, chamarrée de velours, ouverte à la poitrine, et forme une sorte d'amazone. Les femmes mariées ajoutent une jupe légère , qui se relève par derrière cl se ramène sur la lète. Le paysan corse porte une

Types de Corses

culotte, des guêtres, une veste et un bonnet pointu d'un drap grossier de couleur brune, avec une ceinture rouge. Ce drap est un tissu fait par les tisserands des villaçres. Il v ioint par le mauvais temps un pilone, espèce de long et ample caban à capuchon , protégeant le corps tout entier et parfaitement imperméable.

Ajaccio se glorifie d'avoir donné le jour au héros de notre siècle. La maison où Napoléon Bonaparte naquit, le 15 août 1769, est de modeste apparence; elle a trois étages, et six

fenêtres par étage sur sa façade.

Dans le salon où sa mère le mit au monde, le jour de l'Assomption, au retour de la messe, on a placé un beau portrait en pied par Gérard; l'empereur est représenté en costume impérial.

Rien n'existe plus du mobilier de cette époque. Non loin de là, dans les melelli, un jardin d'oliviers, est un vieux chêne sous lequel l'enfant se plaisait à jouer, à l'ombre duquel le jeune officier revint rêver pendant le seul et court loisir qu'il ait goùlé de sa vie, alors que, ses études terminées, il se préparait à commencer son active carrière.

Dans la cathédrale, qui est de la belle architecture italienne du xvi° siècle, et que surmonte une élégante coupole , on nous montrera la cuve en marbre blanc où il a reçu le baptême, près de deux ans après sa naissance.

Ajaccio, chef-lieu de prélecture (la cour d'appel siège à Bastia), assise vers le fond d'un golfe (pii, par l'éclalanle lumière donl il est inondé , par la transparence de ses eaux , par le caractère du paysage se déroulant autour de lui, rappelle à tous les voyageurs le fameux golfe de Naples, est de toutes It's villes de la Corse celle où je préférerais me

VlNi.TlKMK VOYAGE

fixer. L'espi^'cc do boiilevai'd ([ui unil la |)la("e du Diaiiiaiil à la nier, la place du Diaiiiaiil elle-mcMue, le cours se souilanl à la roule tic iJaslia olVrenl cDiuuie lialiilalioii el connue promenade des nizréineiils ([uel'on Irouverait réunis ilans peu de \ illes du cunlint-nl.

Au sud d'Ajaecio, nous rencontrerons Sailène, ville de /i,000 ànics, qui n'ollVe rien de particulier, it, à rexIi'tMuilcde l'île, Oonifacio, bâtie sur un rocher calcaire , avec do bonnes iortifications.

Le i^orl do Donilacio est profond et sur; nialheurousemont il est pou rroijucnlé et aussi désort que la ville elle-même. Donifacio possède quatre éirlises, dont aucune n'est reniaiquable sous le rapport monumental ; mais elles nous donneront une idée de la manière dont sont disposées et ornées les églises de rilalie. Saint-L)onùni(pio appartenait autrefois aux templiers. C'est un lourd vaisseau go- Ihitpie, dont les murs ont conservé un grand nombre d'armoiries appartenant aux chevaliers de l'ordre.

Au-dessous de Bonifacio, et dans le promontoire même sur lequel la ville est bâtie, s'ouvrent des grottes profondes, baignées par la mer ; on ne peut par conséquent les visiter qu'en canot. C'est une des plus curieuses promenades qu'on puisse faire en mer. Les plus grandes et les plus intéressantes de ces cavernes sont celles de Sdragonato, de Sainl- Barlhélemy et de Monle-Pertusato. Celte dernière perce de part en part la montagne du même nom ; c'est plutôt une immense galerie souterraine qu'une giollc propi'cmenl dite.

F^rès do Bonifacio, dons le détroit (pii sépare la Corso de la Sardaigne, on nous montrera l'îlot de Lavezi , oîi vint se briser en mille morceaux la n<'gale la Sémillanle : naufi-age épouvantable qui coûta la vie à toutes les personnes du bord, et fut un (\r<, plus navrants épisodes de la dernière guerre de Crimée.

Toujours en suivant la grande roule (jue nous tenons depuis Bastia, et qui fait le tour de l'île nous trouverons d'abord, sur la cote orientale, Porlo-Vecchio, gros bourg que les fièvres paludéennes rendent inhabitable |H'n<Iant trois mois de l'ann.'e, et dont les '

habitants émigrenl en masse dès la fin de juin. Devant Poito-Vocchio, cpie le dessèchement des marais (pii l'environnent assainirait corlainenicnt, s'ouvre un golfe magnifi(pi(i (jue la nature semble avoir disposé pour la création d'un pnrt capable de recevoir et d'abriter la plus grande llollc du monde.

In [)eu plus loin, à l'embouchure du Tavignano, sont les ruines d'Aleria, ancienne cité romaine. On reconnaît les débris d'une maistju prétoriale, que les habitants nomment aisa rcalc (la maison royale), et les vestiges d'un cirque construit pour une population de 12 à 15,000 âmes. On attribue aussi aux Bomains la construction dos bains du village de Piétrapola, où sont des sources minérales.

Tout à fait au nord de l'île, presque à l'exmité du cap Corse et sur son point le plus élevé, on voit une vieille tour, dont la base est entourée de chênes verts et d'un torrent qui roule au fond d'un précipice. De sa plateforme on jouit d'une admirable vue sur les deux mers. On la désÎLnic sous le nom de Tour de Séncquc. La tradition prétend que Sénèque y passa les six années pendant lesquelles le pouvoir ombrageux de Messalinele tint l'olégué en Corse.

Sur la côte occidentale, trois villes méritent à difTérents litres que nous nous occupions d'elles.

Saint-Florent, anciennement entourée de murailles, n'est plus qu'un bourg sans importance, quoique placé au fond d'une vaste baie el dans une situation avantageuse pour leconunerce maritime. L'humidité et l'insalul)rité de l'air, insalubrité uni(juement causée par les marécages ([ui l'environnent, ont beaucoup contribué à arrêter les développements ([ue la position de Saint- Florent senv blail lui promettre.

LTle-Bousse. A la place ({u'occupe en ce moment cette jolie petite ville, il n'existait en 1758 que quelques maisons. C'est vous dire ipie c'est une ville prcs({ue neuve, et parconsé(|uent beaucoup plus régulière et beaucoup mieux bâtie dans son ensemble qu'aucune ville de la Corse. L'ile-Bousse est le grand marché de la Balagne , la partie de la Corse la mieux cultivée, la plus peuplée et la plus

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