‹ Voyage en FranceChapitre 24 sur 29 · CORSE · texte numérisé non relu

CORSE

riche en oliviers. C'est à Tlle-Rousse que se font presque toutes les importations et les exportations de la contrée. Si rien ne vient entraver la prospérité naissante de celte ville, elle deviendra un des principaux centres du ■ commerce de la Corse. Son port a reçu de grandes améliorations. On a élevé, sur le rocher auquel la ville doit son nom, un phare dont la construction fait le plus grand honneur au jeune ingénieur Berthomieux, qui l'a terminé depuis quelques années.

Calvi, chef-lieu d'arrondissement, est une» ville qui tombe en ruines : c'est à ses dépens que rile-Rousse grandit et développe ses relations commerciales, justifiant ainsi les paroles prophétiques du général Paoli , qui s'écriait en voyant s'élever par son ordre ses premières maisons : «J'ai planté des potences pour pendre Calvi ! » Calvi s'était donnée aux Génois, et Paoli avait juré la perte de la cité qui trahissait la cause nationale.

La population de la Corse, qui s'élève à 200,000 âmes se partage un territoire qui nourrirait un million d'habitants. En Corse, tout le monde possède ; le berger a droit au croît de la moitié du troupeau dont il est gardien. Ces bergers errent l'été dans la montagne, l'hiver dans la plaine et les vallons, tantôt seuls, tantôt plusieurs ensemble, mais toujours suivis delà famille. Quelquefois ils se construisent une cabane, qu'ils abandonnent pour en aller construire une autre ailleurs ; assez souvent ils passent la nuit en plein air. vivant du lait de leurs chèvres, de chàtaiiznes et de gibier, glorieux quand la balle de leur fusil atteint quelqu'un de ces agiles moulions qui franchissent facilement, d'un roc à l'autre, un espace de six mètres. Le mouflon est un bélier sauvage, que Bufl'on considère comme le type originel des diverses variétés du bélier domestique. Il a le poil de couleur noire au lieu de laine. Les moulons corses sont tous noirs; un mouton blanc est une rareté ; leur chair est succulente, mais leur laine est courte et rude. Les chèvres sont fort nombreuses cl d'une espèce très belle. Le paysan le moins aisé a un petit jardin potager près de sa maison, et un enclos en dehors du village; il a un cheval (les chevaux corses sont exlivmo-

ment petits, mais vifs et intelligents), une ou deux chèvres, et autant de cochons. Le cheval ne sert que de monture ; on emploie pour les transports l'une ou le mulet. Le gros bétail , mal soigné, est de petite taille; la vache donne peu de lait ; la chair du bœuf est dure. La terre produit en abondance, et presque d'elle-même, d'excellents vins, l'olive, l'orange, la grenade. On échange une partie de ces trésors faciles, et sept à huit mille Italiens du pays de Lucques viennent cultiver les céréales moyennant salaire. Les bergers sont presque les seuls Corses qui daigneront ensemencer un maquis. On appelle ainsi les landes couvertes de bruyères et d'arbustes, par exemple l'arbousier, le laurier, le ciste, le myrte, etc., qui croissent à une telle épaisseur que le cerf et le mouflon eux-mêmes ont peine à s'y frayer un passage. On met le feu au maquis, et, après que la pluie a rendu la cendre un peu compacte, on donne une sorte de labour et l'on ensemence. La récolte faite, on abandonne le fonds, où les arbustes reparaissent de toutes parts ; le berger ne manque pas d'amener son troupeau , qui se repaît de ces jeunes pousses, ce qui n'empêche pas le maquis de reprendre en peu de temps son ancienne vigueur.

Je terminerai notre rapide excursion en Corse en vous faisant lire un fragment d'une étude sur la Corse, qui vous donnera des notions exactes sur les bandits corses, dont vous avez si souvent entendu parler.

(T Tout le monde, dit M. de Chavannes, sait à peu près ce qu'il faut entendre par banditisme, lorsqu'il s'agit de la Corse. Le théâtre, le roman, ont exploité cette mine féconde en incidents dramatiques, dont M. Prosper Mérimée a tiré deux petits chefs-d'œuvre : Maltro Falconc et Colomba. Mais ce qu'on ignore plus généralement, c'est la situation exceptionnelle, anormale, que le banditisme a faite à la Corse. Si, malgré son admirable climat, la fertilité de son sol, les richesses naturelles qu'elle contient, l'esprit vif de sa population, la Corse mise en parallèle avec les autres départements français, n'a encore ni indusliie. ni commerce, ni agriculluro: >i «Ile lire du continent une foule d'objets et de denrées

VINliliE.ML: VOYAGE

qirello ileviail, au l'oulraiio , proiluiro et nuMue exi>orler, la l'aule en est uni(iuonient au bamiilisine. Si la iiarlie conlialo do l'île csl encore, à que^iues rares exceptions près, telle qu'elle est sortie îles mains du Civalcur; si la Corse, département frani^ais situé à seize heures de Toulon, à huit heures de Livourne, est restée jusque ces derniers temps en dehors du courant rivilisaleur, ne nous en prenons qu'au bantlitisnif. Le banditisme, en elïet, était une espèce de rempart élevé autour de l'ile, où tout progrès , toute amélioration lisait, en caractères menaçants : On n'entre pas! Avec le banditisme , la société en Corse n'existait pas ; car partout où la force domine la loi, où le priMuier venu peut s'arroger et cunmler les fonctions déjuge et de bourreau, sans (pie physiquement, ou du moins moralement, la population en masse s'élève contre lui, c'est le règne de la barbarie, y eùt-il dans le pays les formes extérieures d'une société organisée selon les idées modernes.

« Aujourd'hui, grâce à la loi faite exprès pour la Corse, qui défend à tout homme de sortir de chez lui avec une arme quelconque, le banditisme rend le dernier soupir. Quelques meurtriers errent encore dans les maquis, mais c'est un accident : les cours d'assises, sur le continent, comptent aussi des réfractaires...

« Comment, en elVet, l'agriculture auraitelle prospéré dans un pays où toute habitation isolée était impossible, à moins d'en faire une forteresse ; où beaucoup de propriétaires, loin de pouvoir vivre sur leurs domaines, restaient dix ans sans oser se rendre dans les champs, qu'ils apercevaient de la ville, d'où il leur était défondu de sortir? dans un pays où un ennemi se vengeait sans honte sur la culture d'un honmie qu'il tâchait de ruiner, en attendant l'occasion do lui planter une balle dans la tète? Comment une population rurale, ne quittant le fusil (|uc pour manger et dormir, us;iiit 1.1 moitié de sa vie à temlir des

embuscades et l'autre moitié à se gai-er contre elle, eùt-elle pris ces habitudes d'ordre et de Iravail sans lesquelles il n'y a point de cullivateur? Comment dans un pays où le courage, la justesse du couj) d'œil classaient seuls un individu dans l'opinion publitiue, le travail aux allures pacifiques n'eùt-il pas été méprisé et confondu avec la servitude? Sur le continent, dans le bon temps de l'épée, tout travail n'était-il pas une dégradation, le loi ilu manant? Seule, l'épée qui détruit était vraiment noble !

« Voyait-on alors, comme aujourd'hui, des gentilshommes diriger personnellement, sans croire déroger, l'exploitation d'une terre, et aussi fiers d'une médaille obtenue au concours de Poissy que de leur écu armorié ? Eh bien, le travail est encore vu en Corse du même œil qu'il était envisagé il y a deux siècles par notre noblesse. Un ne s'y livre qu'en rougissant ; et ceux qui le peuvent , au prix môme des plus durs sacrifices , font bêcher leurs champs parles Lucquois, sobres et laborieux mercenaires, considérés comme des ilotes, qui, tous les ans, viennent par milliers prélever un lourd impôt, moins sur la paresse que sur les préjugés de la population corse. »

Depuis quelques années, depuis que la loi sur le port des armes a produit ses effets, une révolution complète s'est accomplie dans les mœurs corses. De nombreuses routes , dont le réseau se développe tous les jours, d'immenses travaux d'assainissement, les elTorts d'une administration ferme et intelligente, l'assoupissement d'anciennes rivalités , les encouragements et les facilités olVertes à l'agriculture par le gouvernement, les tendances industrielles de l'époque sont autant de causes (jui, chacune dans leur action, concourent activement à la régénération de cette île, appelée à devenir loi ou lard la perle do la MT-dilerranée.

VINGT ET IMÈME VOYACE

PARIS

Le Paris ancien. — Fontaines, ponts, l)oulevards. — Palais. — Églises. — Monuments civils.

J'ai à vous proposer, mes chers enfants, maintenant que nous avons achevé notre tour de France, un voyage qui vous suprendra peut-être : c'est celui de Paris. Vous riez! Sans doute vous vous imaginez bien connaître la ville que vous habitez? Vous seriez fort surpris cependant de tout ce qu'un étranger, venu exprès pour visiter cette ville, pourrait vous apprendre à son sujet. Combien de choses y sont que vous n'avez jamais vues ! Combien de monuments devant lesquels vous avez passé sans jamais les examiner, et dont vous ne pourriez ni dire la date ni l'originel N'est-il pas honteux pourtant de ne pas mieux connaître ce qui nous entoure? Aussi, celte fois, c'est un véritable voyage que nous allons entreprendre, et, mes notes à la main, nous visiterons Paris en détail ; je crois que c'est la manière la plus amusante de terminer notre entreprise. Mais dans cette excursion nous aurons , hélas ! bien des ruines ù contempler avec tristesse, bien des monuments à pleurer, en maudissant la rage furieuse des barbares qui ont promené partout les torches de l'incendie au moment où l'ar-

' I.n pailio hislori<ino do co voyapo ost |>rt>sqiio l^nli^reiiicnt tirée île Vllistoirr •(■• r-iris, par M. Kiifjone de la Gournorie.

mée reprenait Paris sur la Commune, en 1871. Je n'en décrirai pas moins ces monuments comme s'ils existaient encore, pour vous montrer la grandeur des pertes irréparables que nous avons faites, et je terminerai en vous signalant ceux de ces chefs-d'œuvre de l'art qui ne subsistent plus,

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