L.uiis XIII
en ir.3S,
la
Louis XIV,
on 1086,
la
Louis W,
on 1717,
la
Louis XVI,
en 1788.
la
Louis-Philippe,
en 1837,
Il y a quelques années, c'étaient les eaux du canal de l'Ourcq qui fournissaient à Paris la majeure partie de l'eau que donnaient ses fontaines. Son apport est de cent quatre mille mètres cubes par jour; celui de la machine hydraulique de Chaillot, de quarante mille mètres cubes; celui de la pompe à feu du Gros-Caillou, d'environ quatorze mille hectolitres. Du puits artésien de Grenelle, percé à cinq cent quarante-sept mètres de profondeur, jaillit par vingt-quatre heures un million de litres d'eau à la température de trente degrés centigrades. Depuis on a foré dans Passy un nouveau puits artésien. Enfin la dérivation des eaux de la Somme -Soude, et de quelques autres ruisseaux, exécutée récemment sous la direction de M. Belerand , apporte aujourd'hui à Paris une masse d'eau infiniment plus considérable. Outre les milliers de bornes-fontaines, principalement destinées à entretenir la propreté des rues, on compte un grand nombre de fontaines monumentales, dont voici les plus remarquables :
La fontaine des Innocents, œuvre de Jean Goujon; ce monument a été deux fois déplacé : en 1788, et en 1860, où il a été rapproché de la rue Saint-Denis, et entouré d'un jardin. C'est un élégant pavillon avec pilastres et orn^ de précieux bas-reliefs. Sur ses qualre faces l'eau s'échappe et tombe en belles nappes par une quadruple cascade.
La fontaine de Grenelle, château d'eau à façade, orné de colonnes qui supportoni nu fi^onlon, et décoré de bas-reliefs et de statues exécutées par Douchardon. Ell«^ fui achevée en 1730.
Le Château d'eau, érigé en 1810 sur le boulevard Saint- Martin, est une dos belles fontaines de la capitale. D'une coupe élevée à dix mèlres du sol, jaillit ini(> gerbe volumineuse dont l'eau déborile dans une seconde coupe, puis retombe en larges nappes qui se d(«ploient sur trois étages de bassins dominés par des lions accroupis deux à deux.
La fontaine du Chàlelet date de 1808; elle a ('té exécutée sur les dessins de Dralle. Son priuci|)al ornement est une colonne ilonl le fût r(>pré.><ente un tronc de palmier, et le cha-
viNiiT i:t uni km e voyage
piloaii. les branches Ac cci iwhvc. l)ii a it>cemment iléplacé celle loiilaine et traiisporlé d'un seul Moc la colonne. Ou a profilé de roccasion pour lui donner un piinleslal plus élevé, et pour l'orner de quatre spliinv,
La fontaine do la j)lace Louvois occupe le centre d'un joli stpiare. Elle a été exécutée sur les dessins de Visconli, en 1835, et se compose d'un vaste bassin au milieu ihupiel se dresse un piédestal avec des bas- reliefs en bronze, supportant un bassin du même métal : It^ tout surmonté de figures allégoriques représentant les nymphes de la Seine, de la Loire, de la Saône et de la Garonne, sur lesquelles s'appuie un bassin supérieur d'où l'eau s'échappe à grands flots. Ce petit monument, d'un eiïet très élégant, a été démonté il y a quelques années pour être bronzé par des procédés galvanoplasti(jucs.
Sur la place de la Concorde, aux deux côtés de l'obélisque de Louqsor, bloc de granit de vingt-quatre mètres de hauteur, et du poids de deux cent cinquante mille kilogrammes, que M. Lebas a eu l'habileté de dresser sur un piédestal, nous admirerons deux fontaines dans le genre de celles qui décorent la place Saint-Pierre à Rome. L'eau jaillit d'une coupe supérieure, et retombe en quatre vasques formant cascade jusque dans le bassin inférieur. Six statues colossales en bronze s'adossent à un tronc de palmier qui supporte les quatre étages de vasques, et sur les bords du bassin sont distribués des tritons et des naïades, tenant en main des poissons qui lancent de nombreux jets d'eau dirigés de manière à remonter dans la quatrième vasque.
Auprès du jardin des Plantes, la fontaine élevée en l'honneur de Cuvier se recommande par de bonnes sculptures. La statue de Molière décore une autre fontaine, située rue Hichelieu, en face de la maison où il mourut.
Derrière le chevet de Notre-Dame, dans le jardin occupant l'emplacement de l'ancien archevêché, s'élève une fontaine dont le style a été très heureusement choisi. Ce gracieux petit momiment semble, en eiïet, contemporain de la calh.'dralo, tant il reproduit le caractère général de sf>n arrhitodure et les motifs do son (iinemciitation.
Terminons celte revue i»ar la fontaine Saint- Michel (boulevard de Sébastopol), achevée il y a peu d'années; elle représente l'archange (pii, armé d'une épée flamboyante, foule sous ses pieds Satan vaincu et renversé.
Puisque je viens de vous parler des eaux et des fontaines, je j^uis sans transition vous dii'c quelques mots des ponts de la capitale.
Paris compte en ce moment vingt-six ponts. En commençant par le pont du chemin de fer de ceinture, dont une partie est réservée aux piétons et aux voitures, nous trouvons : le pont d'Austerlitz, primitivement en fer, mais rebâti en pierre de taille en 1835; le pont de Constantine, suspendu et réservé uniquement aux piétons; le pont de l'Estacade, en bois, et qui réunit l'ancienne île Louviers à l'île Saint-Louis; le pont de la Tournelle et le pont Marie, en pierre; le pont Louis-Philippe, suspendu, d'une seule travée, et servant cependant aux voitures de ville; le pont de la Cité, moitié en pierre et moitié en charpente; le pont de l'Archevêché, sur un bras de la Seine; le pont d'Arcole, un des plus remar- (piables de la capitale : il a remplacé le pont suspendu du même nom, sur lequel on ne passait qu'à pied; ce nouveau pont, en tôle, n'a qu'une seule arche , mesurant quatrevingt-six mètres d'ouverture, et franchissant tout le bras droit de la Seine.
Le pont au double, reconstruit en 1848 sur le bras gauche de la Seine. Le pont Notre- Dame, un des plus anciens ponts de Paris : construit en bois en 1413, en pierre en 1512, débarrassé des maisons qui l'encombraient en 178(3, il vient d'être entièrement refait, et ses abords nivelés avec le sol des deux rives. Le Petit-Pont, rétabli en pierre en 1853. Le pont au Change, qui doit son nom aux boutiques des changeurs qui s'y établirent, avec l'agrément du roi, en 1441. Ce pont, après de nombreuses vicissitudes, a été récemment repris de fond en comble. Sa largeur est de trente-deux mètres. Il relie les deux tronçons du boulevard de Sébastopol, sur le bras droit de la Seine, comme le pont Saint-Michel, également reconstruit, les relie sur le bras gauche. L<> Pont- Neuf, commenc<; sous Henri 111, achevé sous îlenri IV, a trois
PARIS
cent quarante mètres de long, sur vingt- six mètres de large. Il se compose de deux parties inégales, qui se réunissent sur l'extrémité occidentale de l'île de la Cité. De grands travaux exécutés successivement ont singulièrement amélioré sa viabilité et ses abords; les plus importants ont été achevés en 18o4. Ses larges trottoirs, ses bancs placés sur des piles en ressaut, son aspect grandiose, l'art avec lequel la pente anciennement fort rapide a été adoucie, en font une magnifique voie de communication; c'est un des ponts de Paris où la circulation est la plus active. Le pont des Arts est le premier pont en fer qui ait été établi à Paris; il ne sert qu'aux piétons. Le pont du Carrousel, au contraire, construit en fonte par l'ingénieur Polonceau, en 1834, supporte parfaitement le passage des voitures. Ce pont, à la fois élégant et solide, est, au dire des connaisseurs, un véritable chef-d'œuvre. Le Pont- Royal n'offre rien de particulier, et le pont de Solférino, qui doit son nom à une des victoires remportées par Napoléon III dans sa campagne d'Italie, traverse la Seine en face de la rue Belle Chasse. Des piles en pierre supportent trois arches en fonte. Ce pont, d'une belle exécution], est bordé de garde-fous en fonte, soutenus par des piliers de marbre. Les ponts de la Concorde et des Invalides n'offrent rien de particulier. Celui de l'Aima, bâti en 1855-18o6, est décoré de (juatrc statues engagées dans les deux piles qui le soutiennent; ces statues représentent un zouave, un chasseur d'Afrique, un soldat de la ligne et un blessé. Le pont d'iéna, en face de l'Ecole-Militaire, commencé en 1809, achevé en 1813, est orné à ses extrémités de quatre piédestaux en marbre de Chûteau-Landon, sur lesquels s'élèvent des statues. Entre les arches, des aigles et des couronnes sculptés au-dessus des piles font un assez bon effet. Enlin, pour achever celte longue nomenclature, le pont de Crénelle, avec ses six arches de bois s'appuyant sur des piles en pierre, est le dernier jeté sur la Seine dans son parcours à travers Paris.
Une double ligne de boiiNnanis se tlévclop|)e, tiepuis ranncxinn, clan> renccinle {]{}
la capitale. Par une vieille habitude, on continuera longtemps encore à les diviser en boulevards intérieurs et en boulevards extérieurs, selon qu'ils se trouvaient en dehors ou en dedans de l'ancienne ligne de l'octroi. Outre les anciens boulevards, l'édilité parisienne en crée de nouveaux, dont quelquesuns sont très avancés, ou même achevés. Le boulevard Voltaire, le boulevard Chaillot, le boulevard de Monceaux, le boulevard Saint- Germain sont dans ce cas. Des soixante barrières élevées sur les plans de l'architecte Ledoux, il n'en reste plus une seule debout; elles ont été démolies, et les employés de l'octroi sont maintenant installés aux entrées de l'enceinte des fortifications.
Depuis l'annexion de la banlieue, Paris a été divisé en vingt arrondissements, au lieu de douze.
Celui qui n'aurait pas vu Paris depuis 18oo ne le reconnaîtrait plus, tant sa physionomie a été profondément modifiée,^! cela avec un ensemble et une rapidité qui tiennent du prodige. Des milliers de maisons ont été abattues et reconstruites en moins de temps qu'il n'avait fallu pour les raser. Des quartiers entiers ont été, dans leur disposition générale, remaniés de fond en comble, notamment celui de l'hôtel de ville. Une foule de petites ruelles ont disparu, ou ont été considérablement agrandies. Des voies nouvelles, d'une largeur et d'une magnificence sans égales, ont été ouvertes. Le boulevard de Sébastopol, qui coupe Paris en deux, les rues des Ecoles, de Ivivoli, de Rennes, et tant d'autres (jui n'ont conservé que leurs vieux noms, ont fait tomber sous le marteau du démolisseur des pàlés de maisons, entre lostjuels serpentaient de sordides ruelles, sans air, sans lumière, et où la circulation ('tait aussi désagréaliji' que difficile.
Il existe sans doute encore dans linlérieur de Paris des parties qui font laciie avec le reste de la capitale rég('>norée; mais chaque jour la pioche les attaque, et leur transformation radicale n'est qu'une (picstion de temps.
l*aiini les aniéli(U'ations nouvelles empruntées à Londres, une des plus heureuses, à
VlNi.I i:i UNIK.MK VOYAGE
mon avis, est la créalioii des squares ou jardins plantés. Ces jaidins, onlrolonus avec un soin extrême, où les Heurs enlremèlenl leurs couleurs ù la verdure des arbres, *ni murmure l'eau des fontaines, non seulement contribuent puissannnenl à la lU-coration et à l'assainissement de la citt', mais oITrent aux enfants, logés si étroitement dans les appartements de Paris, un lieu où ils peuvent en toute sécurité se livrer à leurs joyeux ébats. Aussi la plupart de ces squares sont- ils toujours remplis de nourrices, de bonnes, de jeunes mères de famille, accompai^niées de bambins de tout âge.
Vous savez que tous nos chemins de fer rayonnent vers Paris; ils y ont par consé- (pienl des gares et des embarcadères, qui tous occultent une surface considérable, et dont la plupart ont un aspect monumental. Sous ce rapport , la gare de Strasbourg est la plus remarquable.
On compte à Paris neuf gares :
Celles d'Orléans, de Strasbourg, du Nord, de l'Est, de l'Ouest, rive droite et rive gauche, de Paris-Lyon-Méditerranée, du chemin de fer de Sceaux et du chemin de fer de Vincennes.
Les halles centrales, dont la construction est complètement terminée, sont sans rivales en Europe. En les voyant, on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, ou de leur élégante hardiesse, ou des dispositions ingénieuses adoptées pour les faire répondre à toutes les exigences de leur destination. Leur immense carcasse, élevée sur caves et entièrement composée de pièces de fonte moulée, présente une série d'arcades que trois grandes travées, de près de seize mètres de largeur, divisent en six pavillons distincts.
Palais.
Arrivons aux monuments. Le château des Tuileries est ainsi nommé parce qu'il s'élève sur un terrain occupé autrefois par des fabriques do tuiles. Catherine de Médicis venait de quitter l.«s Tournolles, et, se trouvant bientôt étoulTé'c dans l'é'troit espace du Louvre, elle appelle Philibert Delorme, l'un des plus
merveilleux génies île la Henaissance, et lui demande un palais des champs avec bassins, volières, j)r()fonds ombrages, où elle puisse retrouver l'air avec la liberté. Philibert se met aussitôt à l'œuvre et édifie hors des remparts, sur l'emplacement d'ancieimes tuileries, une gracieuse villa semi-italienne, semigauloise, où les luuites toitures et les pavillons saillants du Nord s'allient aux lerras.ses suspendues, aux galeries à jour et aux coupoles de l'Italie.
11 eût été diflicile de retrouver la pensée primitive de l'artiste j)armi les altérations et les additions que le goût suspect des âges suivants avait fait subir à son œuvre; mais les dimensions du moins en étaient encore visibles. Ainsi toute la partie de l'édifice qui était divisée en deux ordonnances superposées, ionique et corinthienne, appartenait plus ou moins complètement au xvi" siècle; celle, au contraire, qui n'avait qu'une seule et colossale ordonnance, c'est-à-dire les deux corps de logis et les deux pavillons qui terminaient le palais, étaient de lourdes superfétalions du xvu^
Mgurez-vous maintenant, à la place du dôme quadrangulaire des Tuileries, une élégante coupole flanquée de tourelles, et sous laquelle se développe un escalier circulaire. A droite et à gauche de cette coupole s'étendent, sur la façade du jardin, deux terrasses en arcades, au fond desquelles apparaissent les bâtiments percés de hautes fenêtres dont les baies ouvragées pénètrent la toiture, et se dessinent en festons blancs sur le bleu foncé des ardoises. Enfin, deux pavillons habilement combinés pour ne point écraser de leur masse la coupole centrale, et dont les gracieux détails semblent trahir la main de Jean Bullant, l'un des contemporains de Philibert Delorme, complètent heureusement cet harmonieux ensemble'.
1 riiiliberl Delorme, dans la dédicace de son Traité d'archileclure à Catherine de Médicis, lui attribue une certaine part dans les œuvres qu'il exécuta par ses ordres : <• Madame, lui dit -il, je voy de jour en jour l'accroissement du Kiaiidissiino plaisir que Votre Majesté prend à l'architecture, et comme, de plus en plus, votre bon esprit s'y manifeste et y reluit; quand vous-même prenez la peine de por-
PARIS
Tel était le palais de Catherine de Mëdicis en 1570 : tel il nous apparaît encore dans d'anciennes gravures, objet perpétuel d'admiration et de regret. On dirait une de ces charmantes villas que Galeas Alessi semait vers la même époque sur la côte de Gênes. C'est la même légèreté de colonnes et d'arcades, ce sont les mêmes terrasses parfumées d'arbustes en fleur; mais les Tuileries ont de plus ce charme du pays, cette variété dans les élévations qui rappelle de loin nos vieilles demeures féodales et que lui reprochent en vain les partisans de l'unité italienne. Elles ont de plus ce royal aspect que ne possède au même degré aucune des villas de Gênes.
Philibert Delorme et Jean BuUant se proposaient de lui donner une étendue plus royale encore; mais Catherine de Mëdicis interrompit tout à coup leurs travaux.
Elle abandonna même ce palais, parce qu'il était sur la paroisse Saint- Germainl'Auxerrois, et que l'astrologie judiciaire, en laquelle elle avait foi, annonça qu'elle devait redouter tout ce qui portait le nom de Germain. Sous Henri IV, le travail fut repris avec des modifications par Ducerceau et Dupeyrac; sous Louis XIII, des dispositions nouvelles furent encore apportées; et enfin, sous Louis XIV, on chargea le Veau et d'Orbay d'accorder le tout de leur mieux. Le palais se compose d'un immense pavillon central, dit pavillon de l'Horloge, et de deux ailes latérales qui viennent aboutir aux deux autres pavillons de Marsan et de Flore; ce dernier touche au quai qui borde la rivière. Le jardin, dessiné par le Nôtre, a un kilomètre de long; sa largeur, qui correspond au développement du palais, est de trois cent trente-six mètres. Vous connaissez ses parterres fleuris, ses trois bassins et ses deux quinconces de superbes marronicrs, autour desquels se prolongent les deux tcr-
Irairo et osquicher les baslimonls (lu'il vous plaisl coniinaniler cstro faicls, sans y oinollro los mesures clos loiigiioiuN tl largeurs, avec lo doparlemtMit des logis, (|ui vorilahlfnienl ne sont vulgaires et petits, aiiis fort cxcellonts et plus (|ui< ndniirniiles : coinmo outre plusieurs est celuy du palais (|uo vous faictes basiir eu l'aris, près la porte Neuve (les Tuileries). »
rasses latérales qui forment retour en fer à cheval. Vous vous rappelez l'immense allée qui sépare les deux quinconces, son bassin orné d'un jet d'eau qui s'élance plus haut que les cimes de ces vieux arbres, et la grille qui s'ouvre sur la place de la Concorde. En avant de cette place, le double fossé qui règne au pied du retour des deux terrasses est le dernier vestige des fossés avec pont-levis qui entouraient autrefois cette demeure royale.
La place de la Concorde et la magnifique promenade des Champs-Elysées semblent ne faire qu'un avec le jardin des Tuileries. Du balcon de la salle des Maréchaux, dans le pavillon de l'Horloge, l'œil parcourt avec ravissement une large ligne ouverte à travers le feuillage, et sur laquelle se coordonnent le jet d'eau du grand bassin, l'obélisque de Louqsor, une gerbe jaillissante au rond-point des Champs-Elysées, et enfin à l'horizon la majestueuse masse de l'arc triomphal de l'Étoile.
La place doit à l'époque de Louis XV l'hôtel de la Marine et le Garde-Meuble, qui l'encadrent au nord, ainsi que le quai qui la borde au sud. Les deux groupes de chevaux domptés par deux écuyers, qui décorent l'entrée des Champs-Elysées, sont de Coustou, et ont orné d'abord le parc de Marly. Les statues colossales assises, représentent les principales villes de France, les fontaines, les nombreux candélabres et rostres, le revêtement de bitume de la place entière sont modernes et datent du règne de Louis- Philippe. Le promeneur qui s'arrête au centre de la place, au pied de l'obélisque, est entouré partout de somptueux monuments. C'est la plus belle partie de Paris : de l'aveu des étrangers, aucune ville du monde n'olTre rien de comparable à cet ensemble.
Le Louvre n'était dabord qu'une maison de chasse. Hors des murs de Paris, à l'entrée des grands bois qui suivaient jusqu'au Pecq les sinuosités de la Seine, s'élevaient, dès le i.K" ou le .x" siècle, les fortes tours d'un domaine royal, dont le nom latin, Lupara, semble indiquer le voisinage des loups de la forèl. Ce domaine réunissait sansdoule, connue buKs le.-^ lieux d«^ plaisance des chefs francs,
VINGT KT UMKMi: VOYAGE
le double caraclèiv d'iiiie bonne inolairie cl d'un rende/ -vous de chasse. « Les rois ne faisaient néanmoins, dit Sainte- l'oix, (lu'y passer et s'y rafraîchir; jamais ils n'y ont été à demeure. »
Il serait, au reste, fort diflicile de déterminer avec précision quelle était l'imporlance des bàlimenls du Louvre avant IMiilippe-Auguste. Tout ce que nous savons, c'est que la grosse tour cpie ce prince édifia au milieu de la cour du château ne lit (jue remplacer une tour plus ancienne. Il est donc possible que la tour du Louvre fut déjà ce qu'elle a été constamment depuis, le centre de la France féodale. C'était d'elle, en elTet, ([ue relcvaieul tous les i^rands fiefs et toutes les grandes seiirneuries du royaume. Chaque vassal était tenu d'y vtMiir rendre hommage, et, en cas de félonie, était sûr d'y trouver une i)rison. Ferrant de Portugal y fut le premier enfermé, après la bataille do Bouvines. Ferrant s'était vanté d'entrer en triomphe à Paris : il y entra enchaîné sur un char traîné par quatre chevaux richement ornés. Il avait dit qu'il coucherait au Louvre; il y coocha douze ans.
Après lui, Enguerrand de Coucy, Guy de Flandre, Enguerrand de Marigny, Jean de Montfort, Charles de Navarre, Jean de Grailly, captai de Buch, Pierre des Essarts, Jean d'Alençon, Antoine de Chabanncs-Daramartin, etc., vinrent successivement expier leurs velléités de cupidité ou d'ambition sous ces épaisses voûtes.
La tour du Louvre était, en outre, la gardienne du trésor des rois ; on n'y entrait (juc par un pont-levis jeté sur de larges douves. La porte en était fermée par une grille de fer s'ouvrant sur un escalier à vis, qui conduisait à divers étages d'appartements voûtés dont les croisées étaient profondément enfoncées dans la muraille". En outre de ces appartements on y remar(juait un puits et une chapelle.
Cette tour isolée communif(uait i)nr une galerie de pierre au vaste parallélogi'amme
' La tour du Louvre avait trente-deux mètres de hauteur et 8cize de diamètre ; l'épaisseur de la maçonnerie était do qiialro mètrea dan» le bas et de trois mètres 9oixanto-cini| centimètres dans le haut.
ipie dessinaient, dejjuis Philippe-Auguste, les bAliments du château. Ces bâtiments, d'une construction informe, ne mancpiaient ce])endant ni de h'gèreté ni d'élégance, grâce aux tours nombreuses et élancées qui llanquaient leurs angles et j)rotégeaienl leurs issues. On eût dit, à voir les ])ignons aigus de (piehiues-unes de ces tours que surmontaient de hautes girouettes, à voir les tourelles accolées à quehjues autres, tourelles (pii se détachaient comme de sveltes donjons de leur sommet crénelé, on eût dit une construction orientale. Dans l'architecture civile conmic dans l'architecture religieuse, les lignes l)rcnnent toutes alors une dii^ection verticale. C'est une aspiration incessante qui se traduit par mille formes gracieuses : fièches, tours, clochetons, pinacles. Les toits eux-mêmes sont brisés par des ressauts qui semblent lutter de hardiesse et de hauteur. Le Louvre actuel représente l'harmonieuse mais grave poésie des anciens; le Louvre de Philippe- Auguste, les fleurs capricieuses mais variées de la poésie chevaleresque.
J'ai dit que le Louvre était situé hors do Paris; sa position à cet égard ne se trouva pas changée par la nouvelle enceinte de Philippe-Auguste. Cette enceinte fut, en effet, tracée entre la façade oi^ientale du palais et le portique de Saint-Germain-l'Auxerrois. Le Louvre eut sa ligne de cii^convallation particulière, et forma une citadelle à la porte de la ville. Quelques rues cependant commençaient dès lors à s'ouvrir de ce coté, le quartier Saint-IIonoi^é se formait et se peuplait : aussi Charles V finit-il par comprendre le Louvre dans ses travaux de fortifications qui jetèrent les limites parisiennes jusqu'à la tour de Bois, vers le pont actuel des Saints-Pères.
Charles V résidait habituellement à l'hôtel Saint-Paul, qui est quelquefois désigné dans l'histoii^e par le titre d'Iiùld solemnel des grands esballemcnts. Le roi de France pourrait y loger superbement, disait-on, vingtdeux princes de la (lualité du duc de Bourgogne. On eût dit, en effet, non pas un hôtel, mais une ville tout entière, tant il y avait de tours, de pignons, de galeries, de jardins, de viviers, de chapelles dans cette
PARIS
immense enceinte. Cette grandiose réunion de palais embrassait, en y comprenant l'église et le couvent des Célestins qui y avaient été édifiés aux frais du roi, tout l'espace circonscrit aujourd'hui par la Seine, les greniers d'abondance et les rues Saint-Antoine et des Nonandières.
Mais si l'hôtel Saint- Paul était le lieu des pompes de la royauté, le Louvre était devenu avec Charles celui de ses méditations et de ses études. C'était là, en effet, que ce prince, à l'esprit durement sage et subtil, pour parler comme Froissart, avait fait transporter sa librairie et ses instruments astrologiques. C'était là que venaient le trouver de préférence les philosophes, lesérudits, les poètes : Nicolas Orcsme , Philippe de Maizières, Bauchant de Saint-Quentin, Raoul de Presle, Everard de Conti et l'astrologue Thomas de Pisan, près duquel se presse attentive Christine de Pisan, sa fille, « petite clochette qui grand bruit sonne. »
On croit les voir, les entendre dans cette tour de la Librairie, dont le roi avait fait griller les fenêtres avec du fil d'archal, pour n'y être troublé par les pigeons et colombes. Tantôt ils conversent de chevalerie ou de belles-lettres; tantôt, « pour obvier à vaines et vagues paroles, » ils prêtent l'oreille à une musique composée d'instruments bas , ou à la voix de quelque prud'homme disant (c gestes et mœurs vertueux d'aulcuns bons trépassés ».
Qui ne reconnaîtrait, au milieu d'eux, le roi sage, c'est-à-dire, suivant le langage du temps, le savant, le lettré, dans ce front paie, cette tête amaigrie et méditative, toujours penchée pour entendre, mais sur hiquclle les impressions sont à peine sensibles tant il y a en elle de réllexion et de calme? Jamais prince ne fut moins chaidt ni furieux, mais jamais non plus tant de bénignité et de douceur ne se cacha sous une enveloppe de marbre. « Que vous êtes heureux, Sire! lui disait le beau chevalier Burel do la Hivière, son ministre et son ami. — Oui, je suis iicureu.x, répondait Charles, car j'ai le pouvoii' de faire le bien. »
Charles V consacra lij,OiMl liviv.-; à agrandir
le Louvre, et particulièrement à en exhausser les bâtiments d'un étage. Sur le pignon du pont-levisqui donnait entrée à la grosse tour, on remarquait sa figure tenant le sceptre. Elle y avait été sculptée par Jean de Saint-Romain, au prix de six livres huit sol parisis'.
Le Louvre s'étendait alors de la rivière à la rue de Beauvais, et de la rue Froi-.Manteau à celle d'Autriche, aujourd'hui de l'Oratoire. Il était accompagné de plusieurs jardins; le plus considérable était borné par la rue Froi- Manteau, et comprenait le terrain sur lequel a été édifié depuis lors l'angle nord-ouest du palais actuel. Quatre ou cinq basses-cours avaient, en outre été réservées dans l'intérieur de l'enceinte, afin de suffire sans doute au service des nombreux gouverneurs qui y exerçaient un commandement. Chaque tour du Louvre était en ellet, une capitainerie, et ces tours étaient sans nombre. J"ai déjà parlé de la grosse tour et de la tour de la Librairie; je pourrais citer encore la tour delà Fauconnerie, la lourde rArlillerie, la tour de la Taillerie, la tour de la Grande - Chapelle, la tour de l'Écluse, la tour de Windal, la tour du Pont- des -Tuileries, la tour de l'Horloge, les deux tours du Fer-à- Cheval, etc.
Charles VI ajouta, de son côté, quelques pierres à ce vaste ensemble de constructions.
Cent ans plus lard, François P'"" chargea Pierre Lescot de démolir le Louvre et de donner des dessins pour un nouvel édifice. Le travail se continua avec des modificatioiis inlinies sous les rois suivantsjusqu'à Louis XIV. Un appel fut fait par ce monanjue à tous les grands architectes de l'époque. Uernini donna des dessins et commença même des travaux , et puis le roi revint à un plan ([u'avait pro-
' 1,'arcliileclo qui présida aux travaux se nommait I\a\* moud du Toinplc. Il se plut ;\ prodiguer toules le* richesses do l'art dans cette royale habitation. Los murs de la salle des festins olaiiMit ornes de paysage»; les escahelles, les bancs, \cs fawlcstriiils , les escaliers, les cheminées surtout étaient enrichis île sculptures. Colle de la chambre du roi so faisait rcniaripior par treize statues de prophètes, doute lljiures d'aniniatix allegoriiiuos et deux anges qui soulaïaicnl les ;irmes de Franco. Parmi toutes ces magnillcencps so tn.>uvail un rieil fcdtic que le roi gardait avec un pieux ivspect; ce l'ietl 6»«nc avait appartenu A eaml Louis.
VINC.T KT UNMÈME VOYAGE
posé le médecin l'erraiill. C'oal à lui (lu'osl duo la célèbre colonnade qui regarde l'éi^lise Sainl-Gerniain-rAuxerrois.
L'œuvre de Lescol, qui est restée connue sous le nom île vieux Louvre, se composait de deux corps de bâtiments dont un seul est demeuré intact. Ce bâtiment est celui (jui s'étend du pavillon du Dôme au iiavillon des Antiques; le second, qui lui était semblable, formait un retour d'éciuerrc depuis le pavillon des Antiques jusqu'au guichet actuel du bord de l'eau. Ce dernier a été complètement modilié, d'après les dessins de Perrault, lors de l'achèvement du palais.
Enfin, deux autres corps de bâtiments, de dimensions égales au premier, devaient, suivant le plan de Lescot, terminer le parallélogramme qui n'eût occupé ainsi que le quart de la surface actuelle du Louvre. La mort de François I*"", celle de Henri II et celle de Lescot arrêtèrent l'exécution du monument. Elle ne fut reprise que sous le règne de Louis XIII, et alors seulement les proportions actuelles lui furent données, proportions étrangères à la pensée primitive de Tarliste.
Le vieux Louvre n'en reste pas moins, malgré le dôme et le péristyle de Lemercier, et malgré la colonnade de Perrault, la partie la plus remarquable de l'édifice. Nous n'y retrouvons sans doute ni la hardiesse ni le giandiosedu moyen âge ; mais la Renaissance y a semé à pleines mains toutes ses harmonies : élé^nce du dessin , pureté des détails , correction sans sécheresse, alliance merveilleuse de l'équerre et du ciseau, voilà ce qui frappe dès l'abord dans cette splendide construction. C'est encore le moyen âge pour la richesse, mais c'est aussi l'antiquité classi(jue pour l'habileté teclftiique de la main. La pensée de l'art s'est amoindi'ie, mais elle est toujours féconde et puissante.
Lescot s'était associé Goujon pour l'accomplissement de son œuvre; et tandis que l'architecte dessinait les profils du monument, le sculpteur taillait dans la pierre des trophées, des esclaves et des figures allégoriciues, telles que la Pudeur, l'Abondance, le Courage, etc.; tandis que Lescot suspendait les voûtes de
rimniense salle des Cent -Suisses, Goujon en décorait l'extrémité d'une tribune supportée par ces célèbres cariatides (jui rappellent Michel-Ange. Jamais lutte plus brillante et plus fraternelle ne s'était engagée entre deux beaux génies.
La Colonnade du Louvre i)Out cire envisagée de lieux points de vue difi'érents. Comme dessin, elle réunit dignité, invenlion et harmonie : peu de monuments classiques pourraient lui être comparés. Comme appropriation , au contraire , elle manque aux plus simples convenances de l'art. On s'expliipie d'abord difficilement une aussi large galerie placée à l'est d'un palais dont elle ne peut qu'assombrir sans utilité les grandes salles; mais, en outre, la colonnade de Louvre n'était en rapport ni avec l'élévation intérieure des bâtiments, ni avec celle de ses ouvertures. Pour remédier à ce dernier inconvénient, Perrault supprima les fenêtres de la galerie et leur substitua des niches. La colonnade ne fut plus dès lors qu'une décoration de théâtre destinée à cacher le jour aux habitants du palais.
L'anomalie était ici tellement étrange que l'on s'est cru obligé de rétablir les ouvertures au commencement de ce siècle.
La dilTérence d'élévation de la colonnade et des bâtiments intérieurs a nécessité, d'un autre côté, l'abandon de l'altique si élégant de Pierre Lescot, et l'édification, à la place, d'un troisième ordre, au risque de donner à un j)alais l'apparence d'une splendide manufacture. Ces travaux occupèrent non seulement les trente dernières années du xvn" siècle, mais encore une partie du xvni'' et le demi-siècle entier qui vient de s'écouler.
A l'époque de 1789, la plupart des bâtiments manquaient encore de toits, et, à l'exception du vieux Louvre et de ((uelques salles occupées par les dilTérentes académies, le palais était à la fois inhaltité et inhabitable. Son achèvement extérieur ne date que de Napoléon 1", et son achèvement intérieur des derniers règnes. Aujourd'hui le Louvre présente, sur trois de ses faces intérieures, ji^s deux étacres et les ordres sévères, mais
Le I.ouvre. (l'orlo ilo Henri 11.)
PARIS
froids, de l'auteur de la colonnade; et sur la troisième, qui garde fidèlement le nom de Vieux-Louvre, l'attique, les colonnes, et la richesse d'ornementation du dessin de Lescot. A l'extérieur, deux des façades seulement, celles du sud et de l'est, appartiennent à Perrault ; la façade du nord appartient à le Vau : quant à celle qui répond aux Tuileries , elle n'a jamais été faite.
Pénétrez maintenant sous ces voûtes ; montez ces rampes sans rivales, celle du musée des tableaux surtout, monument grandiose du temps de l'empire; celle de Henri II, à la voûte finement sculptée comme toutes les œuvres de la Renaissance; celles de la colonnade , majestueuses comme toutes les pensées du grand roi. Parcourez ces appartements, ces immenses galeries ; tantôt vous rencontrerez la salle des Gardes, où les états de la Ligue s'assemblèrent et où la restauration tenait ses séances royales ; tantôt la salle des Cent- Suisses, immortalisée à jamais par les cariatides de Goujon; tantôt les galeries de marbre des Antiques, qu'habitèrent successivement Charles IX et Anne d'Auti'iche; tantôt les boiseries ouvragées des chambres de Henri II et de Henri IV.
Laissez-vous aller au courant de la foule dans cet incomparable promenoir qui commence au pavillon des Tuileries pour embrasser deux fois toute la cour du Louvre, et vous irez, vous marcherez deux heures, trois heures, parmi les colonnes, les pilastres, les dorures, sous des voûtes sculptées ou peintes, et entre deux rangées de merveilles de tous les pays, de tous les temps et de toutes les écoles.
La pensée de faire de la galerie du boid de l'eau un musée dç peinture remonte au règne de Louis XVI ; elle ne fut toutefois exécutée qu'après lui. Avec Charles X celle ])ensée s'est agrandie ; avec Louis-Philippe elle a pris des dévclop|>ements plus vastes encore; enfin le Louvre, nous venons de le dire, n'est plus aujourd'hui (pi'un immense musée où vous trouverez des tableaux, des statues, des myriades de dessins (^chajil^és à la plume et au crayon des maîtres ; puis des monuments sans mnnbre de l'anticpie
Egypte, de colossales divinités de la grande Ninive, magnam Niniven, des pirogues, des casse- tètes de sauvage, tout un arsenal maritime en miniature, et, enfin, il y a quelques jours, mille souvenirs des princes qui ont régné sur la France : vêtements, couronnes , armures , etc.
Le palais du nouveau Louvre, aujourd'hui complètement terminé à l'extérieur, ne forme plus avec les Tuileries qu'un seul et unique palais, digne en tous points de servir de demeure au chef d'une errande nation. La eralerie qui règne le long du quai était autrefois la plus longue qui fût connue. Lapremière pierre en fut posée par Charles IX, et les dessins donnés par Androuet du Cerceau. Ce fut Catherine qui eut la pensée de joindre ainsi sa construction nouvelle des Tuileries au Louvre. Napoléon P"", pour compléter cette pensée, fit commencer la galerie correspondante. Après ses victoires en Italie, il eut soin d'introduire dans les traités la faculté pour les villes conquises de se libérer des contributions militaires par l'abandon de tableaux et de statues. C'est à cette facilité que nous devons le musée qui fut ouvert au public dans le mois de novembre 1800. La grille qui borde la cour du Carrousel, et le polit arc triomphal qui en forme la porte d'honneur, datent du premier empire, et sont l'œuvre de Percier et de Fontaine. Les bas-reliefs de cet arc représentent les principaux événements de la campagne de I8O0.
En débouchant de la cour carrée du Louvre par le pavillon de Sully, on se trouve sur la nouvelle place Napoléon 111, fermée au noid et au sud par le nouveau Louvre. Elle est ornée de deux jardins, et a été prise sur l'ancienne place du Carrousel. Sur la façade du Itavillon de Sully ou lit rinsci-iplion suivante :
1;)''il. Frani'Ois 1" comincHC'» le Louvre. 15G1. CatlieriiiP do Mftlicis coiumenoo les Tuileries. Iso2-I8o7. Nopoléon IH réunit les l'uilorics au Louvre.
Six pavillons, non compris celui de Sully simplement reslaun"', forment l'ordonnancement du nouveau Louvre. Ce sont les pavillons Daru, Penou, .Mollien, au sud, et ceux de Colberl, Pichelieu . Tui-got, au nord. L'n
VINiiT r.T UNIEMI': VOYAGE
Le Louvre.
pavillon fail face au Palais-Royal ; un auli-o, le pavillon do Hohan, sert de pendant au jiavillon Lesdiguières, qui regarde le pont des Saints-Pères. La décoration de ces pavillons, sur lesquels la sculpture a déployé toutes les ressources et toutes les richesses de son art, a été l'objet de (juelques critiques; on a trouvé que Tarchitecte n'avait pas toujours su s'arrêter à point, et était tombé dans la profusion et dans l'enconibrement.
L'arc de triomphe de l'Etoile fut décrété par l'empereur après la campagne de 1805. Chalgrin en donna les dessins, l'ouï juger de l'circt, Napoléon le fit exécuter en planches et en toiles peintes lors de son niaiiagc, et de l'entrée de la seconde impératrice dans la capitale. C'est le plus colossal monument de ce genre. Il a fpiaranlo-cinq mètres d'élévation. Le grand arc a vingt mètres, et les arcs
Arc lie triuiii|)lie de l'Hoile.
transversaux n'en ont par moins de seize. UM. Ltex, lUide et Cortot ont exécuté les quatre groupes allégoriques des deux faces principales, résumant l'histoire de nos guerres contre l'Europe depuis 1789; le départ, le triomphe, la résistance lorsque le sol national
est envahi, et enfin les douceurs de la paix. De grands bas -reliefs représentent quelques-unes de nos principales victoires. Sous les voûtes des arcs on a inscrit les noms des généraux qui se sont illustrés depuis la révolution.
Deux autres monuments consacrent des épocjues dillcrentes : la colonne de la place Vendôme, élevée par Napoléon ù la gloire de la grande aiinée; et celle de la Liberté, sur l;i place de la Bastille, érigée en souvenir des trois journées de juillet 1830. La première est en pierre revêtue de plaques de bronze disposées en une spirale, sur la-
PARIS
quelle se déroule l'histoire de la campagne de 1805 jusqu'à la paix qui suivit la victoire d'Austerlitz. Elle est surmontée de la statue de Napoléon. Cette colonne, dans l'intérieur de laquelle un escalier est ménagé, est une imitation de la colonne Trajane à Rome, dans des proportions plus fortes. La colonne de la Liberté est construite sur un mode entièrement neuf et d'une extrême hardiesse, imaginé par M. Alavoine. Le fût se compose de vingt-trois tambours de bronze disposés l'un au-dessus de l'autre sur une armature en bronze composée de pièces assemblées; au centre de l'armature monte en spirale un léger escalier aussi en bronze. Le Génie de la Liberté, qui semble prendre son vol du haut de sa colonne, ne la touche que de l'extrémité d'un de ses pieds.
Avant Napoléon, Louis le Grand avait aussi consacré ses propres triomphes par plusieurs monuments, parmi lesquels : la porte Saint- Denis, en 1672, où le ciseau de Girardon et de François Augier a représenté le passage du Rhin et la prise de Maëstricht ; et la porte Saint- Martin, en 1674, où sont figurées la prise de Resançon et celle de Limbourg.
Jusqu'en 1870, l'un des pouvoirs de l'Etat, le corps législatif, tenait ses séances au palais qui appartenait à la branche des Rourbon- Condé, et dont la construction date de 1722. La façade qui donne sur le quai ne date que des premières années de l'empire, alors que ce palais avait été affecté au corps législatif. Poyet en donna les dessins ; Cortot a sculpté le fronton, qui représente la Loi, assise entre ses deux tables et s'appuyant sur la Force et la Justice. A droite , l'Abondance est escortée des Sciences et des Arts; à gauche, la Paix ramène le Commerce; aux deux extrémités, deux Fleuves couchés s'appuient sur leur urne. Cette façade est exhaussée sur un large perron de trente marches, dont les statues de Minerve et de la Justice semblent être les gardiens; au bas sont assises les quatre statues colossales de Sully,- Colbert, d'Aguesseau et de l'Hôpital.
Lo Luxembourg est parmi iious, comme les Tuileries, un souvenir des .Médicis, ci, comme les Tuileries, il a été édifié par un
artiste français. Il est remarquable, en effet, que tandis que nos rois allaient demander à l'Italie ses Giocondo, ses Serlio, ses Roccadoro, ses Primatice, les deux princesses italiennes qui occupèrent, vers le même temps, le trône de France, s'adressèrent de préférence au génie français. Catherine de Médicis avait mis à l'œuvre Philibert Delorme et Jean Rullant; Marie de Médicis mit à l'œuvre Jacques de Rrosses.
Ce fut deux ans après l'assassinat delà rue de la Ferronnerie que Marie , devenue régente du royaume et se souvenant des grandeurs de Florence, demanda à de Rrosses un palais à bossages qui lui rappelât le palais Pitli. Dans ce but, elle commença par acheter l'ancien hôtel de Harlay, appartenant alors au duc de Pinei- Luxembourg ; elle en agrandit l'enclos par l'acquisition de divers jardins, d'un moulin et d'une ferme de THôtel-Dieu , et livra à de Rrosses cet immense espace où, à l'exemple de Catherine, elle espérait trouver plus d'air et plus de liberté qu'au Louvre. .
Ce qu'elle voulait, d'ailleurs, je l'ai déjà dit, c'était un palais conçu dans les idées architectoniques de Florence, un palais imposant par son expression de solidité et de grandeur; ce qu'elle voulait, c'étaient des terrasses, des parterres, des nappes d'eau, des fontaines mythologiques, comme elle avait été accoutumée à en voir, enfant, à Poggio-a-Cajano, et dans le jardin des Ruccellai. Enfin, le dessin de Jacques de Rrosses devait être approuvé en Italie avant d'être exécuté en France.
Jacques de Rrosses prend aussitôt la règle et le compas, et jamais imagination d'artiste ne répondit à la fois avec plus d'exactitude et plus d'indépendance à un programme. Le plan qu'il traça causa une générale admiration dans la patrie elle-même d'Ammanali et de Michel-.\nge. C'était, en effet, avec le caractère imposant et les bossages de l'architecture de Florence, quelque chose de plus élégant et de plus dégagé (|ue les forteresses florentines. Le portail, avec ses terrasses à balustres et son dôme entoure de statues ol de colonnes, était une création neuve, dont
VINC.T ET UNIEME VOYAGE
on ne pouvait troiivei* le modèle dans aucun des splendulos palais île la l'ia larga ou de la place du Palais-Vieiix. La cour d'honneur faisait ouldier. par ses vastes proportions, la couf du jialais Slro/./i. Nulle jiart enlin t»n n'eùl jtu IrouvtM" un i>lan plus riche de détails et ilont les nieiulues s'agent^assiMil avec une plus parfaite harmonie.
La première pierre du Luxombourir fut posée en 1«»1^, et cincj ans après réditice était déjà complet. Il s'élevnil stir une surface de cinq mille cent soixante- huit mètres, et foi'mait un paralhMogi'anune exact et symétrique dont les faces pi'incipales avaient quatievinii:t-dix mètres de lonu^ucur, et les laces latérales cent dix-huit.
Mais ce n'était là encoi'c ((u'une j)aitie de l'œuvre de de Brosses. Dans le même moment, il dessinait et plantait les jardins; il amenait de lUmtris à Paris une source abondanle en lui faisant franchir la vallée d'Arcueil sur une suite d'arceaux gigantesques, près des ruines de l'aqueduc romain, et construisait, pour la recevoir, cette grotte élégante avec sa statue de Naïade et ses colonnes en rocaille que nous remarquons aujourd'hui encore à l'extrémité de l'allée des Platanes.
L'intérieur du palais répondit dignement à ce vaste ensemble de splendides travaux. Le grand escalier, construit en coquille, occupait le centre du jjrincipal corps de bâtiment ; il était iurmonté d'un dôme à la ceinture dorée comme le dôme du .portail, et se faisait rcmanpier par sa majesté et par son élégance. H a <''té détruit au commencement de ce siècle, pour faire place à la salle des séances du sénat. In autre escalier à rampes droites, et du caractère le plus imposant, l'ut alors pratiqué sur une partie de l'espace qu'occupait originairement la galerie de l»ubens.
Celle galerie, autre souvenir italien, était, par ses peintures, transportées aujouid'hui au Louvre, une des plus riches merveilles du palais. Marie de Médicis avait demandé à P«ubens \ingl-quatre tableaux ipii lepioduisis»ent les événements heureux et malheureux de sa vie : d'abord jeune fille au val d'Arno, |»uis reine de France, épouse de
Ilenii le (oaïul, mère de Louis le Juste. Le |iriMiiier acte de t;e poème, que le génie de l'vubens avait su rendre héi-oïipie , la représentait naissante, sous l'influence des (iràces ; et le (lernicM- (Hait destiné à consacrer ses ])lus vives joies de uière, lorsque, revenant d'exil, el!(^ juit se faii(^ eiileiidre du cœur de son fils.
Louis W'III habitait le Luxembourg avant la révolution, alors qu'il n'était que comte de Provence. Le gouvernement de 1793 en fit une l)rison. Le Directoire l'adopta pour sa résidence; I3onaparle, premier consul, s'y installa avec ses deux collègues jus(pi'au jour où, consul à vie, il vint aux Tuileries monter sur le trône impérial. Depuis il fut le siège du sénat, puis de la chambre des pairs.
Le i)alais forme un carré presque parfait avec une très grande cour intérieure environnée de portiques. La façade de la rue se compose d'un pavillon central d'ordre toscan, suimonlé d'un ordre composite, avec un dôme au-dessus, ce pavillon se lie, par deux terrasses à balustres, à deux pavillons carrés. La façade du jardin se composait de même de trois corps de bâtiments, mais liés par deux galeries à deux étages au lieu de deux terrasses. Récemmenl on a ajouté de ce côté des constructions nouvelles, tout en respectant le plus j)ossible le plan et les dessins du premier architecte. La partie la plus estimée de cet édifice est l'escalieV d'honneur. Au bas est un charmant groupe de l'Amour et de Psyché, par Delaître. "Vingt- deux colonnes ioniques supportent la voûte, décorée de caissons, et sur les deux côtés sont huit lions couchés, des trophées et les statues de plusieurs de nos généraux. De la salle des Gardes on passe dans un vestibule, où Ton remarque la statue d'Hercule, par Puget; puis dans la salle des Messagers d'Etat, où Ton a placé le Silence et la Prudence; puis dans la salle de la P»éunion, ornée d'une gi'isaille (jui représente une victoire de saint Louis sui' les infidèles, et enlin, dans la salle où le sénat tenait ses séances, disposée à peu près comme celle de la chandjï^e des représentants , et enrichie de môme de peintures et de statues. N'oublions pas de visiter la chapelle, éléganmient déco-
TARIS
rée; embellie par Rubens, elle fut la chambre à coucher de Marie de Médicis. La salle du Livre d'or, où se conservaient les titres des pairs et le timbre des armoiries, se recommande par de belles arabesques. Le gouvernement entretient au Luxembourg un musée des meilleurs tableaux et statues de nos artistes vivants. Ces œuvres passent au musée du Louvre après la mort de l'artiste.
L'ancien jardin de Marie de Médicis a été bouleversé de fond en comble. Le jardin actuel a été en grande partie dessiné par Chalgrin, à l'époque du Directoire. En face du palais, on a ménagé des parterres avec un bassin au centre; l'enceinte est formée par des talus gazonnés, coupés d'escaliers, qui conduisent à des quinconces. Une très large avenue prolonge le parterre et s'étend à une longueur de cinq cents mètres. Elle se confond à l'œil avec l'avenue extérieure, qui mène à l'Observatoire, et les deux édifices, quoique non pas tout à fait sur le même axe, sont liés l'un à l'autre par une double ligne de verdure.
Richelieu avait fait édifier le Petit- Luxembourg; mais quelque luxe qu'il eût apporté dans la construction de cette demeure, elle ne pouvait cependant être appelée que du nom d'hôtel, et Richelieu finit par vouloir un palais. Il donne donc le Petit-Luxembourg à la duchesse d'Aiguillon, sa nièce, et fait élever pour lui, près de la porte Saint-Honoré, sur l'emplacement de l'hôtel de Rambouillet et de l'antique habitation du connétable d'Armagnac, ce célèbre Palais-Cardinal qui, sous un nom ou sous un autre, devait rester jusqu'à nos jours une des merveilles de Paris.
Il serait difficile, au reste, de juger aujourd'hui, par l'architecture extérieure du palais, de ce qu'il fut au temps de Richelieu. La disposition des bâtiments est la seule partie de l'ancien plan ((ui soit demeurée intacte; mais (juant aux liàtiments euxmêmes, leur dessin pi-iniitif a complètement disparu dans le dernier siècle, sous l'enveloppe théâtrale dont Moreau et Op[)enord Pont entouré.
La fai^ade de la rue Saint- Honoré était formée de petits pavillons d'un goût sévère;
celle de la cour était plus riche. Au rez-dechaussée réernait une suite d'arcades sur les pieds -droits desquelles étaient sculptées des ancres et des proues de navire en mémoire du titre de surintendant de la marine, l'un des nombreux titres du cardinal. Ces arcades supportaient un étage orné de pilastres doriques, et répondaient à une élégante galerie couverte qui donnait entrée dans le jardin. Un mail, un manège et deux bassins étaient alors à peu près les seuls ornements de ce jardin , pour l'agrandissement duquel on avait abattu le rempart et comblé le fossé de la ville. Sa forme était d'ailleurs assez irrégulière; mais dès lors Richelieu avait conçu la pensée de l'entourer de bâtiments splendides et symétriques, pensée grandiose que l'esprit de spéculation a réalisée depuis.
Ce qu'il y avait surtout de remarquable au Palais-Cardinal, c'étaient les galeries, les salles de spectacle, les Ijibliothèques et les vivantes peintures exécutées par Vouet, Poerson et Philippe de Champagne. Ce dernier artiste avait peint, à lui seul, toute la galerie de l'aile gauche, en entrant par la rue Saint-Honoré. On y voyait se dérouler à la voûte le tableau des succès de tout genre qui marquèrent le gouvernement du cardinal. Croirait-on que, moins de quarante ans après, cette splendide galerie fut détruite par les ducs d'Orléans pour faire place à une longue suite de chambres à coucher?
Une seconde galerie occupait l'aile gauche de la seconde cour. Celle-là fut destinée par Richelieu à recevoir les portraits des hommes célèbres de la France. Le premier de ces portraits était celui de Suger; le dernier celui de Richelieu. Celte dernière galerie a également été détruite. Les portraits qu'elle contenait sont aujouririuii à Versailles.
Paiiiii les grandeurs du Palais-Cardinal nous avons parlé de salles de spectacle. Toile ('lait, en elTet, la passion du eanlinal pour les représentations scéni(iues, qu'il voulut avoir deux Ihéàlres dans sa demeure. L'un de ces Ihéàlres ne pouvait contenir que ciiui cents speclateurs; c'était le théâtre intime. L'autre pouvait donner place à trois mille personnes; il occupait l'aile droih» tlu juilais
VlNf.T ET UNIÈME VOYAGE
en filtrant par la vue Saint-IIonoré; ce fut sur cH' Ihoàlio ([ue Hiclu'lieu dépensa deux cent mille écus pour faire représenter sa liagédie île Miranir.
Sous Louis XIV, la foule vint y applaudir Molière; elle l'y applaudissait encore le vendredi 17 février 1G73. Molière jouait ce jourlà le Mdladc iinatjinaire; lorsqu'on lui ai-rivé à rinlerinôde du dernier acte, à peine i)ul-il l'épondre \e jitx) du Itachelier. Il venail (Pèlre pi'is de convulsions; mais de peur de man- (pici- son rôle il s'elTort^a de dissimuler sa souiVrance par un rire forcé. « .l'ai un froid ipii me tue, » dit-il à Baron. Baron lui donna son manteau pour le réchaulTer; il fit avancer ses porteurs pour le conduire promptement chez lui, et lui-même marcha près de sa chaise dans la crainte (|u'il ne lui arrivât quelque accident du Palais- Ivoyal à la rue Richelieu, où il demeurait. Quelques heures après, Molière expirait entre les bras de deux bonnes religieuses qui lui prodiguaient les derniers soins. Le sang qu'il vomissait l'étoulTa.
Après la mort de Molière, le théâtre du Palais-Royal fut consacré à POpéra et les œuvres de Lulli et de Rameau y firent longtemps fortune. Détruit enfin par deux incendies, en 1673 et 1781, il fut reconstruit de l'autre côté du palais, et devint avec Talma le théâtre classique de notre grande littérature fi-ançaise.
Après avoir décoré son palais de tout ce que les arts pouvaient lui oflVir de plus somptueux, le cardinal en fil hommage à Louis XIII, ne s'en réservant (jue la jouissance viagère. Depuis, Louis XIV en fil donation à Philippe, duc d'(Jrléans, son frère unique, et à ses descendants mâles.
Après l'incendie du théâtre, en 1763, le Palais-lioyal fut l'objet d'immeirses travaux qui en modifièrent comj)lètement l'aspect. Louis-Philippe d'Urléans , petit-fils du régent, qui le possédait alors, confia la direction de ces travaux à Moreau, architecte de la ville. La façade de la rue Saint-IIonoré avec ses deux ordres dorique et iofdque, et la faradc du jardin avec .ses huit colonnes innifjues cannelées et son nlliinie couronné
de statues, sont l'une et l'autre de cet architecte. L'escalier à double rampe fut dessiné par Conslanlin : il rivalisa de noblesse avec le grand escalier dessiné anciennement par Desorgue.
Cette partie du Palais-Royal n'a pas changé d'aspect depuis quatre-vingts ans; mais ce ([ui a changé, ce qui a éh' bouleversé, transl'onné, c'est le jardin dessiné en 1730 par Desgols, neveu de le Notre, et dont les vieux ormes en boule, dont les grands marronniers et les longues charmilles formaient un lieu de douce solitude au centre de Paris.
.l'ai dé'jà dit par suite de quelles sordides pensées ce lieu devint en 1781 la grande foire de la capitale. Pour y attirer plus sûrement la foule, on commença par y attirer le commerce et la débauche. On consacra à l'un et à l'autre un immense palais qui s'unit par ses extrémités au palais du prince. Les porti(iues, les balustres, les hauts pilastres corinthiens de celte nouvelle construction, entourant ranliquo jardin sur trois de ses faces, offraient d'ailleurs, malgré la maigreur des ordonnances, un grand effet d'ensemble. Commencée par Louis-Joseph d'Orléans, celle imposante spéculation n'a été achevée que de nos jours par son fils.
Pendant quarante ans, en effet, les galeries du Palais- Royal n'ont été reliées entre elles, du côté de la cour, que par une suite de baraques formant deux couloirs étroits et infects. A ces hideuses baraques Louis- Philippe a substitue' une galerie vitrée élincelanle de marbre. et d'or ipii, par son éclat et sa grandeur, peut figurer parmi les monuments de la capitale. Les constructions diverses du palais ont, en outre, été raccordées entre elles, des vestibules à colonnes ont été ouverts sur difierenles rues, et le Palais- Royal, remarquable depuis- longtemps comme demeure princière, est devenu sans égal comme palais de l'industrie.
Lu effet, sans parler de l'intérieur du palais, (pii est aujourd'hui encore riche en collections précieuses de tableaux et d'objels d'art, ce que cet édifice o lire de remanjuable ce n'est ni sa terrasse extérieure, d'une arcliit(>cture médiocre, ni la façade assez, triste
PARIS
de sa cour, mais bien le luxe et la variété des boutiques et des cafés qui, plusieurs années avant la révolution, se sont établis dans les galeries du jardin. Nulle ville ne présente un bazar aussi varié, aussi éblouissant.
C'est le rendez-vous des oisifs et des étrangers qui affluent à Paris.
Le palais de l'Elysée fut construit, en 1718, pour le comte d'Evreux, par l'architecte Mollet. Plus tard, la duchesse de Bourbon l'acheta du financier Beaujon, et depuis lors il a gardé le nom d'Elysée. Napoléon l'habita plusieurs fois; c'est là qu'il signa sa seconde abdication. Sous Louis XVIII, la duchesse de Berri y avait réuni une fort belle collection, aujourd'hui dispersée, de tableaux de l'école flamande. Ce palais est d'une grande élégance, et le jardin, peu étendu, est admirablement dessiné.
L'hôtel de ville, célèbre dans notre histoire, a joué un rôle dans toutes nos révolutions. C'est le siège de la préfecture du département de la Seine et du conseil municipal; c'est le vieux palais de la bourgeoisie de Paris.
Nous n'avons point oublié cette antique corporation des nautes ou navigateurs parisiens, qui, dès le règne de Tibère, consacrait un autel à Jupiter dans l'île de la Seine. Cette corporation représentait évidemment les intérêts généraux de la Cité, intérêts qui, par la position môme de Lutèce, devaient se résumer surtout en questions de navigation el de transit. S'assurer le monopole de la Seine pendant un certain parcours, assujettir à certains droits toute navée abordant aux rives parisiennes, tel dut être dès le premier jour, comme il le fut incontestablement par lu suite, le but de cette association de marins el de marchands. Or il y avait là, on le conçoit, une pensée confuse encore, mais instinctive, d'organisation municipale.
Au iv° siècle, cette pensée reçut un développement subit par l'établissement de municipes romains dans la pUqiart des villes des Gaules. Nul doute, en effel, qu'à l'épixjue de Julien Paris n'eût sa curie, ses décurions el ses duumvirs avec leurs attributions civiles et judiciaires, et son défenseur du peuple, defensur }>lebis, avec sa justice populaire et
son droit d'instruction criminelle. Dulaure suppose même, non sans vraisemblance, que la tour ou forteresse de la Cité fut oricrinairement consacrée aux réunions de la curie : cette tour aurait été le Capitole parisien.
L'invasion franque étouffa malheureusement bientôt les libertés romaines, et elle dut les étouffer surtout à Paris, où le voisinage des rois francs rendait nécessairement leur pouvoir plus sensible. Et cependant, si grande est la force des droits acquis, si imprescriptible est la puissance des traditions, que nous retrouvons sans cesse, à travers le moyen âge, l'antique corporation des nautes, tantôt sous le nom de confiserie de la marcliandise de l'eau; tantôt sous le nom de hanse, concentrant peu à peu en elle les divers pouvoirs de la curie. Cette corporation, qui aura dans la suite son prévôt des marchands, a dès le i\® siècle ses scabins ou échevins, et, même dès le vni% sa milice commandée par un spa- Iharius, nom fastueux emprunté aux grandes dignités de l'empire de Byzance.
La révolution sociale qui signala le xu" siècle eut d'ailleurs pTîu d'écho à Paris. La raison en est simple : c'était de l'Église, plus encore que de la royauté, que parlait le mouvement. Aussi les chartes communales furentelles d'abord obtenues par les villes particulièrement soumise à l'influence de l'Éi^lise : les premières communes furent celles de Noyon, de Beauvais, et de Laon, les trois pairies ecclésiastiques. « L'Eglise avait jeté là, dit M. Michelet, la base d'une forte démocratie. »
Mais si l'autorité royale conserva toujours ofliciellement sa pleine indépendance à Paris, nous n'en voyons pas moins la république bourgeoise des marchands de Ceau y cmître plus rapidement dès lors en attributions el en privilèges. Diverses ordonnances de Louis le Gros, de Louis le Jeune et surtout de Philippe-.Xuifusle lui donnèrent une importance administrative (ju'elle n'avait pas. A partir de celte époijue, ou tout au moins dans la seconde moitié du xnT siècle, la confrérie de la marchandise a son prévôt des marchands, ses gardes de la prévôté, ses archers, ses jurés-crieurs, etc.: elle a son
VINGT ET UNIÈME VOYAGE
ftarloui'r aux bourgeois avec sa jin'idiclion coiumimale, ot ses prucriioinnies {probi homines). Dès le xii" siècle, elle avait son blason nui n'était que l'expression liéra!tli(]uo de son lilre n>ènie de marchandise de l'eau. Celait une nef d'artrent à six cordaÊres avec la légende suivante en ode : SiyHlum mercalorum aquœ Parisiensis (Sceau des marchands de l'eau de Paris). Dans la suite, Tantitiue nef devint un navire ponté et voilé : le cher de l'écu fut semé de Heurs de lis ; mais le souvenir des naules parisiens, on le voit, demeura toujours vivant dans les armoiries municipales.
Le plus ancien jiarloir aux bourgeois (|ui ait laissé quelque trace sur le sol de Paris, était situé sur le coteau de Sainte- Geneviève, près des murs de la ville. Le réfectoire et le dortoir des Jacobins en occupaient, au xvii" siècle, les derniers débris. De la rue des Grès, les bourgeois paraissent avoir transporté leur auditoire dans la Vallée de misère, nom que l'on donnait à tout le quartier occupé maintenant par les quais Pelletier et de la Mégisserie. Il est certain du moins (pie la ville a longtenqis possédé une maison située entre Saint-Leufroy et le grand Chàtelet, maison désignée dans divers baux par le nom de Parloir aux bourgeois. Elle était affermée, au xv° siècle, à des particuliers, au prix de seize livres parisis, plus demidouzaine de chapeaux de 7'oses vermeilles et six bouquets de mrme.
Dès lors, en effet, la hanse parisienne avait (juitlé la Vallée de misère pour aller s'établir sur la place de Grève, qui était une propriété communale et le centre des opérations commerciales de la Cité. La place de Grève avait été acquise par les bourgeois du quartier, sous le règne de Louis VII, pour la somme de soixante-dix livres. L'acte est de \\h\ ; la confrérie des marchands n'y posséda d'abord aucun établissement; mais en 1307 le célèbre prévôt Etienne Marcel y acheta du Dauphin la Maison- aux - Piliers , qui était la plus ancienne et la plus remanjuable de la Grève. Depuis plus de cent ans cette maison avait toujours été occupée par des princes; elle reposait sur do gros piliers qui formaient un
promenoir dont roidonnance fut reproduite dans la i)hipai-t des édifices de la place.
A répo((ue de Ileiu'i II. l'ancienne Maisonaux- Piliers avait disparu pour faire place à un momiment conclu dans des proportions dignes à tous égards de la municipalité parisienne. Ce moiumient avait été entrepris sous le règne de François P'. « Nous voulons (ju'il soit somptueux et des plus beaux (pie l'on sache, » avait dit ce prince; et l'architecte, Domenico Boccadoro da Cortona, s'était notablement inspiré de la pensée royale. La i)remière pieire du nouveau bâtiment fut posée le m juillet 1o33, par Pierre Viole, S(Mgncur d'Athis, prévôt des marchands, au bruit des canons et des cloches, cl avec grand accompagnement de tables dressées et de tonneaux défoncés pour donner pain et vin à tous venants. Dès l'année suivante, 153''j, M" Thomas Choqueur, tailleur d'images , s'occupe des sculptures; mais, à partir de llj'il, l'ouvrage demeure suspendu ; il le fut pendant plus de cinquante ans.
L'hôtel de ville ne se composait donc, vers le milieu du xvi* siècle, que du pavillon de droite, dit le pavillon Saint-Jean, et du premier étage des autres parties de la façade. Sa construction ne fut reprise qu'en 1G05, à l'époque de la prévôté de François Miron ; un vieux dessin sur parchemin avait été trouvé, et il fut suivi. Ce ne pouvait être évidemment que le plan de Corlone.
Ce plan remanpiable offre une preuve de rinflucnce que le génie fran(jais exen^ait même sur les artistes italiens. Ainsi Fra Giocondo avait édifié le palais de la chambre des comptes dans un style que les critiques du dernier siècle accusaient d'être semigothique : ainsi Boccadoro conslruisail de hautes toitures à l'hôtel de ville, et prenait soin, à Texcmple de nos vieux maîtres, d'en dissimuler la monotonie par des lucarnes ouvragées et d'élégants campaniles.
L'hôtel de ville, tel qu'il fut conçu par l'ai-tistc italien, comprenait le corps de logis central avec les deux pavillons de Saint-Jean (;t du SainL-Es[)ril ', La cour entouiée de
' Le pavillon de pauclic, ainsi noinnio |)aico qui! se Iroinait placé «levant le petit liÀpilni du Saint-Esprit.
PARIS
ses deux étages d'arcades avec colonnes engagées, offrait, malgré l'absence du parallélisme de deux de ses côtés, une élégante décoration qui, cette fois, rappelait complètement ritalie. Les sculptures des plafonds du portique, ainsi que celles de l'escalier, étaient remarquables par leur variété et leur délicatesse. La même harmonie de dessin se retrouvait dans les entablements, les profils, les chambranles , et en général dans tous les détails d'ornementation du monument. Officiers municipaux et artistes avaient rivalisé de zèle, les uns par la dépense, les autres par le talent. Jamais plus de précautions ne furent en même temps prises pour assurer longue vie à une œuvre. Il était stipulé, par exemple , que les colonnes de la façade ne seraient que de deux pièces, qu'elles seraient en pierres de Torcy, plus dures que les pierres déjà employées , et qu'enfin l'entrepreneur les garantirait « de ne se gaster et dépérir de la lune, soleil, gelées et autres incommodités, fors et excepté du tonnerre et autres furies qui pourraient arriver du ciel ».
A l'intérieur nous retrouvons l'es mômes soins, la même richesse. La salle du Trône, éclairée par huit fenêtres en bois enrichi, était en outre ornée de deux cheminées monumentales dues au ciseau de Biard et de Boudin; les jambages en étaient formés par les dieux termes, parés de colliers de roses. La salle du Zodiaque se distinguait, de son côté, par une menuiserie sculptée représentant les douze mois de Tannée, sous la forme de douze femmes. Ces sculptures, dans lesquelles on retrouve une pensée déjà expiimée par Jean Goujon à l'hOtel de Carnavalet, passaient pour être de cet incomparable artiste.
Disons enfin que la statue équestre de Henri IV, par Biard, se détachait en bosse sur un fond de marbre noir au-dessus de la porte d'entrée, et que bientôt après la statue pédestre de Louis XIV par Coyscvox fut placée en face de la même porte, sous l'arcade centrale du porticiue.
Aujourd'hui que l'hôtel de ville est complètement dégagé des ignobles ruelles (jui l'enveioppaioiit en partie, ol que radjiuidion do
deux ailes lui a donné un développement presque triple, sa masse a acquis un caractère imposant et original, qui répond bien à sa destination.
La place qui s'étend devant le palais a, comme le monument lui-même, été embellie et transformée. Bordée d'un côté par la rue de Rivoli, entourée de magnifiques constructions, et sur laquelle vient aboutir, dans l'axe de la principale porte de rhôtel de ville, la superbe avenue Victoria, cette place, après avoir été longtemps un affreux carrefour déshonoré par les exécutions capitales, est aujourd'hui de l'aspect le plus grandiose.
La justice a son palais dans la Cité.
Dès les premiers temps de l'histoire de Paris , il est question d'une tour, ou forteresse, située dans l'île de la Seine, et qui ne pouvait, suivant toute apparence, occuper d'autre emplacement que celui oiî s'élève aujourd'hui le palais de justice. C'était évidemment dans cette tour, dans ce château romain qu'habitait sainte Clotilde lorsque ses deux fils, Childebert et Clotaire, lui envoyèrent demander les enfants de leur frère Clodomir, qu'elle gardait pieusement auprès d'elle. Grégoire de Tours fait remarquer, en effet, que Clotilde demeurait dans la ville même, in urbe ipsa : ce qui ne peut s'entendre que de l'intérieur de l'île, qui comprenait alors toute la cité.
Après cette pieuse princesse, nous ne voyons qu'un seul roi franc, Charibert, qui ait fixé sa résidence au centre de Lulèce. Charibert avait peu des goûts de ses compatriotes ; il n'était ni chasseur ni guerrier, et l'on eût dit , à voir la gravité pesante de sa ilémarche, quchpie digne magistrat d'une cité gallo-romaine. On ne peut donc s'étonner de la préférence qu'il donna à la ville sur les clianqis et les forêts. Charibert s'occupait de jurisprudence; il se plaisait à juger les causes dilliciles, à jeter la lumière sur les questions les jilus embrouillées ; et, tout Germain qu'il fût, ï-on éloculion latine se distinguait par une telle pureté, que les Homains devenus flatteurs s'avouaient vaincus : Nos lionianos ri nets in cloiiuio '.
' loilunat, nutnin.. 1. l\'.
VINGT ET UNIKMK VOYAGE
Sous celle enveloppe exolique se cachait toutefois encorda brutale auilacc des l'raiics. Chariberl s'appropria, puis épousa les deux filles d'un ouvrier en laine de la //'j/jj/e royale; l'une de ces jeunes filles portait le voile de reliijieuse. La voix de saint Germain se fit alors entendre sous les voûtes de la lour de la Cité. Elle excommunia Chariberl, et celui-ci, persistant dans son impénilcnce, ne larda pas à être frappé de maie mort, ainsi que l'avait déjà élé l'objet de ses folles passions.
Depuis ce moment les échos de la tour demeurent muets jusqu'aux jours de la féodalité, dont elle devient le centre, d'abord pour le comté de Paris seulement, puis pour la France entière. Ce fut là, en eiïet, que s'établirent les comtes de Paris et les ducs de France; ce fut là que la glorieuse race de Uobert le Fort fit son apprentissage du trône, en sauvanl Paris de l'anaiciiic et des Normands.
Il serait difficile de faire connaître d'ailleurs ce qu'était alors l'ancienne tour romaine de la Cité. On peut croire du moins qu'à l'époque où Hugues Capet y mourut, en 006, elle formait une demeure assez peu digne de la majesté royale. Une des premières pensées de liobort, son fils, fut, en effet, d'élever un palais magnifique, palatium insigne; et les annalistes (|ui nous parlent de ce palais ne se doiment même pas la peine d'indiquer par un mol l'antique construction dont il dut prendre la place.
Le nouvel édifice fut somptueusement inauguré par un festin royal , au jour de Pâques; il comprenait dans son enceinte une chapelle dédiée à saint Nicolas.
Saint Louis le restaura, et y ajouta la salle (jui porte le nom de chambre de saint Loui'i, ainsi que la grand'chambre et la Sainte-Chapelle. Il fut encore augmenté sous l*hilippe le Bel, et aussi sous Louis XI, Charles VIII cl Louis XII.
La grande salle du palais servait à la réception des ambassadeurs ; elle était ornée des statues des rois depuis Pharamond ; à l'un des bouts il y avait une immense table de marbic pour les festins royaux dans les grandes solennités. Deux incendies, à un siècle de distance,
dévorèrent la grande salle et une partie des bâtiments du palais. Jac(}ues de Brosses fut chaigé de la reconstruire, et cette nouvelle salle, terminée depuis \(V22. est celle que nous nommons aujourd'iiui la salle des pas perdus, parce ipie les plaideurs y perdent souvent leurs pas. Tout autour sont distribués dilVérenls tribunaux. File se compose de deux nefs voûtées en pierre do taille, et séparées par un rang d'arcades qui portent sur des piliers décorés de pilastres doriques. Elle ne rei^oil le jour que par de grands cintres vitrés, (|ui sont à l'extrémité de chaque nef. Au-dessous existe encore une anlicjue salle ayant à ses quatre angles quatre cheminées énormes et d'un style bizarre ; cette salle a conservé le nom de cuisine de saint Louis. Un nouvel incendie, en 1776, nécessita la reconstruction d'une partie considérable du palais. De cette époipie date le pavillon exhaussé sur un assez beau perron, surmonté d'une sorte de dôme (juadrangulaire, et avec deux ailes en retour, qui sont réunies par une grille d'un riche travail.
De tout temps le palais avait eu sa prison, que nous trouvons désignée sous le nom de Conciergerie, dès le xiv" siècle. La Conciergerie a fidèlement gardé ses cachots et ses verrous. Que de cœurs fiétris et que de cœurs généreux ont gémi sous ces voûtes : Enguerrand de Marigny, le concussionnaire, et Bainabé Brisson, le magistrat timide mais intègre ; la Brinvilliers, une empoisonneuse, et Charlotte Corday, une républicaine de Bome antique; Vergniaud le régicide, et la reine martyie Marie- Antoinette !
Le cachot de Marie-Antoinette est une salle basse et humide ; vous y trouverez encore (juelques souvenirs de son passage ; et, dans les salles du palais, vous verrez le lieu où siégea Fouquier-Tinville à la place de d'Aguesseau ; vous verrez la barre où comparurent et où furent condamnés et Malesherbes et iMouchy, et Cazolte et Madame Elisabeth, toutes les dignités, toutes les vertus, toutes les gloires'.
' Commonl |unrcourir ces salle» sans ?e r.ippeler le cri (\p Marie -Auloiiictle, accusée d'avoir corrom|«u son lils : J'm nj'jidlc '( toutes les mères ! Et celle réponse si belle de M. de
PARIS
La Sainte-Chapelle.
Saint Louis, par letti'espalentesderan 12^i'), fonda la Sainle-Cliapellc, doslinéc à recevoiiles relicpics par lui acquises de l'empereur Baudouin. L'arcliilecte fut Pierre de Monlereau. Son œuvre se composa de deux étages, avec une sacristie accolée à la farade. Dans l'étage supérieur de la saciistie fut déposé le
Gramonl, prévenu de correspondance avec la famille royale : Anruu (('•moiijttaijr. nr s''èlrve contre moi, jr pourrais nirr; mais je ne > nr.Uèlrrai pas ma vie par un mensonge!
Comment oublier ce vieux conseiller Isabcau au(iuel l'on quicr-Tinville demande ironiquement s'il reconnaît la Balle où il bo trouve : Oui, je la reconnais ; c'est ici t/ue j'ai vu , (juarunle uns, la justice époucanlcr le crime, et c'est ici que je vois maintenant le crime égorger la vertu t
trésor des chartes. La cliaj)ollc haute n'avait de communication qu'avec le palais, par une large galerie ; elle servait uniquement de chapelle royale. La chapelle basse était abandonnée au\ domestiques du palais. Cet édifice se recommande par la richesse de son ornementation et la magnilicence des vitrau.x. C'est une suite d'immenses fenêtres séparées seulement par de légers contreforts, et les verrières s'adaptent le long de colon nettes du travail le plus ilélical. Vue de dehors, on peut dire ipie c'est une véritable muraille on verre, où les couleurs s'harmonisent avec un goût parfait. A rinlérieur, il suffit do ijuohjucs
VINGT ET UNIÈME VOYAGE
groupes de colonnes pour supporlor la voùlc, et doinier naissance à ses nervures hardies. Sous Napoléon 111, on a terminé la restauration complète de ce précieux chef-d'œuvre de l'art éléi;anl du xiii" siècle.
Lo palais de justice lui-uièiiic a subi d'importantes améliorations : on a réparé les parties dégradées par le temps et i)ar des i-emaniements intérieurs faits sans aucune prudence ; on y a ajouté des annexes considérables, en sorte qu'il occupe aujourd'hui tout le périmètre compris entre les rues de la Sainte-Chapelle, de la IJarillerie, du llarlay, et le quai de l'Horloge.