IV. — Églises
Paris a perdu un nombre très considérable d'églises; parmi celles (jui lui restent, les plus anciennes sont Saint-Germain-des-Prés et Saint-Germain-l'Auxcrrois.
Saint-Germain-des-Prés est aujourd'iuii la plus ancienne église de Paris. Quelque ancien, toutefois, que soit ce monument, il n'a fait que remplacer, au xi" siècle, le i)rimitif et vénérable édifice construit par Childebert à l'extrémité du jardin des Thermes. Childebert revenait de guerroyer en Espagne, et ses troupes étaient chargées d'un immense butin, dans lequel figuraient les dépouilles sacrées des églises. On citait entre autres merveilles une croix d'or enrichie de pierres précieuses qui faisait partie du trésor de l'église de Tolèdt;; et de plus, soixante calices, quinze patènes, vingt cassettes destinées à renfermer les Évangiles : le tout d'or pur. Quelques historiens assurent, en outre, qu'il avait obtenu de l'évèque de Saragosse l'étole do saint Vincent. Childebert distribua ces richesses entre diverses églises. La croix de Tolède et l'étole de saint Vincent furent toutefois réservées par lui , afin de servir de trésor à une basilique qu'il se proposa aussitôt de consacrer sous leur double vocable.
Le siège épiscopal de Paris était alors occupé par saint Germain, liomme d'une rare fermeté comme évêque, et d'une austérité de vie qui rappelait les saints du désert.
Saint Germain s'associa df triut son pou-
\oïv aux généi'euses pensées de Childcbci't. Tandis que le chef franc prodiguait à l'abbaye nouvelle les terres, les moulins, les serfs impiilins et afi^i'anchis, l'évèque en confiait la irarde à saint Droctovée et à des religii'ux de l'ctrdre de Saint-Basile, se dé>metlanl en leur faveur de tous droits de juridiction épiscopale .^ui' le vaste territoire du monastère.
La dédicace de l'église Saint-Vincent et Sainte-Croix fut célébrée le 23 décembre 558, jour même de la mort de Childebert. Jamais plus riche basiliijue n'avait frappé les regards des habitants de Paris. Elle avait été disposée en forme de croix, forme peu usitée encore, mais qu'avait déterminée dans cette circonstance le vocable môme de la basilique. Elle était divisée en trois nefs par des arceaux qui reposaient sur des colonnes de marbre. Le plafond et les murailles étaient ornés de peintures rehaussées d'or ; le toit, formé de lames de bronze doré, produisait aux rayons du soleil des éclats de lumière qui éblouissaient les yeux, « Ce n'était pas sans raison, dit un légendaire, qu'on la nommait le palais doré de Germain. »
Saint Germain érigea en outre, suivant la coutume des grandes abbayes, plusieurs chapelles sur le territoire du monostère. L'une d'elles fut dédiée à saint Symphorien ; une autre porta le nom de Saint- Martin -des - Orges ; une troisième, dédiée à saint Pierre, a dans la suite été remplacée par la riche église Saint-Sulpice.
De toutes ces constructions du vi° siècle il ne reste plus aujourd'hui que la partie inférieure de la grosse tour, (pii forme la façade occidentale de Saint -Gennain- des- Prés, et dans laquelle a été pratiquée, au xni" siècle, l'entrée principale -de l'église. Sous le porche de cette entrée existaient, avant 80, huit statues représentant des rois et des reines, velues du costume mérovingien et la tète ceinte de la couronne. Deux de ces statues portaient inscrits sur des rouleaux les noms encore reconnaissables de Clodomir et de Clotaire. Les autres ont exercé, à plusieurs reprises, la patiente érudition des savants. Il paraîtrait toutefois vraisemblable qu'elles étaient autant
PARIS
d'images de la famille de Clovis. L'une d'entre elles seule, portant un costume d'évêque, était nécessairement étrangère à la dynastie mérovingienne. La critique y a vu avec une haute intelligence l'apôtre de toute cette dynastie de chefs barbares, saint Rémi. Toutes ces statues étaient raides; elles avaient la figure plate, et accusaient dans chacune de leurs parties l'absence complète de l'art. Celle de Clovis était la plus ornée ; celle de la reine IJltrogothe se faisait remarquer par deux longues tresses de cheveux qui lui tombaient jusqu'aux genoux. Childebert avait le sceptre en main et portait un livre sous le bras.
La basilique de Saint-Vincent servit de tombeau à la plupart des rois de la première race. Childebert et Ultrogothe, Chilpérik et Frédégonde, Clotaire II et Bertrade, Childérik II et Bilihilde, Clovis et Mérovée, enfants de Cliilpérik, y furent successivement enterrés. C'était là qu'on déposait non seulement les princes qui l'avaient demandé par acte testamentaire , mais encore tous ceux à qui une mort violente n'avait pas permis de disposer de leur sépulture. L'assassin et sa victime s'y succédèrent plus d'une fois sous les mêmes voûtes et dormirent dans le même cercueil. On distinguait sur le tombeau de Childebert une figure de roi tenant à la main le modèle de l'église.
Mais à côté, au-dessus de ces sépultures royales, formées de longues pierres de liais à peine ornées de quelques linéaments par lesquels on avait cherché à reproduire les insignes de la puissance, s'élevait une châsse splendide que la piété des siècles s'était plu à embellir de tout le luxe des arts et de la richesse. Cette châsse était celle de saint Germain , de ce grand évoque qui résistait à Sigebert, qui frappait d'anathème les passions impudiques de Cliaribcrt, et fut comblé, pendant son épiscopat, de tous les dons de Dieu. Les restes mortels du saint avaient d'abord été déposés dans la chapelle Saint- Symphorien en attendant le momunont que Chilpérik se proposait de construirt» sur l'autre rive de la Seine, dans le seul but de les recevoir. Mais lo>; moines de Saint-Vincent se refusèrent à rendre le dépôt précieux
qui leur avait été confié ; et, comme pour le tenir plus immédiatement sous leur çrarde , ils le transportèrent solennellement, en 754, de la chapelle Saint-Symphorien à la grande basilique, qui prit dès lors le nom de Saint- Germain-des-Prés.
A l'époque des invasions des Normands , Saint-Germain, situé hors de Paris, dans les prés de la Seine, se trouva exposé sans défense aux coups des barbares. Une première fois, en 856, les moines se rachetèrent, eux et leur église, au prix d'une foite rançon; mais à peine quatre ans s'étaient-ils écoulés que les Normands débarquent de nouveau sous ses "murs , et investissent le monastère au moment où les moines chantaient matines, Alors commence une scène indicible de violence et de terreur. Les moines fuient et se cachent; les Normands se précipitent à Tautel, pillent les vases sacrés, puis, l'épée rouge de sang, parcourent l'édifice, le dépouillent des objets précieux dont l'avait orné la piété des fidèles , et finissent par y mettre le feu.
Vingt-quatre ans se passent, et le monastère commençait à sortir de ses ruines, lorsqu'il est de nouveau mis à sac en 885.
Alors, comme pour Sainte-Geneviève, le découragement s'empara des religieux, et pendant plus de cent ans ils vécurent parmi les ruines.
Le séjour du pape Alexandre III à Paris, en 11G3, y fut marqué à la fois par deux imposantes solennités : l'inauguration de Saint- Germain-des-Prés, dont la reconstruction avait été commencée par l'abbé Morard dès Tannée 990, et la pose des fondcinonls de Notre-Dame, (jui ne devait être terminée que vers le milieu du xiv" siècle. Lorsqu'on [>énètre sous la vieille tour qui sert de i>ortique à Saint-Germain-des-Prés, la pensée remonte jusqu'à ces jours de saint Germain «4 de Childebert dont Forlunat a chanté les poétiques merveilles. Cette tour est, en elïet, dans sa partie inférieure, nous l'avons dit, un débris sacré de la première basilique contre lequel sont venus échouer le.«î siècles et les Norinanil>. L'ouverture (]ui fut pratiquée dans sa base, lors delà reconstruction de Téfrlise,
VINGT ET UNIÈME VOYAGE
doiHio eiilrée dans un espace étroit et sombre des deux cotés ihniuel se trouvaient ranijéos autrefois les statues niérovinv^iennes tlnut nous avons pailé : visages plats, traits à peine définis, attitude laide et ininiobilc. Au sortir de cet obsrur vestibule, qui rappellt' à la fois \i\ barbarie de l'ai't et la nuit des tein[)S , se déveloi^penl tout à coup devant vous de vastes nefs empreintes d'une incomparable irrandeur. bi tout est nouveau : étendue de rédifioe, hardiesse des voûtes, dispositions symboliques du sanctuaire, caractère inspiré do Tarchilecture. C'est le génie du calliolicisme (jui s'éveille, et qui trouve dans la loi un trésor de poésie pour l'expression de chacune de ses pensées. Jusqu'à ce jour l'artiste s'était péniblement cherché des modèles dans des types païens ; il avait dessiné des arcades romaines, des basiliques romaines; mais aujourd'hui les traditions antiques n'apparaissent plus que comme un vague souvenir. Au lieu du simple pilier d'autrefois, vous voyez se succéder de sévères massifs flanqués de légères colonnes ; au lieu de l'éternelle feuille d'acanthe du chapiteau corinthien, vous apercevez mille fantaisies capricieuses : des sphinx, des oiseaux, des fleurs, etc. La même variété se fait remarquer dans la composition générale du monument : dans la nef, de fortes piles ; autour du sanctuaire, de minces colonnes. Plus on approche du sanctuaire, plus l'architecture semble prendre un caractère inspiré : les colonneltes s'élèvent plus sveltes et plus nombreuses vers le ciel. Les hautes fenêtres se touchent, et la lumière descend à flots de cet orient oij s'est élevé le Soleil de justice.
Romaniuez ensuite ces collatéraux ({ui, au lieu de s'arrêter à la ligne du sanctuaire comme dans les basiliques anciennes, entourent l'autel d'une double couronne de fidèles agenouillés et de chapelles mystérieuses. Ne dirait- on pas l'Eglise militante et rÉglise triomphante unissant leurs espérances cl leurs joies autour du Saint des saints?
Deux époques difi'érentes peuvent d'ailleurs être signalées flans les lignes architec-
toniquesde Saint-Oermain-des-Prés. La nef avec ses pleins cintres, ses pilici-s massifs et ses arcades surbaissées dont la retombée s'appuie surdos colonnes engagées, raj)pelle le xi" siècle. C'est évidemment la partie de l'édifice que construisirent le roi Robert et l'abbé Morard. Le chœur, au contraire, avec ses naissantes ogives, nous rappelle les jours de Louis le Jeune et d'Alexandre III. Ce fut, en efïet, alors que l'ogive commença à marquer une tendance vers le ciel qui devint bientôt commune à toutes les lignes de l'architecture.
La chapelle Saint-François-de-Sales possède les tombeaux de Descartes, Mabillon et Montfaucon ; dans la chapelle opposée est celui de lioileau. Deux tours pyramidales s'élevaient du côté de l'est ; une troisième protégeait l'entrée de l'édifice ; car ces tours ont fait partie d'un système de défense militaire, et l'abbaye avait des remparts et des fossés. La troisième seule subsiste aujourd'hui.
L'église Saint-Germain-l'Auxerrois remonte aussi au vi" siècle.
« Voilà longtemps, dit un jour Frédégonde à Chilpérik, que la bonté divine supporte nos crimes ; elle nous a frappés, et nous ne nous sommes pas amendés. Déjà nous avons perdu des fils, et voilà que les larmes des pauvres, les gémissements des veuves, les soupirs des orphelins vont causer la mort de ceux qui nous restent. Nous thésaurisons, et nous ne savons plus pour qui ; voilà que nos trésors demeurent dénués de possesseurs, pleins de malédictions et de rapines. Viens donc, si tu y consens, et brûlons ces injustes registres; (ju'il nous suffise pour notre fisc de ce qui suffisait à ton père le roi Clotaire. » Chilpérik jeta les registres au feu et entendit pour la première fois les bénédictions des peuples.
Ce fut sans doute dans un de ces lieureux moments que le Néron, l'IIérode des Gaules, pour parler comme Grégoire de Tours, frappé d'admiration pour les sublimes vertus de Germain, évêque de Paris, résolut d'édifier une église qui lui servît de tombeau. Cette église, connue au ix" siècle sous le nom de Saint- Germain-le-Rond, ne reçut pas toutefois les
PARIS
glorieuses reliques qui lui étaient destinées, par suite de l'opposition sans doute des moines de Saint-Vincent, chez lesquels le bienheureux évêque avait été enseveli. Dès Tépoque de sa fondation, il s'y établit d'ailleurs une école qui ne tarda pas à devenir célèbre, et fut en quelque sorte la mère de la grande université de Paris. Les noms de quai de VÉcole et de place de l'École sont aujourd'hui encore un vivant témoiernas^e de cette initiative de science et de charité que prirent, dès le vi^ siècle, les prêtres de Saint-Germain.
Saint-Germain fut le premier édifice qu'envahirent les Normands lorsqu'ils vinrent camper sous les murs de Paris.
Germani teretis conlemnunl liltora sancti.
Avant cette époque le corps de saint Landri était l'objet d'un pieux pèlerinage dans cette église ; l'approche des Normands le fît transporter, comme tous les corps saints, derrière les fortifications de la Cité ; mais bientôt après nous le retrouvons à Saint-Germain, où deux fois, au xn° et au xv" siècle, il fut l'objet de solennelles élévations.
Cependant les Normands s'étaient établis dans Saint-Germain-le-Rond comme dans une tour ; ils l'avaient entouré de fossés qui ont donné leur nom à la rue des Fossés-Saint- Germain; puis, lorsqu'ils furent obligés de battre en retraite, ils détruisirent l'église.
Saint-Germain ne fut rebâti qu'au xi° siècle par le roi Robert, et ce fut alors qu'il prit le vocable du grand évoque d'Auxerre, pour se distinsruer sans doute du monastère de Saint- Vincent, qui venait de prendre celui de Saint- Germain de Paris. La vie de saint Germain d'Auxerre, de Tévèque inspiré qui avait lu sur le front de Geneviève enfant les saintes grandeurs que lui réservait l'avenir, avait été d'ailleurs trop intimement liée à celle de la glorieuse patronne de la capitale, pour ne pas avoir droit, près de son ton) beau, à un pieux souvenir.
Cependant le monument construit par le roi Hobert disparut à son tour comme celui construit par Chilpérik ; mais de ses ruines sortit, j>arlic par partie, une autre éfflise non moins riche et non moins vaste.
Le clocher actuel, privé de la flèche qui le surmontait, semble appartenir au xn* siècle : le chœur, au xiv" ; le transept, la nef et les chapelles, au xv"" : c'est également du xv' et du règne de Charles VII que date le narthex ou portique qui s'élève devant la principale entrée ^
L'extérieur de Saint-Germain-l'Âuxerrois frappe par je ne sais quoi d'incomplet. Cette tour sans pyramide, cette façade sans pinacles et sans clochetons offrent un aspect d'humilité qui contraste avec le titre de royale porté de tout temps par cette église , et avec le voisinage du Louvre. Cette impression d'ailleurs n'est que passagère ; les brillantes peintures dont le portique a été récemment orné, le relief qu'elles donnent aux antiques statues de rois, de reines, d'évèques qui demeuraient inaperçues dans l'ombre du portail, annoncent désormais tout au moins par leur richesse l'œuvre des rois et la paroisse des rois.
A l'intérieur, architecture, décors, étendue, tout est grand, tout est splendide, et si la main du xvni'' siècle n'eût passé par là, dissimulant l'ogive, supprimant les meneaux des croisées et des roses, etc., l'impression produite par ce monument eût été plus puissante encore. Disons, au reste, que l'immense travail de restauration dont Saint-Germain a été naguère l'objet a fait disparaître la plupart des traces de ce funeste passage.
Plusieurs morceaux de sculpture, une grille en fer poli et bronze doré, sa chaire surmontée d'une couronne royale, le banc-d'œuvre exécuté sur les dessins de Perrault et de Lebrun, des tableaux de Philippe de Champagne, Léonard de Vinci, Jouvenet, etc., ont concouru successivement à l'embellir. Dévastée dans une émeute, en 1S31 , on a profité de cette circonstance pour la restaurer complètement, et rendre à son extérieur les ornements qu'il avait perdus à la révolution de 1789.
Saint-Séverin (près de la rue de la Harpe).
« Lo porloil cl les slatucs furent l'œuvre do Jean Gauscl. Il commença le tout en 1435, et le tormina en 1 i3S. Parmi CCS statues se trouvent celles de Childebcrt et d'UlIrogolhe. auxquels on attribuait alors l'édification do l'église.
VINGT ET UNIÈMH VOYAGE
rebàlio vers le xi" sitVle, le fut encore dans pluï^ieurs do ses parties en l^'il et en l'iSD. Sa principale entrée est décorée de deux lions; huit colonnes de marbre ù chapiteau de bronze doré supportent un b;dda(|uin au-dessus de son maître-autel.
Dans le courant de Tannée 1712, un certain nombre de pierres cubiques, qui évidemment avaient servi d'autels, fut découvert dans des fouilles pratiquées sous le chœur actuel de Notre-Dame. Ces pierres étaient ornées d'inscriptions et de figures taillées en relief. L'une de ces fiirures représentait Jupiter tenant une jiiipie ; une autre, ^'ulcain coiffé du bonnet (1.^ forireron ; une troisième, Essus , le dieu gaulois, fi'appant un arbre du tranchant do sa hache, une quatrième, Castor, la main appuyée sur la crinière d'un cheval ; une cinquième, Cernunnos, vieillard à la tète chevelue et barbue , portant de longues cornes rameuses et entourées chacune d'un anneau. Singulier amalgame des traditions de Rome et des traditions de la Gaule, des dieux des vainqueurs et des dieux des vaincus.
L'inscription d'un de ces monuments faisait connaître qu'il avait été publiquement dédié à Jupiter, sous le règne de Tibère César, par les nautoniers parisiens : Naulœ Parisiaci publiée posuerunt.
Ainsi, à Paris comme dans la plupart de nos villes, la cathédrale chrétienne a remplacé l'autel païen , la croix du Christ s'est élevée triomphante sur les débris des idoles. L'antiquité de Notre-Dame ne saurait remonter toutefois aux premiers temps de la prédication chrétienne : l'existence de ces pierres votives suffit seule pour le prouver. Les premières églises furent généralement bâties hors des villes, loin des temples des faux dieux et des passions qui les protégeaient ; et l'éreclion de l'église sur les ruines du temple ne fut partout que le dernier acte, que le Te Deum de la conquête.
Il est remarquable néanmoins que Grégoire de Tours parle, dès le vi* siècle, d'une église principale, ecclesia senior, que le contexte de sa phrase semble placer dans la Cité. Ce qui est certain, c'est qu'à la fin du vu" siècle il existait, au lieu même où avait été précédem-
ment élevé l'autel de Jupiter, une basilique dédiée à saint Etienne, et près d'elle une autre basilique dédiée à Mario, basilica domna' MaHœ. La réunion de ces deux sanctuaires, qui eut lieu, au plus tard, dans le ix' siècle, forma dès lors ce qu'on appela la très sainte église de la cité des Parisiens : Sacrosancta ecclesia civitatis Parisiorum.
Parmi les souvenirs ([ui se rattachent 5 ces premiers temps nous ne pouvons omettre le concile de Paris de 829, auquel assistèrent vingt-cinq évèques, et qui se tint très certainement dans l'église Saint-Etienne, alors catiiédrale. Quelques années après, en 801, nous trouvons l'église- mère des Parisiens désignée par les vocables de Saint- Etienne et Sainte- Maine- Mère- de-Dieu, dans un diplôme de Charles le Chauve. Près de cette église s'élevaient le baptistère de Saint-Jean, où l'on disait qu'avait prié sainte Geneviève, et l'oratoire ainsi que le couvent de Saint- Christophe, où riIôtel-Dieu devait prendre naissance.
A l'époque des invasions des Normands, la basilique de la Cité s'enrichit de plusieurs corps saints, de celui de saint Marcel entre autres, que les fidèles s'empressèrent de mettre à l'abri derrière les fortifications de l'île. Nous avons dit que plus tard peu de ces reliques furent rendues. C'est ainsi que la châsse vénérée de saint Marcel resta à Notre- Dame; on la portait ordinairement avec celle de sainte Geneviève dans les calamités publiques. Le clergé ne manquait jamais, en outre, de s'arrêter, lors des processions, devant la cinquième maison de la rue de la Calandre, à droite en entrant par la rue de la Juiverie, maison que la tradition indiquait comme occupant l'emplacement de la hutte où saint Marcel avait reçu le jour.
Ce respect pour toutes les grandes et pieuses mémoires, ce culte du souvenir, fut une des plus nobles coutumes du moyen âge. Au milieu des souffrances incessantes de l'anarchie, de la guerre, de la peste, de la famine, c'était une consolation de tous les jours. Le peuple priait ses patrons, ses protecteurs habituels, et rarement leur assistance lui faisait défaut. Transportons-nous au xi" siècle. Une maladie
PARIS
terrible, se révélant par un feu interne que rien ne peut éteindre, s'est déclarée à Paris, à la suite de longues famines. Les malheureux atteints de cette cruelle soufTrance, de ce mal des ardents, ainsi qu'on l'appelle, se traînent péniblement à la cathédrale, et là, par des cris déchirants, implorent une dernière fois la miséricorde céleste; l'église est pleine de ces infortunés. Une pensée commune fait monter leurs prières vers sainte Geneviève, dont l'intercession sauva jadis Paris dans des jours de crise. Bientôt la châsse de sainte Geneviève est apportée en triomphe à Notre-Dame, et ceux qui la touchent avec une ferme confiance sont guéris.
On voyait encore, au commencement du dernier siècle, dans la rue Neuve-Notre- Dame, une petite église surmontée d'une haute flèche qui portait le nom de Sainte- Geneviève- des -Ardents. L'époque de son origine était incertaine; eût -on pu prier néanmoins dans son enceinte-sans se reporter par la pensée à ces jours de deuil et de salut dont la mémoire était consacrée par son vocable!
La cathédrale parisienne conservait encore à cette époque son caractère primitif; on y reconnaissait toujours les deux basiliques de Saint- Éj-ienne et de Sainte -Marie, bizarrement accolées l'une à l'autre. Mais un grand évêque, Maurice de Sully, conçoit tout à coup la pensée d'un monument digne de la capitale de la France; le pape Alexandre en pose la première pierre en 1163; le grand autel en est béni à la Pentecôte de l'année 118:^; l'aile méridionale avec son i)ortail s'élève sous la direction du maître maçon Jean de Chelles vers 12y7. (Euvre de patience et de foi, cette gigantesque construction usa sept ou huit générations d'hommes; et dans le cours du xiv" siècle on y travaillait encore.
Notre-Dame de Paris avait été précédée par Saint-Germain-des-Prés, Saint-Donis et Sainte-Geneviève; mais aucune de ces basili(|ues ne pouvait lui rire comparée ni pour l'audace ni \Mn\v la richesse. Oii'on s«^ figure un bàlinuMit large de quarante mètres, long de cent trente, avec des voûtes distantes du
sol de trente-quatre mètres et deux tours hautes de soixante- huit. Jamais depuis les grandes constructions des Romains on n'avait entrepris œuvre si imposante. Mais ce qui ne frappait pas moins dans cette masse gigantesque, c'était l'art avec lequel on était parvenu à dissimuler la nudité du mur, ici par des contreforts surmontés d'élégants pinacles, là par des galeries ouvragées, des statues, des roses étincelantes et des myriades de sculptures ne laissant pas une place vide dans le dessin des voussures et des portes. Au portail du milieu Jésus-Christ garde, pour ainsi dire, l'entrée du temple, entouré des Évangélistes qui ont publié sa loi, des Prophètes et des Sibylles qui l'ont prédite, teste David cum Sibylla. Aux autres portes de la façade vous apercevez les Vertus et les Vices sous la forme tantôt poétique, tantôt grotesque, d'animaux divers; puis cette terrible scène du jugement dernier où se fait la séparation du bouc et de la brebis :
Inler oves locum prxsla , Et ab hxdis m/; séquestra.
Dans l'épaisseur des pilastres s'élevaient jadis deux grandes statues de femmes, l'une représentant la Foi, l'autre la Religion. Parmi les décors de la porte gauche on remarque un zodiaque qui n'a que onze signes; le douzième est formé par la statue de la Vierge adossée au pilier central; les ferrures composées d'enroulements en fonte de fer, dessinant des animaux et des arabesques, parurent si merveilleuses, qu'on attribuacechef-d'œuvre du serrurier Biscornet à la coopération du
diable.
Comment citer maintenant tous les épisodes de ce merveilleux poème qui, embrassant ù la fois la crèche de Belhléhem et l'église de Paris, fait successivement passer sous nos yeux saint Jean - Baptiste , la Vierge, les Maffes, sainte Geneviève, saint Germain, saint Marcel foulant aux pieds le dragon de la Bièvre: jMiis. au-dessus de l'ogive dos voussures, vingt-sept statues colossales des rois dt' Fraïice depuis Childebert ju-(]u'à Philippe-Auguste?
Ou'imaginer de plus imposant que celle
VINGT ET IMEME VOYAGE
loiiuue iuilo lie rois ilrboiil oiih'o les coloniiellos i\o la i,'alori(* c[ que (lumiiiail du liant (le la iralorie supérieure la slaliie de Marie, de la proteclrice de In l^rance? Mallieiiieiisemenl la rt''Vt»hilioii a j^assé par là; rllc a brisé, elle a dtHruil l'iiuage de la lu-iiie des deux, coninie celle des rois de la terre. Mais la grandi» rose, du moins, brille encore de niillt» feux au soleil couchant, elle est Inujours surmontée de ces gracieux promenoirs ipii unissent les deux tours de leurs dentelles de festons reposant sur de sveltes colonnes; mais les deux grosses tours, si remanpiables par leur parfaite symétrie, dominent tou,ours la ville de leur masse imposante d'où s'échappent par volées, aux jours solennels, les sons luirubres du bourdon, de cette pesante cloche, Emmanuelle-Louise-Thércse, qui fut la filleule de Louis XIV.
Lorsque vous franchissez le seuil de Notre- Oame. le premier sentiment qui vous pénètre est celui de l'immensité. L'immensité est partout, devant vous, au-dessus de vous; nulle part de ligne droite qui arrête la pensée et le regard. Si vous vous placez dans la ffrande nef, votre vue et votre imaiïination se perdent dans la religieuse obscurité du sanctuaire; puis, au delà du sanctuaire, vous apercevez de lointaines arcades, au delà de ces arcades des chapelles : c'est une succession sans terme d'enceintes mystérieuses d'où la prière monte vers les cieux.
Dans les nefs latérales l'effet est plus saisissant encore. On ne sait où se terminent ces longues et étroites galeries qui entourent l'autel comme d'une couronne. La seule chose que vous distinguiez au loin, c'est un jeu de colonnes et de lumière derrière lequel se perdent encore les enfoncements des chapelles; mais le mur, mais la fin qui vous frappe dès l'entrée dans les monuments de style nntif[no, elle n'apparaît ici nulle part.
Ces impressions, communes à la plupart des monuments de l'art ogival, sont plus sensibles encore à Notre-Dame, grâce à l'étendue de ses proportions et à la majestueuse pureté de ses formes. L'art ne s'y épuise pas encore en de vains détails qui plus lard détourneront et captiveront la pensée. Il est
riche, mais sobre; il est élégant, mais surtout puissant rt Inii.
Si nous faisons \o tour ilf l'iMlifice, nous verrons, parmi les bas-reliefs du portail septentrional, la curieuse histoire d'un personnage ([ui a \(Mi(hi son ànic à Satan. Le slyle des ligures semble appartenir au commencement du XIV* siècle. La porte du cloître est d'une extrême élégance. On y voit les deux ligures agenouillées de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, et de sa femme Marguerite de Bavière, et, en bas-reliefs, divers traits de la vie de saint Marcel, évoque de Paris.
Le chœur se recommande surtout par la magnificence de sa boiserie sculptée. Des trumeaux, séparés par d'élégantes arabesques, représentent différents sujets du Nouveau Testament. Elle se termine de chaque côté par une chaire archiépiscopale surmontée d'un baldaquin enrichi de groupes d'anges qui portent les instruments de la Passion. Le dossier d'une de ces chaires représente le martyre de saint Denis; l'autre, la guérison miraculeuse de Childebert par l'intercession de saint Germain, évèque de Paris. Au-dessus de cette boiserie sont des tableaux de Jouvcnet, Philippe de Champagne, Jean de Boulogne et Coypel. Le pourtour extérieur de ce chœur offre une suite de bas-reliefs d'un grand intérêt pour les artistes. Le ciseau de Coustou a enrichi cette église d'une admirable Deficcnle de croix, groupe en marbre blanc de quatre figures plus grandes que nature. Dans l'ancienne chapelle de la Vierge, (iH remarque une belle statue dite la Vierge des Carmes, par Antoine Raggi. Le lutrin en bois placé dans cette chapelle est d'un magnifique travail. Les dessins ont dû en être donnés par quelqu'un des grands artistes du xvi" siècle. Le tombeau du cardinal du Belloy, archevêque de Paris, se compose de (piatre statues en marbre d'une exécution correcte, mais froide. Je vous signalerai pour son style étrange un bas-relief du xv° siècle, ipii a servi de pierre sépulcrale au tombeau du chanoine Yves. L'artiste a représenté le Jugement dernier. Dans la partie supérieure est figuré Jésus comme dans l'Apocalypse; de sa bouche sortent deux glaives, l'un à
PARIS
droite, l'aulre à gauche. Il foule aux pieds le globe du monde, et de sa main gauche tient un livre ouvert. Dans la partie inférieure, un homme ressuscite et sort du tombeau, oiî Ton voit un cadavre rongé de vers, qui n'a pas encore revêtu de nouveau sa chair.
Depuis 1850, d'immenses travaux poursuivis sans relâche n'ont pas encore achevé la restauration de la cathédrale de Paris. Déjà cependant une flèche aussi gracieuse que hardie a été établie au milieu de la croisée, et une sacristie dans le style de l'édifice a été ajoutée du côté du sud.
Dès le vi^ siècle, Fortunat nommait Saint- Gervais et Saint-Protais parmi les églises où le grand saint Germain de Paris avait coutume de prier. Une fois même, raconte-t-il, saint Germain en ouvrit de sa seule parole les serrures et les verrous. Le titre de basilique, qui est donné à Saint-Gervais dans un testament du vin* siècle, basilica domini Gervasii, prouve en outre son importance. L'époque de sa fondation e;t d'ailleurs complètement inconnue. Quant au bâtiment actuel, il porte à la fois les caractères du xnl^ du XV®, du xvf et du xvn® siècle. Commencé en 1212, il fut dédié en 1420, considérablement agrandi en lo8l, et ne fut réellement terminé qu'en 1616 par l'édification du portail. Deux styles fort différents s'y font remarquer : le portail construit par Jacques de Brosses appartient à l'art grec, dont il sera toujours une des plus majestueuses inspirations; tandis que la nef, le transept, le chœur, les chapelles appartiennent à cet art ogival qui exprime si poétiquement la tendance incessante de l'âme du chrétien vers le ciel. Les voûtes de Saint-Gervais figurent même parmi les plus hardies qu'aient tentées les audacieux maçons du moyen âge : toutefois aux clefs pendantes (jui terminent quelques-unes de leurs nervures, il est aisé de reconnaître une déviation de l'art qui annonce de près sa décadence. Ces clefs pondantes prises isolément, celle de la chapelle de la Vierge surtout, sont d'ailleuis d'inimitables monuments de légèreté et do délicatesse. La science du trait et la finesse du ciseau y ont épuisé toutes leurs ressources.
Parmi les richesses de cette église on citait autrefois de célèbres vitraux de Cousin et de Pinaigrier. Ceux de Cousin représentaient la Samaritaine, le Paralytique, le martyre de saint Laurent et la vie de sainte Clotilde; ceux de Pinaierrier, le mont Saint-Michel gravi par de nombreux pèlerins. Aujourd'hui malheureusement il ne reste plus que des fragments mutilés de ces belles peintures'. Les tableaux de le Sueur et de Philippe de Champagne qui ornaient l'église ont également disparu.
C'était à Saint-Gervais que reposaient, sous un riche cénotaphe, les restes de Michel le Tellier, de cet homme incomparable dont Bossuet a dit qu'il était la sagesse même; le chancelier Boucherat, le chancelier Voisin, le savant du Gange, le célèbre peintre Philippe de Champagne et le burlesque Scarron y avaient également leurs sépultures. Ajoutons enfin que ce fut à Saint-Gervais que Marie de Babutin-Chantal reçut, en 1644, la bénédiction nuptiale de son oncle de Neuchèze, évêque de Senlis, et avec elle, ce nom de Sévigné qu'elle devait rendre à jamais célèbre.
Jusqu'à ces dernières années, le portail de Saint-Gervais s'ouvrait sur un étroit carrefour ombragé d'un orme sous lequel se donnaient jadis les assignations. Ainsi certaines rentes étaient payables sous l'orme Saint- Gervais; certaines conventions devaient être passées sous l'oime Saint-Gervais. L'orme Saint-Gervais avait enfin l'insigne honneur de figurer sur les armoiries de la paroisse, entre les effigies des deux saints martyrs do Milan. Cet arbre vénérable a été déraciné au commencement de notre siècle: puis, il y a quelques années, le carrefour s'est élargi, et le portail pyramidal do de Brosses, qu'on no pouvait que soupooimor au milieu du dédale do rues (jui ronserraiont do toutes parts, est soudainement apparu dans toute limposanto majesté do ses formes, à roxlrémilé d'uno large voie et en face môme des somptueuses constructions de l'hotcl de ville. Grandeur do proportions, harmonie de style, tout con-
> Les anciens vitr.iux qu'on voit «ujouni'hui encore dans la chnpclle de la Vierge sont de Pinaigrier.
viNc.T i:t unième voyage
court à lairj de co point dt* viio iiiio des belU's ptTspectivos do la capitale.
Saint-Éliemie-dii-Mont. bàlio en li^iîl, fut aiigmeiilôo en lV.)i et en Vo'AS. La pivniièiv pierre de son poitail fut posot^ j^lus lard par Marguerite de N'alois, ]>rtMnière femme de lliMii-i 1\'. Ct' j>oi"tail ;'i tripli> tMaue atlt^ic la forme pyramidale; les styles grec et ogival s'y trouvent confondus d'une manière étrange et cependant agréable. Une tour carrée, très svelte et surmontée d'une sorte de lanlenic, s'élève au nord de l'édifice et sert de clocher. A l'intérieur, les voûtes, d'une giande élévation, sont supportées par des piliers ronds ou colonnes d'un mètre et demi de diamètre, rpii ont un piédestal d'un mètre de hauteur. Ces piliers se lient entre eux par des arcs transversaux qui partent du tiers de la hauteur et font encadrement autour de la nef, supportant non une galerie, mais un simple couloir où un homme seul peut passer. On monte à ce couloir par les deux escaliers du jubé, dont la voûte en cintre est très surbaissée, et qui est à ses deux extrémités dominé par deux tourelles très élégantes. La construction des deux escaliers en limaçon, enfermés dans ces tourelles et travaillés à jour, est on ne peut plus hardie et savante. La clef de voûte de la croisée a une saillie de plus de quatre mètres, et plusieurs des arêtes aboutissent sur cette saillie même. La chaire est supportée par une très belle statue colossale en bois, qui représente Samson. Le pourtour en est orné do plusieurs Vertus assises et séparées par d'excellents bas-reliefs; au-dessus plane un ange armé de deux trompettes. Saint-Étienne possède les reliques et le tombeau de la sainte que Paris a adoptée pour patronne, transférés lors de la démolition de l'ancienne église Sainte-Geneviève, ainsi qu'un tableau de Largilière, ex-voto que Paris offrit à sa patronne en 1694, après la cessation d'une famine qui avait duré deux ans. Les vitraux datent du xvi" siècle. A côté de plusieurs faits de l'Ancien Testament, on voit l'histoire cm rieuse du miracle de la sainte hostie. A défaut de leurs tombeaux qu'elle a perdus, cette église garde encore les épitaphes de P.acine et de Pascal.
Hebâtie en 1320, réparée et modifiée à riiiléiiiMir (Ml 1727, Saint-Leu (rue Saint- Denis) olTre cette particularité, que le sanctuaire et 1(> niaîtr(^-autel sont extrêmement exhaussés : le célébrant semble être à un j)remier étage. Sous cet exhaussement on a Miénagé une chapelle basse consacrée à un s^int sépulcre.
L'église actuelle Saint-Nicolas-des-Champs (rue Saint-Martin) date de 1420; on l'agrandit (Ml 1!)7;), et l'on construisit le portail du sud, dont les sculptures sont estimées. Elle possède une Assomplion par Vouet, et deux anges du ciseau de Sarra/in.
Nous visiterons dans l'église Saint-Laurent (rue Saint-Martin), entièrement reconstruite en 1429 et dont le portail actuel est de 1G22, \ui tableau de Greuze, le Martyre de saint iMurent.
La petite église Sainte-Marguerite (rue Saint- Bernard), qui ne fut d'abord qu'une chapelle, possède des fresques de Brunelti et une Descente de croix exécutée sur les dessins de Girardon par deux de ses élèves.
Sous le règne de Childebert III et sous la mairie de Pépin, deux pauvres moines arrivaient d'Autun à Paris et s'y logeaient dans une cellule, près d'une chapelle dédiée à saint Pierre. Trois ans après, le 20 août de l'année 700, l'un de ces moines, nommé Médéric ou Merry, mourait saintement dans sa cellule; et son compagnon, Frodulfe ou Frou, déposait précieusement ses reliques dans la chapelle voisine. Les miracles qui s'opérèrent près de ces reliques y attirèrent promptement la foule; une translation solennelle du corps du bienheureux eut lieu vers la fin du ix" siècle; et, la chapelle devenant insuffisante, une église fut construite sous l'invocation de Saint- Pierre et de Saint- Merry.
Lorsque ce nouveau monument fut démoli à son tour pour faire place au monument actuel, on découvrit un tombeau de pierre '^onlenant le corps d'un guerrier chaussé de lioitines de cuir doré; on y lisait l'inscriplion suivante :
Ilicjaccl vir home memorix Odo Falconarius ,
fundalor hujus ecclcsùv.
Ci-gît, dn lionnf^ mémoire, (iilon le Fauconnier,
fondateur de cette église.
PARIS
Tour Saint -Jacques.
Cet Odon n'était-il pas peut-être Tintrépide guerrier qui défendit Paris contre les Normands, sous les ordres du comte Eudes? On peut du moins le supposer, et par le silence des chroniques sur tout autre guerrier de ce nom, et par Timportance du monument qu'il fit construire.
L'église édifiée par Odon fut agrandie au XII* siècle, puis jetée à terre au xvi". Nous étions alors en pleine Renaissance : c'était l'époque de François I", du Louvre, de Fontainebleau, de Chambord. L'Italie devenait de jour en jour davantage l'oracle du goût, et les vieux monuments de notre gloire artistique commençaient à n'être plus considérés que comme de barbares caprices. Telle était cependant la puissance de vie qui restait encore à l'esthétique ogivale comme expression des pensées religieuses, que tandis (jue les ordres grecs envahissaient les palais, l'entrée des temples leur demeurait interdite : Saint-Jacques-dela-Boucherie, Saint-Élienne-du-Mont, Saint- Merry en sont des preuves frappantes.
Saint-Merry a tout le luxe, toute la richesse des derniers temps de l'art ogival. La disposition de son plan est également fidèle à la Iradilion : nef étroite, bordée de collatéraux, ambulatoires autour du sanctuaire, splondides vitraux au nombre desquels figuraient la Susanne de Parroy et l'histoire entière de
Joseph par Pinaigrier'; il eût été assurément difficile de reconnaître à ces détails un monument classique.
Dans le dernier siècle Saint-Merry a été, malheureusement, comme Saint-Germainl'Auxerrois et comme Notre-Dame, surchar-* gée d'ornements dont la richesse est le seul mérite. On y a prodigué le stuc, le marbre, les colonnes, les bas- reliefs; la sculpture des frères Slodtz a tout envahi. Du milieu de ces splendeurs, la châsse de saint Merry attirait surtout les regards : elle était d'argent, enrichie de pierres précieuses et soutenue par deux anges.
Au xvu" siècle, l'église Saint-Merry fut, pendant quelque temps, le centre du prosélytisme janséniste. Son curé, du llamel. l'un des coryphées du paiti, prétendit y renouveler les exercices de la pénitence publique, laquelle seule, au dire de la secte, pouvait rendre efficace la puissance des clefs. Les pénitents étaient divisés en diverses catégories : pécheurs secrets, pécheurs sans scandale, pécheurs avec scandale, etc. Ils assistaient tous à la messe, pieds nus, et se tenaient distancés, suivant Tordre de leur pénitence, .soit dans l'église, soit même hors de l'église. Défense leur était faite do jeter
' Ces vilraux , l'un des plus beaux ouvrapoî^ «le Pinaifrrier, existent encore.
VINGT l-T UN'IEME VOYAGE
les yeux sur le saint Sacrement. Ou leur imposait queli]uefois eu outre des disciplines publicpies, (lueUpiefois des heures île larmes. Ces heures étaient employées eu gémissements et efforts pour pleurer. Ouant aux d?.sciplineuses, elles se réunissaient ordinairement ;\ quatre heures (\\i malin ilans une chapelle et s'y fustigeaient avec ferveur. Encore un siècle, et les convulswnnniy'es de Saint-Médard feront oublier les flaixellants de Saint- Merry.
Peu de personnages célèbres avaient été enterrés à Saint- Merry; nous nous contenterons de citer le président de Gannay et le poète Chapelain.
La gracieuse et très haute tour carrée de Saint-Jacques-la-Boucherie, qui décore aujourd'hui la rue de Rivoli, date de l'époque de Franc^ois 1''. Elle vint alors compléter une église bâtie en 1240, et qui depuis a disparu.
Sur le lieu qu'occupe aujourd'hui Saint- Eustache s'élevait au xu® siècle une petite chapelle dédiée à sainte Agnès et construite, disait-on, par un maltotier du nom d'Alais, qui avait cherché à expier ainsi l'établissement d'un impOtt d'un denier dont il était l'auteur sur chaque panier de poisson arrivant aux halles. Le Pont-Alais, disait-on encore, large pierre jetée sur l'embouchure d'un ésrout au bas de la rue Montmartre et de la rue Traînée, devait son nom à ce même maltôlier, dont la dépouille, suivant sa volonté dernière, avait été jetée dans ce cloaque où se perdaient les eaux et les immondices du marché.
Quoi qu'il en soit de cette tradition, l'existence de la chapelle Sainte-Agnès n'en est pas moins certaine. Elle fut agrandie au xni* siècle, et placée alors, sans qu'on en sache la raison, sous le vocable de Saint- Eustache. Le bâtiment actuel fut commencé en U532; la consécration en eut lieu en 1037, et plusieurs années après on y travaillait encore. Le portail de Saint-Eustache ne formait pas alors disparate comme aujourd'hui avec le style de l'église : < Il est environné, raconte un de nos anciens historiens, d'un circuit formé de balustres, et c'est un des plus
beaux de Paiis pour sa largeur et l'excellence de ses ouvrages, taillés fort mignonnement et délicatement sur la pierre. » Sous le règne de Louis XIV, on en jugea autrement, la démolition du frontispice fut résolue; mais, l'argent faisant défaut, ce ne fut qu'au xvui" siècle que s'éleva le portique à la fois mescjuin et théàtial auquel notre âge devait mellre la dernière main.
La véritable façade de Saint-Eustache est et sera toujours celle de la rue des Prouvaires. Là du moins les grandes lignes de la nef se reproduisent à l'extérieur; là sont encore vivantes et la poésie et l'inspiration chrétiennes.
Saint-Eustache, comme Notre-Dame et comme Saint - Germain -l'Auxerrois, est divisée en cinq nefs. Notre-Dame seule la dépasse en grandeur, et sans le défaut d'harmonie qui caractérise son architecture, peu d'autres églises, à Paris, pourraient lui être comparées.
Dix piliers carrés, ornés de listels et de feuilles d'acanthe, s'élèvent à vingt mètres du sol et supportent d'abord une galerie, ornée d'une rampe à trèfles qui fait le tour de l'édifice. A partir de là les piliers s'amincissent, s'allongent, entourés d'entrelacs gothiques, et viennent soutenir la voûte, qui est à une hauteur d'environ trente -trois mètres. Le chœur ne fut commencé que sous le règne de Louis Xlll ; il est admirable de forme. La majeure partie des vitraux, représentant les Pères de l'Eglise, est de Pinaigrier. Cette église possède un Jésus au tombeau de Daniel de Volterre et une Vierge de Pigale. Parmi les nombreux tombeaux, je vous citerai celui de Colbert, replacé sous la Restauration. Sa statue est agenouillée sur un sarcophage de marbre noir devant un prie- Dieu que supporte un génie. Aux deux cotés sont la Religion et l'Abondance.
Le P. Derraud, de l'ordre des jésuites, a donné les dessins de la belle église des jésuites (rue Saint-Antoine) ou église Saint- Paul, bâtie en 1G27: Son riche portail est décoré de trois ordres d'architecture. A l'intérieur on voit un beau tableau de Delacroix, le Christ an jardin des Olives.
PARIS
Louis XIII, vainqueur des calvinistes, posa en 1629 la première pierre de Téglise Notre- Dame-des-Victoires. Des moines augustins, que le peuple appelait Petits-Augustins ou Petits-Pères, par opposition aux Grands-Augustins qui habitaient un plus grand couvent, trouvèrent Tédifice de Louis XIII trop petit, et le rebâtirent en 16d6, sur les dessins de Lemuet. Cet architecte a fait usage de Tordre ionique, et n'a point donné de collatéraux à la nef. Là est le tombeau de Lulli; son buste en bronze surmonte une pyramide de marbre.
Louis XIV posa la première pierre de Saint- Roch (rue Saint- Honoré) en 1653. Jacques Mercier fut l'architecte. Les travaux furent achevés en 1750. De cette époque date le portail, qui est dû à Robert de Cotte. Il se compose de deux ordonnances , l'une dorique, l'autre corinthienne; cette dernière est couronnée d'un fronton. A l'intérieur, l'architecte a prodigué les chapelles. Outre les dix- huit qui accompagnent les collatéraux, les deux de la croisée, et deux adossées aux piliers de l'entrée du chœur, il y a derrière le chœur la chapelle de la Vierge, et derrière celle-ci la chapelle de la Communion, et enfin, tout à fait à l'extrémité du prolongement de l'édifice, une chapelle qui représente un Calvaire, d'après les dessins de Falconnet. Le même artiste a orné la chapelle de la Vierge d'une très belle Annonciation. Parmi de nombreux tombeaux on remarque celui du peintre Mignard. Au-dessus du bénitier, à gauche de la nef, on voit un buste de Corneille avec cette inscription : « Pierre Corneille, né à Rouen le 6 juin lOUO, mort à Paris, rue d'Argenteuil , le P'' octobre 1684, est inhumé dans cette église. » De toutes les églises conçues dans le style académique de Rome et do la Grèce, Saiul- Sulpice est incontestablement celle qui se distingue à Paris par le plus imposant et le plus religieux caractère. Commencée par le pieux Olier, terminée par Languet de Gergy, deux prêtres qui jiréférèrent aux évèchés et aux grandeurs l'humbh^ euro d'une paroisse alors déserte ou mal habitée, il était impossible qu'(*ll(> ne se ressentît dt» l'esprit pi'n- I
fondement chrétien qui inspira toutes leurs œuvres.
Lorsque l'abbé Olier prit possession, en 1642, de la cure de Saint- Sulpice, l'église était vieille, délabrée, et la population éparse du quartier passait pour être la plus corrompue de Paris. <r Vous nommer le faubourer Saint-Germain, écrivait- il. c'est vous dire tous les monstres des vices à dévorer à la fois. » Mais Olier, l'ami de saint Vincent de Paul, ne venait pas seul; il amenait avec lui de jeunes clercs qu'il formait depuis quelque temps à l'esprit de Dieu, et la cure de Saint- Sulpice devint le centre de cette congrégation naissante où l'apostolat se joignit à la méditation et à l'étude. En quelques années la paroisse fut transformée.
Il arrivait en même temps que, chaque année, l'insuffisance de l'église se faisait plus vivement sentir sous l'ardente pression de la foule. En 1646, Olier fit jeter les fondements d'une église nouvelle. Anne d'Autriche en posa la première pierre le mardi 20 février, en présence d'un des plus saints prélats de France, Alain de Solminihac.
évoque de Cahors, qui bénit les travaux. L'œuvre fut ensuite poussée avec tant de vigueur, qu'en 1678 le sanctuaire, le transept et les bas côtés étaient achevés.
Cette majestueuse construction succédait à une église assez peu remarquable des xui* et xiv" siècles, qui elle-même avait succédé à une petite chapelle de Saint-Pierre dépendant de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. C'est en mémoire de cette chapelle que, parmi ses patrons, la paroisse compte toujours saint Pierre '.
A partir de 1678, r(vuvn> demeura interrompue faute d'argent, et elle ne fut reprise que par l'abbé Languet vers 1715. L'abbé Languet n'avait cpie cent écus pour achever son église. Il les emploie à se procurer /|uelcpies pierres qu'il étale autour du moiuiment afin d'appeler la générosité publique. Cet appel est entendu; les dons arrivent; une loterie autorisée par le régent fournit d'importantes ressources: puis Languet, recher-
' L't'j^lisc ^aiiit- Sulpice esl ilédiée i\ la >a\n\>^ Vi«>rLr\ pnini Piorre ot «nint Snipic*».
VI Ml TET UNIEME VOYAGE
olio parliuil pour la facililc de i>ou cspiil, ilemaïulail parloul . jH'Ossail . imjitiiliiiiait {)oui' son église el jiour ses pauvres; ros deux pensées élaicul cli«*/ lui inséparables. Ainsi, en même temps (luil conslriiisail le sjilendicle portail de Saint-Sulpice, il fondait la maison hospitalièi'e de llùi faut- Jésus, (jui en 17 il fournissait des moyens (rexistence i\ plus de (juatorze cents femmes. Et tandis qu'il obtenait du roi, pour son éj^lisc, les glandes coquilles olïerles jadis à l'rançois 1"' par la république de Venise; tandis qu'il se faisait accorder par le duc d'Orléans les marbres des Pyrénées ipii revêtent la base des piliers de Saint-Sulpice; tandis qu'il s'attribuait, dit-on, pour ou faire une statue de la Vierge, le couvert d'argent qui lui servait, partout où il était invité, ses aumônes montaient parfois jusqu'à un million par an. Luimême avait vendu ses biens, ses meubles, et il ne couchait que dans un lit d'emprunt que M'"*' de Cavoie, à qui il appartenait, se gardait bien de lui donner, car il avait successivement vendu tous ceux dont elle l'avait laissé maître.
Admirables souvenirs qui s'unissent, qui s'identifient pour nous avec l'impression que produit le portail de Saint-Sulpice; c'est ainsi que se font les grandes choses.
Nous ne prétendons pas assurément que Saint-Sulpice ait cette expression de foi et de piété que possèdent nos vieilles églises ogivales. C'est de l'architecture classique, païenne si l'on veut, mais traitée du moins avec un esprit chrétien. Ce n'est ni le Parthénon comme la Madeleine, ni le Panthéon comme le frontispice de Sainte-Geneviève; Saint-Sul[jice ne s'annonce pas davantage par une de ces froides devantures sans relief, sans ombres, à la manière de Mansard ou de Palladio. Son double portique est une pensée grande et neuve; il rappelle ces bénédictions qui tombent, en Italie et dans nos pèlerinages de province, du haut d'une kxjgia extérieure, sur la ville et sur le peuple. Il indicpie, en outre, ces deux étages de l'église chrétienne qui étaient inconnus aux monuments aniiques : l'étage de la prière d'oii partent las voix du temps, el cet étage
de lliarmonie où l'orgue semble redire les éternels concerts des anges.
Les proportions de ces deux p()rli(pies superposés sont d'ailleurs remartpiables par le l)arfait agencement de toutes leurs parties. Ici point de colonnes grêles comme à Saint- Eustache, point de fronton écrasant comme ù Sainte-Cieneviève. Les tours seules manquent d'amiileur, celle du midi surtout; la tour du nord, reprise en 1777 par Chalgrin, se fait remarcpier du moins i)ar une })lus riche et plus imposante ordonnance.
Ce n'est, au reste, que de nos jours (ju'on a pu apprécier le portail de Saint-Sulpice. lîesserré autrefois dans une rue étroite qui le séparait du séminaire de M. Olier, il demeurait complètement inaperçu. Telle était même l'exiguïté des lieux, que l'artiste s'était vu obligé de rejeter le perron à l'intérieur du portique, disj)osition bizarre que nous nous étonnons de voir conserver aujourd'hui.
Cet artiste était un Italien du nom de Servandoni, qui était surtout célèbre comme peintre décorateur. On ne peut se dissimuler que l'aspect majestueux de son œuvre tient (lueUfue peu aux habitudes théâtrales de son talent.
Au-dessus des deux étages de colonnades, dont le premier forme un majestueux portique et le second une belle galerie, s'élèvent deux tours dissemblables. L'une est quadrangulaire et se termine par une partie circulaire; l'autre se termine également par une partie circulaire, mais elle est octogone à sa base. L'une est décorée de portiques à frontons en triangle, l'autre de portiques à frontons en arc surbaissé, et cependant tout cela s'harmonise fort bien. L'architecte Maclaurin a élevé l'une, Chalgrin a donné les dessins de l'autre. Chalgrin a aussi dessiné les fonts baptismaux ; Pigale a sculpté les rochers supi)ortant deux valves d'un énorme coquil- Uilm; (lui servent de bénitiers. Bouchardon a sculpté les douze statues des Apôtres qui décorent le clianir. Celles de saint Pierre et saint .Ican, aux deux côtés de la porte de la sacristie, sont de Pradier. Le |)inceau de Mignard a reproduit le tableau de I*ai)hacl, V Archange Michel lerynaanni le démov.
PARIS
A rintérieur, Saint- Sulpice est vaste, imposant, sévère; et, si l'on fait abstraction de quelques détails du dernier siècle d'un goût plus ou moins hasardé, tels que la chaire, tels surtout que le tombeau de l'abbé Languet dans la chapelle Saint- Jean, son ordonnance générale est d'une noblesse pleine de grandeur. On y retrouve la disposition traditionnelle des églises du moyen âge, le transept, les nefs ambulatoires autour du chœur, la chapelle absidale dédiée à la Vierge. Cette chapelle est particulièrement remarquable à Saint-Sulpice par la profusion de peintures et de dorures qui y règne, et par le jour céleste qui y éclaire la statue de la Vierge* : cette statue était autrefois d'argent.
Le grand autel de Saint-Sulpice, vaste bloc de marbre blanc, orné de bronzes dorés, est placé à l'entrée du sanctuaire, dont la rampe monumentale dessine un demi-cercle sur le transept; les cérémonies saintes s'y développent avec une incomparable majesté.
Érard , peintre du roi, donna en l'année 1670 les dessins de l'église de l'Assomption, pour le couvent des religieuses de cet ordre. C'est un dùme d'environ vingt et un mètres de diamètre, que précède un portique à l'intérieur. La coupole, ornée de peintures et de caissons, repose sur des pilastres d'ordre corinthien.
Jusqu'au vi^ siècle, les églises de Paris ne furent toutes que des oratoires plus ou moins publics sur lesquels les traditions demeurent incertaines; mais avec la conversion de Clovis commence l'ère des grandes basiliques. La première fut celle que le chef franc et sa pieuse épouse Clotildo tirent édifier au sommet du mont Lucotitius, en l'honneur des apôtres. « Elle était de construction royale, dit un poète du ix" siècle, décorée de mosaïques en dedans et on dehors et ornée de l)eintures. » Cette splendidc basili<iue servit de tombeau à sainte Geneviève, dont le nom ne tarda pas à lui être donné par la vénération des peuples. Elle fut également choisie
' Cet oiïet 1res simplo d'optiquo n clo souvont répété depuis.
pour être la sépulture de Clovis et de sa famille. Clovis y fut placé dans un sépulcre formé d'une pierre grossière, vulgari lapide struclum. Clotilde y prit pla^ce à son tour, mais après avoir survécu de longs jours à son mari, jours qu'elle passa pour la plupart dans l'obscurité et la retraite près du tombeau de saint Martin, à Tours. Les corps de saint Prudence et de saint Céran, tous les deux évoques de Paris, et celui de sainte Aide, compagne de sainte Geneviève, formèrent, en outre, dès les premiers temps, dans la crypte du mont Lucotitius, un glorieux cortèee de reliques à la châsse de la bienheureuse vierge de Nanterre.
La fondation de l'église des Apôtres date de o08 ou de olO. Plusieurs conciles s'assemblèrent bientôt sous ses voûtes. Nous rappellerons particulièrement celui où Prétextât, évèque de Pvouen, fut cité à comparaître.
Grégoire de Tours, qui soutint si noblement dans cette circonstance la lutte sacrée du droit contre la force, habitait ordinairement, lorsqu'il venait à Paris, près de Saint-Julien-le- Pauvre. Saint-Julien possédait, en effet, dès l'origine, un hospice pour les voyageurs. C'est même par ce trait qu'il est désigné dans la pièce des Mouliers de Patis :
Saint Julien Qui héberge les chrétiens...
L'église actuelle de Saint-Julien-le-Pauvre, attenante aux bâtiments de l'Ilôtel-Dieu sur la rive gauche de la Seine, paraît dater du nu" siècle. Elle remplaça alors celle où avait prié le bienheureux évèque de Tours'.
Revenons cependant à la basilique des Apôtre.^. Incendiée par les Normands en SIJC, elle demeura, pendant plus de trois siècles, ilans un état plus ou moins complet d'aban-
• Charmant potil otiilico .< iV'>\- n- is t. rmunc "'hacunO par une absitlt^ \ki inccmlio dolruisil n)3Uicurouî.omont, au xvii* sièclp, son portail, sa flèche ol les deux premières travées. Le portail soûl fut reconstruit, mais dans le style du temps, qui forme disparate avec le reste do réilifii'e. L'architecture de Sainl-Julien-le-Pauvre est romane avec tendance vers l'ogive. C'est un style de transition, et dans ce genre il est un modèle. Les piles sont élégantes; les sculptun^s révèlent des mains fermos et hahiks. Le maitre-autel est orné d'un calvaire en relief du xiv siècle.
VINGT ET UNIEME VOYAOE
don. Un soiubie désespoir avait fini par s'emparer des peuples. On regardait tristement le.s murs noircis, les sanctuaires dévastés, les ruines pentelantes; mais nul ne se sentait la force d'y mettre la main, dans la crainte de se livrer à un labeur inutile. « Les murailles de notre église menacent chaque jour de s'affaisser sous le poids de la corruption et de la vieillesse, écrivait douloureusement un religieu.x de Sainte-Geneviève; elles semblent demander en soupirant qu'on leur donne quelque soutien et un tuit jiour les couvrir. »
Cette église sans luit n'en continuait cependant pas moins d'être desservie par une nombreuse congrégation de chanoines, et, comme Notre-Dame, comme Saint-Germain l'Auxerrois et Saint-Germain-des-Prés, elle avait ses écoles qui n'étaient pas les moins Hérissantes de la ville. Ces écoles étaient placées sous l'inspection du chancelier du chapitre, et c'était lui qui, debout au pied de l'autel de Notre- Dame -de -Miséricorde, dans l'intérieur du cloître , avait coutume de décerner le bonnet de maître es arts.
Depuis le ix* siècle, la basilique des Apôtres n'était plus connue que par le vocable de Sainte -Geneviève. Nous avons décrit sa ruine; elle ne fut réparée que vers l'an 1190, par l'abbé Etienne. Le triple portique de sa façade et la plupart des autres parties de son architecture indiquaient même nettement le style du xiu" siècle. La tour du clocher, qui existe encore, rappelle à la fois deux âges, les premiers temps des Capétiens et le règne de Charles VllI.
C'était vers cette église assez peu remar- (juable comme nionument de l'art, que se dirigeaient la plupart des pèlerinages. C'était au pied de la châsse de sainte Geneviève que le peuple de Paris venait prier de préférence dans les jours de malheurs publics. Cette châsse fut d'abord d'argent; elle était, diton, l'œuvre de saint Eloi : plus tard, vers lii'iO, elle fut remplacée par une châsse de vermeil parsemé de pierres précieuses, due au talent d'un orfèvre du nom de lionard. •Juatre vierges plus grandes que nature, reposant sur des colonnes de marbre antique,
lui servaient de supports, et un bouquet de diamants brillait à son faîte comme une couronne.
Vers le milieu du dernier .siècle, l'église Sainte-Geneviève menaçant ruine, un nouveau monument fut construit à l'ouest de l'ancien, sur les dessins de Soufflet. Soufflet venait d'achever ses études à Home, et son imagination toute jeune encore, toute pleine des merveilles de l'art antique, rêva un temple où s'unît le portique du Panthéon à la coupole de Saint-Pierre. 11 chercha même, par les dimensions et la disposition de ses ordres, à donner à ces types célèbres plus d'élégance et de légèreté. S'il ne réussit pas complètement, s'il n'évita pas surtout le reproche d'un peu de maigreur soit dans les entrecolonnemenls du portique, soit dans le dessin des colonnes du dôme, il n'en demeure pas moins incontestable que peu de monuments classiques offrent un plus remarquable ensemble de grâce et de majesté. La coupole de Sainte-Geneviève n'a pas sans doute l'ampleur des coupoles de l'Orient; mais peutêtre aussi rappelle-t-elle mieux, par cela même, cet élan de la prière, dont la coupole doit être l'expression. Ce qu'il y a de certain, c'est que rien n'égale, dans les différentes vues de nos récents édifices, l'aspect de ce dôme élancé reposant sur une élégante colonnade, et dominant toute la ville comme pour porter plus haut et plus loin la gloire et le souvenir de la bienheureuse patronne de Paris'.
Les reliques de sainte Geneviève devaient être placées sous ce dôme, au centre de la croix, et au-dessus d'elles aurait été suspendue comme une couronne la glorieuse épopée de l'histoire de France, telle que l'a représentée le génie de Gros, se développant majestueusement autour de la vierge de Nanterre. Mais, non contente de s'emparer du
' Le dôme de Sainlc-Geneviève a suixanlo neuf mètres huixante-six cenlinutres sous la coupole. C'est un mètre soixante-six de plus que les tours de Notre-Dame; sa largeur est de vinfcl et un mètres soixante-six. Le dùme des Invalides a soixante mclres soixante- six sur vingt-quatre mètres trente-trois, et le dùme du Val-de-Grâce quarante et un mètres trente- trois tur dix -sept.
PARIS
temple, la révolution s'est emparée des reliques'.
L'église, commencée en 1737, n'était pas encore terminée en 1789. Dès lors cependant on avait pu apprécier dans son ensemble l'œuvre de Soufflot; et l'admiration des Parisiens, lorsqu'ils pénétrèrent sous ces voûtes évidées et parmi ces rangs de colonnes entre lesquelles se jouait si facilement la lumière, revêtit toutes les formes de l'enthousiasme. On eût dit que Rome et Athènes étaient dépassées. Jamais, au reste, les lois de la pesanteur ne semblèrent plus merveilleusement vaincues; telle était môme la légèreté des piliers du dôme, qu'à peine distinguailon leurs massifs dans la longue perspective des nefs. Malheureusement des fractures nombreuses ne tardèrent pas à se manifester dans ces piliers; on fut obligé de les reconstruire en leur donnant plus d'empattement et de volume; or, pendant le cours de ces travaux, la révolution était venue. Au lieu des reliques de sainte Geneviève, on vit accourir les reliques de Mirabeau, les reliques de Rousseau, les reliques de Voltaire, les reliques de Marat! L'église catholique était transformée en panthéon païen, et pour quels dieux! Au même moment, cela se conçoit, la châsse d'or de sainte Geneviève était pillée, et les ossements de la vierge qui sauva Paris étaient traînés par la boue des rues, puis brûlés sur un bûcher par la main du bourreau. A la lueur rougeâtre qui s'éleva alors de la place des supplices on eût pu lire sur le front découronné du temple dédié hier encore à l'illustre patronne de la capitale, cette inscription toute neuve :
AUX GRANDS HOMMES LA PATHIE RFXUNXAISSANTE !
A l'heure cpi'il est, celte inscription se lit encore au-dessous d'un bas- relief consacré à
* Les rclic)uos qui sont exposées aujourd'iuii A Sainlc- (jeiievièvo proviennent du trésor do Sainto-Genovièvo-dcsliois, ancien prieuré de trénovéfains au diocèse de Sons. La clidsse de vermeil dans la(|iielle elles so trouvent, et (pii r;iii|)elle par sa forme colle que la révolution a dolruili-, n'a pas été i)lacéo toulelois au centre de l'église, oonimo il parait (pi'on on avait eu jadis la pensée; on Ta déposée dans la iliapello déiliéo A sainte (ieuevièvo, à l'oxlrémiti' droite du Iraiiscpl. tjualie viornes dorées la supportent coninuautrefois.
la déilication de toutes les vaines pensées des hommes ; mais désormais inscription et basreliefs ne sont plus là que comme un vieux souvenir. Dès 1806, Napoléon avait résolu de rendre à sa destination primitive la basilique profanée. Louis XVIll y rétablit solennellement le culte en 1822; Louis-Philippe et la secte philosophique l'en chassèrent à leur tour en 1830: puis, après deux révolutions, un décret de Louis-Napoléon Bonaparte lui en rouvrait les portes aux applaudissements de la France entière.
Le plan de l'édifice est une croix grecque, formant quatre nefs qui se réunissent à un centre commun, où s'élève le dôme soutenu sur quatre piliers. Le portique, exhaussé de onze marches et qui compte vingt-deux coloimes corinthiennes cannelées, rappelle le Panthéon de Rome. Le ciseau de David a sculpté sur le fronton la Patrie distribuant des couronnes, que la Liberté est occupée à tresser, tandis que l'Histoire inscrit les noms glorieux. A droite sont les illustrations de Tordre civil, à gauche les gloires militaires. Ouinze ans auparavant, le pinceau de Gros enrichissait la coupole d'une de ses plus belles œuvres, l'Apothéose de sainte Geneviève; il y plaçait quatre des rois fondateurs de nos institutions : Clovis, Charlemagne, saint Louis et Louis XV III. Depuis 1791, nous l'avons dit, les caveaux du Panthéon gardent les dépouilles de Voltaire et de Rousseau. Celles de Mirabeau les avaient précédées de quelques mois. Le gouvernement impérial y a joint celles ilu maréchal Lannes, de Dougainville, de Lagrange, et de (luohiues personnages moins illustres. Après la révolution de juillet, les honneurs du Panthéon furent décernés à lilusieurs de ceux (pii s'étaient illustrés dans nos luttes paileinenlaires. Dans ces caveaux, un (Mitend un écho d'une puissance formidable; il semble (juc le monument tout entier s'écroule sur voliv tèle.
Sur l'emplacement de l'ancien cimetière de la Madeleine, où l'on assure tjue furent retrouvés les restes mortels de Louis XVI et de Maric-.\ntoinelli'. \c roi Louis W'III a fait élever une chapelle e.\[»iatoire. M. lontaiiiea (Innué les dessins. Le leiiaiii de l'ancien cime-
VINGT KT UNIÈME VOYAGE
lit're a été religieusement respecté. Il est enclos irun mur appuyé à une suite d'arcades, cl sous la voùle do chaipio arcado s'élève un cippe fuiirbre. Un y piMièlrt* j>ai' un nioniinienl tpii présente l'aspect d'un sarcophage colossal exhaussé sur sept degrés. On tiaverse l'enclos, où îles carrés de gazon, entourés de grilles, semblent niaripier des places de sépultures, et l'on ariive à la chapelle. Le porche, élevé de douze degi'és, se compose de ([ualre colonnes d'ordi-e dorii[ue avec un IVonton surmonté d'une croix. L'intérieur est une coupole soutenue par quatre grands arcs : un pour la porte, un autre en face pour l'autel, et un sur les deux cùtés pour deux escaliers qui conduisent à une crypte. Des piédestaux engagés dans les nuu's d'ajipui supportent deux groupes, celui de Louis XVl et de son confesseur, et celui de Marie-Antoinette implorant les secours de la Hcligion. Sur deux tables en marbre noir, on lit en lettres d'or le testament du roi et celui de la reine. La crypte est voùtt'e et renferme un autel fort simple en forme de tombeau.
Sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'église de la Madeleine existait, dès le xiu' siècle, une chapelle destinée aux habitants de la Villc-rÉvêquc. L'évèquc de Paris possédait, en etTet, en ce lieu un séjour, des granges, un port, des dîmes; et une bourgade n'avait pas tardé à se former, comme toujours, sous la sauvegarde de l'Eglise. Charles \ 111 rebâtit cette chapelle et y établit en IVJl la confrérie de Sainte-Marie- Madeleine, à laquelle il s'affdia ainsi (pie la reine.
Deux fois, dans la suite, la chapelle devenant trop exiguë pour le nombre croissant des habitants, elle dut être reprise à neuf. La dernière fois (c'était sous Louis XV), le (juarlier de l;i N'ille-l'Evèque venait de recevoir de splendidcs embellissements par l'ouverture des boulevards, de la rue Hoyale et de la jtlace (pie nous nommons aujourd'hui place (h- la Concorde. On résolut de faire entrer la Madeleine dans ce vaste système de grandes perspectives. Elle dut donc s'(Uever en face de la rue IVtyale et de la Seine, et
dans des proportions en rapport avec l'étendue de l'espace (jui s'ouvrait devant elle. La l)remièie pierre du nouvel édilice fut posée le 13 avril 17()'i. Les plans en avaient clé tracés par Constant d'ivry; modiliés dans la suite par Coulure, ils le furent j)lus encore par Vignon* sous l'empire.
\apolét)n avait résolu de l'aire de la Madeleine le temple de la Gloire. Le décret qui consacra cette pensée i)orte la date de Posen, 2 décembre 1801». « Il sera établi sur " l'emidacement de la Madeleine, y lisons- " nous, un monument dédié à la grande (( armée, portant sur le frontispice :
LEMPEIJEUR NArOLÉON AUX SOLDATS DE LA GRANDE ARMÉE
(.( Dans l'intérieur du monument seront « inscrits, sur des tables de marbre, les '( noms de tous les hommes (|ui ont assisté « aux batailles d'Ulm, d'Austerlitz et d'Iéna; « et, sur des tables d'or massif, les noms de « tous ceux qui sont morts sur le champ de ' bataille...
ce Autour de la salle seront sculptés des (( bas-reliefs où seront représentés les colo- « nels de chacun des régiments avec leurs « noms..., groupés autour de leurs généraux « de division et de brigade. Les statues des « maréchaux seront placées dans l'intérieur « de la salle. »
lùîfin les armures, les drapeaux, les timbales enlevés à l'ennemi devaient compléter l'ornementation du monument; et, chaque année , aux anniversaires d'Austerlitz et 'd'Iéna , on devait y donner un concert héroïque après de solennels discours sur les vertus nécessaires au soldat et sur la gloire de ceux qui périrent au champ d'honneur.
Ainsi pensait, ainsi commandait Napoléon en 18U0 ; mais, sept ans plus lard, après 1812 et 1813, il commença à juger plus mûrement (11' la Gloire : « Que ferons -nous du (( temple de la Gloire? dit;- il un jour au « ministre de l'intérieur : nos grandes idées (' sur tout cela sont bien changées. Il n'y a « plus auJDUid'iiui , dans Tétai où sont les « choses , d'autre croyance possible \\wq le « culte catholique ; c'est aux prêtres qu'il T faut donner nos temples à garder ; ils s'en-
PARIS
« tendent mieux que nous à faire des céré- « monies et à conserver un culte. Que le « temple de la Gloire soit donc désormais « une église : c'est le moyen d'achever et « de conserver ce monument. Il faudra bien « aussi par la suite dire la messe au Pance théon. »
L'édifice de la Madeleine était alors élevé d'une vingtaine de pieds au-dessus du sol, et nous n'oublierons jamais l'aspect de ces colonnes sans chapiteaux , qui rappelèrent pendant plus de dix ans , sur la ligne des boulevards , le souvenir imposant et triste de quelque ruine de la Grèce. La restauration finit cependant par continuer l'édifice , et le gouvernement de juillet l'acheva.
Il fallait connaître cette histoire pour s'expliquer cette église sans clocher, sans coupole, sans fenêtres, sans traditions et sans mystère. Ce vaste parallélogramme avec sa ceinture de statues et de colonnes, ses deux porches, ses deux frontons, tout cet ensemble de froideetharmonieuse régularitéqui charme sans doute, mais qui n'élève pas, qui arrête la pensée au lieu de lui donner des ailes, sera, quand on le voudra, une Bourse, un Odéon , un Vauxhall ; ce sera un temple de Minerve ou de Neptune, mais ce ne sera jamais une église.
L'extérieur est demeuré celui d'un temple antique. C'est un parallélogramme de plus de cent mètres de long sur environ quarante-cinq de large. Tout autour et sur un soubassement de quatre mètres de hauteur règne un péristyle composé de cinquantedeux colonnes cannelées de l'ordre corinliiien le plus riche. Sous ce péristyle sont rangées de nombreuses statues de saints et de saintes de grande nature. La frise est ornée de ligures d'anges (pii tiennent des guirlandes entremêlées d'attributs religieux. Sur le fronton principal, le ciseau de M. Lemaire a sculpté le Christ accordant le pardon à Madeleine. L'intérieur présente une nef .simple, éclairée par trois coupoles. On y a prodigué la dorure et le marbre. La [)lui)art des talents de notre époque ont été appelés à l'ombellii'. L'œuvre capitale est la peinture de lu coiipolc au-dessus du chœur. M. /iegler a re-
présenté, dans les cieux ouverts, le Christ assis, ayant à sa droite les apôtres et les évangélistes, et devant lui la Madeleine soutenue par un groupe d'anges. L'histoire de l'Église d'Orient et celle de l'Église d'Occident se développent, à partir des deux côtés , par des personnages groupés circulairement, dont le dernier est Napoléon en costume impérial, ayant son aigle près de lui. Les portes de cette église sont de bronze et d'une grande beauté. On y a représenté les commandements de Dieu formulés par des scènes bibliques. Elles sont de M. Triquetti. L'édifice, recouvert en fer et en cuivre, est à l'abri du feu : il n'est pas entré de bois dans sa construction.
Notre-Dame-de-Lorette est un édifice tout récent, commencé en 1823 sur les dessins de M. Lebas, et consacré au culte en 183G. Quatre colonnes ioniques supportent le fronton du portail, et ce fronton est décoré des statues de la Foi, l'Espérance et la Charité. L'intérieur, au lieu de voûtes , offre des plafonds avec rosaces et caissons. On a revêtu d'un stuc les colonnes de l'intérieur. L'or a été prodigué dans tous les ornements, et tous les talents de notre époque ont concouru à embellir ce monumen', qui rappelle certaines églises italiennes.
A la place Lafayette, une autre église nouvelle, et ornée de magnifiques peintures murales par MM. IIi[)p. Flandrin et Picot, est placée sous l'invocation de saint Vincent de Paul. Exhaussée sur un perron très vaste et très élevé, elle présente un portail élégant et simple à deux galeries, avec deux tours carrées au-dessus.
Dans le faubourg Saint-Germain, l'église Sainte-CIotilde, commencée en 18 iG, et depuis ([uelques années livrée au cullo, est un édifice dans le style ogival du xin" sit*cle. A part quehjues h'gères iniraclions à l'archilcctonique de celle épocpie, elle rappelle avec beaucoup de vérité et de bonheur les monuments religieux de cette date. Les sculptures et les pointures murales qui la décorent ont t'W' excculées par nos premiers artistes. Les verrièp's, par leur éclat, prouvent (jirun art que l'on prétondait perdu n'a point dégénéré,
VINGT KT UMEMK VOYAGE
ot t|ut' la oliiinii' moderne pont devenir un truiilo aussi sûr i|ii<' les recelles omjuiiiiues de nos aïeux.
Cilons encore, parmi les édifices reliirieux de la capitale, la cliarmanle éirlise i\o la Trinilé, récemmenlconslriiite dans Icstylcdc la Henaissance.
Les calvinistes célèbrent leur culte à l'Oratoire, bâti de 1020 à 1().{0 par le saint cardinal de lîérulle, et «pii n'a eu son portail, d'une simplicité élégante, cpi'en 17 io. Un leur a concédé en outre la jolie éirlisc de la Visitation, (pii fut bâtie en l(>3'i pai* François Mansard et i'auleuiont, rue de liienelle- Sainl-Germaiii. Les luthériens se rassemblent au temple des Hillettes. C'est un ('didce d'une ordonnance modeste, mais bien entendue, (pii date de 18U8. Il remplace une chapelle ipii avait été construite sur le terrain de l'ancienne maison d'un juif (-(uidamné au feu pour sacrilège vers l'an 1285, Les luthériens ont un autre temple, situé rue Chauchat.
L'église russe est un joli édifice de style byzantin, qui rappelle les églises de l'Orient par son dôme, ses peintures et ses dorures.
Le culte Israélite se célèbre dans une synagogue qui ne s'annonce à l'extérieur par rien de monumental.