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BOURBONNAIS

Cliainonix.

de vignes, de riches vallées se couvrent des fruits et des moissons du centre de la France.

Je vous ai dit «lue la Savoie avait été divisée en deux départements : celui de la Haute- Savoie, et celui de la Savoie.

Le chef-lieu du premier est Annecy : cette ville, située à l'extrémité nord du lac dont elle porte le nom, compte do 11 à 12,000 habitants. C'est une ville industrielle et commerçante, dont les marchés sont très fré- (juentés. Il n'est pas rare que ces marchés y attirent de trois à quatre mille personnes, et cependant ils se tiennent le mardi de chaipie semaine. Annecy compte deux filaturcs de coton, dont une seule occupe près de deux mille ouvriers, une foule d'usines, des tanneries , et une fabri(|ue d'étoffes de soie. La ville en elle-même n'a de remar- (pial)le ([ue sa situation et qtiehpies-uns de ses édifices, parmi lescpiels nous citeions sa cathédrale, l'église du couvent de la Vit^italion , qui possède les n;li(pies de saint François de Sales, Tliùtel de ville et la pn'fectui'e, de construction récente. Si nous étions plus versés en arché'ologie, nous pourrions alleivisiter les restes du couvent de Sainte-Claire ; mais nous ferons mieux de suivre la cliarmanle promenade du i'aquier, d'où notre vue embrassera une grande partie du lu- d'An-

necy, ses rives verdoyantes, tour à tour gracieuses et sévères, les montagnes boisées (jui lui servent de ceinture, et au milieu desquelles le Séménos cache sa cime dans les nues.

Sur cette promenade nous verrons également la statue érigée, en IS'i'i, à Berthollel. Cet hommage à l'ami de Monge, et l'un des fondateurs de la chimie moderne, né de l'autre côté du lac, à Talloires, fait d'autant plus d'honneur aux lial)ilanls d'Annecy que Berthollet considéra toujours la France comme sa patrie.

Tlionon, l'ancienne capitale du Chablais, aujourd'hui simple chef-lieu d'arrondissement, est une ville d'environ :»,.'>0<i âmes, dont une partie est située sur le lac de Cenève , et dont l'autre, plus importante, renferme les édifices publics, l't'glise, l'hôtel lie ville, le collège, etc. l>e la promenade du Creloz on domine le hu- l.éman, qu»^ nous pouvons maintenant aller admirer sons sortir de la France.

Tlionon possède un petil port assez commode, et ipii deviendra d'autant plus fréquenl»' ipie c'est le meilleur cpie nous ayons >ur le lae.

lîonneville, capitale de l'aneien l'aucigny. «M devenue, comm»^ Thonou . un ehef-lieu

DKUXIKMK VOVACE

(rarntiulissonieiit . n'a liiiôrc plus do 2,0(t() liabitiuils. inio est située sur la rive droite do i'Arvc, que l'on traverse sur un beau pont on pierre. A rexlrt'niilé do ce j)onl, (in a j^lacé sur une colonne la statue du roi Charles-Félix.

Au-dessus de Ronneville s'élève la niontaiîne du Molo. De son sommet, haut do ilix-liuit cent sni\anlo-huil métros, l'œil découvre un des plus magnifiques panoramas de la Savoie.

Dans rarrondissemenl de Saint-Julion . arrondissemoiil (pii . iKirlant de la jwinte septentrionale du canton de Genève, se prolonge, parallèlement au lUiône, jusqu'au département de la Savoie sous la forme d'une bande étroite, se trouve, outre son chef-lieu, modeste bourg de IjoHO habitants, auquel ses carrières d'ardoises donnent néanmoins une certaine importance, la ville de Seyssel. La moitié de celle ville, qui compte près de 3,000 âmes, et (juc le Rhône partage en deux, appartenait, avant l'annexion, à la Savoie. C'est à Seyssel que le fleuve commence à être navigable, et c'est Seyssel qui est le centre de l'exploitation des asphaltes, si enqiloyés aujourd'hui pour le dallage des ponts et des trottoirs.

Nous ne pouvons quitter ce déparlement sans visiter un gros bourg, très insignifiant en lui-même, mais dont le nom jouit cependant d'une immense célébrité. Chamonix est certainement, de toute la chaîne des Alpes, le principal rendez-vous des voyageurs. Pondant toute la belle saison, des Ilots de touristes appartenant à toutes les nationalités s'y succèdent sans interruption, et souvent leur affluence est telle qu'ils trouvent très difficilement à se log(M .

C'est qu'en effet Chamonix est peut-être la station la plus heureusement située des Alpes, celle qui se prête plus que toute autre à des excursi(ms intéressantes, celle d'où l'on découvre le mieux le j)anorama du mont Blanc. C'est de Chamonix (|ue sont partis presque tous les intrépides j)ionniers cpii ont exécuté ou tenté l'ascension de cette montagne. C'est de Chamonix qu'on se rend le plus facilement aux sources de l'Aveyron, au Montanvers , au jardin de Talèfre , au Chapeau, aux Bossons, à la l'iéchèrc , (pii.

dans un rayon très circonscrit, offrent le sublime spectacle de prestpio toutes les merveilles des Alpes : aiguilles, cascades, glaciers, sonuuels décharnés ou croupes verdoyantes.

La ville de Chambéry, après avoir été longtemps la ca|)itale de la Savoie, est devenue le chef- lieu du département de ce nom. C'est une ancienne ville de près de 20,000 habitants, assez mal bâtie et encore plus mal percée, et (pii avait grand besoin de passer sous l'administration française pour se moderniser un peu. A part la rue de Boigne et la rue Saint-Léger, qui sont à peu près droites et d'une largeur presque suffisante, Chambéry n'a que des rues étroites, tortueuses, et beaucoup de ruelles. Les boulevards , qui occupent l'emplacement des fortifications détruites à la fin du siècle dernier, sont larges, spacieux, et entourent une partie de la ville.

Chambéry renferme (pielques monuments dignes, à divers titres, de notre attention. La cathédrale, dont le portail est de cent ans postérieur au reste de l'édifice, est décorée à l'intérieur de peintures dont l'éclat et la richesse font le seul mérite. Nous y remarquerons un baptistère en marbre blanc , d'un beau travail, quehjues anciens vitraux, et le tombeau du président Fabre, le père du grammairien Vaugelas.

Le chœur de l'église Notre-Dame, construite dans le style grec, en 1G26, est entièrement en marbre. On voit dans cette église plusieurs bons tableaux et une statue de la sainte Vierge, également en marbre.

De l'ancienne forteresse bâtie en 1232, et plusieurs fois incendiée, il ne reste plus (pi'une grosse tour terminée par une tourelle. Sur les débris du château on a construit, au commencement de ce siècle, un nouveau bâtiment <pii servait de résidence au gouverneur. Son enceinte renferme une promenade plantée de gros marronniers. C'est dans la chapelle du château (pi'on a conservé, jusqu'à sa translation à Turin, le saint suaire , précieuse relique que vint vénérer le roi François T'. Ce monarque, qui se trouvait à Lyon, accomplit son pèlerinage à pied.

DE PARIS A LYON — BOURBONNAIS

Le jardin botanique, jolie promenade située au pied du château, possède de précieuses collections de minéraux et de plantes.

Les environs de Chambéry sont très piltoresques; des maisons de campagne, de vieux manoirs, des champs et des coteaux couverts d'une végétation luxuriante, fornicnt un ensemble d'autant plus gracieux que la nature du paysage contraste plus vivement avec les montagnes qui ferment l'horizon , et parmi les- (j u e 1 1 e s le Chat, Barbissel, les rocs de Blanchenet,le Granier, etc., dressent leurs cimes orgueilleuses. A une heure de Chambéry jaillissent les eaux de Challes, qui, malgré leur (lécoiivoi'tc, ou plutôt leur uti-

Aipiiilles do la mor do

lisalion toute rc'conlc (1H41), ont (l('>jà une r(''putation bien assise. Ces eaux, tn's riches en i)riiicipes minéraux, ollVent celle pailicularil(i que, très limpides en sortant de leri'c, elles se Iroublent au contact de l'air, et ne tardent pas à déposer un sédimenl princijialement comjiosé ilo soufre.

Le département de la Savoie se divise en quatre arrondissements. Maintenant que nous connaissons la capitale du priMuitM", jetons

un coup d'œil sur les chefs-lieux des trois

autres.

Saint-Jean-de-Maurienne est une petite ville

de 3,000 habitants, dont l'église paroissiale

et le cloître méritent seuls notre attention.

L'église, prise dans son ensemble, est loin de présenter ces lignes harmonieuses , ces belles proportions qui nous ont si souvent frappés dans les édifices religieux de l'architecture ogivale.

Passons vite sous ce porti(iue moderne, où il y a cependant, incrustés dans le mur, deux bas-reliefs en marbre qui mériteraient une meilleure place, et pénétrons dans l'éclise. Sa nef, déjà fort belle, nous prépaie à admirer les magniliciues boi-

placo, pri'-s (io ('lininnnix.

séries du cluvur. Ce sont deux liles de stalles sculptées avec un goût e\(|uis: une galerie d'une légèreté et d'une dé'licalesse merveilleuses rècrne au-dessus de ces stalles, dont chacune porte sur son dossier la statue d'un saint.

A côté du siège cpiscopal, également en bois sculpté, se trouve \o reliquaire de saint .lean. « C'est, dit M. Mageri. tout un monde de statuettes, de groupes, de guirlandes, de

DKIIXII'MK VOY \r, K

f«:'iiillnge>, do clochetons et de dôtails d'.nchitecliii-c prûfoiidénieiit fouilN's cl ncttcinciil cisclcs. " Ce iK'lit luoiiuuieiil est en Mlh.Urc.

Allicrtville se compose do doux lioiii!js, Contlans et riIos|Mtal, (luo, vois lS'i:i. lo gouvernonieul sai-do a i-t'unis, ol aiix(iuols il a donné ce nouveau nom. Leur voisinaizo (ils n'étaient séparés que pai- l'Arly) molivail parfaitement cotte fusion, (pii a été maintenue. Alhoi'lville, située à roxtn'mité dos belles et fertiles vallées de l'Arly et de l'Isère, est une ville industrieuse et commerçante, ipii compte près de 'j.îiOO âmes.

La ville de Mouticrs (Mouticrs-en-Taronlaise), dont le nom indi(jue assez clairement qu'elle tire son origine d'un ancien monastère, est assise dans une espèce de carrefour triangulaire, formé par la réunion de trois vallées, celles de la haute Isère, de la basse Isère et du Doron. C'est une petite ville d'environ 2,000 habitants, qui ne doit une certaine importance qu'à ses salines.

Ces salines sont alimentées par une source salée dont les eaux ont une densité un peu inférieure à celle de l'eau de mer. Elles sortent de terre à un kilomètre environ de la ville, et sont traitées dans d'immenses bâtiments de graduation.

On y enqiloic deux i)rocédés : celui dos fagots et celui des cordes, pour concentrer l'eau salée par une évaporalion spontanée à l'air libre avant de la soumettre à l'action du feu.

Le premier consiste à faire traverser par l'eau élevée au sommet du bâtiment de grailuation une épaisse couche de fagots; dans ce trajet, l'eau, divisée à Tinlini par les branchages entre lesquels elle est obligée «le se frayer lentement son chemin, se vaporise et possède en arrivant en bas une densité sensiblement plus consiflérablc. < »n répète l'opération, jusqu'à cecju'clle ait atteint la densité' convenable pour être traitée économi(|ucmcnt par le feu.

Le procédé des cordes repose sur les mêmes principes fjue le premier. Voici comment le décrit M. Derbclte : « A Mouticrs en Savoie, j»our renii)laccr on été réva|)oration par le feu, on se sert fl'un bâtiment «le gra-

duation à cordes, au moyen duciuel on obtient directement du .sel cristallisé. Ce bâtiment a ipialre-vingt-dix mètres de longueur, dont soixante-dix sont garnis de cordes. Au sommet du bâtiment sont placés des canaux de treize centimètres de large, espacés entre eux de treize centimètres; des cordes sans lin liassent dans des trous percés dans ces canaux, et sont maintenues j)ar des solives placées dans la partie inférieure du bâtiment. Elles ont sept à huit millimètres de diamètre. Il y a vingt-quatre fermes, dans l'intervalle desquelles se trouvent douze canaux. Ceux-ci portent vingt-trois cordes chacun, ce qui fait ((uarante-six longueurs de corde pour chaque canal. Chaque corde ayant huit mètres vingtcinq centimètres de longueur, on voit qu'il a fallu plus de dix mille mètres de corde pour construire le bâtiment. L'eau est élevée par une noria dont les seaux la déversent dans un canal qui règne dans toute la longueur du bâtiment. Celui-ci la distribue dans les canaux qui se trouvent entre chaque ferme, et de là elle passe dans les canaux qui supportent les cordes, et qui sont munis d'écliancrurcs par lesquelles l'eau coule sur les cordes.

« Le sel cristallise sur ces cordes, qui se recouvrent ainsi d'une couche de plus en plus épaisse : lorsqu'elles ont acquis environ six centimètres de diamètre, on les décharge en brisant le sel. Celui-ci tombe sur le sol, et on le ramasse. »

La montagne du roc du Diable, qui domine Mouticrs d'une hauteur de plus de deux mille mètres, [jrojette son ombre sur la ville pendant une paitie de la journée; celte montagne, d'une ascension assez facile, et qui se di'osse isolée au milieu des Alpes, est le but de fréquentes excursions. De son sonunet on voit se dérouler la chaîne entière des Alpes.

Aix, qui doit plus à ses eaux thermales <|u'à sa belle siluation sa réputation eumpéciuie, est un sinijjh) chef-lieu de canton, dont la population dépasse 6,500 âmes.

Inondant la saison des eaux, les étrangers doublent â peu près ce chiffi-e. En IS!]!) on en compta plus de cinc} mille.

DE PARIS A LYON — BOURBONNAIS

Voici comment un de nos grands poètes, M. de Lamartine, dépeint Aix et ses environs : « La petite ville d'Aix, toute fumante, toute ruisselante et tout odorante des ruisseaux de ses eaux chaudes et sulfureuses, est assise par étages sur un large et rapide coteau de vignes, de prés, de vergers. Une longue avenue de peupliers séculaires, semblable à ces allées d'ifs, à perte de vue, qui conduisent en Turquie aux sites des tombeaux, rattache lu ville au lac.

A droite et à gauche de cette route, des prairies et des champs traversés par les lits rocailleux et souvent à sec des torrents des montagnes, sont ombragés de noyers gigantesques, aux rameaux desquels des vignes robustes comme les lianes d'Amérique suspendent leurs pampres et leurs raisins. Un apcn^oit de loin, à travers les échappées de vues, sous ces noyers et sous ces vignes, le lac bleu (pii étincelle, et qui pâlit selon les nuages et les heures du jour. i>

J'ajouteiai tout iirosaïquement à ccllt: brillante description que le climat de la vallée d'Aix e.st d'une douceur romanjuable, et qu'on y trouve en pleine terre «les myrtes et des grenadiers. Les eaux d'.Mx. di»nl les ilomains faisaient grand cas, ainsi que le dé'montrent les importantes constructions (jui subsistent encore, à |>eu près abandonnées

Mer de glace, près do Chamonix.

pendant plus de mille ans, ne conmiencèrent à reprendre une certaine faveur que vers le milieu du xvi"" siècle. Parmi ces constructions, l'arc de Campanus, situé sur la place de ce nom, et qui servait probablement de principale entrée aux thermes, le temple de Diane et le bain romain méritent d'être siernalés.

L'arc de Campanus, d'ordre toscan et ionien , paraît remonter au ni° siècle.

Sa hauteur est de neuf mètres, sa largeur de sept mètres, son ouverture de trois mètres. Il est couvert de nombreuses inscriptions.

Les malades qui fré- (picntent les eaux d'Aix les prennent généralement plutôt en bains et en douches qu'en boisson. Pendant la saison, à certaines heures du jour, la ville est sillonnée en tout sens par des chaises à porteurs, transportant les baigneurs de rétablissement à leur domicile. Cet usage est une consé(pienec forcée du traitement presque toujours adopté. Kn sortant des éluvcs, le corps du patient ruisselle de sueur, et il est indispensable que cette transpiration arliliciellement excitée se prolonge pendant un certain temps, il a <lo?\c fallu trouver un moyen de transporter un nuilaiie jusque dans son lit sans l'exposer au moindre refroilli^sement. On y parvient en rcnveloppant, au sortir de réluvc, dans des lancres et des cou-

m; 1X1 IMF. V(tV AC.K

vorluros, ot «mi \c portant on col ('lat dans sa chainbi'o à coiichor. Les porloiirs d'Aix nul ac»|iiis par un lonjj; oxcrcico une adresse vraiment ôlonnanle, et ils franchissent, sans la nioindi-e secousse pour liMir fardeau, les coulnirs, les portos, les escaliers les plus raides.

l»iii\ sources alimentent les thermes d'Aix. < >n les dcsii^nc sous les noms de source d'alun et source de sotdVe. Leur débit est de si\ millions (rois cent soixante-ticux millt^ quatre eeiil ipiatro -vingt litres par itiiii'. fue vraie rivière thermale. Cei>cudaiil nu réservoir immense se complète

chaipie nuit i>nnr parer aux nécessités du service.

Aix est la reine des stations thermales de la Savoie, mais les sources de Marlioz ot celles de Challes lui prêtent un utile concours dans la prati(jue hydrominérale. II existe entre eos trois groupes une solidarité (pii résulte dos éléments dont ils se composent et t\\\c confii-me cha(pu' jour l'expérience. Ces trois sources, (pioicpie douées de propriétés diverses, présentent des analogies ijui permettent des combinaisons de traitement répondant à tous les besoins et à toutes les indications de la thérapeutirjuc sulfureuse.

TROISIÈME VOYAGE

DE PARIS A LYON, ROUTE DE LA CHAMPAGNE

Provins. — Xogont-snr-Soine. — Troyo s. — Bar-sur-Scino.

— Cbàdllon. — Lyon.

Nous sortirons de Paris par le chemin de fer de TEst, ligne de Mulhouse. Rien de remarquable n'altire d'abord notre attention, si ce n'est le château de Gros-Bois, dont les jardins et la galerie renferment des trésors en sculpture et en peinture. Gros-Bois appartint avant la révolution au comte de Provence , qui régna plus tard sous le nom de Louis XVIII. La Convention en fit une propriété nationale. Après le 18 brumaire, Bonaparte, premier consul, le donna au directeur Barras. Il a ensuite appartenu au général Moreau, puis à Berlhicr, prince de Noucliàtel.

La petite ville de Brie-Comle-Hobert, dont le château ne présente plus que des ruines , fut une place de guerre importante lors de Tinvasion des Anglais et pendant les guerres de religion.

Toute cette région a vu d'admirables combinaisons stratégiques pendant la cami)agne de 1814. Après la bataille de Vauxchainps, Napoléon apprit que, pendant qu'il ball.iit le gén(*ral Bliicher nu ses lioutenaiils sur la roule de Ch;'ilons à Paris, lo prince Scliwarl- /enberir avait marclu' rapidement sur Paris à la tète d'une armée plus nombreuse encore que celle de Bliichor; (|uo Montcroau, Muret,

P^ontainebleau étaient déjà occupés par l'ennemi; que les équipages des maréchaux Victor et Oudinot avaient rétrogradé jusqu'à Charenton. Il prit son parti sur-le-champ, et quitta la route de Ghàlons pour regagner celle de Troyes.

Les belles routes départementales qui sillonnent aujourd'hui la Brie dans toutes les directions n'existaient pas à cette époque. 11 fut obligé d'aller de Montmirail jusqu'à Meaux, pour y prendre la roule de Meaux à Melun , et se placer ainsi entre Paris et l'armée autrichienne. L'armée fait trente lieues en trente- six heures. C'est à Saignes, à huit lieues seulement de Paris, que, le IG février, l'empereur rencontre les premières colonnes autrichienues. A la vigueur des coups portés immé-diatemeut à Mormant, à Donnemarie, à Nangis, où deux de ses divisions sont complètement détruites; à la vue de ses régiments rejetés les uns sur les autres, et couvrant bienlAt tous les chemins de leurs morts et do leurs blessés, Schwartzenberg reconnaît la pn^scnce de Napoléon. Il ordonne aussitôt la retraite, et se dirige sur Monlereau, où un nouveau et plus sanglant désastre lui était réservé.

Nangis est une petite ville (2,500 habi-

IKHISIKM!- \ nV AC. I",

lanls) 1res atrirablenifnl située dans une lies plus rirlios vallées de la lirii'. Son église paroissiale est solidement construite en i::ivs et iTun assez bon style goliiitiue, jtieu tpie les détails en soitMil il'une exécution faible.

On voit à Naiii^ris les ruines de son vieux château, dont deux t'*nornies tours construites en !?rès subsistent encore. C'est dans les environs de cette ville que Napoléon, dans sa dernière et prodigieuse campagne, culbuta les Autrichiens et fon^a une grande partie de l'armée alliée à repasser précipitamment la Seine.

Provins, ville de 8,000 àmcs, située dans une riante vallée, n'occupa longtemps que le sommet de la colline; elle s'est depuis répandue sur la pente entière et jusqu'au confluent de deux petites rivières, le Durteint et la V'^oulzie. Provins a utilisé leurs eaux pour mettre en mouvement une soixantaine de moulins à farine, et, reconnaissant leurs propriétés pour la teinture, elle les utilise aussi pour la préparation de grosses étoffes. Sous le règne de Ciiarles VII, Provins possédait une célèbre manufacture de draps. On raconte qu'un Anglais chassé de France embaucha des ouvriers de Provins, <pii portèrent les premiers cette industrie en Angleterre.

La culture des roses est fort ancienne à Provins, et ses conserves ont une certaine réputation. Les roses, comme vous le savez, entrent dans les préparations de la parfumerie; on les emploie aussi en médecine, mais beaucoup moins qu'autrefois, parce (jue leurs i)ropriétés astringentes sont assez faibles.

Je le recommanderai, Guillaume, un bel ouvrage de l'architecture du moyen âge : c'est la grosse tour que le peuple appelle la Tour de César, et qui est le dernier débris d'un château des comtes de Chamj)agne. Elle a envii'on quarante-cinq mètres de hauteur. Klle présente un carré à pans coupés, flanqué à chatpic angle d'une tourelle circulaire f[ui, engagt'c d'abord dans la maçonnerie, s'en détache à rcndroil où celte grosse tour prend la forme d'un octogone parfait, et laisse entre

clic cl It^s tourelles un espace où sont jilacés lies arcs-boutants. La grosse tour et les quatre tourelles sont surmontées de toitures j^yramidales. A peu de distance de la grosse tour, l'église Saint-Quiriace, d'une architecture élégante, j^miI le disputer à Notre-Dame de Paris i)our les dimensions et la perfection de son chœur.

Provins possède des sources d'une eau minérale ferrugineuse, froide, douée de propriétés très énergiques. Leur réputation n'est pas aussi grande qu'elle devrait l'être.

Au delà de Provins le sol devient craveux; on reconnaît la ligne qui sépare le bon sol de la Champagne du mauvais. Nous entrons dans le département de l'Aube, dans l'ancienne Champagne pouilleuse, ainsi nommée à cause de la misère qui y régna jadis. Cette contrée est maintenant traversée par des routes très fréquentées et par un embranchement du chemin de fer de l'Est; ces nombreuses et faciles voies de communication, aujourd'hui qu'on voyage beaucoup plus qu'autrefois, ont fini par réveiller les habitants de leur ancienne torpeur, et les ont aidés à triompher de la stérilité du sol dans une moitié de ce département. Le paysan de la Champagne pouilleuse s'ingénie aujourd'hui de mille manières pour effacer ce surnom et lutter contre une nature marâtre. Il a appris à planter des pins, à créer des prairies artificielles; il élève des bestiaux, de la volaille, des porcs, des abeilles. Il exploite la craie de son sol, la broie et la décante, pour en former des pains de blanc d'Esparpic, ou plus exactement de blanc de Troyat. L'industrie cotonnièrc a pris aussi un grand développement; la bonneterie s'y est perfectionnée; la ganterie, la parfumerie, les draps pour la troupe, occupent beaucoup de bras.

On arrive à Nogenl-sur- Seine, ville de .'j,'ô00 âmes, par deux ponts jetés sur les deux bras du Meuve. Le piemier, en pierre et d'une seule arche de trente mètres d'ouverture, a été construit par le célèbre ingénieur P(M'ronet. Peu de villes ont autant que Nogent souffert des guerres civiles et des incendies. De tous ses monuments elle n'a

DE PARIS A LYON — CHAMPAGNE

conservé que son église paroissiale, dont la construction remonte au xv° siècle. Une inscription placée sur le mur extérieur indique qu'elle a été commencée sous Charles VI (1421), et achevée sous Henri II (1354). Sa tour, fort élevée, et assez belle, est de cent ans moins vieille; elle est surmontée d'une statue colossale de saint Laurent, qu'environne une galerie à jour fort remarquable.

En 1814, sa belle défense contre les étrangers lui coûta cher. Après une lutte de trois jours, le duc de Bellune fit sauter le pont de Nogent et se replia sur Provins, La retraite de la garnison permit à Tennenii de pénétrer dans la malheureuse cité, et il acheva de brûler et ruiner ce que ses boulets et ses obus avaient épargné, Nogent, depuis celle époque, a presque entièrement été rebâti à neuf.

Le nom de chemin des Romains, conservé par un chemin du voisinage, a donné à penser que Nogent avait existé dans le temps de leur domination; mais la tradition la plus constante est qu'elle fut bâtie sur les ruines de Richebourg, sans qu'on puisse fixer la date de la destruction de celle-ci, ni son

origine.

Un canal traverse la ville de Troyes, et la partage en deux parties. Le long de ce canal, et autour du bassin creusé sur l'emplacement de l'ancien palais des comtes de Champagne, s'élèvent d'assez beaux quais, bordés de maisons dont la physionomie moderne forme un contraste saisissant avec les autres quartiers, dont les rues étroites, mal alignées, avec leurs sombres hôtels aux portes massives, aux fenêtres grillées, leurs habitations bourgeoises construites en pans de bois, coilTccs de toits pointus, ayant pignon sur rue, vous transportent en plein moyen âge. Comme toutes les villes d'aujourd'hui, Troyes travaille à se rajeunir, à se donner de l'air et (le la lumière : elle a d('jà aballu s(^s vIlmix l'empurls, et elle en a fait des iiromenade» agréables.

Les environs de l'ancienne capitale de la Champagne ont une physionmnie loul«^ spéciale. Dans l'inlérèt de l'agriculture, les comtes de Champagne avaient depuis long-

temps divisé l'un des bras de la Seine ; l'industrie fabricante a poussé la division à l'infini. Le bras qui passe dans les murs de Troyes est distribué en d'innombrables petits canaux qui font marcher des moulins, des filatures, des teintureries, des tanneries. Chacun de ces petits canaux est bordé de sentiers, que longent une haie vive et de gracieux rideaux de peupliers. De chacun d'eux partent des rigoles qui vont féconder des jardins, des chènevières, des oseraies, des pépinières, des plants de saule.

La France a peu d'édifices gothiques comparables à la cathédrale de Troyes pour l'étendue du vaisseau, la hardiesse des voûtes, la justesse et le grand effet des proportions. On désirerait seulement plus de légèreté dans les piliers qui sépaient la nef des bas côtés. Le portail et la grosse tour sont d'une élégance parfaite. Le chœur et la nef sont des xni% xiv* et xv° siècles; la tour et le portail sont du xvi". Un groupe de cinq figures, ouvrage curieux du xvi° siècle, représente le Baptême de saint Augustin. L'autel est orné d'une bonne copie de la Cène de Léonard de Vinci. A droite de l'autel, un tableau sur bois, divisé en plusieurs panneaux, représente la Nativité de Nolre-Sciqncur. Les vitraux datent du commencement du xni^ siècle. Ceux du chœur surtout sont précieux par leur belle conservation, et parce qu'ils donnent les costumes exacts et en grande proportion de plusieurs rois de France, comtes de Champagne, princesses de leur maison, et évèques de Troyes du xiii® siècle. La grande rose, au-dessus du portail, est particulièrement remarquable par l'harmonie et la vivacité des couleurs.

L'ancienne collégiale Saint- Urbain a été citée par Millin. dans son bel ouvrage sur nos antiquités nationales, comme un des plus remanjuahles monuments du style ogival, et (pii n'a de rival pour l'élégance légère que la Sainte- Chajtolle de l'aris. FCIle date do la lin du xiii" siècle. On attribue au ciseau de François Cii'iilil un bas-relief (pii représente une femme enveloppée d'un linceul et couchée sur un tombeau. Le même artiste, né à Troyes, a plusieurs autres de ses œuvres

TROIPIEMl": VOYAGE

dans les églises Saint- l*;uilal('-oii cl Saiiil-

Nicolas.

L'église Saint-.loan possède un des meilleurs tableaux de Pierre Mignard, (jui eut Troyes pour berceau : le Ihiplrmc de Jcsus- Christ dans le Jourdain. La ligure du Prre éternel, exécutée à IVescjuc au-dessus de ce tableau, est du même artiste, (iirardon, né aussi à Troyes, a modelé les deux anges en cuivre doré qui ornent Tautel. Jacques Juliot a sculpté |)lusieui's bas-reliefs en albâtre dans la chapelle des l'onts.

L'église Sainte-Madeleine, la plus ancienne de la ville, olTre dans sa construction des détails précieux du xii" et du xvi" siècle. Le jubé, remarquable par sa légèreté et sa richesse, lut construit on 1518 par l'Italien Jean Gualdo. Les vitraux des chapelles présentent des étoiles supérieurement rendues.

Bien que César n'ait pas fait mention de Troyes, les antiquaires sont d'opinion qu'elle a dû exister de son temps. Pline parle du peuple Tricasses, et Plolémée appelle la capitale de ce peuple Auguslobona Tricassiwn. Un écrivain latin nous apprend qu'elle était fermée de murailles en 3bG. Elle eut des comtes héréditaires vers le milieu du x° siècle. A la comté de Champagne plusieurs réunirent la suzeraineté de Blois, de Chartres et de Brie. L'un d'eux, Thibault IV, qui vivait dans la première partie du xn** siècle, fit de Troyes une ville riche, commerçante et manufacturière. Entrepôt du commerce par terre de presque tout le nord de l'Europe jusqu'à la découverte du cap de Bonne-Espérance, ses foires y attiraient une affluence considérable de marchands de toutes les nations. Pour vous donner une idée de son ancienne splendeur, je vous dirai que vers le milieu du xvir siècle on y comptait deux mille métiers de draperie et mille six cents de lisseranderie, quatre cent cincjuante maisons de tannerie, corroierie et mégisserie, et deux cents maîtres teinturiers. Vers la fin du xvi" siècle, un .souverain étranger accepta de notre roi Chai-los l.\ la caution des commerçants Iroyens pour la somme énorme alors de 1,200,000 livres.

Troyes jiartagea longtemps avec Rouen le

nionopule de la fabrication des cartes à jouer cl lies images gravées sur bois (connues sous le nom de dominolerie). Cette industrie occupait à elle seule quarante moulins à papier depuis Bar-sur- Seine jusqu'à Méry. Sous le règne de Henri IV, Troyes comptait G0,()00 habitants; il ne lui en reste aujourd'hui (prenviron IVj,O0O.

Le grand mouvement industi-iel de notre époque a porté autant de profit aux habitants de la campagne qu'à ceux de la vieille cité. Je citerai, par exemple, l'industrie de la bonneterie. Troyes possède mille cinfj cents métiers de ce genre, et il en existe dans la campagne plus de trois mille cinq cents, dont les produits viennent se vendre au chef- lieu. Depuis quelques années on emploie, j)Our le tricot, des métiers circulaires qui fabriquent des pièces de tissus sans coulure, dans lesquels on taille des bonnets. Ces métiers produisent à si bas prix qu'ils ne redoutent aucune concurrence.

Depuis Troyes jusqu'à Bar- sur-Seine, le pays qu'on traverse est constamment plat et sablonneux. Bar, assise au milieu d'un riche vignoble sur la rive gauche de la Seine, à l'extrémité d'une vallée resserrée entre deux coteaux, dont l'un est gracieusement couronné d'une vieille chapelle et d'un vieux bouquet de bois, est une jolie mais modeste ville de 3,000 âmes. Ses maisons, généralement bien construites, la propreté de ses rues, ses charmantes allées le long de la Seine, en font un séjour agréable.

Nous arrivons à Chàlillon-sur- Seine par un beau pont jeté au conilucnt de la Seine et de la petite rivière de la Douix, qui prend naissance à quelque dislance sur la gauche et sort d'un roc. Clardez-vous de mépriser cette pauvre petite Douix; car, dans les grandes chaleurs de l'été, il arrive assez souvent que le lit sablonneux de la Seine se trouve à sec, el que, nous autres Parisiens, qui croyons boire de l'eau de la Seine descendue du centre du déparlement de la Cùte-d'Or, nous recevons le tribut de la Douix, qui, elle, ne tarit jamais.

Chàtillon, peuplée de iJ.OOO habitants, forma jadis deux communes tlislinctes : la

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ville de Chaumont et le Bourg. Chacune eut son château; celui du Bourg n'offre plus que des ruines. Le château de la ville, désigné sous le nom de Chô.telot, appartient depuis longtemps à la famille .Marmont. Le dernier et le plus illustre chef de cette famille, le duc de Raguse, a fait de cette habitation un établissement rural et manufacturier qui mérite d'être visité. A côté d'un haut fourneau fonctionnent une fabrique de sucre de betteraves, une scierie hydraulique, etc.

Les artistes visitent avec plaisir dans le quartier du Bourg l'église Saint-Nicolas, qui date du xii* siècle, à l'exception du chœur, reconstruit en 1546.

Nous pourrions rejoindre la ligne de Lyon par Nuits-sous-Ravière ; mais nous préférons nous diriger sur Dijon par la voie de terre, en remontant la vallée de la Seine. A quarante kilomètres au delà de Châtillon, à mi-chemin entre cette ville et Dijon, un peu à droite de la route, dans une contrée boisée et rocheuse, au pied de la ligne calcaire qui partage les eaux de la Saône et de la Seine, nous pouvons voir ce dernier fleuve à sa naissance. Il se forme de la décharge de quelques étangs alimentés par plusieurs petites sources, toutes situées dans la commune de Saint-Germain-la-Feuille. Près de ces sources ont été découvertes, en 1830, de nombreux objets gallo-romains et les débris d'un vaste temple entouré do cellules ou chapelles, et au milieu duijuel, près d'une source aujourd'hui tarie, se trouvait une statue de la déesse Se(jua?ia. En 1867, les sources de la Seine ont été réunies au pied d'une belle statue de Nymphe, due au ciseau de M. JouIVroN , et représentée assise devant une grotte. Ce monument a été érigé aux sources de la Seine par la ville de Paris.

A environ seize kilomètres plus loin , nous passons dans le joli bourg dt; Saint-Seine. L'église de l'ancieime abbaye de Saint- Seine date du xui" et du xV siècle ; on la rite comme une des plus belles que possède le département. De là nous gagnons Dijon, Chalon-sur-Saône, et enfin Lyon, but i\c notre voyage.

11 suffit de regarder la position de Lyon au

confluent de deux cours d'eau aussi importants que la Saône et le Rhône, pour comprendre qu'elle soit devenue l'immense entrepôt où affluent et s'échangent les marchandises du Midi et du Nord, et que sa population ait atteint le chiffre de 323,000 habitants, en y comprenant la population des anciens faubourgs, annexés en vertu d'un décret du 24 mars 1832.

Lyon est donc riche , fort riche ; aussi les habitations somptueuses n'y font pas faute. Le quai Saint -Clair se distingue par ses magnifiques maisons. C'est en se promenant sur le quai Saint-Clair que l'empereur d'Autriche Joseph 11 s'arrêta pour avouer que les marchands de Lyon étaient mieux logés que les princes de son pays. Et cependant Lyon a bien changé depuis cette époque, et si l'empereur Joseph y revenait aujourd'hui, il trouverait bien d'autres sujets d'étonnement et d'admiration. Depuis vingt ans surtout, on peut dire de Lyoo qu'il s'est complètement transformé.

Il y a déjà bien longtemps que la municipalité faisait de louables elforts pour donner un peu d'air et de lumière à son quartier central, dont les rues étroites, bordées de constructions très élevées, ne voyaient jamais un rayon de soleil descendre sur leur pavé fangeux. Des ordonnances de police, destinées à faire contracter aux habitants certaines habitudes d-e la propreté la plus élémentaire, s'affichaient de temps en temps; mais l'absence de concierges, et les longues et obscures allées qui traversaient les maisons et qui servaient de passages, rendaient ces mesures illusoires. On balayait un peu ; on élargissait par ci, on gagnait par là quelques mètres sur une devanture de boutique hors d'alignement; mais la ville n'en était ni plus claire ni moins sale. Ces palliatifs, ces demimesures coûtaient malgré cela très cher, et le résultat ne répondait nullement à la ih*pense. C'est alors (jue, stimulée par l'exemiile do la cajtilale, l'édilité lyonnaise eut recours aux grands moyens. Elle décida l'ouverture et adopta le tracé de plusieurs larges voies, achevées aujourd'hui , et (jui n'ont rien à envier, ni pour la niagni licence des conslrue-

TROISIKMK VOVAGK

lions, ni iR>ur la soiui>luciise décoration «les niagasins cl îles caft-s, aux jilus i>ollos nies (II- l'.iiis. ("ts iiuiiHMisos IroinVs au n)ili('U d'uiu' masse compacte de nmisons séparées par d'obscures et sordides ruelles, ont coinplèleiuenl changé la physionomie de la cil»'. >!ais, si Ton a beaucoup fait, il reste encore beaucoup ù faire pour accomi)lir celte œuvre de réirénéralion.

Une des causes cjui contribuaient pour une large part à la nialprojireté proverbiale de Lyon, était le man((uo d'eau. Depuis 18jO, une compagnie s'est mise en mesure de fournir à la ville tivnle mille mètres cubes d'eau par vingl-tjualre heures. Il ne s'agit plus (pie de savoir s'en servir.

BiMi en i>artie sur plusieurs collines et en partie sur un terrain uni, Lyon olTre peu de i-t'gularilé. Ce tpii est fort gênant pour les habitants produit du moins, en faveur de nous autres simples visiteurs , des points de vue variés et d'un- effet piquant : par exemple, le quai de la Saône. Au-dessus de la ligne des toits, vous vovez se détacher la verdure el le sol rocheux du coteau presque à pic contre lequel les maisons sont adossées, tandis que bien au-dessus le sommet du coteau se couronne d'une seconde ligne de maisons et de clochers. Les trois belles lignes de quais entrecoupées de dix-sept ponts, presque tous de construction moderne, ont un aspect imposant. Plaçons-nous au confluent des deux cours d'eau, et prenons l'innocent plaisir que nos badauds de Paris aiment à se donner du pont de l'île Saint- Louis, où la Seine -^e partage en deux bras. Voyez comme cette Saône est calme; les bateaux n'y descendent qu'avec une sage lenteur, tandis que le lUiône emporte avec la vitesse d'une (lèche ceux qui se confient à son onde rapide. Un des faubourgs de Lyon, la presqu'île Perrachc, au sud, semble destiné à un brillant avenir. C'est un immense terrain concjuis sur le Pdiône, qui a été forcé de se creuser un autre lit il y a une soixantaine d'années. Il doit son nom à un homme ingt'-nieux (jui , en 1770, conçut l'heureuse idée de reculer de deux kilomètres la jonction du lUiùne el de la Saône, afin d'allonger

la \illt', «pi'on ne pcnivait agrandir d'aucun autre côti' à cause des montagnes cpii l'cntourenl et du lleuve et de la rivière (pii la bordent. La prescpi'île PeiTache est presque dt'jà un nouveau Lyon, beaucoup plus beau »|ue l'ancien. Les rues qu'on y a tracées sont tivs larges et aboutissent prescpie toutes au fleuve ou à la rivière. 1-^lle jouit d'un port sûr et commode pour le débanjuement el rembarquement des marchandi.ses.

M. Amédée Thierrv, l'historien des Gaulois, raconte ainsi l'origine de Lyon : « De graves dissensions domestiques s'étaient élevées dans l'enceinte de Vienne, durant les guerres de César et de Pompée : une partie des habitants avait chassé l'autre, liéfugiés sur les bords du Rhône, près de son confluent avec la Saône, les bannis viennois y vécurent longtemps campés dans des cabanes ou sous des tentes. L'année qui suivit la mort du dictateur, le sénat romain forma le projet de les coloniser et de leur bâtir une demeure. Il chargea de ce soin le gouverneur de la province, Plancus, dont il redoutait et voulait occuper l'esprit turbulent. A l'endroit où la Saône se jette dans le Rhône, sur le penchant d'une colline qui la boide à l'occident, était situé un village ségusien nommé Lvf/dwmm. Plancus s'en empara, le reconstruisit, et en fit une ville où il établit les exilés. Plus tard , Auguste , charmé de la beauté du site, y attira une colonie militaire. » Lyon reçut aussi à cette époque le nom de Leopolis ou Leontopolis, ville du lion. Au temps de saint Irénée elle portait celui de Uhodanusia , qui peut se traduire par la Rhônoise.

La cité romaine occupait la pente des hauteurs de Fourvières, beaucoup au-dessus du niveau du Rhône et de la Saône. Les Romains ne connaissaient ni les pompes à feu ni les machines hydrauliques <pii peuvent élever l'eau. Leur méthode ordinaire était de rechercher les sources qui pouvaient se trouver de niveau avec le lieu (pi'ils voulaient approvisionner, et de conduire l'eau de ces sources i)ar un a(iueduc , c'est-à-dir»' un canal en pierre couvert, que soutenait une longue suite d'arcades. Pour abreuver Lyon,

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ils s'adressèrent aux sources du mont Dore, et deux aqueducs conduisirent cette eau au travers et au-dessus des vallées qui séparent le mont Dore de celui de Fourvières. Plus tard, les empereurs romains eurent un palais tout à fait au sommet de Fourvières, et ce palais se trouva de vingt mètres au-dessus du niveau des eaux qui coulaient du mont Dore. Les Romains n'hésitèrent pas à aller s'adresser aux sources du mont Pila, plus élevées, mais à une distance de trente-deux

portail, un bas -relief qui représentait, diton , les déesses mères sous la figure de trois femmes. Celle du milieu porte une corne d'abondance et deux pommes, les deux autres chacune une pomme. Ce bas-relief a été transporté au musée lors des dernières réparations. L'église Saint-Paul, dont la partie supérieure est éclairée par un dôme octogone, date du xu^ siècle. Je ne sais si l'on y voit encore un bas-relief qu'on disait être du XI'' siècle, et qui représentait un comte

kilomètres en ligne droite, et séparées de 1 Richard à genoux, demandant miséricorde

par ces paroles, gravées en caractères carlovingiens : Chrisle, rei miserere mei, medicina reorum :

« Christ , remède des pécheurs, ayez pitié de moi , pécheur. » Au-dessus .

le Sauveur lient un livre de la main gauche, et de la droite bénit le pénitent. Le portail de l'église Saint- Pierre est du ix" uu du x° siècle.

Lyon par plusieurs vallons d'une grande profondeur. Ils construisirent un aqueduc qui , à cause des circuits nécessaires pour ménager la pente de l'eau , se développe sur une longueur de cinquantedeux kilomètres.

On retrouve de beaux vestiges de ce gigantesque travail sur plusieurs points de la cam-

Lvon.

pagne. Dans l'ancien clos d'un couvent de minimes, nous pourrons visiter le réservoir, solidement voûté et parfaitement conservé. C'est un carré d'environ quinze mètres sur chaque face et de sept mètres de hauteur. L'intérieur est divisé par arcades que soutiennent de forts jjiliers. Nous ferons connaissance avec le fameux riment lomain, qui, en séchant, accpiérait la durol»' du granit. Nos ing('nieurs font aujourd'hui des mortiei's liytlrauliciues aussi bons (jue ce ciment, dont la dureté est Telfet du temps, et non d'une composition particulière.

l'anni les vieux ('(lilices religieux de Lyon, on remar(|ue la petite église d'Ainai, qui date, du moins en partie, du x" siècle. Llle porte le cachet de rarehiteclure by/.anline. Le dôme, la voùle du chœur, le clocher pyramidal, sont moins anciens. L'aiiiste avait cru devoir utiliser, en le plaçant dans le

La cathédrale rappelle pour le style notre église parisienne Saint-Gerraain-l'Auxerrois. C'est un monument du xu" siècle, dont le portail n'a été achevé que sous Louis XI.

On a fait entrer dans la bâtisse plusieurs blocs de marbre tirés des ruines du i\>ru7Ji construit par Trajan sur la montagne de Fourvières. Son cloître fut environné militairement d'épaisses muiailles et de grosses tours. Klle possède une cloche du poids de dix-sept mille cinq cents kilogrammes, (jui passe pour la plus grosse qu'il y ait en Franco. Dans le bras gauche de la croix, les curieux se font montrer une horloge construite en \'.\*M, par un certain Lippius, de la ville lie n.ile. File marquait le cours du .^^oleil, h's i^hases de la lune, rann<''e, le mois, le jour, l'heure, la minute, la seconde, et le nomdu sainldujour. Plusieui's {HUiles figures au-dessus du cadran mettaient en mouve-

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ineiil un carillon qui jouail diiïôivnls airs. Le mocani-snif osl dérangé; pour le réparer il faudrait une forte sonanc (juo personne aujourd'hui n'est d'avis de consacrer à cet usage.

La belle pyramide qui sert do clocher à l'église Saint-Nizier domine tous les monuments de Lvon. L'église actuelle date du commencément du xv" siècle. Les dessins du portail sont dus au Lyonnais Philibert Delorme. Le sculpteur Coysevox, dans une de ses meilleures inspirations, avait exécuté avec amour une statue de la Vierge, et en avait orné la maison qu'il habitait à l'angle de la rue du Bàl-d'Argent. Ce chef-d'œuvre appartient aujourd'hui à l'église Saint-Nizier, qui possède un beau tableau de Revoil, Jésus mourant sur la croix. Le sculpteur et le peintre étaient tous deux Lyonnais : le premier du siècle de Louis XIV, le second du nôtre.

Ce dôme d'une grande beauté, qu'on découvre de toutes parts , Servandoni en a donné les dessins. H appartient à l'église des Chartreux, édifice de la fin du xv!*" siècle, dont l'autel, composé de marbres les plus rares, est surmonté d'un majestueux baldaquin. Le ciseau de Sarrasin a taillé les statues remarquables de saint Jean et de saint Bruno.

Soufflot, Tarchitecle du Panthéon, a donné les dessins du palais moderne de l'archevèché, sur l'emplacement qu'avait occupé un palais qui datait de l'époque de Charlemagne. Lyon doit au même architecte une œuvre plus belle encore : c'est la façade de l'Hôtel-Dieu, qui domine le quai du Rhône.

L'hôtel de ville n'a de rivaux en Europe que celui d'Amsterdam , et celui de Paris avant les désastres causés par la Commune , en 1871. Sa construction, daprès les dessins de Maupin, date de 1047. Cependant la façade est de Mansard, appelé quehjues années après à réparer les ravages causés par un incendie. Deux tables de bronze ornaient naguère encore la principale entrée; elles ont été transférées au palais des Arts. Ce sont des antiquités romaines. Llles portent un discours prononcé dans le sénat romain par l'empereur Claude en faveur de la cité de

Lyon, et pour lui obtenir le liLiv de colonie, discours que lu peux lire, Guillaume, dans le oir/.ième livre des Anuales de ton Tacite. On reconnaît le génie des frères Coustou dans deux magnifiques groupes en bronze : c'est le Rhône qui s'appuie sur un lion rugissant, et la Saône qui s'appuie sur un lion paisible.

Dans la bibliothèque de Lyon, riche en manuscrits orientaux , nous n'oublierons pas de nous faire montrer un herbier sur vélin avec figures, qui date, assure -t- on , de plus de six cents ans; une Uisloirc générale de la Chine en vingt volumes, imprimée à Pékin en beaux caractères chinois; un Tite- Live imprimé à Venise en 1470, trente ans après l'invention de l'imprimerie. Le palais des Arts est un musée où ont été recueillies les antiquités romaines de Lyon ; il est riche en tableaux de difi'érentes écoles. La ville de Lyon a elle-même produit assez d'artistes en peinture pour qu'on parle aujourd'hui de l'école lyonnaise.

Lyon possède, ce qui est rare dans les villes de province, de belles places publiques. Deux sont vraiment monumentales , celle des Terreaux et celle de Belle-Cour, sur laquelle s'élève la statue équestre de Louis XIV. N'oublions pas une autre place, celle de l'Homme de la Roche, qui n'a rien d'aussi beau, mais où le premier passant que nous rencontrerons nous racontera une touchante anecdote au sujet d'une statue de bois qui figure assez naïvement un homme d'armes du moyen âge. 11 est cuirassé et tient en main une hallebarde; mais pourquoi cette bourse dans son autre main? Ecoutez : « Vers l'an quinze cent et tant, il y avait à Lyon un marchand nommé Jean Cleberg. Il était natif de Nuremberg, avait fait le commerce en Suisse; mais, lors de l'entrée de François V' en Italie, il arma une compagnie fi'anche, se mil au service du roi de France, fut comme lui fait prisonnier à Pavie, et le suivit dans sa captivité à Madrid. Las du métier des armes, il revint à sa première profession, s'établit à Lyon, et, ayant gagné honorablement une grosse fortune, il acheta le droit de bourgeoisie. Cet homme faisait un grand

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bien à la classe ouvrière, et, chaque année, il mariait une pauvre fille de son quartier en lui donnant une bonne dot. A sa mort, le peuple de Vaise et de Bourgneuf lui éleva une statue en bois. Chaque fois que la statue est tombée de vétusté , il s'est trouvé de bonnes âmes qui Pont remplacée par une nouvelle. La statue actuelle date de 1820. Avant de Tinaugurer sur le roc d'où elle domine la route de Paris, une foule nombreuse l'a promenée dans toute la ville au son des instruments. La statue qu'elle remplace datait de 17 IG, et toutes les révolutions Tavaienl respectée. 11 n'est pas à Lyon d'enfant du peuple qui ne dise, en parlant de la statue de la place de l'Homme de la Roche : « C'est le bon Allemand qui marie les filles do Vaise et de Bourgneuf; il leur montre sa bourse pleine d'argent pour les doter. »

Il existe un autre nom pour le moins aussi populaire à Lyon, et que toute l'Europe connaît, c'est celui de Jacquard, l'inventeur des métiers à l'aide desquels un tissu ouvré et chargé de dessins compliqués n'exige pas de la part de l'ouvrier qui l'exécute plus de calcul et d'intelligence qu'un tissu uni, les choses «'tant préalablement disposées dans un certain ordre.

Vous savez dans un tissu distinguer la chaîne et la trame. N'^ous vous rappelez ce que c'est qu'une lice et qu'une daile. Dans la Jacquard, le soulèvement des lices est disposé autrement que dans le métier primitif de tisserand. Ce soulèvement di'pend de la pulsation imprimée aux lices par le jeu de quelquefois plus de huit cents aiguilles horizontales, dont chacune peut décider une lice dilTérenle ù se soulever. Jugez à combien de combinaisons dans rentre-en lisement des fils, et \)i\v conséiiuent à ([uelle vai'iét(' de dessins, un tel nombre de lices peut fournil-. .\ chaque fois (pie In nnvelle a deposé une duiliî <Milre les (ils d(i la chaîne, les huit ronls aiguilles entrent en jeu ; mais toutes ne parviennent pas à cdmmuniiiuer la |iulaalion ii leur lice coi'respondanie. AjM'ès cha([U(» coup de navette, nu eailon père»'d'un cerlain nombre de trous s'interpose , et ne laisse arriver aux lices, à travers ses

trous, que la pulsation d'un certain nombre d'aiguilles ; toutes les autres frappent en vain sur le carton pour cette fois. De la sorte, après chaque coup de navette se succèdent pour un seul dessin des cartons au nombre de plusieurs milliers, et dont chacun a pour fonction de ne laisser passer que telles ou telles aiguilles, et par conséquent de ne permettre que le soulèvement de telles ou telles lices. L'ouvrier dispose de plusieurs navettes chargées de fils de diverses couleurs. Les choses sont arrangées de telle sorte que, lorsqu'il doit changer la couleur de la duite, un fil de la couleur voulue se montre en tète de l'une des lices soulevées, et lui rappelle laquelle des navettes doit être lancée. Dans l'ancienne Jacquart, le mouvement à imprimer aux aiguilles était pénible pour l'ouvrier, et exigeait une assez grande dépense de force. Un perfectionnement de M. Dhomme permet l'emploi d'un moteur mécanique.

La fabrication des soieries est la principale industrie de Lyon. La soie, dans l'état où les fabricants la reçoivent des filatures proprement dites, se nomme soie grège. Le fil se compose alors d'au moins cinq, et quehjuefois vingt fils dévidés ensemble en écheveau, d'après le cocon filé par l'animal. Avant d'être bonne à employer, elle doit subir les dilTérentes opérations du moulinage. La première consiste à dévider les écheveaux sur des bobines appelées rochcls; la dévideuse a soin de coriiger les imperfections du fil et de bien rattacher les bouts, de manière que toute la soie d'un rocher ne fasse qu'un fil sans interruption. La seconde opération consiste à donner ce qu"on appelle \cpoiL Une machine tord le fil, soit à droite, soit à gauche, et lui donne la qualité du poil, qui présente une sorte de spirale comme un lire-bouchon. Vous comprenez que deux fils en sens contraire, et réunis ensuite, se liennent plus étroitement. Pour le fil de la trame, il suffit de ju'cndre deux fils grèges, ou. eoinine on dit deux poils ipie l'on lord i.\c nouveau t'iisemble. Pour le lil de la chaîne. (|u'on appelle Vorgansin , on réserve la soie la plus belle, on donne une torsion plus

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TROlSlLiME VuVAc;K

forle, ijueliiiicfois niènie on réuiiil un \>\u> ijraïul nombre de poils. Celle piV|»aralion du lil de Iraine el de l'organsin s'a|)pelle le ntoiilinayc.

La soie se vend au pdids; mais ici se présente une assez trravo dil'IicuUt'. La soie est très hygruméti'i(iu('. lu ne comprends pas ce mot, llenrielle; lou iVère l'expliquera (pie cela signifie (pi'elle accapare facilement Thumidilé répandue dans ralmosphère , et (prellc pèse plus dans un lieu humide (pie dans un lieu sec. Sans même (pie le vendeur fut de mauvaise foi, il pourrait arriver qu'un ballot pesé dans les magasins d'un marchand perdit dans les magasins de l'acheteur plusieurs centièmes de son poids. Pour mettre le vendeur et rachetcur dans des co)idHions égales, (pi'a-t-on fait? On a établi, dans les villes où le commerce des soies est important, des magasins dans lesquels on entrelient une température et une atmosphère constamment les mêmes ; tous les ballots de soie qui sont l'objet d'une transaction y sont transportés. On les pèse , on les ouvre , on étale la soie sur des tablettes, cl, quand on suppose que son poids s'est mis en conformité avec l'atmosphère du lieu, on la pèse de nouveau. Le poids alors est le poids de condition, c'est sur lui que porte le marché. On appelle ces magasins la condition publique. Depuis quehpies années, la condition publitpie de Lyon a adopté un système d'él)reuves proposé par MM. Talabot. Lorsqu'un ballot de soie est présenté au conditionnement, on constate le poids net de la soie qu'il renferme; quand noie a été prise de ce poids, on tire de la masse totale Ircnlc écheveaux; on divise ces écheveaux en trois lots, et l'on pèse chacun d'eux dans des balances de précision. Pour procéder ù l'essai , on suspend ces lots dans un vase clos autour duquel circule un courant de vapeur ; on obtient ainsi leui- dessication absolue. Alors on les pèse de nouveau, el, par le poids qu'ils onl perdu, on calcule le poids réel de la balle de soie dont ils ont ('té extraits.

Le fil de soie est couvert d'un enduit glutineux que ne peut lui enlever l'eau bouiU

lanle seule, mais qui disparaît dans une eau chargée de savon. C'est ce (pron appelle cuire la soie. Pans cette opération, la soie perd ini «piart de son |)oids, el le nouveau dt''\ idage (pi'elle doit sul>ir donne, en outre, beaucoup de déchet. La soie grège ou crue prend la teinture aussi bien (pie la soie cuite. Beaucoup d'étofl'es sont faites avec des soies teintes sur cru; mais les belles étofl'es souples, moelleuses, brillantes, sont faites avec des soies cuites.

Lyon a été la première des villes de lYance à })Osséder des fabriques de soie. Sous Louis XI, elle donna asile à des fabricants florcnlins el lucquois chassés de leur pairie [)ar les discordes civiles. Ce roi, par lettres patentes datées d'Orléans en 14GG, ordonne (pie, « pour empêcher la sortie annuelle du royaume de quatre à cinq cent mille écus pour achat d'étoffes de soie, il sera établi à Lyon des métiers à faire des étolTes de ce genre. » Celle première tentative n'eul pas tout le succès que la commune lyonnaise s'en promellail. A la même époque, Louis XI donna un privilège semblable à la ville de Tours. Dans le cours du siècle suivant, Etienne Turquet el Barlhélemi Nariz, deux Génois qui avaient obtenu le titre de bourgeois de Lyon, proposèrent aux consuls d'appeler des ouvriers pour confectionner les draps de soie et les tissus d'or el d'argent, qui alors étaient de grande mode. On obtint de François P"" les patentes nécessaires, qui furent délivrées le 2 décembre 1536, et la commune décida « de prêter à Turquet, entre mars et Noël , cinq cents écus soleil , dont il s'obligera à les rendre dans cinq ans , que finira la première compagnie; el, encore pour le mieux gratifier et l'encourager à soutenir son œuvre, on le tiendra exempt de ce (pi'il pourra devoir à cause de ses marchandises de l'iandre ». Aussit(3l trois métiers furent montés, avec des chaudières pour la teinture ; Turquet embaucha des ouvriers de Gènes, d'Avignon, de Tours, et jeta les fondements d'une industrie qui a fait la prospérité et qui sera pendant longlemj)s l'orgueil de la ville de Lyon. Aujourd'hui ciiupiantc mille niéliers batlcnt dans Lyon et ses faubourgs,

DE TARIS A LYON

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