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encore, les villas ont conquis les pentes. Le chemin de fer en jetant sur la Laïta, soutenue par la marée, un hardi viaduc sous lequel passent à toutes
voiles les petits navires, a donné un caractère nouveau à ce site aimable.
Toutefois, il ne faut pas chercher une riante nature en dehors des vallées ; les plateaux sont parsemés de landes et de bois, les hautes séparations des champs masquent l'horizon. La route d'Arzano, après les frais abîmes fleuris de l'Isole et de l'Ellé, m'a paru monotone. Plus intéressant est le chemin d'Arzano à Lorient par Pontscorlf. On domine de haut la vallée du Scorff dont le lit étroit s'élargit bientôt, pour devenir un estuaire, avant de pénétrer dans Lorient et rejoindre le Blavet.
Scorff et Blavet sont à l'écart de la grande cité du Morbihan. Leurs eaux réunies forment la rade et celle-ci est entièrement occupée par l'arsenal et ses annexes. Le Scorff surtout a été discipliné ; après avoir passé sous un pont suspendu devant le grand faubourg de Kerantrech, il se borde de cales, de chantiers et d'entrepôts. Il y a peu d'instants, c'était un ruisseau et il porte ici de grands cuirassés, prêts à partir pour Brest où ils seront armés.
Lorient vit uniquement par son arsenal. Il ne faudrait pas y chercher des escadres ; la marine n'y est guère représentée que par des torpilleurs et l'état-major ordinaire d'une préfecture mari-
time. Mais cet arsenal, bien outillé, conserve son activité *, le bas prix de la main-d'œuvre, l'excellent état d'esprit de la population ouvrière préserveront sans doute Lorient des menaces de suppression.
Dans notre Lorient tout est clair, dès qu'on entre De la porte de ville on va droit jusqu'au centre,
a dit Brizeux de sa ville natale. Cette description suffit pour cette ville moderne aux rues larges, propres et animées, où la prospérité dépend des vastes ateliers qui construisent nos navires de guerre. Dans l'artère principale, deux statues arrêtent un moment le visiteur, celle de cet héroïque enseigne Bisson qui se fit sauter avec son navire au lieu de se rendre à des pirates et celle de Victor Massé. Le doux auteur des Noces de Jeannette était Lorientais comme Brizeux.
Quant au poète, il a son monument au cimetière ; une tombe où son médaillon a été sculpté par Etex, est ombragée par un chêne, l'arbre breton par excellence. Ce fut le dernier vœu de Brizeux.
Le cimetière est non loin de la mer, sur les petites hauteurs de Kernel, d'où l'on découvre la ville dominée par la belle tour des Signaux, et les grands établissements de la marine. Le pano-
rama est plutôt sévère; le soir, quand, du Blavet, du Scorff, des étangs, des laisses de mer, monte une buée légère, il prend une indéfinissable expression de tristesse. Le poète ] orientais avait éprouvé cette sensation mélancolique :
J'ai vu près du Blavet qui tombe en ses bassins Le port de Lorient tout entouré d'écume Sauvagement, le soir, se coucher dans la bruine.
En plein soleil et à haute mer, au contraire, la rade est fort majestueuse grâce aux promontoires, aux anses, à l'île Saint-Michel et à l'Océan aperçu au loin entre les remparts de Port-Louis et l'élégant clocher de Larmor.
Lorient, ce n'est guère la Bretagne cependant, on n'y parle que le français et les costumes bretons y sont rares, ils y prennent une certaine saveur exotique. Mais à peine a-t-on pénétré dans l'intérieur des terres que la couleur locale reparaît . Non loin de l'arsenal, sur le Blavet, est Hennehont, unedes cités héroïques de Bretagne. Gomme Quimperlé et Goncarneau, elle a conservé sa Ville Close, c'est-à-dire la vieille cité militaire encore entourée de son enceinte et dans laquelle on pénètre par une porte flanquée de deux lourdes tours à mâchicoulis. Entre ces remparts est uni1
vieille petite cité aux rues étroites, bordées de maisons à haut pignon sculpté, à étages en encorbellement, les unes, en bois, sont déjetées, les autres en granit, curieusement sculptées, ornées de tours à mâchicoulis, se tiennent fermes encore. Des fils et des lampes électriques, éclairage de la ville, courent effrontément contre ces antiques demeures. Au pied de la Ville Close, jusqu'au Blavet, s'étend la Tille Neuve ; en face, sur l'autre rive, est la Vieille Ville; entre les deux le Blavet est bordé de quais où des petits navires fraternisent avec des bateaux de rivière. Le Blavet a été canalisé et réunit Lorient au canal de Nantes à Brest. Les bateaux, un grand viaduc, des toits aigus, des jardins en terrasses, font de ce quai une charmante chose.
Le petit port est assez animé, grâce à l'industrie. Hennebont est en effet une ville active. Elle a eu la bonne fortune de conserver des établissements métallurgiques à une époque où la Bretagne a vu peu à peu fermer toutes ses petites forges. C'est à Hennebont, ou plutôt sur son territoire, près du hameau de Lochrist, que l'on imprime le fer-blanc destiné à fabriquer les boites dans lesquelles on conserve le thon, les sardines et les légumes verts. On sait l'énorme emploi de ces produits, aussi n'est-on pas surpris d'apprendre
que les forges d'Hennebont occupent 1,400 ouvriers, occupés à transformer chaque jour en acier 22 à 23 tonnes de fonte pour en fabriquer des tôles minces qui sont ensuite étamées ou décapées, puis imprimées en lettres et dessins noir et or. Là viennent s'approvisionner Goncarneau, Douarnenez, Port-Tudy, Audierne , Port-Louis, Nantes, Saint-Gilles, les Sables-d'Olonne et autres centres sardiniers. Les fabricants de conserve de légumes de Nantes, du Mans, de Bordeaux, se fournissent à Hennebont ; là encore Périgueux, Pithiviers, Chartres, Barbezieux et autres patries de succulents pâtés demandent des boîtes. Ce n'est pas tout, les fabricants de jouets d'enfants, les bimbelotiers, sont des clients et aussi les fabricants de cirages et de pâtes vantées pour entretenir les cuivres et les meubles. La parfumerie, la confiserie demandent à Hennebont de véritables impressions artistiques. Cette industrie est donc, par bien des côtés, autre chose qu'une forge.
La création des usines d'Hennebont est récente, elle ne s'expliquerait guère aussi loin des centres métallurgiques sans le voisinage des grands arsenaux où l'on achète les métaux hors d'usage, sans le caractère marin du Blavet qui permet aux charbons anglais d'alimenter l'usine, et sans le voisinage des centres sardiniers. Paris
est le grand client pour Hennebont : les 5 à 6 millions de produits de l'usine sont pour moitié destinés à la capitale; Bordeaux en emploie un million, Nantes pour 500,000 à 600,000 fr. Le reste va à Lyon et dans un grand nombre de centres. Hennebont est donc le plus grand producteur de fer- blanc pour la France entière.
L'usine occupe une grande surface au bord du Blavet dont les eaux fournissent une part de la force motrice. La nuit, les feux rouges des forges, les éclats aveuglants des lampes à arcs reflétés dans les eaux bruyantes du barrage font un tableau grandiose. Une visite aux ateliers est fort intéressante, rien de simple et d'ingénieux à la fois comme les procédés qui ont permis d'obtenir par la lithographie la netteté de l'impression égale, sinon supérieure, à celle du papier. A un simple contremaître de l'usine on doit l'invention du cylindre en caoutchouc qui transmet les couleurs de la pierre au métal, évitant ainsi le contact entre deux corps durs, qui fut longtemps un obstacle à la netteté des lignes.
Les scories de déphosphoration sont transformées en engrais dans une autre usine. A Hennebont et dans ses environs, des tanneries, des faïenceries, un atelier de ferblanterie attiré par le voisinage de la matière première, se sont établis
et font de cette petite ville un centre industriel et commercial considérable, dont l'existence dans ces contrées agricoles est assez inattendue.
Partout, au delà d'Hennebont, de vastes campagnes sont presque désertes; elles n'ont guère changé depuis le temps où Young disait que de Lorient à Hennebont c'étaient les pins tristes « milles » qu'il eût encore traversés en Bretagne. Toute la vie s'est portée vers la mer. Là sont les populations les plus denses, surtout autour de la rivière d'Etel, cet autre Morbihan, moins connu que le Morbihan de Vannes, mais non moins curieux .
Je me proposais de visiter ce golfe et, ce matin, je suis parti pour Landevant. Il pleuvait, une de ces pluies bretonnes, fines et continues, qui voilent les paysages. J'ai pu cependant gagner les rives du fjord. A peine pouvait-on distinguer l'autre rive, pourtant cette partie du bassin est assez étroite. Un pêcheur a consenti à me conduire à Belz, sous la pluie fine ; grâce au jusant, nous avons descendu ce vaste estuaire. Parfois une éclaircie se produisait, on distinguait de petites collines boisées, des hameaux, un moulin à mer. Et, de nouveau, la pluie fine embrumait le paysage jusqu'à quelque promontoire où, sous l'effort d'une
faible brise, le rideau se déchirait, laissant apercevoir les mystérieuses profondeurs des golfes allongés qui indentent si profondément le pays de Belz. Cette rivière d'Étel est plus déchiquetée que le Morbihan, mais, sauf Locoal et deux ou trois îlots, elle n'a point de terres complètement entourées d'eau. Sur les rivages, beaucoup de hameaux et de maisons isolées, habitées par les pêcheurs et les parqueurs d'huîtres. Toute cette population vit ainsi de la mer.
Le fjord m'est resté comme une fantasmagorie, apparition à peine devinée dans la brume. Après une longue navigation, pendant laquelle l'aviron dut remplacer la voile, nous avons abordé à l'île de Saint-Gado, reliée à la terre ferme par une chaussée d'où j'ai gagné les quelques maisons de Belz et le bourg d'Étel.
Étel est presque une ville, elle est assise au bord du chenal qui descend de la petite mer d'Étel. Sur ce large fleuve marin une quantité de chaloupes sont à l'ancre : Étel est un des ports de pêche les plus actifs de la côte. On y poursuit surtout la sardine, plusieurs fabriques de conserves sont venues s'installer sur le rivage, des ateliers de presseurs de sardines expédient en grande quantité ces poissons salés. Si la barre de la rivière n'était pas impraticable pendant l'hiver, le
port serait bien plus fréquenté, car il est excellent et sûr.
La pluie n'a pas cessé pendant toute l'aprèsmidi, le baromètre baisse encore, il faut renoncer à parcourir la rivière, ses péninsules et ses îles et se résigner au départ. Je rentre à Auray ayant à peine aperçu au passage les menhirs farouches d'Erdeven.
Locoal-Meudon, août 189j.
Ce matin, à Garnac, la pluie ayant cessé, j'ai tenté une nouvelle excursion dans le fjord d'Étel. Le paysage, sinistre hier, était ce matin simplement sévère. Aucun grand relief, des collines basses, des étangs, des champs d'oignons, bordent, jusqu'à Erdeven, la route inflexiblement droite. Des hameaux gris, sans verdure, couronnent les coteaux; l'un d'eux, Sainte-Barbe, fut le quartier général de Hoche pendant la courte campagne de Quiberon ; sur une dune, une masure porte encore le nom du glorieux général. Plus loin, voici les menhirs d'Erdeven, moins nombreux et moins tragiques d'aspect que ceux de Garnac, mais superbes encore. Bientôt on atteint Étel. La mer est calme, cependant elle brise avec fureur sur la barre. Dans le port quelques barques seulement, les 300 bateaux de pêche de l'estuaire sont au
large, courant après la sardine ; depuis deux jours on en prend un peu ; elle avait complètement fait défaut cette année, tandis qu'en 1894 elle est venue dès le 23 juin; aussi la misère est-elle grande dans cette population imprévoyante dépensant en eau-de-vie le revenu des pêches abondantes. Pauvres gens, victimes de leur ignorance, au point que toutes les tentatives pour les syndiquer en vue de l'achat de la rogue et de l'armement ont échoué ; cependant s'ils s'étaient associés comme on a voulu le faire, ils auraient pu gagner 10 fr. par baril de rogue, or, on emploie 3,000 barils par année. Ces 30,000 fr. et une faible cotisation de 1 fr. par semaine auraient donné des ressources (près de 50,000 fr. par an) pour les années maigres ; au moyen d?un tirage au sort pour l'achat de bateaux, les marins seraient tous devenus propriétaires d'une barque. Le syndicat n'a pu se créer, les armateurs s'y sont montrés hostiles. En ce moment, toute cette population en est réduite à vivre de palourdes, de moules, de berniques. Mais si la pêche est bonne, chacun mettra un panier de sardines sur le gril et boira sa chopine d'eau-de-vie. Et ce seront longtemps des scènes d'ivrognerie. Pour se livrer plus à leur aise à ces goûts, les marins ont pris l'habitude d'aller vendre leur poisson loin d'Étel : à Port-Maria-de-Quibe-
roii, à Groix, à Port-Louis où le contrôle est moins facile. Aussi la population végète-t-elle dans la misère alors que l'aisance pourrait être générale. D'ailleurs, la pêche devient de moins en moins rémunératrice*, le grand chalut détruit beaucoup de poissons, le fretin lui-même est pourchassé par les paysans qui le vendent aux pêcheurs comme appât ou boette. Si Ton ne réussit pas à moraliser les populations maritimes, cette industrie de la pêche ne tardera pas à péricliter. Il faudrait faire pour le poisson ce qu'on a fait pour les huîtres, c'est-à-dire repeupler nos côtes.
La rivière d'Étel est bien belle aujourd'hui *, elle descend, rapide, jusqu'à la barre sur laquelle ses flots et ceux de l'Océan se heurtent avec fureur. La remonte contre le flot est très difficile, me diton, mais si je prends la barque du père Hervé, nous pourrons franchir le dangereux passage du pont Lorois. Le père Hervé consent à nous conduire et nous mettons à la voile. Celle-ci suffit d'abord, nous courons sur le flot, entre les parcs à huîtres qui déjà découvrent, mais l'estuaire se rétrécit aux dimensions d'un modeste fleuve. Le courant est violent, il descend, bruyant, d'un étroit goulet sur lequel un pont suspendu tend ses câbles*, le tablier a été emporté par une tempête
et il reste ces fils qui, de si bas, paraissent fort ténus. C'est le pont Lorois, ainsi nommé du préfet qui le lit construire \ Il est précédé sur la rive droite par une longue chaussée en maçonnerie.
Le courant ici, par la teinte et le tumulte des eaux, rappelle le passage du Rhône vers Pont- Saint-Esprit. La voile ne suffit pas à le dompter, les deux fils du père Hervé doivent prendre les avirons et, de remous en remous, remonter le lleuve terrifiant. Ce passage n'est rien encore auprès de ceux qui nous restent à franchir. Voici la pierre tournante (men-dron), surmontée d'une balise, et la pierre de sel (men-alen). Il faut passer entre ces deux écueils, la dénivellation d'amont en aval est telle qu'on croit remonter un plan incliné. Pourtant, à force d'avirons, la voile aidant, nous doublons l'îlot de Guerninès et pénétrons dans le bassin supérieur où les courants sont moins violents. Des barques massives descendent, conduites par des femmes vêtues de noir ; la tête couverte de grandes coiffes, elles manient vigoureusement de grands avirons. Ce sont les femmes de Saint-Cado, intrépides marins, qui vont pêcher Ja crevette ou vendre leur poisson à Etel. Saint- Cado plus qu'Étel a des pêcheurs infatigables -,
i. La
carte de l'état-major l'appelle à tort pont Le Roy
sans cesse sur l'estuaire, de jour et de nuit, ils se jouent de ses courants terribles. Môme ivres, ils évitent les dangers dont cette lagune est semée. Nous abordons à l'île Saint- Gado. Je puis la visiter cette fois. Un petit hameau précède la chapelle, faisant face au village assis sur le roc de la terre ferme et relié à l'île par une jetée due, d'après les légendes, à saint Gado. La chapelle est petite mais curieuse ; à la voûte pend un grand modèle de navire en bois, le Villon, armé de trois rangs de canons. Des peintures naïves rappellent la légende du saint, des inscriptions la racontent :
Anglais de nation, prince de Clamorgan Puis abbé vient et débarque céans.
Les jugements de Dieu sans cesse méditants C'est ainsi pèlerins qu'il a vécu céans.
Aux pirates en ce lieu l'assaillant
Il dit : « Je suis sans biens, solitaire, céans. »
« Oratoire, mon œuvre, dit-il, pleurant
« Belz, t'oublierai-je ? non? Il cingla de céans. »
Une auge en pierre, dans une chapelle, est représentée comme le lit de saint Gado ; au dehors, sur une pierre, un dessin, qui doit être une empreinte d'ammonite, est appelé la queue du diable, sur le continent on montre un trou qui aurait été
creusé par le pied de Satan. On retrouve ici la légende qui accompagne toutes les œuvres dont l'imagination populaire a été frappée. La digue qui relie l'île à la terre ferme ne peut être considérée comme œuvre humaine, elle serait due au diable ; en une nuit il l'aurait construite, sur la promesse de saint Gado de lui livrer l'âme du premier être désireux d'aller à pied sec. Quand la digue fut achevée, le saint fit passer un chat, le diable, furieux, battit la terre de la queue et du pied, de là ces empreintes !
Saint Gado aurait bien dû aussi construire une jetée pour aborder son île, il nous aurait évité un échouage qui, un instant, faillit arrêter notre navigation. Enfin les efforts de l'équipage mirent de nouveau la chaloupe à flot et, rasant les petites îles voisines de Nihou et de Fandouillec, nous avons pu aborder à la Forest, dans l'île de Locoal, la mer étant trop basse pour atteindre le nord de Y estuaire. J'ai pu gagner ainsi M end on, qu'une jetée relie à l'île boisée de Locoal ; c'est un bien curieux village, par sa belle église, les portes et les fenêtres de plusieurs de ses maisons bâties par les moines-soldats des ordres du Temple et de Saint- Jean.
Plouharnel. — Carnac et ses monuments druidiques. — Auray et sa rivière. — Sainte-Anne d'Àuray et son pèlerinage. — La vallée du Loch. — Le champ de bataille et le champ dos martyrs. — Redon. — La vallée de la Vilaine. — Rennes et les beurres de la Prévalaye.
Rennes, septembre 1895.
Plouharnel ! Carnac !
Le train se vide presque en entier, rares sont les voyageurs pour au delà, vers Quiberon. Ceux qui mettent le pied sur le trottoir de l'humble gare sont d'une essence particulière ; en cette saison, les bains de mer ont pris fin, les visiteurs sont des touristes du genre savant : Scandinaves, teutons, anglais ; anglais surtout, ce peuple a uu faible pour les rochers druidiques, pour ceux de Carnac d'abord : n'est-ce pas un Anglais, M. Miln, qui s'est fait le « découvreur » du pays ; il a éventré les tumuli, fouillé les dolmens , cubé les menhirs et réuni dans un musée les débris curieux de l'antique civilisation celte. Aussi les in-
digènes de la Grande-Bretagne croient avoir un droit de propriété sur les monuments de la petite Bretagne. Ils prennent possession du sol avec une certaine affectation, en y posant un pied large et sûr. AU righl !
L'omnibus de Carnac se remplit donc de touristes antiquaires et d'antiquaires touristes, la France y est représentée par un membre de l'Institut, un ostréiculteur de la Trinité et moi. Le cocher fouette ses chevaux, la voiture s'ébranle, douze étrangers ouvrent douze Bedeker et cherchent sur le chemin les pierres annoncées par ce cicérone.
On ne tarde pas à découvrir le premier monument. Au delà du village de Plouharnel, au sommet d'une petite côte, voici le dolmen de Kergavat. Le temps est brumeux, il donne à cette apparition préhistorique un aspect plus fruste encore. L'énorme masse est baignée dans une lumière grise, comme tremblante. A droite et à gauche de la route se dressent de petits mamelons aux formes régulières, la plupart d'entre eux sont des œuvres humaines : on les a fouillées, ce furent des sépultures. Au-dessus, dominant le clocher de Carnac, un de ces mamelons commande le paysage, c'est le géant de ces taupinières de nos aïeux celtes : le mont de la Trinité. Les maisons le cachent bientôt, nous voici dans le village de Carnac.
Gomme d'un commun accord, aussitôt les bagages à l'auberge et les chambres retenues, la foule des touristes s'envole vers le mont de la Trinité et les allées de menhirs, guidée par des enfants. Je me dirige seul, grâce à ma carte, sur le chemin de Plœmel, jusqu'au Menée, par une campagne tranquille où, dans les pâtures jalousement closes, paissent de petites vaches noires et blanches. On dépasse un moulin à vent et soudain, au milieu d'une lande, rose des fleurs de bruyères, apparaissent les fameux alignements de Carnac.
A mon départ d'Auray, on m'avait dit : « Vous serez déçu, ces rangées mornes de pierre ne vous produiront pas l'impression dont parlent les livres. Ces cailloux ne sont pas si gros! »
Certes, si j'étais venu chercher la grandeur des roches, il y aurait déception, Ploumanac'h présente d'autres entassements ! Mais, sous le ciel gris, dans la lande solitaire, ces roches debout, plantées selon un ordre absolu, répondant à une conception mystérieuse dont le sens nous échappera sans doute toujours, sont d'une tristesse inexprimable ; au bout d'un instant, quand on a erré dans la solitude des menhirs gris ou roux, on sent revivre ces âges morts ; confusément,
comme si un lointain et atavique souvenir se faisait en nous, on a une conscience nébuleuse de ce site, on croit avoir vécu au milieu d'un peuple dont ces roches immuables furent la cité sacrée. La suggestion est plus forte à Kermario qu'à Menée, où la route traverse les menhirs près d'une auberge. Pour atteindre Kermario, il faut traverser un bois sauvage de pins rabougris et l'on se trouve alors dans une lande désolée où plus de 800 roches se profilent en d'étranges perspectives. Un autre groupe, celui de Kerlescan, domine un hameau de grandes fermes auquel il imprime un puissant aspect de tristesse. Peu de coins dans cette campagne de petits coteaux, de maigres pinèdes ou de champs fermés ne possèdent un débris celtique : dolmen, menhir, cromlech, cist-ween ou peulven. L'énorme développement de cette cité des pierres, où plus de 2,000 monuments peutêtre sont encore debout, est un des plus irritants problèmes de la science historique. Qu'était le peuple auquel on doit ce surprenant travail, quel était le but surtout de ces alignements qui s'étendent encore d'Étel à la Trinité ?
Au milieu de la ville morte, le tumulus appelé mont Saint-Michel, dresse sa petite chapelle édifiée sur d'informes ruines. De la terrasse de l'église, on a une vue immense sur ces champs
stériles où les roches druidiques s'alignent. Grande est l'ampleur du paysage : Quiberon, Belle-Isle, Houat, Hoëdic, Locmaiïaquer, forment un inoubliable tableau ; cependant on contemple avec plus d'intérêt la morne plaine où dorment des milliers d'ancêtres dont nous ne savons et ne saurons jamais rien, sans doute -, les rares signes cabalistiques gravés sur quelques-unes de ces pierres resteront à jamais muets pour nous.
La nuit m'a surpris au sommet de la butte ; les feux de Quiberon, de Belle-Isle, de laTeignouse, des Cardinaux et d'Étel se sont allumés, et je suis rentré à Carnac.
Le lendemain était un dimanche ; le bourg s'est réveillé sous un soleil éclatant. Et le site, banal la veille dans l'après-midi grise , est devenu charmant -, la grande place avec ses maisons enguirlandées de feuillage, où fleurissaient les dernières clématites et les taches sanglantes des grenadiers est un riant décor, en face de la vieille église dont le porche, en baldaquin de granit, est d'un adorable mauvais goût. Belle journée pour flâner par la campagne bretonne. Je suis remonté à Saint-Michel pour contempler encore la plaine de Carnac, de là j'ai gagné Kercado et suis allé à Crac'h en traversant sur un bac la rivière de la
Trinité, si belle avec ses étranglements, ses épanouissements et les bois touffus de ses rives. De Grac'h j'ai gagné Auray par la campagne couverte de petits bois de pins, délaissant le fjord aux eaux calmes qui roulent, selon le flot, de la ville à la mer ou de la mer à la ville. Voici bientôt le belvédère du Loch, fût carré autour duquel monte un escalier conduisant à la plate-forme ; de là on découvre toute la ville, la rivière remplie de navires, le vieux pont aux piles saillantes, les campagnes, si couvertes d'arbres, qu'on pourrait se croire en pleine forêt. Ces abords d' Auray sont charmants, mais la petite cité elle-même manque un peu d'intérêt et de vie; la gare est trop loiu, à Sainte- Anne se porte la foule, foule de pèlerins et foule de touristes.
Le fameux rendez-vous religieux est sinon en décadence, du moins un peu délaissé au moment du pèlerinage de Lourdes. Ce dernier est devenu le pèlerinage universel, même les Bretons, si fervents jadis à Sainte-Anne, veulent connaître Lourdes ; chaque année, ils vont par milliers dans les Pyrénées, mais la longueur et le prix du trajet empêcheront sans doute l'exode de se développer et conserveront encore à Sainte- Anne le peuple armoricain, celui-là même dont les costumes variés donnent tant de couleur au pèlerinage d'Auray.
Une gare spéciale, établie au village de Pliméret, dessert Sainte-Anne; le haut pignon de l'édifice est couronné par une statue de la sainte ; de vastes abris reçoivent les pèlerins accourus en multitude à certaines dates, surtout à la Pentecôte et le 26 juillet, fête de sainte Anne. En tout temps, d'ailleurs, l'affluence est nombreuse ; pour conduire les visiteurs au pèlerinage, une foule de voitures.se pressent dans la cour : grands breaks, omnibus, calèches, conduits souvent par des cochers en costumes bretons, se disputent les voyageurs. Les conducteurs s'accrochent à nous, les jours ordinaires, surtout, c'est comme une enchère à prix décroissant. Le tarif est de Ofr. 50 c; nous avons été poussés dans un break par une sorte d'hercule qui nous prenait pour quatre sous. Aussitôt une voiture remplie, elle s'élance sur la route et tout cela déambule à grand bruit de ferraille, chaque équipage cherchant à prendre les devants ; dans la lutte, nous battons honteusement le courrier lui-même.
Le chemin est mélancolique, de vastes landes, des bouquets de pins, des cabarets, puis une rue assez large bordée d'auberges, conduit à l'ensemble d'édifices religieux constituant le pèlerinage de Sainte -Anne. Dans une vaste piscine, dont les bords en amphithéâtre sont dignes de la belle
époque de l'art breton, se déversent les eaux de la source miraculeuse, trop peu abondantes pour ce vaste bassin. Près de là, Yves Nicolazic, longtemps traité d'illuminé, découvrit la fameuse statue de sainte Anne, origine du pèlerinage. L'église a été reconstruite de nos jours avec goût, dans le style ogival breton, mais le cloître de 1625 a été conservé, il est fort beau.
La partie la plus curieuse est peut-être la Scala sancta, chapelle surmontée d'une coupole, à laquelle on parvient par deux larges escaliers couverts dont les pèlerins gravissent les marches à genoux. Devant ce singulier édifice s'étend une vaste fjelouse entourée d'un mur où la foule des pèlerins peut entendre la messe dite à l'autel qu'abrite la coupole. 20,000 personnes se pressent parfois dans cette enceinte.
Dans l'église, fort luxueuse, des milliers d'exvoto tapissent les murailles, hommages venus de loin parfois; j'ai relevé parmi ces inscriptions un vœu à sainte Anne par le contre-amiral Cavelier de Cuverville, commandant en chef les forces de terre et de mer au Dahomey, portant la date du 3 octobre 1890. Un autre ex-voto est ainsi conçu :
« A sainte Anne, le commandant de la division navale de l'Atlantique-Sud 1885-1886. »
Sainte -Anne d'Auray perd un peu son carac-
tère populaire. Non loin de la Scala sancta, sur le chemin de Brech, une sorte de calvaire politique s'érige à la mémoire du comte de Chambord et des zouaves pontificaux. Il est peu probable que la dévotion à sainte Anne en soit fort ébranlée ; le tempérament breton ne porte guère à ces conceptions trop précises, il n'a jamais poétisé ni sanctifié les grands faits historiques dont sa terre natale fut le théâtre, préférant ses saints et ses saintes. Nulle part, on n'en juge mieux qu'aux abords mêmes du sanctuaire de sainte Anne où deux événements fameux se sont produits : la mort de Charles de Blois et le supplice des émigrés pris à Quiberon.
Ces grands faits se sont passés dans le petit vallon du Loch, ruisseau dont la marée fait plus bas un bras de mer. On s'y rend de Sainte- Anne par une campagne d'un calme presque auguste, à travers des landes qu'on a transformées en bois de pins, comme celles de Gascogne. Il y a là un exemple frappant de ce qu'on aurait pu faire pour transformer les terres pauvres, si étendues dans la péninsule. Mais on s'est arrêté, on ne plante plus, malgré les débouchés offerts aux bois par le voisinage des houillères anglaises et les innombrables ports intérieurs de l'Armorique. Vannes faisait jadis un commerce assez considé-
rable avec les bois de sa banlieue, maintenant elle doit aller chercher au loin les poteaux de mine expédiés par son port. La richesse du pays et aussi son aspect se ressentent de cet abandon.
La vallée du Loch a un tout autre caractère ; de hauts rochers de granit, des chênes, des châtaigniers, bordent le joli ruisseau ; soudain le vallon s'élargit pour faire place à un grand marais au milieu duquel le Loch, où remonte la mer, est devenu un chenal vaseux. Là se passa un des grands actes de l'histoire bretonne, la bataille décisive livrée entre les deux compétiteurs au trône ducal, Charles de Blois et Jean de Montfort. Le premier fut tué après une lutte rappelant les fautes de notre chevalerie à Crécy et à Azincourt. Montfort devint seul maître de la Bretagne, parmi ses prisonniers se trouvait Duguesclin.
Un monument très simple, croix de pierre sans ornement, rappelle la bataille ; près de là d'autres monuments bien plus considérables dominent les tristes marais de Kerso. Un édicule dit chapelle expiatoire, entouré de plantations, s'élève sur l'emplacement où les émigrés pris après le combat de Quiberon furent fusillés. Le nom de Champ des martyrs est resté à ce rivage. Plus haut, contre l'église d'une ancienne chartreuse, une chapelle a reçu les restes des victimes. Tout cela est assez
froid, tant à cause du style des monuments, portant bien la date de 1823, que par les souvenirs réveillés. Quiberon ne fut pas seulement un triste événement de nos guerres civiles, ce fut surtout une expédition conduite par l'Angleterre, comme l'avait été, en 1342, la lutte de Montfort contre Charles de Blois et Duguesclin. Il est difficile de ne pas s'en souvenir.
Aujourd'hui, Auray semble avoir oublié ce passé historique ; en dépit de son rang effacé de cheflieu de canton, elle a conservé une importance économique assez considérable, sa rivière en fail le centre naturel du commerce pour les îles voisines et le pays de Quiberon1. Son estuaire, ceux du Grac'h et de Rono, sont mis en exploitation réglée pour la culture des huîtres ; des centaines d'ostréiculteurs ont établi des parcs, mais les bancs naturels exploités à outrance ont une tendance fâcheuse à diminuer. Un point des environs, appelé Bascatique, a été mis en réserve et sert à régénérer les bancs épuisés par l'imprévoyance des pêcheurs. La quantité d'huîtres récoltée dans le bassin d' Auray (Auray et la Trinité seulement) s'est élevé à 1,748,150 du 1er janvier au 31 octobre 1895, soit 2,500,000 par an envi-
i. Mouvement du port d'Auray du 1er janvier au 31 octobre 1895 : 210 navires jaugeant 8,663 tonneaux.
ron. La surface des parcs atteint 10 hectares 44 ares dans la rivière d'Auray, 4 hectares 3 ares dans la rivière de la Trinité et 4 hectares 55 ares dans celle d'Étel.
Avec Auray et Vannes, j'ai quitté hier la Bretagne bre tonnante pour quelques jours. Elle ne s'étend guère au delà de Questembert, les noms de lieux perdent peu à peu leur consonance rude et la syllabe lier dont presque tous sont précédés. Mais il y a encore des landes, des bois de pins , des campagnes désertes en apparence , même le paysage est le plus franchement sauvage de toute la péninsule ; il ne change guère qu'aux abords de Redon, lorsqu'on aborde la vallée de l'Oust, large et verdoyante en été, sorte de lac en hiver. Cette fois ce n'est plus la Bretagne, mais quelque coin tranquille de la Flandre ou de l'Artois. La ville même de Redon avec son port, son bassin, la longue ligne de ses canaux bordés d'arbres, contraste fort avec ses voisines du Morbihan et même de la Loire-Inférieure, départements auxquels elle confine. Redon et son territoire s'avancent en effet en pointe à la limite de ces autres districts bretons; les villages voisins, véritable banlieue, n'appartiennent point à l'IUeet- Vilaine.
Malgré son morne aspect, relevé par la fort curieuse église Saint-Sauveur, Redon n'en est pas moins une ville assez active ; si les hauts fourneaux ont éteint leurs feux, le port fait encore un commerce important, la Vilaine y devient maritime et , pendant les hautes marées , des navires de 600 à 700 tonneaux peuvent la remonter. Le bassin à flot est relié à la gare commune aux compagnies de l'Ouest et d'Orléans par une voie ferrée, aussi y a-t-il dans la ville et ses environs un certain nombre d'établissements industriels, la fabrication des engrais occupe cruelques usines et il y a une des rares fabriques françaises de papier à polir: verre ou émeri. La situation de Redon pour le commerce, à la tête d'une des lignes de Paris vers l'Océan, au bord d'un fleuve dont on pourrait facilement accroître la profondeur, est d'ailleurs excellente, mais Saint-Nazaire attire de plus en plus l'activité de cette partie de la Bretagne.
Il reste à Redon le plantureux pays agricole constitué par la vallée de la Vilaine, d'aspect et de production si variés. La rivière est insignifiante par elle-même, au-dessus de Redon, mais, relevée par des écluses, elle est devenue partie d'une grande voie navigable de Redon à Saint-Malo, c'est-à-dire de l'Océan à la Manche. Le chemin
de fer qui accompagne le petit fleuve présente une succession de sites très divers. Autour de Redon, ce sont de vastes plaines marécageuses, inondées pendant la plus grande partie de l'année -, même, vers Massérac, près de l'embranchement de Châteaubriant, il reste en permanence une nappe d'eau que les végétations aquatiques ne masquent jamais entièrement, c'est le lac de Mûri n, formé par le Don ; pauvre lac, sans profondeur, aux eaux mornes, aux rivages bas où se déverserait la Vilaine sans les levées. Pendant l'été, les étendues vertes des marais sont couvertes de bétail et de chevaux ; l'hiver, la nappe d'inondation est remplie d'oiseaux, oies, canards et toutes les races voyageuses.
A mesure qu'on monte, la vallée se resserre, verte, bien cultivée, bordée de jolies prairies, mais assez déserte ; la population se disperse en petits hameaux, rares sont les bourgs. Souvent la rivière est resserrée entre des collines rocheuses, véritables falaises de schistes recouvertes de bruyère. La rivière est lente et sombre, mais audessus des barrages elle s'épanche, frémit, écume, babille sur les roues d'un moulin. Le chemin de fer la borde, la franchit, troue en tunnels les promontoires rocheux. Ce tableau paraît surtout heureux et pittoresque à qui voit les plateaux
peu accidentés, encore couverts de landes. L'Illeet- Vilaine, dans cette région, offre encore de grands espaces à transformer ; l'emploi de la chaux est facilité dans la vallée par la voie navigable et le canal qui apportent cet amendement des environs de Rennes, Bruz et Chartres, même delà Mayenne1. Mais, à une faible distance, le prix des transports rend malaisé l'arrivage de la chaux.
La vallée est particulièrement belle à partir de Messac : les rochers sont nobles de forme et de couleur, les arbres sont touffus; beaucoup de grandes fermes , de villas et de châteaux -, on devine le voisinage d'une grande ville. Partout de tels rivages seraient vantés, peu de nos rivières méritent davantage une visite que la Vilaine, dans ce couloir tantôt sauvage, tantôt entaillé parles carriers, tantôt couvert de cultures sur des pentes ensoleillées. Il en est ainsi jusqu'au delà de Laillé, où le pays s'élargit soudain; la voie ferrée quitte alors la rivière pour traverser la vaste plaine onduleuse dans laquelle abondent les pommiers.
Cette région, d'aspect agricole, où l'on ne découvre jamais une cheminée d'usine, renferme
1. Voir Voyage en France, 2e série, le chapitre consacré au chaulaçe et aux fours «à chaux de Laval et des environs.
cependant des richesses industrielles assez considérables.
Près de Bruz, sur les bords de la Seiche, est la mine de plomb argentifère de Pontpéan, une des plus productives de France, celle qui alimente la belle usine de Gouëron dont j'ai parlé dans un autre volume1. Ces mines, creusées dans un site fort tranquille, où rien ne semblerait appeler la vie industrielle, occupent 971 ouvriers, dont 448 hommes sous le sol, employés à l'extraction. Au dehors, pour le concassage et le triage du minerai et les transports, il y a 38 enfants, 147 femmes et 348 hommes. La valeur des salaires dépasse 700,000 fr. Le produit de l'extraction est évalué à 1,500,000 fr. environ. La production est d'environ 7,000 tonnes de galène, 1,500 tonnes de blende, 3,000 tonnes de pyrite et 12,000 tonnes de sjchlamms -, galènes et schlamms vont à Gouëron, les blendes et pyrites sont dirigées sur la Belgique. Le manque de charbon a empêché de créer sur place des usines pour le traitement du minerai, c'est pourquoi Gouëron, où abordent les charbonniers anglais, où l'on reçoit aussi les minerais d'Espagne, a pris l'importance industrielle qui semblait dévolue à la vallée de la Seiche.
]. Voyage en France, 2e série, page 318.
J'ai gagné Rennes à pied par la grande route. Il y a là dix kilomètres sans un village. Chartres,