VALLEE INFERIEURE DE LA VILAINE
D'après la carte de l'état-major ;.u
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le seul de cette partie de la banlieue, est à l'écart-, on ne trouve des maisons qu'après avoir traversé
le ruisseau de la Blosne ; elles forment peu à peu une rue continue jusqu'à l'entrée de Rennes où Ton pénètre au delà du chemin de fer, près des vastes casernes qui forment une sorte de ville militaire au milieu de la cité. Dans l'organisation nouvelle de l'armée, Rennes est devenue un des grands arsenaux de la France, le Xe corps, dont elle est le siège, y a ses magasins et sa plus forte garnison.
Malgré ses troupes nombreuses, ses facultés, ses écoles, son rang de chef-lieu départemental et de siège de cour d'appel, l'antique capitale de la Bretagne manque d'animation, le cadre est trop large pour le nombre d'habitants, et, d'ailleurs, le pays environnant possède trop peu de centres importants pour que la foule vienne nombreuse dans la grande cité bretonne. C'est dommage, Rennes est une fort belle ville ; depuis l'incendie qui la détruisit presque entièrement, elle a été reconstruite sur un plan régulier et l'on a réussi cependant à lui donner un caractère bien tranché; elle le doit au granit dont ses maisons sont construites ; dur à tailler, il ne se prête guère aux ornements, les lignes sont donc régulières et graves, cela s'harmonise à merveille avec le ciel, avec ce que l'on sait du passé parlementaire de Rennes. Mais cette majesté sévère gagnerait à être animée par
la foule, comme la Vilaine étroite et sombre, entre ses quais de granit bordés de beaux édifices, aurait besoin d'une navigation plus active.
Il ne faut pas chercher la Bretagne à Rennes. Malgré son rang prééminent sur la province, c'est surtout une ville française, la campagne voisine ne parle pas le breton, sauf à Pontpéan où une petite colonie de Bas-Bretons, attirée par les mines, s'est fondée. Il y a un monde entre Rennes et Vannes, sa voisine. Les Celtisants parlent peu de la capitale, à peine en est-il question dans Brizeux. Cette région d'Ille- et- Vilaine est moins bretonne d'allure que Nantes même. Il ne faut chercher ici ni mœurs, ni coutumes, ni costumes tranchés : cela tient à la fois de la Normandie et de l'Anjou. De même l'art breton, si florissant en Gornouailles et dans le Léon, n'a donné lieu qu'à de timides essais.
Le pays de Rennes a dû sa prépondérance sur la Bretagne à la facilité de la vie et des communications de l'une à l'autre mer, sur le grand chemin de la Bretagne à Paris. La noblesse bretonne en a fait pour la province ce que Paris était au reste de la France sous la monarchie.
L'industrie ne s'y est point portée, bien que Rennes compte de belles usines, tanneries, imprimeries, etc. La ville est surtout un marché
agricole où viennent s'entreposer les produits d'une campagne fertile et singulièrement en progrès. Les chemins de fer, en ouvrant aux beurres bretons les marchés de Paris, ont donné à l'élevage du bétail un immense essor. Même Rennes, par le nom d'un des domaines de sa banlieue immédiate, la Prévalaye, a centralisé — avec Morlaix — le commerce des beurres bretons. Une trentaine de maisons recueillent le produit des campagnes ; les moins importantes exportent au moins 500,000 kilogrammes; beaucoup envoient chaque année dix millions de kilogrammes. Jadis Rennes faisait chaque année pour 30 ou 35 millions d'affaires en beurre ; ce commerce s'est décentralisé, les centres de production expédient directement, mais l'exportation rennaise atteint ■ encore plus de 15 millions. La fraude a causé de grands désastres ; ces beurres sont, à Paris et même en Bretagne, mélangés de margarine, ce qui a fort réduit le prix ; les beurres d'exportation sont un moment tombés de 2 fr. 60 c. à 2 fr. 10 c. le kilogramme, et la margarine vaut 1 fr. 30 c. à peine. Les marchands de Rennes se sont émus, leur action contre la fraude n'a pas été sans effet dans le vote de la loi qui frappe sévèrement les fraudeurs .
La Prévalaye, dont le nom a été donné aux plus
iins des produits bretons, même aux moins fins parfois, est un petit castel, à une faible distance de Rennes, non loin de la Vilaine, qui serpente ici au sein de belles prairies. La campagne est fraîche, mais on n'y trouverait pas les pâturages plantureux dont ce nom de la Prévalaye évoque l'idée. Même les abords du château, par les haies et les talus, sont fort bretons d'aspect. De belles avenues percent ces clôtures et donnent grande allure à cette demeure historique où l'on aurait bien fait d'installer l'école de beurrerie et fromagerie de Rennes située dans un faubourg. Un semblable établissement, créé dans le domaine de la Prévalaye, aurait vite gagné une célébrité que n'a point l'école de Rennes, si bien dirigée cependant, et d'où sortent pour les laiteries bretonnes d'excellentes ouvrières. Celles-ci transformeront peu à peu les procédés parfois primitifs et augmenteront par la fabrication des fromages les rendements des métairies de Bretagne.
A Rennes va s'installer bientôt l'école nationale d'agriculture de Grand- Jouan. Puisse l'illustre renom de cette belle école grandir encore dans la .Grande cité bretonne \
i. Sur l'école de Grand-Jouan qui va disparaître voir la 2" série du Voyage en France, chapitre XXI.
De Saint-Brieuc à Loudéac. — Quintin. — Le château et la forêt de Lorges. — Loudéac et les toiles de Bretagne. — l'ontivy. — Excursion à Rohan. — La vallée du Blavet. — Ploërmel. — Mi-Voie et le combat des Trente. — Josselin. — L'Étang au Duc. — La fontaine de Baranton et la forêt de Brocéliande.
Concoret, septembre.
Au cœur de la Bretagne se mêlent la légende et l'histoire. Le revers sud du Mené a vu, dans la forêt de Brocéliande, Merlin et ses enchantements; Beaumanoir et les Trente y combattirent. A la Révolution, les villes et les bourgs de Bretagne et d'Anjou ont conclu, à Pontivy, une fédération solennelle. Ce coin d'Armorique compris entre la Vilaine et le Blavet est peut-être le canton sacré de la péninsule. C'est aussi le point de suture entre la Bretagne bretonnante au rude parler gaélique et la Bretagne française où l'antique langage des druides n'est plus compris.
C'est aussi l'une des contrées les moins fré-
quentées ; aucun chemin de fer ne permet encore de s'y rendre facilement, les deux lignes transversales de Pontivy et de Ploërmel sont faiblement desservies. Même pour un voyage rapide, il faut compter trois ou quatre jours si Ton veut s'arrêter à Loudéac et à Pontivy, voir Rohan et les landes de Lanvaux, Ploërmel, Mi-Voie et Josselin et parcourir la forêt de Paimpont, l'antique Brocéliande. Lorsque le chemin de fer central, depuis si longtemps projeté, de Châteaubriant à Ghâteaulin par Ploërmel et Carhaix, sera construit, on pourra alors visiter ces contrées si curieuses et qui diffèrent tant de la Bretagne maritime.
Dès qu'on a quitté Saint-Brieuc par le chemin de fer d'Auray, on s'aperçoit qu'on entre dans une région nouvelle, bien différente de celles qu'on a traversées jusqu'alors. Aux abords mêmes de la ville, c'est une contrée agricole prospère; à plus d'un détail on devine que les progrès sont rapides, même les haies sur talus disparaissent un peu, on voit que le sol a une valeur plus grande. Mais ce n'est qu'une banlieue de ville ; cà quelques kilomètres le paysage se fait agreste et varié. Près de Saint- Julien, non loin du curieux camp vitrifié de Péran, les hauts talus boisés de chênes recommencent, la plaine cesse, la locomo-
tive haletante s'élève sur les premières terrasses des monts Mené.
Soudain, au delà de Plaintel, les arbres s'écartent et Ton découvre une vue merveilleuse sur les sommets du Mené aux croupes robustes ; vers le nord, par des échappées, le Goëllo et le Penthièvre apparaissent, mer d'arbres où Ton distingue à peine quelques toits ou flèches d'église. La campagne est ici d'une variété infinie. Il reste encore quelques landes, mais de médiocre étendue, carrés de bruyère rose; moissons blondes, sarrazins fleuris dont la blancheur est rendue éblouissante par le contraste avec le vert sombre des chênes, prairies d'un ton doux où les joncs et les prèles sont parfois trop abondants, ces oppositions de couleur forment un tableau d'un charme pénétrant, bien particulier, rendu grandiose par les perspectives lointaines des petits monts et les profondeurs indécises des vallons qui vont à la mer.
La vie manque cependant à ce paysage ; les agglomérations humaines sont rares aux abords de la voie ferrée. La seule ville de la route, Quintin, est assez loin de la gare, mais un instant on l'aperçoit pittoresquement assise aux flancs d'une colline. C'est aujourd'hui le marché, les voyageurs descendent nombreux, vêtus de grandes
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