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EN FORÊT YVELINE

Houdan, entre des collines boisées. Au-dessus (lu village, une de ces hauteurs est revêtue par le parc de Neuville, partie de forêt restée domaine particulier, mais c'est déjà la sylve Yveline, Le chemin passe devant l'entrée monumentale de la ferme et longe ce pai"c dont Tes beaux ombrages encadrent le château de Neuville, sévère dans sa majesté, rappelant Rambouillet cl Fontainebleau par ses murs gris el ses cordons de briques.

Au cœur de la vallée, bordant la Vesgre, dominé par la charmante colline de la Ferrièrc dcrrirre laquelle coule l'Oblon, s'étend Bourdonné; le château, remarquable construction do commencement du dix-septième siècle, est entouré de fossés que la Ves[|re alimente de ses eaux vives. La haute butte de la Ferrièrc commande d'immenses horizons, aussi fut-elle . de bonne heure le siège d'un culte ; de vagues légendes parlent d'une druîdesse qui aurait résidé au sommet, écartant les orages par ses vertus magiques. Ces traditions ont un fonds : le pays dut avoir une certaine importance à l'époque celtique, car un bourg voisin porte le nom de Condé, dérivant du mot condale ou confluent, origine de tant de lieux appelés Coudé. Aucun ruisseau ne rejoint ici la Vesgre, mais

peut-être des filets d'eau accouraient-ils avant que l'on ait essarté le bassin sablonneux d'Adainville.

Condé, à moins d'une dcmi-Iieue de Bourdonné, est un calme village assis au bord de la Vesgre roulant leiîTement des eaux teintes de rouille. Comme tous les centres de cette région, enrichis par l'élevage de la volaille, il a des habitations propres et gaies. La seule industrie est celle de la céramigue, ses poteries ne manquent pas d!Qriginalité. C'est un des grands carrefours de chemins des Yvelines ; dans toutes les directions s'étoilent longues voies et chaussées secondaires. Par là, en septembre 1870, débouchèrent les troupes allemandes qui livrèrent quelques combats à nos troupes de Normandie et commirent des actes de sauvagerie dont le souvenir est resté vîvace,

La route de Rambouillet abandonne le fond de la vallée pour pénétrer eii forêt ; avant de trouver les bois, on a sous les yeux les riants coteaux d'Adainvîlle, bien découpés, reliés au massif par les belles frondaisons du bois de la Charmoise.

Ici, les arbres sont de nouvelle venue, révélant la conquête moderne sur les bruyères. Des pins, des bouleaux, quelques trembles peuplent le

canton. Le sol, très mair|re, explique coramenl la ré(]ion a échappé à l'essartement qui a réduit l'Yveline à ses dimensions actuelles. Nombreux encore sont les espaces que recouvre seulement un tapis de bruyères et de mousse réche, mais, en dehors du travail de l'homme, l'ensemencement naturel aura ombragé ces landes avant loQgtemps. Le lapin pullule, surtout sous les arbres qui entourent le Phalanstère, pins sylvestres de superbe venue, hauts et droits, formant une colonnade de troncs rougeâtres aux lointaines perspectives, merveilleux quand le soleil couchant les éclaire puissamment.

Voici le Phalanstère, son nom étrange m'avait été signalé à Gambais comme imposé par Paul- Louis Courier 1 et cela m'avait plongé dans une certaine stupeur. Ne s'agissait-il pas plutôt de Fourier? J'ai eu par un garde le mot de l'énigme ; il s'agissait bien de Fourier. C'est ici que des disciples enthousiastes de l'apôtre sociologue : Baudet-Dulary, député, et Devay l'aine, élève de Mathieu de Dombasle, fondèrent, en i83i, l'association inspirée par les rêveries de Fourier. Entreprise avec plus de foi que de ressources, à l'aide d'un demi-miUion, la fondation de ce paradis sur terre lie tarda pas à dévier des bornes étroites que le chef'de l'école avait

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Iracées et dont la mise en pratique fit ressortir les côtés irréalisables. Fouricr s'en indigna, se relira bientôt de l'affaire : celle-ci sombra avant même que l'on eût fait autre chose que défricher ou faucher et peler à la pioche 200 hecta-r res de bruyères, puis tenter d'assainir par des rigoles ou d'écobuer 100 hectares de terres mouillées, et édifié quelques maisonsde la cité de rêve. En i833 la solitude avait repris possession du site; quatre ou cinq ans plus tard on ressuscita le projet : l'insuccès fut plus rapide encore, les hameaux furent abandonnés.

Le Phalanstère devait renaître de nos jours, mais sous une forme nouvelle : les terres ont été acquises par des particuliers qui ont pris le titre de Ménages associés et construit des villas isolées, reliées parde belles avenues. Ils sont assez nombreux pour que, pendant l'été, la voiture rallachant Condé-su'r-Vesgre à la gare du Perray se détourne de la grande roule pour aller desservir ia Colonie, comme l'appellent les gens du pays.

Le nom de Phalanstère a donc lui-même disparu pour l'ensemble du domaine, il s'applique encore cependant à une grande ferme avoisinant une villa à tourelles, presque château, flanquée d'une sorte de loggia ronde en bois.

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La Vesgre coule dans un large plan de prairies bordé de jolies demeures telles que la Chênaie et la Colonie. La <^bénaic possède un parc aux belles eaux, il y a là un moulin et un lavoir moussu formant fabrique. La Colonie abrite plusieurs des ménages associés a ; c'est un long corps de logis, aux contrevents gris, entouré de chalets ombragés par les pins aux fortes senteurs. La Vesgre, très pure et claire en cette partie de son cours, est le grand charme de la solitude sylvaine.

Sur la rive droite du ruisseau, la forél est une superbe pinède. On vient d'exploiter une partie du massif, de longs tas réguliers de bûchea s'alignent sur le sol nu. La route s'anime par de nombreux charrois, des voitures transportent le bois de co.~de et surtout des ramilles de bouleaux, conduites à Adainville pour être réunies en balais, fabrication qui est une des principales industries de l'Yveline. Cette activité ne trouble guère le gibier: à chaque instant, ou aperçoit des faisans sur la chaussée ou dans le sous-bois. Aussi s'explique-t-on que la chasse soit aussi disputée en forêt de Rambouillet cl donne au budget une recette de près de aSoooo fr. par an.

Les bois, de chaque côté du chemin, sont

és privées ; l'un des domaines, le Planet, oie d'accès un chemin dont l'entrée est par deux grandes pierres de grès, de )gnonneuse ; du côté opposé, une allée 3rdée de rhododendrons, conduit à la loussue, un des sites les plus cliarmants line.

eau des bois tapissés de bruyère et dont ;st exploitée pour la vente aux horlîculcarle soudain. Un large plan de prai- )sées par la Vesgre apparaît, encadré lux couverts de bouleaux et de pins, je de Saint-Léger-en-Yvelines semble ;e val gracieux. II s'étend dans toute ir, dominé par son clocher gris qui se sur le fond sombre des bois, Sainl-Léievenu un centre de villégiature esliaucoup de maisons villageoises ont été nées en logis avenants et gais, d'autres construites récemment, tranchant par ure de tuile rouge ou d'ardoise avec I couvertures de chaume rappelant l'as- ;ien, au temps où Saint-Léger n'était ue de bûcherons.

Léger, centre de l'immense sylve, en temps la capitale : on y voit de vagues d'un château royal où les souverains

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résidèrent jusqu'à la cession de l'Yveline à maison de Montfort par Phiiippe-Aufjuste, ( iao4. Ce prince ne devait pas garder un bc souvenir de Saint-Léyer, car il y fut contrain par le \er\af. du pape, à reprendre sa Femn Ingeburge ; à ce prix il obtint levée de l'interd pesant sur ses domaines. D'ailleurs, le reloi à la vie commune ne fut pas de longue durée peu de temps après, la malheureuse reine fi jetée dans la tour Guinette, à É(ampes('), o elle resta de longues et cruelles années, dénud de tout, comme une criminelle. Un au(rc princ dont le nom se rattache aussi à l'histoire d'£ tampes, Robert le Pieux, résida à Saint-Lé(|er c'est à ce grand bâtisseur d'églises que le vil laçjc doit la sienne.

Une étroite bande de for(>t sépare SaînI-Lé ger de la plaine cultivée des Bréviaires. Cett zone de bois est fort belle, des hêtres et de chênes contrastent avec les pinèdes jusqu'ator traversées. Ces arbres de luxuriante venue abri tenl d'épais taillis. On sort de la forêt à la femu de la Billette, entourée de prairies ombragée; de pommiers et de poiriers. Au long du chemii s'alignent les maisons rustiques de la Rue-du

Mat, couvertes de toits de chaume. Tout ce pa^s est agreste, varié ()rAce aux arbres qui forment bosquets autour des fermes. Au centre de la plaine se groupe;il les maisons des Bréviaires, autour d'une fort modeste église dont le clocher carré, très bas, est hien humble près d'une mairie-école coqueltement édifiée en meulière, brique et pierre blanche.

Ce grand plateau de cultures, drainé par des rigoles destinées à recueillir les eaux pour Versailles, s'étend jusqu'au pli que des chaussées transforment en une longue suite d-étanys alimentant le ruisseau des Vaux- de-Cernay.

Routes et sentiers rayonnent vers le Perray, village de grande route qui a gardé son animation, grâce à sa station sur le chemin de fer de Chartres; celte gare en a fait le centre d'attraction pour la plus grande partie de l'Yveline.

Cambjiseuil. Oclobr

Je reviens en Yveline alors ([ue la forêt abandonne sa parure. Les feuilles rougies ou jaunies commencent à joncher le sol. La plaine, depuis Trappes, perd sa dernière verdure avec le décolletage des betteraves effectué par les travailleurs bretons, sans les^uel^ cette vaste étendue de

LES ÉTANGS DE SAINT-HUBERT 'il

glèbe ne pourrait être cultivée. Lea étangs, abandonnés à la végétation, sont déjà roux; les chenaux qui amènent à Versailles Ic^ eaux d'autres nappes roulent un flot abondant. Les bois à demi dépouillés laissent deviner les ravins profonds et riants où l'Yvetle se forme, A cette heure matinale, il semble qu'un frisson passe sur toutes choses. Le village de Coignièrcs se blottit frileusement autour de son église à gracieuse petite flèche de pierre.

De plus en plus le pays se fait forestier, nombreux soûl les vestiges de l'antique sjlve d'Yveline. Le village des Essar(s-le-Roi garde par son nom le souvenir des défrichements — essarts — elTectués au onzième siècle. Quelques débris de la forél couvrent encore le plateau et surtout les pentes raides dominant le ruisseau naissant du ru de Cernay et appelées les buttes dAuffargis. Cette dépression est le principal accident du sol, la route y descend par des rampes raides, le chemin de fer la franchit sur un grand remblai. De là se détache la route de Moutforll'Amaury, près l'auberge de l'Arloire, ancienne poste, voisine d'un logis ou château servant d'annexé au rendez-vous de chasse du château de Saint-Hubert.

Celui-ci était une des merveilles de l'architcc-

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lure et de ia décoration au dix-huitième siècle; son existence- Tut plus fugitive encore que celle de Marly.

Il ne reste rien de ce palai» sylvain, sinon la terrasse dominant les eaux arlîûciellenient retenues et le village de Saînt-Hubert-le-Roi, destiné à devenir une ville, mais qui ne fut jamais qu'un hameau sans vie. Il commence à un quart de lieue de l'Arloire, dans l'axe d'une chaussée, dernier gradin des barratfes retenant les eaux amenées de la forêt pour participer à l'alimentation de Versailles.

Ces étangs, dont la longue ligne de 6 kilomètres étonne celui qui les distingue sur !a carte, à cause de leur régularité et de leur étroitessc, sont un vérîlable escalier hydraulique. Quelques ouvrages, notamment le dictionnaire Joaniie, les disent alimentés par le m de Gambaiseuil qui se creuse un profond sillon dans la forôt. Or, j'avais été frappé par ce fait que la carte indique ce ru sous le nom de ruisseau des Ponts-Quentin et le dirige vers la Vesgre, bien que son lit semble tenir à la nappe supérieure des élangs, dite de Hollande. Aujourd'hui, ma course en Yveline avait pour but d'examiner ce petit problème d'hydrographie et de voir ce qu'est devenu Saint-Hubert-le-Hoi, que les

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