‹ Voyage en FranceChapitre 47 sur 66 · I. Lra Facteari d'iml'-aments de muiiqnc, psr Conslanl Piebi · texte numérisé non relu

I. Lra Facteari d'iml'-aments de muiiqnc, psr Conslanl Piebi

exposition comme seule elle peut l'offrir. Deux cent vingt-six instruments, exactement, sont rangés dans sa vitrine et représentent tous les types qu'on a pu établir jusqu'à ce jour dans leS deux grandes familles des bois et des cuivres ». C'est d'ailleurs de cette maison que sortent les instruments à rent, clarinettes, saxophones et bassons employés au Conservatoire de Paris et dans les écoles de musique de province.

L'usine de Mantes est jalousement fermée aux profanes, mais, à la sollicitation d'un aimable savant maniais, M. Schœffer, faisant céder sa répugnance à accueillir les visiteurs, m'a fort cordialement reçu. J'ai pu assister ainsi à la fabrication de ces instruments de luxe que les meilleurs orchestres et les artistes arrivés peuvent seuls posséder,

Certes, les ateliers de Mantes produisent l'instrument ordinaire, ce qui ne veut pas dire l'objet de pacotille, l'article de bazar, mais ses chefs s'enorgueillissent de livrer surtout des instruments parfaits, d'être en quelque sorte les Pleyel et les Érard de la clarinette. Pour atteindre ce bul, il a fallu de longues années, des études consciencieuses, et surtout le personnel d'élite lentement formé parmi la population de Mantes. Se maintenir à ce rang est d'autant plus méri-

LES LUTHIEBS DE HANTES aa3

toire que la concurrence est vive, Mantes lutte avec l'Allemagne, avec la Bohême, qui possède un grand établissemenl à Kôniggralz et, autour de cette ville, entretient de petits ateliers comparables par le rôle et le bon marché à notre La Couture.

A force de faire des clarinettes et autres instruments, on est arrivé à raréfier les bois exotiques qui peuvent seuls donner des instruments d'une justesse absolue : ébène, palissandre, grenadille, érable d'Amérique. L'ébène, surtout, fait défaut. On tirait ce bois de Mozambique ; tant que l'on en trouva à proximité de la iner, le prix fut abordable, le bois débité par les nègres étant amené à peu de frais sur la côte. Aujourd'hui, les arbres à ébène ont disparu près du rivage, l'ébène ne vient plus à la côte qu'à l'aide d'un portage pénible et coûteux, aussi en reçoiton peu et de qualité mauvaise. On pourrait peutêtre en trouver dans les régions que traversent maintenant les rails qui doivent relier le Cap au Caire, mEiis nul ne sait au juste ce qu'est i'ébénier, sinon les nègres qui portent ses bâches aux traitants de Mozambique. Il y a bien des quantités d'ébéniers ; on en signale à l'Ile Maurice, sur la côte de Coromandel, en Crète, etc., tous menacés d'ailleurs de destruction, mais ce

surit autant de bois ditTérents, seinblËd)les seulement par l'aspect au véritable ébénîer : le bois dont on fait les flûtes, diraient les plaisants. Celui-ci est l'ébénier violet. Le faux, ébénier ou cj'tisc, si abondant en France, surtout aux environs de Mantes, dans lavailéede iaVaucouleurs, a un bois qui ressemble à l'ébène et que les tourneurs recherchent; je ne suppose pas qu'il soit le point de dépari de la fabrication des clarinettes !

Le palissandre, moins nu , vient du Brésil, par Bahia et Rio-de-Janeiro ; quant au bois de grenadille, on put s'en approvisionner jusqu'à ce que Cuba fût enlevée aux Espagnols. Cette Ile en fournissait à Mantes pour la fabrication de clarinettes recherchées par les Anglais. Mais les Américains, maîtres économiques de Cuba, ont accaparé tout ce bois, d'un jaune superbe.

Il y a bien des bois propres à faire des clarinettes, dans nos colonies, à Madagascar par exemple. Malheureusement l'étude forestière de notre nouvelle possession a été faite d'une façon trop sommaire. M. Schaeffer a reçu des échantillons superbes, mais ceux qui les lui envoyèrent ne connaissaient ni l'arbre producteur ni la région de production !

Ébëne, palissandre, grenadille sont impartis

LES LUTHIERS DE HAUTES 2a5

en France par la voie de Hambourg. Pour ces articles de luxe, nous sommes tributaires de l'Allemagne^ comme nous le sommes pour le caoutchouc durci, susceptible d'un beau poli et d'un noir merveilleux. De même que nos armateurs ne vont pas chercher les bois de luxe sous les tropiques, de même nos industriels ne sont pas parvenus à obtenir un caoutchouc durci suffisamment noir, poli et brillant ; il y a un tour de main allemand dont le secret n'a pu être pénétré, -' ' •

Les bois viennent donc de loin, par iin long détour. A l'usine ils resteront longtemps avant d'être consommés ; ils doivent être débités en petits morceaux, c'est-à-dire à la dimension maxima de l'objet à en tirer, puis séchés lentement, à l'abri de la chaleur et des variations de température qui pourraient les faire fendiller. Chez MM. Évette et Schœffer, un long corridor est rempli de ces tronçons suspendus aux parois : beaucoup sont là depuis plus de huit ans. ,

Une machine à vapeur actionne des scies qui débitent les éléments d'instruments à la dimension voulue et des tours sur lesquels on donne la forme au corps et aux pavillons. L'objet une fois ainsi grossièrement établi est encore mis à

sécher. Ce n'est qu'après avoir atteint le degré le plus parfait de siccité qu'il est apte à recevoir les autres préparations.

Il faut ensuite indiquer l'emplacement des trous sur lesquels les clés s'adapteront. Ce travail se fait à l'aide d'un « chariot transpositeur », sorte de pantographe mécanique. Dans une autre partie de l'atelier on procède à l'estampage mécanique des clés dans des feuilles de métal. Jadis ces pièces délicates se faisaient à la main, par des forgerons dont l'habilelé était extrême. L'emploi de l'estampage dans les ateliers d'instruments à bon marché a amené uo perfectionnement dans les machines et obligé Mantes à suivre le mouvement. On y a perdu une catégorie d'ouvriers précieux. Rares sont maintenant les bons forgerons, il en faut cependant encore pour faire les clés des articles de grand prix.

Les clés posées sur l'instrument, afin de juger du parfait établissement de l'organe, on démonte les diverses pièces ■ pour procéder au polissage du bois et des clés. Quand l'inslrument est verni, deux ouvriers spéciaux percent les trous j on remonte alors l'objet, on dispose le bec et on envoie la clarinette ou le basson à Paris, dans les magasins, pour être essavés

i,ierti„Goo^li:

par dés spécialistes, puis mis au point, s'il y a lieu.

La brièveté de celte description pourrait Faire croire que tout cela est simple ; en réalité, l'établissement d'un instrument à vent demande une suite de main-d'œuvre très compliquée. Dans les magasins où les bois, les cuivres, le melchior, le caoutchouc, les pièces diverses sont disposés dans un ordre admirable, j'ai vu, par des échanlillons, toutes les phases de la fabrication des clés. Chacune d'elles ne subit pas moins de dix à douze estampages avant d'être polie ; chaque bec est soumis à neuf opérations différentes.

Je n'ai parlé que des instruments en bois; les instruments de cuivre sont naturellement l'objet d'une opération préliminaire de vulgaire chaudronnerie. Le pavillon est tiré au marteau dans une feuille de laiton, les tubes sont fournis par les usines spéciales ; le melchior vient des ateliers de -ferronickel de Lizy-sur-Ourcq et de Bomel(')-

Les ateliers mantais sont intéressants non seulement par les instruments artistiques qui en

1. Sur Lïz)--sur-Ourcq (SciiK^el-Marnf], voynz la 4a' série du Voyaje r,n France, chapitre XIII ; sur Bomol, In 17* irfrie, cha-

sortent, mais aussi par i'ordre et l'aclivîté qui y régnent, par l'habilelé de ces ouvriers d'élite qui sont maintenant des dynasties ; on voit là, rdte à côte, le grand-père, le fds et le pelit-fils. Le métier demande un long apprentissage, ii ne faut pas moins de quatre ans pour former un ouvrier, aussi beaucoup de parents hésitent-ils devant ce lourd sacrifice, ils le regrettent ensuite, car l'apprenti, une fois ses quatre années achevées, gagne de i5o à 200 fr. par mois. La moyenne des gains pour les anciens est de 200 fr., ils atteignent jusqu'à 35o fr.

Tous ces ouvriers sont aux pièces; depuis quelque temps, le travail de nuit a été supprimé à cause des malfaçons et des frais ; cependant, la production et les salaires n'ont pas diminué. L'usine de MM. Évette et Schœffer occup?

cent quarante ouvriers, elle est située à Mantcsla-Ville, à l'entrée du pont franchissant le chemin de fer pour relier ce faubourg A Manies. Il existe une autre fabrique d'instruments de musique fondée, dans cette commune, par des ouvriers émigrés de la première; elle emploie environ soixante personnes et livre, elle aussi, d'excellents produits que concurrence également La Coulure, typé du travail rural pour cette industrie.

La Couture, dont j'ai dit jadis l'intéressante et pilloresque phpîonomie, est parvenue à une telle division du travail, à une si grande réduction du prix de la main-d'œuvre, ses petits patrons se livrent entre eux à une telle lutte que les autres Tabricants, de Manies et de Paris, doivent tenir compte de cette coocojTence pour établir leur prix. Ils ont un second rival dans Château- Thierry, dont la manufacture emploie surtout la main-d'œuvre d'hiver, offerte à des conditions très basses par les ouvriers ruraux qui ont passe le printemps et l'été au sarclage et au dépressage des betteraves, à la moisson, à l'arrachage des mcines pour la sucrerie.

Les produits des diverses fiibriques françaises alimentent pour une grande part l'exporlalion. La France est peut-Strc le pavs qui livre an dehors la plus grande ([nautile d'instruments de musique construits avec goût et science. Notre impnrtalion est presque nulle, tandis que l'exporlalion se chiffre par des totaux éloquents. Ainsi, en ce qui concerne les spécialités de Mantes, nous avons reçu en 1904 une quantité de l4S hautboU, clarinctlcs, cors anglais, bassons et cornemuses, dont 22 d'Angleterre et 1 18 d'Allemagne, tandis que nous en avons exporté 5 483. Notre cliente l'Angleterre figure dans les slatîs-

-"f:-'y^7w^ç<^mi!^!tlgmim'

33o VOYAGE EN FRANCE

tiijucs douanières pour 21 13 pièces et les Etals- Unis pour 2 84s. La valeur de nos ventes au dehors atteignait ItoS q^o b. Ce n'est là d'ailleurs qu'une bien £iibte parlie de notre exportation d'instruments de musique, dont la valeur totale fut de près de 10 millions après avoir dépassé II millions en 1903.

LE MANTOIS

Les TÎeilIcs IraTorscs. — Chevilles cl coins pour 1rs chemina de fer. — Gaesicjjurt, sa papeterie ; une usine modèle. — Le papier à cigarelles. — Cité ouïrifcre. — La vigne à Limay. — Les cultures maraîchères. — L'ognon de Limay. — La cardère à ToulOD. — Épdne et NIéziëres. — Hérault de Sécbellee, Danton et Camille DesmguliDS.

A côlé de ses ateliers de lutherie, Mantes possède une autre industrie intéressante, mais dont les chefs n'ont pas voulu m'accueillir, craignant que ie Voyage en France ne révélât leurs secrets de fabrication : il s'agît du tissage des stores de bois peints en vert. Près de la gare, je fus mieux reçu chez M. Arsène Collet, qui poursuit sur une échelle 1res vaste une production dont Mantes vit les débuts, celle des coins pour traverses de chemins de fer et des chevilles pour obturer les Irons des vieilles traverses.

Au début des voies ferrées, les compagnies, ayant partout le boisa bon compte, rejetaient les traverses dès qu'elles montraient des traces de

onsomption ou de fatigue, mais il a fallu des uantilés énormes de bois, le prix s'est élevé, on

inventé les procédés d'injection de sels cupriues et de créosote qui ont pu prolonger longsmps ta vie des traverses ; cependant, celles-ci itiguaient : il fallait au moins changer la place ù reposaient les rails et, pour empêcher l'eau e pénétrer par les anciens trous des tirefonds,

enfoncer des chevilles. M. Collet cul i'entrerise de la confection de ces petits bouts de ois.

Il était préparé à ce travail ; dès i85o, sa faillie se livrait à la fabrication des coins pour ;s rails, par des procédés rudimenlaîres ; on e servait d'oulils de sabotier; des tronçons e chêne débités à la scie et à la hache étaient menés à la dimension requise à l'aide du paoir. Mais la consommation devint tellement onsidérable que tous les sabotiers de France 'auraient pu suffire à faire les coins. M. Collet iventa des machines, monta une scierie où l'on écoupait les chênes, vendant les madriers et les iëces au commerce, utilisant les débris à faire les coins et les déchets des bois découpés pour ;s coins à préparer des chevilles. Pour celles-ci lêmes, il y eut des machines spéciales.

Mantes ne suffisait pas à la consommation ;

LE MANTOIS 235 ,

l'avise industriel alla s'installer dans les grandes ([ares des réseaux ; aujourd'hui des usines fonctionnent à Angoulôme, Bordeaux, Bourges hor^, Châteauroux, Chaloti-sur-Sadne, Lim Lorient, Monlauban, Montluçon, Orléans, gueux, Poitiers, Royat, Toulouse, Tours, compter des scieries mécaniques à Chartres jon et Lyon. Par toutes ces filiales. Mante •in très gros centre d'aOaires. Le comme qui a su le's organiser est aujourd'hui inaii la ville.

On voit que Mantes, en dépit de son c apparent, n'est pas ^ans activité manufactui on peut, d'ailleurs, lui rattacher la produ des cimenUs, en d'importantes usines : l'ui amont de Mantes, à La Plaigne, sur la rive gs de la Seine, l'autre à Dennemont, en aval la rive droite. Le sol du Mantois est riche ( sèment de roches et d'argiles propres à fabrication. Même, la proximité de Paris voie commode de la Seine auraient dû dével( davantage cette industrie.

Gassicourt, dans l'immédiate banlieue, ferme une usine considérable pour la fabric du papier à cigarettes et autres papiers Ii pour presse à copier, ou silver lissue servi

a36 VOYAGE EN FRANCE

enveloiiper et essuyer les objets en métal ar- (jeiité. Ce village, dont l'église ogivale est un remarquable édifice, a été le siège d'un prieuré ; un des titulaires de ce bénéfice fut Bossiiet. Gassicourl reste rustique autour du monument, qui attire le regard par ses hautes fenêtres, mais dans les champs naissent de nombreuses maisons ; une mairie neuve est isolée sur des voies nouvellement tracées, la lumière électrique éclaire ces campagnes jadis obscures. Tout cela est dû à la grande fabrique qui a amené àGassicoiirt 5oo ouvriers avec leurs familles. La population était de 377 habitants en 1870, elle a atteint t 36i en 1901,

La création est récente : mdccgxcii-mucccxcvi, (!it une inscription au fronton des bâtiments; c'est l'œuvre de MM'. Braustein frères, qui l'ont conçue avec une ampleur admirable. On peut en juger par là longueur d'un magasin à matériel,: 200 mètres, et cela semble peu de chose auprès des immenses bâtiments dominés pardeux puissantes cheminées, hautes de ûu mètres.

Une belle route plantée d'arbres quitte le chemin de Mantes el conduit à l'usine en contournant les bâlimenls pour déboucher devant une cour transformée en square cl ornée du médaillon de M. Maurice Braustein, un des fondateurs de

rt i„ GoQ^li:

LE MANTOIS 287

l'établissement; ce médaillon est encastré dans une pyramide de granit. L'ensemble des constructions a grande allure.

Sur la Seine est un appontemcnl pour l'embarquement et le débarquement des marchandises, des cbarbons surtout, amenés par bateaux ; des wagonnets conduisent ensuite les combustibles dans la cour des machines en longs tas réguliers. A côté du débarcadère, une immense excavation atteint à une grande profondeur une couche de gravier et s'emplit d'eaux d'infiltration; celles-ci se rendent dans les puits d'où des pompes les élèvent à l'usine. Les eaux pures sont obtenues en telle abondance que les pompes distribuent tioo mètres cubes à l'heure soit à l'usine, soit à la ville de Mantes, qui en a acquis une partie pour son service public. En outre, les machines puisent par heure, à la Seine, i5o à 200 mètres cubes d'eau pour la condensation, La commune de Gassicourt profite elle aussi de l'usine : celle-ci lui fournit gratuitement l'éclairage.

J'ai trop souvent parlé de la papeterie (') pour décrire une fois de plus la fabrication du papier,

1. Voyez nolammcnt les chapitres sur la Havc-Descarlrs, !"■ série; Voiron et Rivra, g» série; Annonay, ii" aérie; Angiii- Itmf. i5' série; Ambcrt, 33° série; EasonnfB, 44° aérie.

238 VOTAGE EN FRANCE

je me bornerai donc à dire ce qu'il y a de pai^ ticuHer à cette vaste manufacture de Gassicourl, où j'ai été cordialemeol reçu.

L'usine ne produit que des papiers obtenus avec des cordages, ficelles ou chifTons de pur chanvre, matières bien rares aujourd'hui, puisque les câbles sont fabriqués pour la plus grande j artie avec l'aloès et le phormium, ou même le métal. Cependant, une (grande quantité de vieux cordages arrive encore à Gassicourl, avec les filets dont les pécheurs n'ont pu prolonger la vie. Soixante femmes trient ces chîfîons ou ces cordages d'abord effilochés par de vieux ouvriers, les coupent à l'aide de lames de faux et les f réparent sur des tables munies d'appareils de dépoussiérage. Les matières premières ainsi obtenues sont envoyées aux raffineuses et lessiveuses, qui remplissent un hall gigantesque, le plus vaste de ce genre dans l'Europe entière ; il n'y a pas moins de cinquante appareils mus électriquement à l'aide de puissantes dynamos commandées par une admirable machine de 2 ooo chevaux sortie des chantiers de Winterthur. La pâte, suivant toutes les phases ordinaires de la fabrication, va se transformer en ce papier extrêmement mince qu'est le papier à cigarette. Gassicourt est arrivé à une finesse

LE HANTOis aSg

telle qu'il fountit des papiers pesant seule 6 grammes an mètre carré ; un roulea 25 ooo mètres figurait à l'Exposition de :

Toutes les machines à papier sont muet l'électricité.

La production de l'usine est surtout desti l'exportation ; le papier est envoyé en Roum en Turquie, dans l'Amérique du Sud, etc bobines étroites qui se dérouleront deva • machine à faire les cigarettes. En France, 1 esl le principal client, par ses manufactun tabac.

Une élégante cité ouvrière permettant de I une centaine de familles s'aligne enire boulevards regardant d'un côté sur un ■ square et la ville de Mantes aux tours i rées, de l'autre sur la plaine que long Seine, dominée par de riantes collines-vi blés. Qhaque maison a quatre pièces, une sine, une lapinière, une cave, une buand des cabinets à l'anglaise et un Jardin ferm^ une grille sur le boulevard. Cela est d gaieté et d'une coquetterie extrême,*. Ce meau de cottages possède un élablîssemen douches gratuites très fréquenté, un lavo:

une crèche où des bébés joullus jouent ei posent pendant que la mère est à l'usine. C

a4o VOYAGE EN FRANCE

avec Noisîel, ce qui a été fait de mieux en ce genre autour de Paris (').

Le personnel est Iranquille ; d'ailleurs, les ouvriers sont encouragés au travail par un système de prîmes qui aura sans doute pour efîet d'épargner à ce centre naissant les crises qui sévissent ailleurs. Les directeurs de l'établissement se sont ingéniés à éviter toutes les causes de dissipation; les terres voisines, réservoir d'air pur, leur appartiennent, et ils ne laissent construire , sur cette zone aucune maison, cabaret ou autre ; les ouvriers, ayant des demeures vastes, confortables et saines, un jardin, d'beureux horizons, ne cherchent pas de distractions au dehors. Si le travail à domicile dans les centres ruraux reste l'idéal social à atteindre, l'organisation de Gassicourl réduit au minimum les inconvénients de la grande manufacture.

Malgré ces usines et celles que l'on rencontré encore sur les bords de la Seine et de ses affluents, le Mantois, dans son ensemble, est un pays exclusivement agricole. La région de ce nom s'est peu à peu renfermée dans l'arrondis-

I. Sur la fabrique de chocsiat de Noisîel, voyez Ib série du Voyage en France consacrée k la banlieue de Paris.

LE MA?{TOt8 24l

sèment de Mantes, mais avant la Révolution l'étendue eo était autrement considérable.

C'était une des plus grandes subdivisions de l'Ile-de-France, car Versailles et Dreux en faisaient partie; les autres villes étaient Meulan, Poissy, Saint-Germain-en-Laye et Saint^loud.

Le Mantois englobait le Pincerais, dont Poissy était le principal centre et qui s'étendait surtout au long de la nvo droite de la Seine, jusqu'à l'Epte, tes anciens pays de Madrie et de Chcvrie et jusqu'au Thimerais, au delà de Dreux. Mantes avait bien rang de capitale, car elle possédait prcsidial, bailliage et élection. Le vieux livre où je relève une partie de ces renseignements, imprimé en i759('), ne signale comme curieux à Mantes que les « bons vins » de l'enclos des Célestins, proche Limay. Ces vins furent même chantés par Regnard. Il est probable qu'ils ne valaient pas mieux que les produits actuels de la vigne sur les collines de la Seine, mais la zone de production était bien plus étendue, les cinq cantons possédant 2 726 hectares de vignes en 1789; quaranle-cinq ans plus tard, l'on n'en comptait plus que i 72g.

, dont dépendaient ces vignobles, qui at encore 34o hectares de la commune aperdu une grande partie de ses plantaî'est consacré plus spécialement de nos : cultures maraîchères et est devenu un :ipaux lieux d'élevage de volailles par lion des établîssemeals Voitellier, sem-

ceux de Gambaîs et de Houdan. On y les œufs et les poussins qui vont au rihuer à répandre les diverses races de ms les basses-cours. Le Mantoîs est un oducleur de volailles, sa ville principale donné son nom à l'une des plus jolies ie notre pays. C'est une poule semar le port et la houppe de plumes rcmj crête, à la belle race de Houdait, mais lumage est entièrement noir, ililé d'amener les gadoues de Paris a î mellre en valeur des sols sablonneux cllement arides. On a beaucoup accru is maraîchers autour des villages situés t, sur la rive droite de la Seine et les

la Maudre. Quand, ayant Franchi la urs et le ru de Guerville, on a dépassé ;îmenl de La Plaigne, on entre au sein isles cultures de légumes. Autour des iges jumeaux d'Épône el de Mézières

les champs potagers forment tapÎB contiiii cullive surtout l'ognon, production for ctenne, puisque Mantes a donné le nom de aux ognons à la grande réunion foraine c tient en décembre, au lendemain du jour de ', André, et dans laquelle, aujourd'hui, le merce des bestiauxala prépondérance. En le sous-préfet Cassan évaluait à 20 hecta surface consacrée à l'ognon; le nombre de ] repiqués en mai à l'aide des semis de ji atteignait 2 4oo bulbes par are.

En automne, l'aspect des champs est eu car une grande partie du terrain est réseï la production de la-graine d'ognons et de g rectangles sont dessinés par les lëtes bleu Les pentes sont dévolues à la culture fru surtout aux poiriers. La gare d'Ëpône-Mé a fait développer considérablement- les p lions par les facilités données à l'expéditic Paris, Rouen et Le Havre.

Une autre culture, qui semblait aband el reprend aujourd'hui, est celle de la ci à foulon, jadis répandue dans tout le Ma les champs consacrés à celte piaule di tête, après floraison, s'arme de crochets à résistants et élastiques, occupent une assci étendue entre la Maudre et la Vaucoulcu

Statistique décennale de 1893 évaluait à 89 Jicctares lai surface occupée et la récolte à 266 quintaux, mais le chiffre semble bien inférieur à la réalité. La persistance de cette production est assez remarquable, car la cardère à foulon du Manlois doit lutter contre celle des Bouches-du- Rhône, couvrant i 3oo hectares et Ibuniissanl 8 243 quintaux valant plus de 5oo 000 fr. (■).

Le commerce du chardon-cardère se centralise en partie à Mézières, village allongé au bord d'une belle route, et dominé par le clocher d'une intéressante église du treizième siècle. Un autre bourg, Épône, occupe les pentes de la colline, au débouché de la vallée de la Maudre ; son église, œuvre remarquable du douzième siècle, dresse un clocher octogonal d'un grand effet dans le paysage. Avant la Révolution, Épône était habité par la famille parlementaire Hérault de Séchelles, dont un membre est le célèbre conventionnel qui, partageant le sort de Danton son ami, fut exécuté le même jour que celui-ci. D'après une tradition vivace, Danton et Camille Desmoulins seraient venus à diverses reprises à

I. Sur la culture de la cardère A foulons, vo^rz ta ta< série du Voyage en France, chapiire V, la ii» série, chapitre XIX. J'ai signalé aussi cette culture en Eure-et-Loir, page i5o du présent

LE HANTOIS 3^0

Épdne pour s'entendre avec Hérault. Parmi les commensaux do ce dernier on cite encore le peintre David qjv aurait crayonné sur un pan de mur une silhouette de guerrier antique, longtemps montrée comme une curiosité.

Le cours de la Maudre est la limite de lu zone d'influence de Manies. Désormais c'est uniquement vers Parisque sont les intér(^(s; lecliemin de fer, qui relie maintenant la gare d'Épône à celle de Versailles parPlaisir-GrignonetSaiiil- Cjr, n'a pas modilié le courant.

■ !" ' :}"^^!mi«'mm I

Aubrrgcnville «t le chdtPau d'Acosla. — La codiIpsk' de Bcau- Jaincourt et te maréchal de Castellane. — Plins. — BouaOc. — Les Mureauii. — Venieviil et Vcmouillet. — MMan. — De Villennes i Poissy. — Le Pincerais et sa capitale. — La ville de Poissy. — Une épicerie datant de i4ao. — L'ancienne abbaye et l'égliâe. — La statue de Meissonaier. -^ La maison crnlrale. — L'ancien marché aux bestiaux. — Les bords de la Seine, le pont et les îles.

Quand, venant d'Épône, On a traversé la Maudre, les épais ombrages d'un parc font tache sur la colline projetée en promontoire entre la petite rivière et la large vallée de la Seine. Ces ramures enveloppent le château d'Acosta, sous lequel se groupe, très menu, le village d'Auberqenville, peuplé de mareklchers qui ont gagné à la culture intensive les terres sablonneuses de la Garenne.

Acosta est un de mes meilleurs et aussi de mes plus mélancoliques souvenirs. J'y fus atliré par la noble femme qui vient de mourir après une

POISSV ET LE Pt:«CEIlAtS

vieillesse consacrée à la glorilîcation d'un illustre : M°'^ la comtesse de Beaulaincourt du maréchal de Castellane. Lorsque cette tière vigilante de tant de traditions milîl commença la publication des Soaverurs d gendaire maréchal, elle voulut communiqu bonnes feuilles de ce livre au chroniqueur taire du Temps et lui demander de sitjnaler œuvre curieuse qui nous a révélé tant de ci sur une grande période de notre histoire, d Napoléon 1", à l'aurore de l'Empire, jusqi veille des grandes catastrophes de 1870. L'a que je fis eut la bonne fortune de plaire comtesse. Elle tint à me faire assister au Ii qu'elle poursuivait, à m'en montrer la ma à me confier ses projets pour les autres I auxquels elle devait consacrer sa verte viei et sa haute intelligence. Son accueil s'est él aux miens, mes enfants ont été appelés à templer les reliques du maréchal, à jouer le parc merveilleux où, sous les grands ch les fourrés de buis atteignent à la hauteu arbres. C'est pourquoi je ne vois jamais mélancolie, en passant au pied de la collir détacher sur le fond des grands arbres la bh façade du château d'Acosta — alors bien dé déjà. Mes fils y sont venus tout gamins.

inrent encore jeunes hommes, l'année même notre noble hôtesse devait être emportée, la famille de Castellane avait acquis ce donc à la Révolution, en 1790. On le nommait ista à cause de son ancien possesseur, M. Teld'Acosta, mestre de camp de cavalerie. I^es nements obUgèrent le comte de Castellane, s du futur maréchal, à se retirer dans le châ- 1; il y fut bientôt si populaire que la com- (le d'Aubergenville, devenue montagne du i-Air, envoya des délégations à Paris quand rihunal révolutionnaire fil arrêter le ci-devanl ite, en 1794- Après le 9 thermidor, les babils désignèrent une nouvelle députalion pour lander l'élargissement du détenu, qui avait a chance d'échapper à la guillotine en étant isféré de la Conciergerie à une prison dont hôtes étaient moins recherchés pour le rreau. Aussi, dans un élan de pieuse reconisance, M™' de Beaulaincourt a-t-efle dédié IX familles d'Aubergenville, dont les ancêtres montré un si admirable dévouement à mon nd-père u, le livre consacré àcelui qui devait enir un des types les plus parfaits des grands linistrateurs de Napoléon I" à la tête des artements, l'est à Acosta que se passa l'enfance du futur

maréchal de Castellane. Dure époque pour cette famille jadis fortunée, M"' de Beaulalncourt se plaisait à montrer le grand billard du salon pour raconter qu'on en avait été réduit à prendre le drap de ce meuble pour faire des vêtements à l'enfant. Le séjour constant se poursuivit jusqu'eo iSoa, le jeune Castellane employant ses récréations à faire manœuvrer la marmaille du village. Alors le comte de Castellane devint prétet des Basses-Pyrénées, mais souvent la famille revint à Acosta. Castellane, ofilcîer de l'Empire, y accourait entre ses campagnes. En i8i5, la mère de M"" de Beaulalncourt succomba à un atroce accident, l'incendie de sa chevelure,

Acosta est resté dans la famille, passant à la brancbe des Valençay et Périgord pour revenir à la comtesse de Beaulaîncourt , fille préférée du maréchal, qui a passé ses derniers étés dans ce domaine dont elle faisait les honneurs avec lant de simplicité et de joie, où tous l'aimaient, jusqu'aux lapins du parc qui venaient jouer devant elle sur la pelouse, près de la source claire qui coule entre les roches.

Aubergenville est séparé par le parc d'Acosla du village plus considérable de Flins, moins exclusivement rural, car il y a de nombreux

D,<„l,iertl„G00<^lc

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commerçants et quelques industries; mais là encore on a commencé la conquête d'un sol maigre que l'on n'avait pu utiliser que par des plantations de chênes traités en taillis, de pins et de châtaigniers exploités par la fabrique de cannes de Maule. 11 y a d'importants jardins maraîchers et beaucoup d'aspergières. Cette plaine riveraine de la Seine est un des terrains où les eaux d'égout de Paria pourront amener une prodigieuse transformation.

Les collines courent au fond de cette large zone couverte de bois qui sont presque tous des parcs de châteaux et de villas. Au sommet d'une de ces hauteurs, Bouafle, bien groupé, commande un vaste paysage ayant pour décor de fond les chaînons de l'Hautie et de l'Arthies qui, dans l'Ile-de-France, pourraient être appelés la montagne. Les cultures de Bouafle sont moins exclusivement légumières que celles de ses voisins, les habitants font en grand la pomme de terre; sur le plateau limité par la forêt des AUuets, ils ont encore des champs de cardère à foulon. Mais les asperges, les artichauts et les choux-fleurs sont également un produit considérable pour cette population, grâce aux terres profondes et fraîches qu'elle cultive dans la vallée du ru d'Orgeval.

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Au pied des hauteurs, eotre le chemin et la Seine, le gros bourg des Mureaux temps centre capital des communication l'Hautie et le Pincerais, parce que sa ga:

servait Meulan, a perdu un peu de son tion depuis que le chemin de Ter de la rive de la Seine a doté d'une gare la jolie peti assise au pied de l'Haullïie. Mais le che fer assure aux Mureaux le rôle d'expëditc fruits et des légumes abondamment prodi les bords de la Seine et dans le vallon d'Orgeval, Aussi le bourg se développe-i core, constituant avec Meulan et Hardric plus grosse agglomération du Mantois, Saint-Germain et Manies.

Les facilités des communications ont les Parisiens; une colonie assez consïdéi édifié autour des Mureaux et sur de noi voies des habitations coquettes. De ce côt le premier centre « parisien u, comme l'es laii sur l'autre rive. Désormais chaque t jusqu'à Paris, s'entoure de ces habitation vent fragiles mais toujours coquettes, où tadins croient trouver la campagne.

De grands bois interrompent la régit cultures, réduite à une étroite bande ai de la Seine, dans une boucle à grand ray

crite par le fleuve. Ce sont les bois de VemeùU et de Bécheville derrière lesquels s'étendent les bourgs jumeaux de Verneuil el de VernouUlet, assis au pied de collines couvertes de vignes et d'arbres fruitiers, en vue de la vallée rélrécle, devant Triel étageant gaiement ses blanches façades aux flancs de l'Haulie.

Vernt'uil est le moins considérable, mais le plus riant des deux centres; nombre de jolies habitations bordent sa grand'rue; le château, enveloppé d'un parc très ombreux, fut le domaine des Talleyrand-Périgord, ce nom illustre est remplacé par celui non moins éclatant des princes de Ligne. Quant à Vernouillet, il mérite une visite pour sa charmante égUse dont les parties les plus anciennes sont des douzième et treizième siècles, et qui a été complètement restaurée. L'éléganl clocher fut reconstruit de 1878

Le plateau, au-dessus des villages, possède un petit vignoble et des arbres à fruit assez nombreux. Les autres cultures, pommes de terre et seigle, disent que le sol est médiocrement fertile. Cependant on produit ici beaucoup de petits pois pour les halles de Paris.

Maintenant, jusqu'à Poissj, la rive gauche de la Seine, réduite à une bande étroite par la

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ceinture de collines, devient une-nie de villas, souvent luxueuses, bâties après le morcellement des parcs qui formaient, il y a quelques années encore, uq paysage Sylvain enchanté. Les châteaux eux-mêmes semblent appelés à disparaître, car ces vastes cl majestueuses demeures, privées de leur écrin de grands arbres et de fleurs, n'auront guère d'attrait pour de nouveaux maîtres.

Le château de Médan ouvre cette rangée d'aristocrattqiues logis, il a échappé à la menace qui pèse sur ces résidences d'autrefois, grâce à la terrasse qui le porte ; le domaine se prête donc mal au lotissement, ses propriétaires, d'ailleurs, se sont plu à maintenir le caractère des quinzième et seizième siècles. Médan, fort petit village enfoui sous la verdure, eut un r6le dans l'histoire littéraire du dix-neuvième siècle. Emile Zola y possédait une villa dans laquelle il réunissait la petite phalange de ses disciples. Sous le titre de Soirées de Médan furent publiées les six nouvelles dues à autant de jeunes écrivains et dans lesquelles on présenta une sorte de manifeste de l'école naturaliste. Avec l'auteur des Rougon-Macquarf, Médan a perdu sa notoriété : ce n'est plus qu'un village tranquille, malgré les hôtes que lui attire la villégiature.

L'église, de médiocre inlérêl, cooscrve des fonts baptismaux qui se trouvaient jadis en l'églisf Saint-Paul de Paris. Cette vasque serait celle qui servit au baptême de Charles V et de Charles VI. Une plaque de marbré afQrme l'autlienlicité de la tradition.

Les villasqui surgissent chaque jour soudent Médan à son voisin Villennes, où les habitations neuves, pittoresques d'architecture, riantes de couleur, forment un charmant ensemble. Là surtout on assista au dépècement des propriétés : un superbe parc qui entourait le château est alloti et déjà les maisons apparaissent sur tes avenues. Rendez-vous de canotiers et de pêcheurs, Villennes les attire par ses auberges et ses guinguettes. Un des établissements possède un arbre célèbre, un sopHora apporté du Japon il y a plus de cent ans, dit-on ; il aurait été planté en i8o3. Le vénérable végétal est énorme, sa ramure a besoin de soutiens, des perches étayent ses branches noueuses largement étalées.

La Seine achève ici son brusque méandre de Carrières-sous-Poissy. Dans la partie concave, d'un dessin harmonieux, plusieurs châteaux occupent la base des collines jusqu'à Poissy, centre d'activité et de commerce pour ces campagnes étendues au revers de la forêt de Saint-Germain-

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en-Laye. En dépil des changemeDis amenés par les voies rapides de communication qui ont di^truil la vie locale au profit de Paris, l'ancien chef-lieu du Pincerais demeure un point d'al- Iractîon pour toute une réyion, mieux que Sainl-Germain qui, de plus en plus, se confine dans son rôle de villégiature arislocratique.

Le Pincerais, dont Poissy fut le chef-lieu, n'a pas gardé au delà du Moyen Âge son rang administratif emprunté à la hiérarchie religieuse succédant à l'organisme du vieux gallo-romain. Ce pays se confondait avec le Mantois, qui tirait son nom de celui de Mantes en tant que région laïque et devenait Pincerais, au point de vue religieux, comme un des arcliidiaconés du vaste et riche diocèse de Chartres, Peu à peu, dans l'nsage, le terme de Pincerais s'est appliqué plus spécialement, semble-t-il, à la région même de Poissy, les cantons actuels de Poissy et de Meulan.

Cette prépondérance était purement nominale car l'organisation administrative de la monarchie ne donnait aucun rang à Poissy. Mais les rois tinrent toujours en affeclion la cité qui avait vu naître et baptiser saint Louis. Ce fut de bonne heure un rendez-vous commercial considérable; là se tint longtemps, jusque dans la dernière

partie du dix-neuvième siècle, le marché aux bestiaux destiné à l'alimentation de Paris et aujourd'hui transféré à La Villetle. La Révolution, en faisant de Poissy on chef-lieu de canton, a reconstitué en quelque sorte le Pincerais, mais le nom n'est plus employé, il ne s'applique à aucun village, on le retrouve seulement dans quelques vieux livres ; même les géologues, comme M. de Lapparent — qui a si ingénieusement démontré la raison d'être de ces petits pays de la vieille France que nos ancêtres furent amenés à déterminer par la nature du sol et des productions — n'ont pas admis le Pincerais au nombre des régions naturelles, tandis que le Mantois garde une individualité à leurs yeux.

D'ailleurs la ville de Poissy n'a rien d'une capitale, elle ne garde du passé qu'un plan confus, des rues étroites, tortueuses, aux maisons sans caractère malgré leur ancienneté. C'est que la cité de saint Louis avait la bonne fortune et la malchance de posséder dans le plâtre des carrières voisines des matériaux commodes à employer. Or le gypse, s'il assure l'économie dans la construction, ne se prête guère à la décoralion de longue durée, il permet seulement de recouvrir d'un semblant de solidité les bâtisses les plus indigentes. Une vieille demeure d'angle

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abritant une épicerie fondée, dit-on, en l'an 1420, n'a pas plus d'apparence que ses voisines. Cellesci peuvent sans doute revendiquer d'aussi lointaines origines, mais la maison de l'épicier, ayant orgueilleusement affirmé son ancienneté par une enseigne où manque cependant Vépï scié, armes parlantes des vieilles boutiques, a seule l'honneur de la carte postale.

La ville avait deux édifices célèbres, son abbaye — ou plutôt son prieuré de dominicaines, car tel est le litre porté par le monastère dans l'État ecclésiastique avant la Révolution, lenom d'abbaye prévaut de nos jours — et l'église paroissiale. L'abbaye, qui aurait pu être sauvée si la ville s'en était rendue acquéreur, a disparu avec son église, une des plus belles de l'Ile-de- France. Détruit aussi le réfecteire qui passait pour le plus beau parmi tous ceux des monastères, et dans lequel se tint le fameux colloque dePoissy, entre les évêques, Théodore de Bèze et les autres représentants de Calvin. 11 reste (^e ces monuments un enclos dans lequel se sont installées des vilUs, notamment celle du grand peintre Meissonnier, On pénètre encore dans cet « Enclos de l'abbaye » par un porche ouvert dans une vieille construction flanquée de deux tours rondes à toits aigus.

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lustrie sont venus échouer enlre les le la triste demeure établie eu pleine ilace d'un couvent de religieuses. Près >n, une caserne sert au détachement e chargé de la garde des détenus, le ce qui fat le vieux Poissy, de nou- ■tiers plus élégants se sont créés, rues bordées de villas. Ces habitations et on qu'elles renferment ont compensé qui atteignit la ville lorsque Tut supnrché aux bestiaux en qui Poisay semirner. Celte réunion de cultivateurs, ids et de bouchers amenait un coloslent d'affaires. On peut en juger par des droits de place perçus par la ville et 1840 : il s'élevait à i 4ooooo fr.

lé occupait, entre la vilic et la lisière de Saint-Germain un vaste emplaouré de cafés, de cabarets et d'auî industriels avisés ont recherché les ampes représentant celte réunion endent les reproductions soUs forme oslalcs. En i83o on voit les bœufs i sur plusieurs rangées très réguliè- 7 cela tient moins de la géométrie, le il a plus de vie.

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On peut juger de ce qu'était le march Poissy par le nombre d'animaux amenés s terrain ; ou y pouvait réunir 2800 bœufs, veaux, i5ooo moutons. Les statistiques luaîent ainsi le nombre des bêtes vendues ani leroent; 80000 bœufs, 20000 vaches, 4i veaux, 300000 moulons. On conçoit quelle malion ces multitudes d'animaux, de venc et d'acheteurs donnaient à la ville. Tout s'est apaisé : le champ de foire est devenu grande place plantée, ornée, au centre, t fontaine singulière et, sur un de ses côtés, c halle de lourde et quelconque architecture.

Le marché avait des règles spéciales 1 rieures à la Révolution. Une caisse de Pa organisée par la ville de Paris et alimenlét les cautionnements des bouchers de la capi était chargée de payer aux herbagcrs et commissionnaires le prix des bestiaux q avaient vendus. Cet établissement de crédit termédiaire obligatoire, cessa de fonctionne i853, quand la profession de boucher, jus( lors soumise à des règles étroites, devint I

Une seule partie de Poissy est vraiment p res,^ue, ce sont les bords delà Seine et le v pont constamment transformé qui cnndui

poissons qui prit la Seine pour un fleuve du nord et vint se faire capturer à Poissy.

La ville avait espéré un rang industriel pouvant compenser la perte de son marché, mais les usines ne sont pas venues. Il n'y a guère à citer qu'une fonderie de fer — close depuis peu — et des ateliers pour la construction du matériel de moulin. Cependant, la situation est excellente, la Seine y dessert un port qui attend encore le trafic, le chemin de fer du Havre et la Grande Ceinture y possèdent chacun une gare, un tramway à vapeur relie Poissy à Saint-Germain et en fait en quelque sorte un quartier de ce grand centre de villégiature.

Par contre, l'absence de fabriques a l'avantage d'accroître le nombre des Parisiens qui viennent installer leurs pénates dans la calme cité, tout en se rendant chaque jour à leurs affaires. L'exemple de Meissonnier a attiré une petite colonie de peintres ; le fils du maître, luimême artiste distingué, est demeuré fidèle au logis de son père.

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Dp Poissy h SHinl-Gr-rmain. — La forèl de Saint-Gennain^n- Laye. — Les parties closes. — La porte d'Ennemont. — La plaine diBraichëre de Chambourcj'. — Les choux-^eurs. — Espaliers de poiriers, — Les épinar.^s. — Rentrée en forêt. — Sainl-Gcrmain. — La ïille. — L* rhâteau. — Le musér des snliquilis italîonalcs. — Le parterre. — Ce qu'oD voîl de la terrasse. — En Torèt ; Les Loges cl La Mu'tte.

De Poissy à Sainb-Germain-en-Laye, une admirable chaussée fait une trouée lumineuse et large à travers la forêt de Saint^ermain. Laye est le nom ancien de la vaste sylve soudée à la forêt de Marly et qui fut elle-même un canton de la gigantesque forêt Yveline, réduite maintenant aux massifs de Rambouillet. C'est un plateau s'abaissant au nord en parties de plus en plus maigres par le sol, jusqu'à la plaine d'Achères, devenue un des principaux champs d'épandage pour les eaux d'égout de la ville de Paris.

La forél, belle en certaines parties, mais mo-

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avec la sylve : une plaine en pente douce couverte de riches cultures légumières et se relevant vers un gros bourg, Chambourcy, un des centres d'horticulture les plus riches de la banlieue parisienne. Le sol, frais, se prête à merveille à la grande culture potagère et fruitière. C'est, à la lisière de la forêt de Saint-Germain, comme une réplique de la région de Sarcelles et de Saint-Bnce(').

Les cultures légumières, très vastes, couvrent toute la plaine limitée par la forêt et le bord du plateau vers la Seine, puis s'élèvent sur les hauteurs de Chambourcy et d'Algremont. L'oseille, l'épinard, les choux, les pommes de terre, le persil sont cultivés en grand et font des nappes de teintes variées. Des carrés ou des rectangles, couverts de framboisiers, tranchent sur les champs de légumes par la hauteur de ces arbustes dirigés sur des fds de fer,

Un chemin monte au bourg, bordé d'un côté par des plantations de poiriers tenues avec une science parfaite. Ces arbres ont toutes les dispositions enseignées par la science horticole moderne; en voici distribués en contre-espaliers, en Ihyrses, en gobelets ; en espaliers sur des

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