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LE ROYAUME DU POT-AU-FEU

Retour au Vésinel. — Crcrigay. — Singulière campagne. — Champa de carotleB et champs de navels. — Visite à un maraîcher. — Bilan d'une exploilation. ^ La main-d'(euvre. — L'arrosage. — La récolle et le commerce. — • Dans les cultures. — Les logea. — Montesson. — Le pays du pot-au-feu. — Bataille économique autour du poireau — La chique des Brelona.

Ce royaume du pot-au-feu n'est pas un mythe, il s'élend au pied de la colline de Marly, des fenêtres de sa villa Victorien Sardou le contemple. Je ne suppose pas, cependant, que le fécond dramaturge s'en soil inspiré pour le titre de son livret du /loi Carotte/ Le terroir auquel je donne ce nom est à l'extrémité de la boucle d'Argenteuil ; il entoure la vaste cité à demi forestière constituée par des villas, des châteaux et des parcs dans ce qui fut la forêt royale du Vésinet, une des plus giboyeuses chasses de nos anciens souverains. Ville formée par Cha-

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tou, le Vésiaet, le Pecq et Croissy, finissant vers la Seine par une des plus riches et des plus charmantes plaines de culture de la région de Paris. Cette étroite zone, où le terrain atteint des prix si élevés à cause de la fièvre de bâtisse pour villégiature, reste fort rurale. La production maraîchère y a acquis une richesse telle que le revenu eu légumes fait face à l'énorme intérêt du capital que représentent ces terrains convoités par les entrepreneurs.

Pourtant, ce ne sont pas des légumes de luxe que l'on obtient ici. Mais navets, carottes, poireaux, soumis à des méthodes de culture intensive, assurent des produits d'une valeur énorme, si l'on tient compte de la quantité récoltée et du peu de temps îiécessaire pour leur donner une valeur marchande.

La collaboration d'un sol très perméable, d'une nappe d'eau pure à faihie profondeur, d'engrais abondants et énergiques, et surtout du travail de l'homme, ont amené celte prospérité; même dans ces campagnes parisiennes, où tant de centres horticoles surprennent l'économiste, il est peu de zones offrant un tel intérêt, non seulement au point de vue agronomique, mais encore pour le simple promeneur, égaré au delà des classiques rivages de Bougival.

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Lorsqu'on a franchi les ponts, on voit s'étendre la plaine sans arbres, parsemée d'une multitude de loges, petites cabanes de maçunnerïc couvertes de tuiles entre lesquelles sont les constructions de manèyes : quatre piliers sujjportent la lourde roue de bois qui sert à monter l'eau des puits. Plus nombreux maintenant sont les manèges métalliques, moins visibles, actionnant une noria. De ces manèges primitifs ou perfectionnés, l'eau, élevée par le travail d'un cheval, va, à l'aide des conduits, alimenter des réservoirs cylindriques en ciment où puiseront les arroseurs.

Ces installations surgissent au milieu de champs d'un vert infiniment tendre, relevé par la blancheur des margelles circulaires des bassins; d'un effet étrange par le nombre et la variété des épouvantails dressés au-dessus des porte-graines. Vieux parapluies, drapeaux à étamine trouée et décolorée, bandes de tissus souvent tricolores llotlanl à des perches, bonshommes et bonnesfemmes en mannequins pour lesquels les maraîchers ont trouvé des formes témoignant d'une joie un peu grosse, rien n'est épargné pour chasser moineaux, pinsons et autres bestioles des siliques de navets et des ombelles de carottes. Ce paysage particulier s'étend jusqu'aux pre-

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inières maisons de Croîssj el de Clialou. Les citamps de navets et de carottes, ceux moins nombreux d'ognons et de poireaiix couvrent tous les terrains non construits, entourant les villas à' avant-garde qui font prévoir la naissance de quelque quartier nouveau. Même des habitations fort coquettes se diessent au milieu de clos où des allées 1res fleuries, bordées d'arbres fruitiers, encadrent des <:arrés remplis de navets et de carottes. Ce sont les logis des maraîchers parvenus à la fortune par la culture de ces légumes. J'étais recommandé au propriétaire d'une de ces riantes demeures, M, Léopold Arnould, qui peut passer pour le plus habile cultivateur de Croissy. Pendant vingl-cinq ans il s'est livré à cette industrie, parvenant à obtenir bon an mal an jusqu'à 43ooo fr. de navets et de carottes sur un étroit espace. Retiré, il a fait édifier une villa, mais, ne pouvant se résigner à laisser ses enfants poursuivre seuls cette exploitation, il a rempli son clos des plantes bienfaitrices. A 7 heures du malin, je l'ai trouvé en sabots, l'arrosoir à la main, soignant amoureusement, depuis plus d'une heure, les planches de carottes disposées en lignes régulières, leur tendre verdure semblable à un tapis de velours.

site n'a pas déplu à M. Arnould et à

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