‹ Voyage en Grèce, 1889: Notes et impressionsChapitre 10 sur 22 · COTE SUD DE L'ACROPOLE · texte numérisé non relu

COTE SUD DE L'ACROPOLE

Jeudi 18. — Ce malin, après avoir descendu l'escalier des Propylées, nous nous dirigeons à gauche vers cette partie du rocher aujourd'hui complètement exploré.

Le premier monument que nous rencontrons est VOdéoii, construit en marbre et en briques, qu'un riche et généreux citoyen, Hérode Atticus, éleva à la mémoire de sa femme Régilla, morte en Tan 161 de notre ère*.

La façade sur le boulevard, — nous tombons ici dans le style romain, — percée de trois portes et de plusieurs rangs de fenêtres à arcades superposées, est en assez bon état de conservation.

A l'intérieur, c'est la même disposition connue; mais, à la différence des théâtres grecs, l'Odéon était, paraît-il, couvert par un superbe plafond en bois de cèdre.

Diamètre intérieur 80 mètres, largeur de la scène 35 mètres, profondeur 6 mètres. Il pouvait contenir 6,000 spectateurs.

Les Turcs en avaient fait une redoute. Il ne fut complètement dégagé qu'en 1858.

Sur le mur de face, à gauche, on a placé une plaque de marbre blanc sur laquelle nous relevons l'inscription suivante :

A la mémoire immortelle du brave philhellèiie français baron Fabvier Charles, décédé à Paris en septembre 1855, général de division, et à sa glorieuse entrée dans U Acropole d'Athènes à la tête des vaillants philhellènes et soldats réguliers.

Le ^ décembre 1826.

Nous constatons, une fois de plus, avec joie, que chez les Grecs

1. W ne reste aucune trace du vieil Odéon de Périclès; on en ignore môme remplacement exact.

ATHÈNES ANTIQUli 75

la reconnaissance s'affirme mieux que chez nos bons voisins les Italiens.

Portique d'Eumène. — Ce portique s'étendait sur une longueur de 160 mètres environ entre l'Odéon et le théâtre de Dionysos. On suppose qu'il était divisé en deux nefs par une colonnade intérieure, et qu'il abritait, les jours de pluie, les promeneurs ou les spectateurs du théâtre de Dionysos. Le comble était probablement en bois.

Pourquoi ce nom du roi de Pergame, Eumène, qui régnait au ir siècle avant J.-C? Eumène avait-il offert ce portique à Athènes?

Il a été entièrement ruiné par les Turcs , qui avaient bâti sur ses fondations un premier mur de défense, nommé Serpentzé.

Théâtre de Dionysos, — Le théâtre primitif était en bois; les gradins s'étant écroulés pendant une représentation, on commença la construction d'un autre théâtre, qui ne fut terminé que vers 340 avant J.-C. Ruiné à l'époque de Sylla, l'empereur Hadrien, qui tenait à être le bienfaiteur d'Athènes , le restaura. Il est probable que c'est à lui que l'on doit les sièges de marbre à dossier qui forment le premier rang. Sur chacun de ces fauteuils on lit le nom du prêtre ou du magistrat qui avait le droit de l'occuper. Le siège du milieu, plus important, et orné de bas-reliefs, était réservé au grand prêtre. L'autel du Dieu, le Thymêlé, était au centre; les représentations avaient lieu en son honneur; le théâtre était dans son enceinte sacrée.

Une observation qui a son importance.

Aux drames des grands tragiques , célébrant les légendes divines , aux comédies mordantes d'Aristophane, succédaient souvent des fantaisies bizarres et des parodies burlesques, où l'Olympe était librement ridiculisé. Loin de s'en offenser, le Dieu, représenté par ses prêtres, autorisait ces audacieuses irrévérences, et la foi n'en souffrait pas. Sans nous étendre sur le caractère symbolique et religieux de ces représentations , rappelons-nous que la tradition gréco-

romaine dominant les premiers siècles de Tère chrétienne , il en fut absolument de même chez nous. Au V** siècle, en effet, les Mystères du moyen âge, qui sont les langes de notre théâtre national, dérivent de Tart dramatique des anciens. Ils se célébraient, sous la tutelle de l'Église, à l'intérieur des cathédrales môme; les sujets représentés étaient pris dans l'Ancien et le Nouveau Testament, depuis la Vie de Moïse jusqu'à la Passion. Et ce qui complète la ressemblance, c'est qu'après des scènes de grande et sincère piété on tombait, comme au théâtre de Dionysos, dans la licence et le grotesque. L'Église permettait de bonne grâce la célébration de la Fête des Fous et de la Fête de VAne et des Innoeents; les diacres et les sous-diacres étaient les acteurs. Il y avait là des détails inouïs : l'âne était introduit dans le chœur couvert d'une chape magnifique ; on célébrait un office aux alléluias discordants, etc., etc., et ce qui suivait était pire. Ces cérémonies, dont les rituels existent, persistèrent, malgré une bulle d'Innocent III, jusqu'au milieu du XVIF siècle. En vérité, rien ne change que pour recommencer ; mais on peut affirmer que le grand sentiment artistique, inconnu de nos aïeux, qui n'abandonnait jamais les Grecs, devait donner à leurs farces une allure que ne pouvait avoir celle de notre bas clergé.

Les gradins, formant la cavea, s'élevaient en pente douce sur les flancs de l'Acropole, séparés par des escaliers; ils étaient en pierre. Les spectateurs, — le théâtre pouvait en contenir 30,000, — avaient en face d'eux la plaine et à l'horizon la mer.

Le chœur descendait de la scène par deux escaliers, pour évoluer dans l'orchestre.

On y retrouve par places le dallage ancien. Les eaux de pluie s'échappaient par des bouches donnant dans des chéneaux couverts, que l'on voit encore.

La scène, de 25 mètres de large, a beaucoup souffert ; elle domine l'orchestre de l'^SO. Sur les côtés se trouvaient les charpentes pivotantes pour les changements de décors ; les dessous servaient aux apparitions. Elle était soutenue par des silènes accroupis, postérieurs à la construction du théâtre; il n'en reste qu'un. Entre ces silènes se

trouvaient des bas-reliefs. Des statues de marbre et de bronze ornaient le théâtre entier; il y en avait de toutes les époques et même, à en juger par les débris, d'assez médiocres.

Ce n'est donc pas sur cette scène superbe qu'ont été représentées pour la première fois les œuvres de ces poètes inimitables : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane... mais bien sur le théâtre en bois qui s'écroula pendant la représentation d'une tragédie d'Eschyle. Ces grands souvenirs consacrent cet emplacement.

Entre le théâtre et le boulevard sont les substructions d'un des sanctuaires de Dionysos, à ce qu'on suppose.

Au-dessus de cette ligne à peu près droite occupée par l'Odéon, le portique d'Eumène et le théâtre, des ruines de nombreux édifices encombrent le rocher jusqu'au pied du mur de Cimon.

Ainsi que nous venons de le faire pour le théâtre, nous n'en pouvons donner qu'un rapide aperçu. Directement au-dessus du théâtre on voit d'abord une grotte consacrée à la Vierge de la grotte (Panaghia spéliotissa), qu'éclaire sans cesse une petite lampe et dont les murs sont décorés de peintures byzantines détériorées. Elle faisait partie du monument chorégique de Thrasyllos' détruit par le canon des Turcs en 1827. C'était un petit temple en marbre pentélique contenant le trépied consacré par Thrasyllos ; sur l'entablement du portique se trouvait la statue colossale de Dionysos, emportée en Angleterre par lord Elgin... toujours lui*!

Deux colonnes corinthiennes isolées dominent la grotte ; elles sup-

1. Le chorège était un magistrat qui pourvoyait, avec les deniers de la tribu à laquelle il appartenait, et surtout avec les siens, aux dépenses des représentations dramatiques. On ne choisissait par conséquent que des citoyens puissamment riches. Fonction ruineuse, mais recherchée, parce qu'elle conduisait aux honneurs. La personne du chorège était inviolable ; il se montrait aussi jaloux d'un triomphe remporté sur ses émules que d'une victoire sur l'ennemi. Le prix consistait en un trépied sur lequel il avait le droit de faire graver son nom. Pour consacrer son triomphe il faisait alors élever un monument sur lequel il plaçait le trépied. Après avoir rempli un rôle important, le chorège flnit par déchoir et par disparaître complètement.

2. C'est encore le cas de citer cette boutade de lord Byron :

Noseless himself, he brings home noseless blocks, To sow at once the ravages of Urne and pox.

portaient aussi des trépieds, car on remarque les trous des crochets qui les agrafaient.

Un cadran solaire antique en marbre pentélique est fixé à droite, dans le mur de Gimon.

Au-dessus du portique d'Eumène se trouvent des vestiges de tombeaux, d'églises byzantines, des terrasses, etc., et VAsklépiéioii, temple d'Asklépios, dont le culte vint d'Épidaure, vers le Y siècle.

L'enceinte sacrée de l'Asklépiéion renfermait la demeure de la divinité, des bâtiments pour les malades, une fontaine pour les purifications, et un portique où les malades passaient la nuit en attendant l'apparition du Dieu. Les archéologues, — nous ne pouvons pas les suivre dans tous leurs développements, — ont retrouvé les substructions de ces divers édifices, et la source sacrée est toujours là sortant d'une grotte en plein rocher. Cette grotte fut convertie en chapelle; les parois portent encore des traces de peintures.

Aristophane plaisante gaiement les pratiques extraordinaires auxquelles on soumettait les malades. Ne voit-on pas de nos jours des faits tout aussi étonnants? Mysticisme pour mysticisme, où ne va-t-on pas avec la foi?

Aristophane ne décourageait personne, et la multitude d'ex-voto sous toutes les formes, vases, statuettes, inscriptions, armes, béquilles, tronçons de corps, bras, jambes... attestaient les miracles opérés par Asklépios et sa fille Hyghiéia. Quels rapprochements involontaires ne fait-on pas? N'est-ce pas encore la même chose?

Selon Pausanias, après l'Asklépiéion on rencontrait le Temple de Thémis, puis V Autel des Nymphes et le Sanctuaire d'Isis, et, enfin, presque au-dessus de l'Odéon, le temple de la Terre Kourotrophos, — qui nourrit ses enfants, — et de Déméter Kora.

Et nous trouvons de tous les côtés sous nos pieds des débris que bien des musées seraient heureux de posséder.

L'ancienne entrée de l'Acropole venait ensuite.

Mais nous n'allons pas plus loin. Nous ne voulons pas contourner non plus l'Acropole pour errer sur le côté nord, qui est, — je l'ai déjà dit, — à peu près inexploré. Sous les murs de Thémistocle, autour

\ . 1 1 ÎJ l I-

' (lu |- .1 . • >r (l'nl'xrM i\r- ' ■ • . . > ' t.,Mi-

i;l]^f^ I . .: ' . ■ I ; -Nt s . v|'\ . ' . r î ^,. ' ,' ' .

• ''■* • \ .•):! T'--I:it'î ii::>ll ];i d. i- . ". .' 1.' l.i

■><!.'« .;;\("s • . ' t'<. ''i I'' >' i!< ''.'t' ^Mcr* . * ) :'i'

'• , k'^ '.oïl* iiî !* Il'' :'* il« -• !)••' <*N (](• priiilr . n.

^"i«* jM'»iu' iii\ -^iif' ^:l' ', (>:' !• • \ : . •'<

'^ • ,-(-n y '^ ' Ni '! et.' [,;i> « M-(."t la ïiir-iiio <•'.. •-'' /

.'■*•: i,.s, ui-'-rs 1 \sl l.'-M. i-n i.u r- »î('oi .pj-'t u' '/< ';- 'r ''

f ^ — rt Jp /^''"^^'• / /' /*''.

• ' \r' r-, • \,:i.»it (MK-^riîO.

: ' ■ 1. .^- «îU-^ 1"' \'>tn'^:i-> jûl. * '• !' >r !■

■ • .= ■. I 'r- oit' ]ior<l. (la) (^^t, — -J'- i I !■ t

de deux chapelles orthodoxes en ruines, sous d'affreuses masures qui s'étagent sur les pentes, la pioche mettrait peut-être au jour les substructions du Prytanée, du temple de Castor et PoUux, et elle y découvrirait à coup sûr des œuvres d'art.

En tout cas, il serait intéressant de délivrer le cours de la Clepsydre, de rendre plus accessibles les grottes de Pan et d'Apollon, de dégager la grotte d'Agraulos, murée pendant la guerre de l'Indépendance pour intercepter, — j'ai eu occasion de le dire, — ce même passage étroit par où les Perses pénétrèrent dans l'Acropole.

Redescendus sur le boulevard, nous nous dirigeons vers les quartiers voisins de l'Ilissus. Nous arrivons bientôt à l'arc d'Hadrien, situé à l'entrée de ce vaste emplacement, à l'extrémité duquel se dressent les débris de l'Olympiéion.

Arc d'Hadrien. Cet arc séparait l'Athènes grecque de l'Athènes gréco-romaine, et c'est dans la direction du jardin royal et vers le Pentélique que se trouvaient les villas et tous ces monuments somptueux qu'Hadrien avait fait élever, et dont il ne reste plus trace. Nous nous arrêtons peu sous cet arc probablement postérieur à Hadrien. En marbre pentélique, formé d'une seule arche en plein cintre, sur l'entablement se dresse un second étage, etc. A Rome, il nous semblerait déjà d'une profonde décadence, avec sa grossière sculpture, sa proportion inexplicable. Sur la frise, du côté de l'Acropole, on lit : Cest ici VÀtliènes de Thésée, l'ancienne ville, et sur la frise, du côté de l'Olympiéion : Cest ici la ville d'Hadrien, et non celle de Thésée.

L'Olympiéion. Selon la légende, les dernières eaux du déluge se seraient écoulées à cette place, et Deucalion y aurait élevé le premier temple de Zeus. L'Olympiéion construit au même lieu a subi les plus grandes vicissitudes. Commencé vers 530 avant J.-C. parPisistrate, qui en fit seulement les fondations, négligé par Périclès, qu'absorbaient d'autres travaux, relevé en 174 sur de plus vastes proportions, sous Antiochus H Épiphane, par l'architecte romain Cossutius, qui adopta l'ordre corinthien, détruit en 84 par Sylla, qui fit transporter à Rome une partie de ses colonnes, repris en diverses circonstances, Hadrien le termina enfin, plus de six cents ans après les

Pisistratides, au IP siècle de notre ère, en pleine éclosion du christianisme !

Décastyle diptère, la cella était entourée d'un péristyle triple sur les façades et double sur les côtés. Le nombre des colonnes s'élevait à 126. De pareilles dimensions et la richesse de son ornementation excitèrent l'admiration.

Le groupe des treize colonnes intactes que nous avons devant nous formait un des angles de l'édifice. C'est à peu près tout ce qu'il en reste. Si on se demande ce que sont devenues les autres parties, la réponse est facile. A Rome, les monuments anciens, comme le Colisée, servirent de carrière pour bâtir les palais romains; en Grèce, la plupart des marbres disparus de l'Acropole, de l'Olympiéion, du Stade, etc., ont été employés à faire de la chaux! !

Il y avait à l'intérieur une statue chryséléphantine de Zeus et une si grande quantité de statues d'Hadrien que l'on peut se demander auquel des deux il était en réalité dédié.

Il est construit sur une terrasse dont on voit bien les murs de soutènement des bords de l'Uissus.

Ce n'est pas en descendant de l'Acropole que nous pouvons rester longtemps en contemplation devant ces vieux débris. En Italie, nous en serions sans doute émerveillés. Cependant ils ne laissent pas que de produire, au milieu de cette place déserte, entre l'Hymette et l'Acropole et en face de la haute mer, un bel effet décoratif.

Il paraît qu'au moyen âge un stylite s'était juché sur l'architrave qui surmontait deux des colonnes isolées. Chateaubriand a vu encore son gîte : « une misérable loge de plâtre est portée dans les airs par deux colonnes de marbre... »

Fontaine Kallirrhoé. Traversant l'Uissus, nous descendons, en face de la chapelle H* Photini, à la fontaine Kallirrhoé. L'eau s'échappe d'un rocher élevé verticalement au milieu du fleuve, qui n'esta vrai dire qu'un ruisseau, et y tombe en double cascade. Elle était la plus abondante des sources d'Athènes. Par suite des tremblements de terre son débit a diminué; mais aujourd'hui, comme autrefois, les femmes viennent y laver leur linge et y puiser de l'eau, et les

jarres dont elles se servent ressemblent à celles que l'on voit sur les vases antiques. La fontaine portait aussi le nom d'Ennéa-Krounos, Pisistrate ayant fait construire un bassin d'où l'eau coulait par neuf canaux.

De nombreux édifices s'élevaient tout alentour, notamment le temple d'Apollon Pythien, dont une inscription fixe sûrement l'emplacement.

Revenant sur nos pas pour aller au Stade, nous longeons tout cet espace où se trouvaient les jardins si célèbres dans l'antiquité. Maintenant nous y apercevons des restaurants et des cafés agréablement ombragés, et le site serait charmant si l'Ilissus contenait un peu plus d'eau et moins de cailloux*.

C'est sur ses bords que l'Oréithyia fut enlevée par Boréas.

Le Stade. Revenant de nouveau sur la rive gauche de l'Ilissus, nous entrons, en passant sur un pont de marbre blanc, directement dans le Stade panathénaïque. On sait quels étaient les jeux gymniques qui s'y célébraient : courses de chars, courses à pied et à cheval, la lutte, le ceste...

Enfermé dans des tertres naturels, il est soutenu du côté du fleuve par des substructions en pierre.

Vers 330 avant J.-C, Lycurgue, le magistrat orateur, fit niveler le terrain et construire le podium.

Les spectateurs, au nombre de 50,000, s'asseyaient à même le sol. Vers 150 après J.-C, Hérode Atticus le revêtit entièrement de marbre pentélique. C'est à peine si, sous la végétation, on en retrouve quelques vestiges.

Une sorte de caverne s'ouvre sur le flanc gauche. On suppose que c'est par là que, sous la domination romaine, passaient les animaux féroces que les gladiateurs avaient à combattre.

En marchant vers l'Agora, nous pénétrons maintenant dans ces

i. « 11 parait que Ton trouve Teau à une très petite profondeur; que, lorsque les paysannes veulent laver leur linge, elles font un trou et qu'elles ont immédiatement Feau. Il faudrait supposer que le lit de Til issus s'est à peu près encombré des graviers descendus des montagnes et que Teau coule entre deux sables. » (Chateaubriand.)

82 ATHÈNES ANTIQLE

quartiers pauvres crAthènes, situés au nord de TAcropole, où nous allons trouver des dtbris très précieux de l'antique cité.

Nous rencontrons d'abord le monument chorégique de Lysicratès. Il est situé à l'extrémité de la rue des Trépieds, où les vainqueurs des concours dionysiaques exposaient le plus souvent le trépied de bronze, ainsi que nous l'avons déjà dit, qui leur était décerné en prix.

Pausanias ne parle pas de ce monument, parce qu'il était sans doute un des moins importants, mais il mentionne celui qui renfermait le Satyre de Praxitèle, œuvre préférée du maître, et qui n'existe plus.

Monument de Lysicratès. Ce monument, vrai joyau architectural, est justement célèbre. Il fut élevé, en 335 avant J.-C, en commémoration du prix de chant que les jeunes gens du dème Akamantide, présidés par Lysicratès, remportèrent aux fêtes de Dionysos, ainsi que le mentionne l'inscription gravée sur l'architrave.

En marbre pentélique, il se compose d'un socle carré qui supporte une rotonde. L'entablement est porté par six colonnes engagées dont les bases sont attiques et les chapiteaux corinthiens du goût le plus pur et le plus délicat. Ils sont un des premiers essais du corinthien qui ait été fait, et ils n'ont pas la forme de ce chapiteau du même ordre dont les Romains ont couvert le monde. La couverture, formée d'un seul bloc avec son fleuron mutilé si ingénieusement sculpté, et les admirables cannelures des colonnes sont d'une grâce incomparable et d'un caractère spécial. Rien n'est supérieur à cette ravissante composition. La frise représente le châtiment des pirates tyrrhéniens changés en dauphins par Dionysos. On y voit le Dieu assis à terre, à côté d'une panthère, et entouré de satyres.

Il n'a ni portes ni fenêtres; sa hauteur totale est d'environ 10 mètres.

Sa base est défendue par un mur moderne. Les Athéniens lui avaient donné le nom de Lanterne de Diogène.

La lanterne de Diogène que Ton voyait au parc de Saint-Cloud, et détruite pendant la guerre, en était une mauvaise copie.

Acheté en 1669 par les capucins français, qui en avaient fait leur

bibliothèque, la France aurait quelques droits sur ce monument. Elle Ta fait réparer à ses frais.

Lord Byron s'y enferma pour travailler; il devait y être fort mal. Pour pénétrer dans l'intérieur, on avait dû enlever un panneau.

Diogénéion. Nous sommes sans drogman, et Puech, son plan à la main, entreprend de nous diriger dans ce quartier, le plus pauvre de la nouvelle Athènes. Nous le plaisantons d'abord, et nous assistons de loin à ses marches et contremarches; mais il trouve bientôt sa route, et nous conduit sûrement à toutes ces ruines, engagées aujourd'hui sous les maisons modernes. Pour découvrir l'Agora et les emplacements des édifices qui l'entouraient: le Pœcile*, le Prytanéion, le Tholos, le portique de Zeus Éleuthérios, le temple d'Apollon Patrôos, le temple de la mère des dieux, ou Métrôon, le Ptolémœon, où se trouvait la bibliothèque des Éphèbes, etc., il faudrait entièrement raser le quartier. Ce serait une bien grosse dépense pour un maigre résultat.

Le Diogénéion était un gymnase construit vers 229 avant J.-C, à l'époque où le gouverneur macédonien Diogène retira ses troupes de l'Attique, et, par reconnaissance, on l'avait baptisé de son nom.

Nous sommes en présence d'un terrain en contre-bas, où une végétation épaisse croît au milieu de décombres de toute sorte. C'est l'emplacement du Diogénéion.

Deux maigres chevaux qui paissent sont la seule note vivante au centre de cette excavation. On y a trouvé un grand nombre de bustes et d'inscriptions. Au nord-est, on aperçoit un pan de mur dit de Valérien, qu'on suppose être un reste de l'enceinte fortifiée des ducs d'Athènes. Venant de l'angle nord-est de l'Acropole, cette

\, Polygnote, regardé comme le plus grand peintre de Tantiquité, avait couvert les murs du Pœcile de peintures magistrales exécutées sur des enduits restés inconnus. Elles émerveillèrent Athènes. C'étaient : les Grecs après la prise de Troie, les Troyennes captives, Cassandre, des épisodes de l'Iliade et de VOdyssée, la Bataille de Marathon, etc.

A Delphes, il orna aussi de peintures les murs du Lesché.

De tous ces grands travaux il ne pouvait rien rester; mais nous savons que sa gloire égalait celle de Polyclète et de Phidias. Lorsque Polygnote vint à Athènes, Phidias, qui devait avoir vingt-trois ans, dut s'inspirer de sa manière grandiose.

enceinte passait ici, se dirigeait vers le portique d'Hadrien et la stoa d'Attale, que nous allons voir.

La Tour des Vents. A Textrémité de la rue d'Éole, construite par Andronikos Kyrrhestès, date des premiers temps de la domination romaine. Édifice octogone, en marbre blanc, d'environ 8 mètres de diamètre et de 12 mètres d'élévation. Sur ses faces sont sculptées les figures symboliques des vents.

Le toit, bas et conique, était surmonté d'une girouette représentant un triton. A Textérieur, traces de cadrans solaires; à l'intérieur se trouvait une horloge hydraulique.

Au sud, restes d'un aqueduc, — trois arcades, — qui amenait l'eau de la Clepsydre dans une petite tour semi-circulaire servant de réservoir.

Gymnase d'Hadrien. Un bazar, incendié en 1884, en occupait l'emplacement. Après ce sinistre, la Société d'archéologie prit possession du terrain et dégagea l'édifice ancien. C'est un vaste rectangle dans lequel on a découvert les substructions des portiques, des temples et de la bibliothèque.

Au sud de l'enceinte, dans les ruines de la chapelle Megali Panaghia, on aperçoit trois colonnettes surmontées de leur architrave et un arc ancien. Il faut être plus archéologues que nous le sommes pour s'intéresser à tout ceci.

Ici, nous rencontrons encore le souvenir de lord Elgin. Ce maître pillard sut aussi se montrer un puffiste de premier ordre. Traduisons Baedeker :

« Une porte en bois conduit dans l'intérieur du Gymnase, qui contenait autrefois l'horloge offerte par lord Elgin aux Athéniens, en échange des marbres du Parthénon. »

En échange est admirable !

Mais About avait spirituellement dit, de son temps :

« On voit dans le Gymnase l'horloge que lord Elgin donna à la ville pour la consoler de tout ce qu'il lui prenait. C'est ainsi que les navigateurs du bon temps achetaient des lingots d'or contre des colliers de verre et des montres de trois sous ! »

En sortant, nous devons remonter jusqu'à la tour des Vents et descendre la rue d'Ares, où Ton voit ce qui reste de la colonnade de l'autre façade.

Quartier pittoresque et animé; des deux côtés de l'étroite rue, ce ne sont que marchands ou artisans : tailleurs, savetiers, menuisiers, forgerons, dans des boutiques ouvertes et protégées du soleil seulement par des lambeaux de toile.

Quant à la façade du monument, elle ne se compose plus que de sept grandes colonnes monolithes de marbre cipolin, avec chapiteaux corinthiens en peritélique, appuyées à un mur de face.

La porte de ï Agora, que nous rencontrons ensuite, est un portique formé de quatre colonnes doriques supportant encore une lourde architrave et une partie du fronton. Une inscription rappelle que les Athéniens élevèrent ce monument à Athéna Archégétis avec les donations de Jules César et d'Auguste.

A l'est s'étendait, jusqu'à la tour des Vents, le marché aux huiles.

La Stoa d'Attale, portique construit par le roi de Pei^ame, Attale II, vers 159 avant J.-G. C'était un marché divisé en deux nefs : l'une occupée par des chambres ou magasins, l'autre par une colonnade en pentélique. Les archéologues n'ont pu encore se mettre d'accord sur le nombre des rangées de colonnes, ni sur leur disposition.

Mais on a découvert dans les ruines d'une chapelle une série de décrets éphébiques qui indiquent à peu près l'emplacement de TAgora, le cœur de l'ancienne Athènes. La stoa d' Attale et le portique d'Athéna en seraient les limites au nord-est.

Nous arrivons enfin au Portique des géants. Ces ruines ne sont pas encore identifiées. Le nom qu'elles portent vient sans doute de deux statues colossales que Ton suppose être celles des héros éponymes et qui sont posées sur des socles en pierre. Moitié hommes, moitié poissons, les têtes manquent.

Une troisième statue qui a sa tête, mais endommagée, gît à terre.

Je l'avoue encore, tous ces derniers édifices de la domination romaine, qui sans doute nous arrêteraient longuement si nous les ren-

contrions autre part, nous laissent, sur l'emplacement de l'ancienne Athènes, assez indifférents.

Pendant cette course, nos regards, au contraire, ne pouvaient se détacher des longues roches dont la masse nous écrasait, et nous admirions, mieux que nous n'avions pu le faire jusqu'ici, ce mur de Thémistocle formé de pierres de toute provenance et de ces tambours de colonnes en marbre pentélique suspendus au-dessus de nos têtes dans l'espace. Et nous nous préoccupions beaucoup plus de ce que la pioche pourrait découvrir un jour, si on se décidait à fouiller ce versant nord de l'Acropole, que de ces amas de ruines gréco-romaines.

Quelques pas encore dans la rue des Éponymes et dans la rue d'Hadrien, et nous sommes hors la ville. Revenus à notre point de départ, nous voici au pied du Théséion, dans le Céramique intérieur.

En décrivant ce vaste cercle autour du divin rocher, nous avons, je crois, assez bien vu et compris toutes ces merveilles de la belle époque. Athènes nous a procuré la plus grande et la plus haute impression d'art que l'on puisse ressentir!

C'est qu'encore une fois la perfection n'existe qu'ici, et qu'on la chercherait vainement autre part en Grèce ou dans le monde.

Si l'on est à court de temps, on fera donc bien de s'en tenir à l'Attique. A part une excursion dans l'intérieur du Péloponèse et sur ses côtes orientales, c'est ce que nous allons faire.

Et cependant ce ne sera pas sans quelques regrets, bien qu'on ne rencontre guère, en dehors du temple d'Égine et du théâtre d'Épidaure, que des substructions et des décombres, ou, suivant la juste expression de Lamartine, les balayures des arts!

i .t . i..: . ' fc

Il * ' t ' « I I I • , 1 1 1 • • , • ' I . . n '

( '1 • -ii:: M.t w. ^ l'i'iT.

H, s Mi; '1 1» . - î * :* ■ •. . i.M . ■ lît'

' .1' .: ' . / 'N • " ''/ . ■• / '^ (Il -'y !

nr.::f c DtyjAhv:.'/ n^r chan: ';,v u itt^a.

BRONZH dp: L'KCOle de sicyone

LES MUSËES

Us sont au nombre de trois :

Le Musée de l'Acropole ;

Le Musée National, ou Musée Central;

Le Polytechnikon.

Nous visiterons également le cabinet de M. Constantin Carapanos et notre École française.

Malgré tous les pillages dont la Grèce a été la victime, et qui ont enrichi les galeries de Rome, de Naples, de Florence, de Berlin, de Paris, et surtout de Munich et de Londres, ces musées possèdent encore des œuvres nombreuses et de la plus haute valeur. Elles proviennent de fouilles plus ou moins récentes; on en entreprend de nouvelles chaque jour, et il n'est pas téméraire d'affirmer que d'autres trésors accroîtront dans l'avenir l'importance de ces collections. Nous ne prétendons pas en faire l'étude complète, nous n'en donnons qu'un exposé sommaire.

Il y aurait un beau livre à écrire sur les musées d'Athènes, et principalement sur la sculpture grecque. Souhaitons qu'une plume autorisée entreprenne quelque jour cette tâche et la mène à bien.

Page 1