MUSÉE DE ^ACROPOLE
Il ne renferme que les objets découverts sur TAcropole; il est aussi le seul musée où l'on trouve les plus beaux spécimens de la représentation de la divinité. Nous avons déjà dit qu'il est situé le long des murs du sud dans une dépression de terrain, et que ses toits en terrasse, arrivant au niveau du sol, ne gênent en rien le regard.
Les premières salles renferment de nombreux fragments archaïques et des statues qui portent encore le costume ionien.
Objets les plus intéressants : au milieu de remblais amonôelés après le départ des Perses, en 479, on a découvert les débris de deux frontons en tuf peint représentant : le premier, le Com&a< d'Héraklès contre le Triton; le second, le Combat (THéraklès contre V hydre de Leme. Certaines couleurs sont encore très vives. M. GoUignon les a longuement décrits.
Le fronton de l'ancien temple d'Athéna représentait le Combat d'Athéna contre les Géants. Des fragments de statues sont classés ici comme en ayant fait partie.
A noter une tête d'homme en bronze, et une femme montant sur un char, marbre de Paros.
Puis des débris : stèles avec lettres peintes, vases, terres cuites, fragments archi tectoniques de toutes les sortes, presque tous peints.
Dans des vitrines, objets nombreux bien classés : figurines, ex-voto, offrandes, bronzes, animaux, vases peints...
Salles suivantes : Trois scribes, figures assises. Statue en marbre teinté d'un Hermès Moschophore, grandeur nature, portant un jeune veau sur ses épaules. De ses mains croisées sur la poitrine il tient les pieds de l'animal. Il nous vient aussitôt à l'esprit que, par la suite, on a dû s'inspirer d'un groupe semblable pour représenter la figure si connue du bon pasteur chrétien rapportant au bercail une de ses brebis. Les jambes de la statue manquent; le haut du corps est en bon état de conservation, mais les mains sont brisées. Les pommettes
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sont saillantes, les yeux grands ouverts; la tête me paraît être, comme presque toujours dans l'archaïsme, d'un sentiment plus archaïque que le corps. Expression du visage, — encore la même, — souriante et niaise. Traces de peintures sur la barbe et la chlamyde.
La frisure particulière des cheveux a fait aussi supposer qu'au lieu d'être un Hermès, ce personnage pourrait bien être un prêtre portant une victime au sacrifice.
Nous arrivons à la salle où est exposée la série des statues archaïques, en marbre de Paros, des prêtresses (TAthéna ou A'Athéna ellemême sous des formes différentes, découvertes en 1886, sur le plateau de l'Érecbthéion. Prêtresses ou Athéna elle-même? Telle est la question qui se pose. Dans le premier cas, ces figures ne sont certainement pas des portraits : on n'en faisait pas à ces époques si religieuses ; on ne commença à en faire qu'avec Phidias.
Ce fut l'École française qui entreprit, en 1879, les fouilles du plateau de l'Érecbthéion. On était arrivé à peu de distance du point où se trouvaient les statues, lorsque l'éphore des antiquités, sous un prétexte ridicule, s'opposa à la continuation des travaux. Repris plus tard par M. Karsadias, celui-ci eut la bonne fortune de découvrir les précieuses statues le 5 février 1886.
Il n'y en a pas une seule d'intacte. De quatre d'entre elles, il ne reste que les bustes. Elles étaient représentées debout; une seule a ses deux pieds; les jambes des autres sont brisées au-dessous du genou; toutes ont perdu les mains. Leur coiffure est la même: cheveux ondulés et tressés, trois ou quatre boucles ramenées symétriquement de derrière l'oreille sur la poitrine, les autres pendant dans le dos. Presque toutes portent un diadème. Une d'elles a conservé un œil en verre. Même attitude et même sourire traditionnel. Quoique de la même période, elles ne sont certainement pas contemporaines. Nous insistons sur tous ces détails parce que devant tant de naïveté, de fraîcheur, de grâce même, on oublie les défauts de cet art primitif, et le sentiment religieux de ces figures, qui est si mystérieux, nous impressionne beaucoup plus que si leur forme était irréprochable. C'est au point que, sous ce rapport, elles nous paraissent même supérieures
00 LES MLSEKS
aux chefs-d'œuvre de Phidias : car, chez elles, la représentation de la divinité a un coté plus divin, plus impénétrable, plus incompréhensible, qui les grandit à nos yeux. Lorsque Phidias parut, il en dégagea bien la forme parfaite, mais alors, serrant de plus près la nature, il s'éloigna forcément de leur aspect si étrangement mystique et sacré. C'est à un certain degré, si Ton veut, la même différence qui existe entre un Giotto et un Raphaël, à TArena et aux Stanze, par exemple.
Toutes ces statues étaient en partie peintes, et elles conservent encore des traces de couleurs dont l'effet est charmant.
Gomme ces couleurs s'altéreraient à l'air libre, chaque statue est enfermée sous une vitrine. Ge sont des précautions inconnues chez nous.
Quelques-unes de ces statiies portent une tige de bronze scellée sur le sommet de la tête. On a prétendu qu'elles étaient ornées d'un fleuron, ou qu'un parasol les abritait.
Ges explications sont-elles acceptables?
Nous trouvons ensuite les métopes du Parthénon. Trois métopes seulement sont originales, les autres sont des moulages. La meilleure des trois représente un Centaure enlevant une femme. Nous avons parlé du caractère de ces œuvres en décrivant le Parthénon, nous n'y revenons pas. Nous en dirons autant des sculptures des frontons et de la frise du Parthénon. Nous en voyons ici les moulages, et rappelons que c'est à Londres qu'il faut aller si l'on veut admirer les originaux.
Gependant, on y voit des frontons : le torse original dHéphœstos et celui de Séléné, un fragment original de la jwitnne de Poséidon, etc. Les fragments originaux de la frise sont plus nombreux : Personnages divins devant qui se déroule la procession des Panathénées; Femmes portant sur la tête des vases sacrés; Jeunes gens portant des hydries; joueurs de flûte et de cithare; les victimes, les chars, la cavalcade, etc.
Arrêtons-nous longuement devant les trois fragments originaux de la balustrade du temple de la Victoire Aptère. Nous sommes en présence d'œuvres admirables. G'est d'abord Niké, les ailes déployées.
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conduisant un taureau au sacrifice. La tête et les bras manquent; le taureau n'existe presque plus, et la jeune Victoire qui le suit est en partie détruite. Malgré toutes ces mutilations, la scène se devine.
Vnis Niké ornant un trophée. Vue de profil, elle s'enlève et touche à peine la terre. M. Ghapu s'est grandement inspiré de cette figure pour sa statue de la Jeunesse du monument d'Henri Regnault à l'École des Beaux-Arts, et qui est une des plus belles œuvres de la sculpture moderne.
Enfin, Niké déliant ses sandales. La tête et la main gauche manquent. Tandis qu'elle plie la jambe pour élever son pied à la hauteur de sa main, le haut du corps s'incline et forme une courbe d'une grâce suprême. Ce bas-relief, le meilleur des trois, est aussi le morceau le plus délicat qui nous reste de la belle époque.
Ces corps si chastes, voilés par leurs draperies aériennes, s'offrent à nous comme le symbole de l'immortelle jeunesse.
De la frise de l'Érechthéion, dont nous avons parlé en décrivant le temple, il reste des fragments très mutilés : figures sans têtes d'hommes, de femmes et d'enfants. On en ignore le sujet.
Citons encore de nombreux bas-reliefs de différentes époques, et pénétrons dans la dernière salle, qui contient des bronzes du plus haut intérêt. ]
Ils seraient dignes d'une longue étude que nous ne pouvons pas entreprendre; mais, pour qu'on puisse se faire une idée de la perfection que les Grecs apportaient aussi dans cette branche de l'art, nous parlerons surtout d'un petit buste archaïque en bronze, de l'école de Sicyone, dont nous donnons l'héliogravure d'après un très beau dessin de M. Puech. Les cils des paupières sont formés de fils de cuivre très fins et soudés un à un; à l'intérieur de la bouche entr'ouverte, le fondeur a également soudé une mince feuille de métal d'un ton plus clair, pour mieux rendre la différence de couleur et de finesse de la muqueuse des lèvres.
Toutes ces minuties feront peut-être sourire; cependant elles s'accordent à merveille avec le grand caractère de la figure, en même temps qu'elles nous initient à des procédés d'exécution tellement
supérieurs à tout ce qui s'est fait depuis que, de prime abord, nous ne les comprenons pas. Gomme toujours, du petit au grand, c'était la même conscience et le constant souci de la vérité qui animaient ces artistes incomparables.
A noter aussi une curieuse image iVAthêna en bronze, la seule de ce genre qui existe, formée de deux plaques rivées l'une sur l'autre, ajourées et découpées, avec des dessins très fins gravés au burin. L'aspect des deux faces n'est pas le même.
Le musée National ou musée Central et le Polytechnikon, situés à côté l'un de l'autre, sur la belle route de Patissia, de style néo-grec, magnifiquement construits en marbre, sont loin d'être à la hauteur de l'Académie des sciences, que nous avons décrite.