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Tous ces artistes, avec lesquels il dut compter, quelque supériorité qu'il eût lui-même, furent les exécuteurs plus ou moins fidèles de ses conceptions.
Il y eut assurément des inégalités dans cette œuvre immense, — certaines métopes surtout étaient inférieures, — mais l'ensemble avait trop d'unité pour que l'on ne sentît pas qu'un seul souffle inspirateur avait tout esquissé.
Les Dévastations. — Pendant des siècles, toutes les démences humaines se sont abattues sur ces marbres sacrés sans avoir réussi à les anéantir.
C'est d'abord la perte de la statue d'Athéna, que les Athéniens entretenaient avec un soin religieux, et qu'après six siècles Pausanias avait encore vue dans toute sa beauté. Sous Justinien, elle fut enlevée du temple et portée probablement à Constantinople, pour aller faire pendant dans l'Hippodrome au Jupiter Olympien.
Le temple, respecté par les Romains et les Barbares, et dans toute sa splendeur au V° siècle, est alors dévasté par les Chrétiens. Ils le convertissent en église ; la porte principale est portée de la face est à la face ouest; le pronaos devient l'abside, et l'opisthodome le narthex. On place la chaire du côté du mur du nord, le trône épiscopal en face. Sur les colonnes on édifie une tribune pour les femmes. On couvre les murs de peintures; il en reste même des traces nombreuses. Pour mieux éclairer l'intérieur, on abat le toit du portique et le milieu du fronton; une dizaine de statues disparaissent. Heureusement qu'il resta des groupes d'une conservation admirable.
En 1460 viennent les Turcs; ils transforment l'égHse en mosquée et construisent un minaret à l'angle sud-ouest!... Le minaret a été, heureusement, démoli; l'escalier, qui- subsiste encore jusqu'au fronton, ne tardera pas à disparaître.
En J674, notre ambassadeur à Constantinople, M. de Nointel, visitait Athènes et trouvait le Parthénon dans l'état où nous le décrivons, bouleversé à l'intérieur et à peu près intact à l'extérieur. Il s'était fait accompagner du peintre Jacques Carrey, élève de Le Brun, qui dessina
les sculptures du temple, malheureusement sans en saisir le sentiment. Ces dessins n'en sont pas moins prjécieux : au nombre de 400, ils comprennent les deux frontons, 32 métopes, presque toute la frise est et ouest et une grande partie de la frise nord et sud. Ce fut un travail considérable.
Nous approchons des événements les plus déplorables. Treize ans après, en 1687, Morosini, accompagné du comte Kœnigsmark, vient assiéger les Turcs, Morosini, un des plus grands capitaines de Venise, que ses compatriotes devaient ensuite élever à la dignité de doge ! Il établit ses batteries à bonne distance, sur le Mouséion, au pied du monument de Philoppapos, et, impitoyablement, bombarbe le temple. Les Turcs en avaient fait leur poudrière.
Toutes ces cicatrices que Ton voit au Parthénon, aussi bien qu'aux Propylées, sont les morsures des boulets vénitiens. Mais, s'ils enlèvent des éclats à la masse de marbre, ils sont impuissants ^ l'ébranler. Il était condamné, le sublime édifice! Le 20 septembre, à sept heures du soir, une bombe tombe dans la poudrière et le fait sauter... Il reste coupé en deux. Presque toute la cella avec ses colonnes intérieures, une partie de sa frise, la plupart des colonnes du pronaos et de l'opisthodome, huit colonnes du côté nord, six du côté sud, sont renversées.
Les Turcs se rendent. Morosoni entre en vainqueur dans la place et poursuit froidement son œuvre de destruction. Il s'en prend surtout au fronton occidental, et ordonne d'en enlever le char et les chevaux d'Athéna, qui étaient admirablement conservés. On s'y prend si maladroitement que le groupe tombe et se brise; et, de ce fronton encore intact au moment du siège, il ne nous laisse que des fragments.
Enfin les dernières mutilations : c'est lord Elgin qui les commet en 1816.
Il fait détacher 200 pieds de la frise, toutes les statues qui restaient aux frontons, sauf quelques fragments. Les corniches et les triglyphes volent en éclats sous les coups de marteau pour arracher les métopes, et il emporte le tout en Angleterre, avec une cargaison de chapiteaux,
ATHÈNES ANTIQUE Cil
de tambours, d'entablements... Ce pillage coûte près d'un million; il soulève la réprobation générale. Clarke lui-même Ta qualifié de sacrilège indigne commis au nom de la nation anglaise.
En 1787, le comte de Choiseul-Gouffier avait emporté en France un morceau de la frise qui était détaché depuis longtemps. Elgin, pour s'excuser, déclara n'avoir fait que suivre son exemple. Byron, dans ChildrHarold, ne la pas moins longuement flétri. Je ne cite qu'une strophe :
But who, of ail plunderers of yon fane
On high,where Pallas lingeVd, loth to flee
The latest relie of her aneient reign ;
The last, Ihe worst, duU spoiler, who was he?
Blush, Galedonia! such thy son could be!
England ! I joy no child he was of thine '.
On prétend même qu'à un second voyage Byron écrivit sur l'Acropole ces mots sanglants :
Qtiod non fecenmi Gothi Fecerunt Scoii^.
Le Parlement hésita quelque temps à acheter sa collection à lord Elgin : il croyait que tous ces marbres volés dataient seulement du temps d'Hadrien. Et, suprême injure, ils figurent aujourd'hui au British Muséum sous le nom de marbres d'Elgin {Elgin's marbles).
Citons aussi Chateaubriand : « La ville était prise; Morosini, dans le dessein d'embellir Venise des débris d'Athènes, veut descendre les statues du fronton du Parthénon, et les brise. Un autre moderne, lord Elgin, vient d'achever, /;ar amour des arts ! la destruction que les Vénitiens avaient commencée. »
Le Parthénon est donc aujourd'hui dans l'état où l'a laissé lord Elgin.
i. c( Quel est de tous les sacrilèges qui ont pillé ce temple dont Pallas s'éloigna, désolée de quitter le dernier monument de son ancienne puissance ; quel est le spoliateur le plus barbare et le plus odieux? Rougis, Galédonie, c'est un de tes enfants! Angleterre! je me réjouis qu'il n'était pas un de tes (ils. »
2. Ce que ne ûrent pas les Barbares, les Ecossais le firent : Elgin était Écossais.
Au fronton oriental il ne reste des statues que quelques têtes; deux têtes des quatre chevaux du soleil se levant à gauche, et un autre du char de la Nuit, presque méconnaissable, à Tangle opposé. Le Thésée assis, si admirable, Déméter et Kora, Tlris, un fragment de torse, les trois femmes désignées sous le nom des trois Parques, sont au British Muséum. Nous en trouverons les moulages au musée de T Acropole.
Selon M. de Ronchaud, les deux figures auxquelles on a donné le nom de Parques sont Ghloris et Thyia. M. S. Reinach dit, après lui, ([u'elles ont été inspirées a Phidias par le groupe de Polygnote représentant Ghloris sur les genoux de Thyia.
On ne voit au fronton occidental que deux très belles figures à gauche, représentant un homme et une femme assis. A droite était une figure de femme étendue. L'IHssus, moins beau que le Thésée, est au British Muséum, et la tête dite de Thétis à la Bibliothèque Nationale à Paris.
Le fronton oriental passe pour être de la main de Phidias, et le fronton occidental a été attribué à Alcamène. Cette supposition n'est pas acceptable. Alcamène y a travaillé, c'est certain, mais comme interprète fidèle de la pensée de Phidias. Ce qui n'empêche pas que M. Beulé raconte la légende suivante : <( Les deux frontons ayant été exposés avant d'être mis en place, la faveur pubhque se serait d'abord attachée à celui d'Alcamène. Ignorant les lois de la perspective, il avait fait les figures pour être vues de près, avec une délicatesse et un soin extrêmes. Phidias, connaissant à fond au contraire et la perspective et la géométrie, avait calculé l'effet de ses statues pour la hauteur où elles devaient être vues. Une fois en place, on jugea mieux les deux frontons, et ce fut celui de Phidias qu'on acclama. »
Quant à nous, répétons-le, nous ne saurions admettre que ce fronton occidental si admirable ait été d'Alcamène seul, quand on le compare surtout au fronton du temple d'Olympie, de bien moindre valeur, qu'il exécuta peut-être avec le concours de Paéonios, mais assurément cette fois sans la participation de Phidias.
A Olympie, nous reviendrons sur ce sujet.
Des 92 métopes qui formaient la frise extérieure, 56 existent en-
core. Sur les frontons est et ouest 28 sont en place et dans un assez triste état; sur le côté nord il en reste 13, et une sur le côté sud; sur 16 du côté sud 15 sont au British Muséum et une à Paris.
Les métopes qui ont survécu au désastre vénitien, aujourd'hui à Londres, sont assez bien conservées; les autres sont tellement mutilées qu'il est presque impossible d'en comprendre les sujets. Elles sont loin d'avoir toutes la même valeur artistique ; leur style offre un mélange de gaucherie archaïque et de sérieuses beautés. Cette inégalité peut s'expliquer par la différence de mains ; mais la saillie puissante du relief, — certaines figures se détachent parfois complètement du fond, — prouve qu'un seul artiste a conçu et dirigé l'ensemble de l'œuvre.
Parmi les plus remarquables on peut citer :
Le Centaure triomphant sur le corps de son ennemi ; le Centaure qu'un Grec a saisi par les cheveux et frappe dans les reins; le Centaure qui s'arrête au moment d'achever avec une amphore son ennemi terrassé; la femme enlevée par un Centaure...
La Frise inténeure. — Sur cette frise de 160 mètres de long sur un mètre de haut, qui court ininterrompue sur les quatre faces du monument, Phidias a voulu représenter l'ensemble de la solennelle procession des Panathénées. Tous les quatre ans, elle partait du Céramique, contournait l'Acropole pour aller porter à l'Érechthéion le nouveau péplos qui devait recouvrir l'antique statue de la divine Vierge, Athéna Poliade.
Nous nous contentons d'en indiquer brièvement les dispositions générales; elle est connue, ayant été moulée, réduite, et mise à la portée de tous.
L'auguste assemblée des Dieux devant qui défilait le cortège se trouvait sur la façade orientale; les Dieux assis plus grands que les processionnaires debout. En tête marchaient les jeunes Erréphores qui avaient travaillé avec les prêtresses au vêtement sacré ; elles ne devaient pas avoir moins de sept ans et plus de onze ans; ensuite venaient les Canéphores, choisies parmi les plus nobles familles; les
Métœques, filles des étrangers domiciliés à Athènes, portaient leurs sièges et leurs ombrelles. Les musiciens jouant de la flûte ou de la lyre suivaient, puis des jeunes gens avec des hydries sur l'épaule. Des archontes ou des gardiens des lois dirigeaient la marche et maintenaient Tordre.
Les victimes, — les bœufs et les béliers, — précédaient les Thallophores, troupe des vieillards qui tenaient une branche d'olivier à la main. On ne pouvait pas assister à la procession sacrée avec des vêtements de couleur. Enfin commençait le défilé des chars, — et la célèbre cavalcade fermait la marche.
Sur la frise occidentale, comme le dit fort bien M. Beulé, la scène change ; on dirait les coulisses d'un théâtre, et Ton croirait assister aux préparatifs de la fête et à la toilette des acteurs. Les uns se font amener leurs chevaux, les brident, les caressent; les autres se parent, un jeune homme passe sa tunique...
Ici, la saillie des reliefs n'a pas plus de sept à huit centimètres, tandis (jue nous avons vu que le principe de la demi-bosse est appliqué aux métopes et que les figures des deux frontons sont de véritables statues. Ceci s'explique : la frise était située à environ onze mètres du stylobate ; elle ne recevait donc pas le jour directement et n'était éclairée que par la lumière venue d'en bas : un relief plus puissant aurait donné des ombres portées beaucoup trop fortes. Seuls, les ornements, les brides, les accessoires en métal, faisaient complètement saillie.
Presque toute la frise ouest est en place ; la moitié de la frise nord est au musée de l'Acropole, l'autre moitié est en Angleterre; deux figures de la frise est sont au musée de l'Acropole, huit au Louvre, le reste en Angleterre. Un tiers de la frise sud est au musée de l'Acropole, les deux autres tiers en Angleterre.
Ainsi les débris les plus nombreux et les plus beaux de cette merveilleuse décoration du Parthénon ne sont pas ici, et c'est au British Muséum qu'il faut aller si l'on veut admirer ce qui reste de ce qui fut la sublime expression d'un art sculptural qu'on ne refera plus.
Debout maintenant sous le péristyle du Parthénon , nous arrêtons
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un instant nos regards sur cette extrémité orientale de l'Acropole.
Dans Taxe du Parthénon était l'autel d'Athéna. A droite et à gauche de la façade on voyait des statues, d'aucunes remarquables, comme l'Apollon Parnopius, de Phidias, en bronze.
A la suite du péribole du temple, le long des murs, se trouvait une série de figures représentant la guerre des Dieux et des Géants, le combat des Amazones et des Athéniens , la bataille de Marathon , la défaite des Gaulois en Mysie. Élevées sur de hauts piédestaux, on les voyait de la ville basse et des bords de l'Ilissus par-dessus la muraille.
En avant et au fond d'une vaste dépression, on a établi aujourd'hui le musée de l'Acropole. Ses toits sont à peine à la hauteur du sol et ne gênent en rien le regard. Nous y descendrons plus tard.
A la pointe extrême du plateau, la reine Amélie fit construire un belvédère, sur l'emplacement d'une tour turque. Nous irons nous y accouder de jour et de nuit. Vue charmante sur l'Athènes moderne et ses monuments.
Et, reprenant notre marche, nous passons à côté de la place qu'occupait le petit temple circulaire de Rome et d'Auguste, — il a fallu que les Romains laissassent ici cette trace de leur passage, — et nous arrivons à l'Érechthéion.
r/ERECHTHEION
Il n'était pas consacré à Érechthée. Le demi-dieu , dont l'autel et le tombeau se trouvaient devant la façade, avait, à l'origine, donné son nom au monument formé des deux temples contigus d'Athéna Poliade et de Pandrose, fille de Cécrops et première prêtresse d'Athéna.
Sur cet emplacement eut lieu la querelle d'Athéna et de Poséidon ; le roc portait l'empreinte du trident, et, dans la cella découverte du Pandroséion, poussait l'olivier sacré.
A cette place se trouvait aussi la tombe de Cécrops.
Fut-il dans l'anticiuité un lieu plus saint?
Au Parthénon, la puissance mystique d'Athéna, déesse de la sagesse éternelle, rayonnait sur Tunivers entier; — à rÉrechthéion , plus familière , TAthéna Poliade étendait spécialement sa protection sur son peuple et sa ville préférée.
Mais le temple archaïque et l'olivier sacré furent brûlés par les Perses en 480 avant Jésus-Christ.
Quand les Athéniens vainqueurs rentrèrent dans l'Acropole, Tolivier repoussa d'une coudée dans une nuit- On songea alors à la reconstruction du sanctuaire. A quelle date? J'ai déjà dit qu'on ne le savait pas exactement, mais ce ne put être qu'à la belle époque de l'art. Les travaux subirent un temps d'arrêt, et 1 édifice ne fut sans doute terminé qu'en 392 avant Jésus-Christ.
Le nouvel Érechthéion, édifice compliqué et sans analogie dans l'art grec, est un problème que M. Tetaz a essayé de résoudre. Nous donnons, d'après lui, les principales lignes du plan et quelques-unes des dispositions intérieures. Il était formé de trois parties distinctes : le temple d'Athéna Poliade, le Pandroséion et la tribune des Cariatides ou des Erréphores. Temple triple et un.
Extérieurement, il est un rectangle d'environ 20 mètres de long sur 11 de large. Sur ses trois faces est, nord et sud, s'appuient des portiques; la face ouest n'en avait pas.
Celui de l'est est le plus important : hexastyle d'ordre ionique se développant sur toute la largeur de l'édifice.
Le portique du nord compte quatre colonnes ioniques de face et deux de retour.
Celui du sud se compose de quatre jeunes filles de face et deux de retour, qui portent l'entablement sur leur tête- Sur la face ouest régnait un haut soubassement sur lequel s'élevait un ordre ionique nécessairement plus court : quatre colonnes engagées, avec trois fenêtres dans les entre-colonne ments , étaient surmontées d'un fronton semblable à celui de la façade est- Ce fronton et les colonnes engagées n'existent plus aujourd'hui.
L'édifice est sur deux sols différents. A l'est et au sud, ses façades sont exhaussées de trois marches au-dessus du sol.
Sur ses façades nord et ouest le terrain est en contre-bas de trois mètres, niveau des terrains environnants dont nous parlerons tout à rheure- On n'entrait dans TÉreclithéion que par les deux portiques ioniques. La petite porte de la face ouest ne servait évidemment qu'aux habitants de l'enceinte sacrée. On ne pénétrait pas de l'extérieur dans le portique des Erréphores; l'entrée pratiquée à droite est moderne.
Les colonnes des deux portiques nous offrent ce que l'ordre ionique a produit de plus riche et d'élégant, mais non de plus idéalement pur. Nous avons dit , je crois , que l'ordre du vestibule des Propylées est parfait. Gomme dans l'ordre dorique, ces colonnes sont ici inclinées, ainsi que les murs, vers un centre fictif; mais, particularité importante, on chercherait vainement les courbes horizontales dans les soubassements et les architraves.
La colonne du portique nord est un peu plus riche que celle du portique est. Sa base est couronnée par une tresse ; les cannelures sont arrêtées par un collier qui termine le fût. Sur ce collier s'élèvent alternativement la palmette et le lis marin ; au-dessus du gorgerin règne un rang de perles, et la même tresse du tore de la base forme le tore du chapiteau.
Au-dessus s'enroulent les volutes avec leurs triples filets. Les coussinets sont brodés de perles et le tailloir garni d'oves. Des guirlandes de bronze doré couraient sur les volutes , — on en remarque encore les attaches, — et l'œil de la volute était doré. Dans les intervalles des entrelacs du tore on avait enchâssé des émaux et des matières précieuses.
L'entablement et les caissons du plafond intérieur étaient aussi richement ornés.
Malgré tant de recherches, cette ornementation, un peu féminine par certains côtés, n'en était pas moins d'une douceur exquise.
Enfin, une frise en marbre noir d'Eleusis, sur laquelle étaient scellées de petites figures en marbre de Paros, courait tout autour de l'édifice.
La grande porte ionique qui, du portique nord, donnait accès dans
le vestibule du Pandroséion, est unique au monde*- Sa beauté a pourtant été altérée par des remaniements ou des accidents. Les Byzantins y ont ajouté des chambranles ; le linteau s'est brisé; une des consoles, différente de l'autre, est d'une époque de décadence. Les rosaces des linteaux et celles des chambranles ne sont pas semblables. ..
Quant au portique du sud, il est une des plus magnifiques créations de l'art grec. C'est ici que les cariatides ont été employées pour la première fois. Posées sur un stylobate continu et très haut, les jeunes filles supportent l'architrave sur laquelle repose directement la corniche, — la frise ayant été supprimée, de peur qu'elle ne les surchargeât. Un peu plus grandes que nature, calmes et recueillies, la poitrine en avant, les épaules amples, les bras mutilés tombant le long du corps, ce qui fait qu'on ignore si elles tenaient un objet à la main, elles pHent chacune un genou : celles de droite, le genou droit; celles de gauche, le genou gauche, mouvement contrarié du plus harmonieux effet. Le chapiteau circulaire, orné de rangs d'oves et de fers de lance, se perd dans la chevelure. Sont-ce les vierges Erréphores, (jue nous avons déjà vues sur la frise du Parthénon, qu'on a voulu représenter ici? Supportent-elles l'architrave en souvenir du fardeau mystérieux que leur confiait la grande Prêtresse?
« Je serais tenté de le croire », dit M. Beulé.
Tout en elles est admirable, la sculpture et le caractère monumental, et l'ensemble du portique resplendit d'une grâce divine.
Ainsi que les colonnes, les jeunes filles sont inclinées vers un centre imaginaire.
La tribune était couverte par une terrasse en pente douce, et il est probable qu'elle renfermait les corbeilles, les voiles de la Déesse, tous les objets du culte.
Ulntéineur. — A l'intérieur, l'Érechthéion était naturellement partagé, dans le sens de la longueur, en trois divisions inégales : le temple d'Athéna PoHade, — à la suite, mais en contre-bas, le Pandroséion, — et le vestibule.
{. W devait y en avoir une à peu près semblable au portique esl.
Entrons d'abord dans le temple d'Athéna. La profondeur de la cella n'était environ (pie de 7 mètres, k peu près le tiers de la profondeur totale de rédifice, et elle n'en occupait pas toute la largeur. En effet, deux murs parallèles ménageaient un couloir de chaque côté, et, par le couloir de gauche, on descendait dans le Pandroséion. Ce passage obscur n'était sans doute réservé qu'aux prêtres. La cella était couverte, et sans fenêtres. Elle contenait quelques trophées, des armes, un siège pliant, que l'on disait être l'œuvre de Dédale, un Hermès en bois, qui remontait à Cécrops et qu'on ensevelissait sous des branches de myrte, et enfin la statue la plus antique et la plus révérée de la Déesse, et que l'on croyait tombée du ciel. En bois d'olivier et d'un grossier travail, ses formes et ses membres étaient entièrement cachés par le péplos que lui brodaient les vierges, et qu'on renouvelait tous les quatre ans, à la fête des Panathénées, au mois d'août.
Ce sanctuaire n'était éclairé que par une lampe d'or, ouvrage de Callimaque, à qui l'on attribue l'invention du chapiteau corinthien. On n'y versait de l'huile qu'une fois par an, et la mèche de lin ne se consumait jamais. Cette lampe était supportée par un palmier de bronze, qui montait jusqu'au plafond et dissimulait les conduits par où la fumée s'échappait au dehors.
En sortant, on prenait l'escalier extérieur à gauche, et on arrivait au portique nord. Et, passant la superbe porte ionicfue que nous avons décrite, on entrait dans le vestibule, qui était couvert et éclairé k droite par les trois fenêtres de la façade ouest; on avait en face de soi, dans le fond, les marches qui montaient à la tribune des Erréphores, et, à gauche, se trouvait le Pandroséion.
Le Pandroséion renfermant l'olivier sacré, la tige mère des oliviers de l'Attique, M. Tetaz admet qu'il était dans une cour découverte entourée d'un portique à double étage. Là devait se trouver également l'autel de Zeus-Herkéios, protecteur de l'enceinte, qui était toujours situé dans une cour intérieure et ouverte. Mais où placer la trace du trident de Poséidon? Et les autels de Poséidon, d'Érechthée, de Boutés. •. où étaient-ils dressés? Où se trouvaient le puits d'eau de mer
qui faisait entendre le bruit des vagues quand le vent du sud soufflait, et la niche du serpent sacré, et le tombeau de Cécrops? Nous ne sommes pas en mesure de discuter les savantes hypothèses des archéologues.
Les Dévastations. — L'Érechthéion a subi les mêmes outrages que le Parthénon. Au VF siècle, les Chrétiens le convertissent en église byzantine. L'intérieur est bouleversé, les murs des divers sanctuaires disparaissent; le sol est couvert d'un nouveau pavement de marbre veiné.
Plus tard, TAga turc en fait un harem. Le portique du nord avait été surmonté d'une voûte turque, et, pendant la guerre de l'Indépendance, on avait rempli l'intérieur de terre pour amortir les bombes. Mais un boulet brise la colonne, et tout le côté qu'elle soutient s'écroule.
L'inévitable lord Elgin survient enfin ; il fait d'abord emporter une des six colonnes de l'est, et, cette fois, plus brute encore que sacrilège, il enlève ensuite une des statues du portique des Erréphores, au risque de tout jeter bas!...
Il ne prend pas même la peine de soutenir l'architrave par un appui quelconque, poutre ou barre de fer. A quoi bon? Que lui importe?
M. Piscatory, notre ministre de France en Grèce de 1840 à 1847, a fait heureusement relever par M. Paccard le merveilleux portique.
L'Angleterre ne rendit pas la statue, — elle ne rend jamais rien, — mais elle daigna en envoyer le moulage en terre cuite, qui a pris la place, sur le haut stylobate, de l'Erréphore dérobée.
Une autre de ces malheureuses cariatides avait également disparu. On en retrouva le buste, que le sculpteur Imhof rajusta tant bien que mal sur des parties neuves. Elle est facile à reconnaître : c'est celle qui est en retour du côté de l'est.
Entre la tribune des Erréphores et la Voie sacrée on retrouve les substructions de l'ancien temple d'Athéna, construit par les Pisistratides, et que les Perses détruisirent. Les archéologues ont pu le
reconstituer. Des fragments du fronton ont été découverts dans les remblais. Nous les verrons au musée de l'Acropole.
C'est entre le mur de Thémistocle et les marches du portique de Test que Téphore des antiquités, M. Kavvadias, a découvert, en 1886, les statues des prêtresses d'Athéna, que nous verrons également au musée de l'Acropole.
Quant à l'enceinte sacrée du temple d'Athéna Poliade, elle s'étendait, à partir de la face ouest de l'Érechthéion, dans la direction des Propylées. On y voyait divers monuments et l'escalier qui descendait à la grotte d'Agraulos.
En marchant vers les Propylées, nous rencontrons, au milieu d'un emplacement qui était couvert de statues et d'offrandes, le soubassement de la colossale statue en bronze d'Athéna Promachos, qui commença la gloire de Phidias. La dîme du butin de Marathon en avait payé les frais. Les médailles du British Muséum et du cabinet de Paris en représentent, croit-on, le dessin exact. Vêtue de la longue tunique et du péplos, Athéna appuyait son bras droit sur la lance; son bras gauche, tendu en avant, portait le bouclier où était ciselé le combat des Lapithes et des Centaures. Elle s'élevait d'un tiers au-dessus du Parthénon, ce qui fait supposer qu'elle devait avoir près de 30 mètres de haut. En doublant le cap Suniuni, on apercevait la pointe dorée de sa lance et l'aigrette de son casque.
La Chalcothèque , ou dépôt des bronzes, devait se trouver dans cette région, auprès des Propylées.
On y a découvert un certain nombre d'objets en métal.
Pausanias a vu à cette place la statue de Périclès et celle d'Athéna Lemnienne, offrande des habitants de Lemnos, et l'un des plus admirables ouvrages de Phidias.
Cette station est la dernière, les Propylées sont à deux pas de nous; nous venons de faire le tour complet de la sainte plate-forme.
Nous y reviendrons souvent, et toujours plus émus et enthousiasmés.
Pendant cette longue course, nos regards se sont, à diverses re-
prises, promenés sur le cirque immense au centre duquel se dresse l'auguste rocher.
A ses pieds, au nord, l'Athènes moderne s'agrandissant de jour en jour; ensuite la plaine et les bois d'oliviers.
Au sud, la campagne silencieuse et morne où s'étendait la ville qui n'est plus; à l'horizon, Phalère, Munychie et la mer.
Et, tout à Tentour de ces premiers plans, l'Hymette; lorsqu'à son sommet le soleil se lève, ses rayons éclairent le front mutilé du Parthénon.
A gauche, le Lycabette; derrière, le Pentélique, avec les brèches blanches de ses carrières, d'où sont sortis les marbres de l'Acropole, et d'où l'on extrait aujourd'hui ceux qu'on emploie aux nouveaux édifices.
Puis le Parnès et l'.Egaléos, les lignes confuses des monts Géraniens, les cimes neigeuses du Parnasse et l'Hélicon, la croupe de l'Acrocorinthe, l'Argolide à l'extrême horizon, les îles lointaines de Poros et d'Hydra, Égine, plus près de nous Salamine, et enfin Zéa et le Pirée.
En ce moment, les ombres des montagnes s'allongent dans la plaine; le jour décline. La masse des temples s'enlève sur le ciel d'un bleu irisé, et les marbres dorés des frontons resplendissent avec plus d'éclat aux rayons du soleil couchant. C'est son adieu quotidien que l'astre leur adresse. Ainsi nous les aperçûmes à notre arrivée. L'heure invite au recueillement. On se sent enveloppé par l'immanente beauté de ces ruines éternellement jeunes. L'éblouissant passé du peuple disparu s'offre à notre pensée, son génie nous éclaire et nous fait mieux comprendre à quelle hauteur s'éleva sa civilisation. Elle nous domine toujours!... Oui, quoi qu'il en coûte à notre orgueil, il faut bien convenir que, malgré nos conquêtes modernes, nous ne sommes pas parvenus à l'égaler, et qu'on n'y parviendra jamais.
Mercredi 17. — U Acropole au clair de lum. — Avec la poésie mystérieuse de la nuit le caractère sacré de l'Acropole grandit. Il
était tard quand nous y fûmes; la lune, légèrement voilée, répandait sur les temples une clarté mystique. Plus vive, sa lumière eût sans doute produit d'autres effets, mais au détriment de ce charme indéfinissable. Nous étions seuls. Les gardiens nous observaient à distance; ils allaient et venaient... on eût dit des ombres. Un profond silence régnait de toutes parts; nous ne nous parlions qu'à voix basse; devant les horizons confus, sous ces portiques blancs, qui prenaient maintenant des formes vaporeuses d'une légèreté de contours incomparable, notre marche tenait du rêve. Pour avoir le sentiment du réel, nous allâmes nous accouder plusieurs fois au parapet du belvédère. De la ville discrètement vivante et point encore endormie montaient de vagues rumeurs, et les lumières des places et des rues perçaient l'obscurité comme autant d'étoiles d'or. En bas, la manifestation de la vie; en haut, le calme et la sérénité.
On peut sans doute, à pareille heure, trouver à Pompéi les mêmes impressions, mais pas au même degré! L'œil n'y rencontre pas les formes harmonieuses des temples, et à côté de la cité défunte on n'y sent pas les frémissements d'une cité vivante.
A Rome, au Colisée, ce sont d'autres contrastes. Tandis que la lune met, d'un côté, en saillie l'ossature cyclopéenne du monument et que ses rayons descendent à flots sur les gradins superposés, le regard, d'autre part, interroge vainement l'obscurité des énormes voûtes. L'opposition est grandiose. Mais, au lieu de dominer l'horizon comme sur le divin rocher témoin des fêtes panathénaïques, on est ici enfermé dans l'immense enceinte, on se sent écrasé par elle, et l'on y trouve d'autres souvenirs que ceux des jeux barbares et des combats qui l'ensanglantèrent. Un abîme sépare les deux civilisations.
Et, à un autre point de vue de l'art, ajoutons qu'il n'y a pas plus de comparaisons à faire entre le lourd plein cintre du Colisée et les lignes idéales des ordres qu'entre les matériaux employés : le Travertin et le Pentélique.