‹ Voyage en Grèce, 1889: Notes et impressionsChapitre 15 sur 22 · CABINET DE M. CONSTANTIN CARAPANOS · texte numérisé non relu

CABINET DE M. CONSTANTIN CARAPANOS

C'est la seule collection particulière que nous visitons.

Archéologue distingué, à la tête d'une grande fortune, M. Garapanos a fait explorer les ruines de Dodone, en Épire, sur l'emplacement du temple de Zeus Dodonéen, celui dont la voix parlait dans , le murmure des chênes. Sa collection de petits bronzes est peut-être plus intéressante que celle du musée. « Il a rencontré aussi dans ses fouilles, dit M. de Moûy, une multitude de petites inscriptions sur de minces plaques de cuivre : les épigraphistes ont reconnu les questions posées à l'oracle par les fidèles, et les réponses du dieu. Plus loin, dans une vitrine spéciale, voici un amas d'urnes antiques couvertes de rouille, javelots, lances, épées : c'est un trophée, et quel tro-

phée! L'oserait-on croire, si une inscription n'en attestait l'authenticité? Ce sont les armes des Romains vaincus par Pyrrhus, et que le roi d'Épire victorieux avait dédiées dans le sanctuaire de Jupiter.Voici encore le char de Dioclétien, retrouvé dans les ruines du palais de Nicomédie... »

Cette assertion nous semble hasardée. Quant aux ornements de ce char, ils sont certainement curieux, mais rien de plus.

Pausanias a parlé d'une patine spéciale qu'avaient les bronzes de Dodone. C'était une espèce de vernis vert, très fin et très clair.

Comment l'obtenait-on?... Les Allemands aussi bien que les Français croient que les échantillons de cette patine que l'on voit ici sont les seuls que l'on connaisse.

Ce qui nous charme par-dessus tout dans cette collection, c'est le Tireur d'arc, petit bas-relief célèbre, en marbre, sans contredit de l'époque de Phidias. M. de Moùy raconte qu'enlevé dans le Péloponèse par Ibrahim-Pacha, pendant la guerre de l'Indépendance, il a été en Egypte, puis à Constantinople, d'où M. Carapanos, bien inspiré, l'a ramené sur la terre natale.

C'est un des meilleurs spécimens de la sculpture d'intérieur. Nous retrouverons au Louvre sur un petit bas-relief, — la Dispute du trépied, — ce même tireur d'arc sous les traits d'Apollon poursuivant Hercule, qui, dans un accès de démence, emporte le trépied d'or de Delphes. Ici l'exécution est plus molle et les jambes sont modernes.

Citons plusieurs vitrines contenant des pierres gravées.

M. Carapanos possède à Corfou des terrains où il compte faire exécuter des fouilles. Il en a confié la direction à un de nos jeunes pensionnaires de l'École française, M. Lechat, que nous voyons souvent, et qui va les entreprendre sous peu*.

1. Ces fouilles n'ont pas donné tout le résultat qu'on en attendait. M. Lechat n'a découvert qu'un millier de statuettes en terre cuite qui toutes représentent une déesse armée d'un arc et jouant avec une biche, évidemment Artémis. Ces figures de style archaïque étaient destinées à des ex-voto. Il y avait là un atelier de fabrication, ce que l'on soupçonnait. (Sept. 1889.)

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