‹ Voyage en Grèce, 1889: Notes et impressionsChapitre 6 sur 22 · O OC · texte numérisé non relu

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lieu d'une porte dorique dans Taxe même des Propylées, nommée porte Beulé, — aujourd'hui la seule entrée de l'Acropole, — ce mur est protégé à droite et à gauche par deux tours qui s'avancent carrées et trapues. Ces constructions, formées de morceaux antiques et assez disparates, constituent évidemment un système de défense. Mais à quelle époque remonteraient-elles? La question est compliquée. M. Beulé, qui les a déblayées en 1853, les prétend grecques. D'autres archéologues affirment que les tours sont d'une époque plus récente et que le mur date seulement du XIIP et du XIV" siècle. Nous nous bornons à mentionner ces divergences, n'ayant aucune autorité pour les discuter.

Une question plus intéressante se pose : comment arrivait-on aux Propylées?

M. Beulé, n'admettant pas que ce fût en gravissant ce roc dénudé, a démontré qu'on y montait par un vaste escalier égal à la façade de l'édifice. Il le décrit : il était divisé en deux parties par un grand palier qui commençait au bastion de la Victoire Aptère ; des murs de rampe revêtus de marbre blanc l'encadraient; la hauteur et la largeur des marches variaient un peu, il en donne les mesures... bref, il le reconstitue entièrement. Sa discussion est savante, elle a le plus grand succès, elle fait sa fortune. Mais la gloire des archéologues est souvent éphémère. M. Burnouf survient un jour, il démolit l'escalier et déclare que personne ne peut plus y croire. Encore une fois, il ne m'appartient pas d'entrer dans ces discussions, cependant il faut bien constater qu'aujourd'hui l'hypothèse de M. Beulé est écartée.

On lui répond entre autres choses que le cortège panathénaïque ne marchait que sur une file étroite, qu'un sentier lui suffisait. Or, un sentier en lacet existait, on le retrouve à diverses places sans trop de difficultés. On l'appelait l'Ennéapyle. D'ailleurs, il entrait mieux dans l'esprit des Grecs qu'il en fût ainsi. Ce contraste entre ce roc abrupt et cette architecture d'une sérénité parfaite les charmait. Et, en y réfléchissant, on reconnaît qu'ils avaient raison. C'est, au reste, ce que nous retrouverons sur le plateau : la roche était partout apparente autour de l'Érechthéion et du Parthénon.

Nous voici donc devant les Propylées. On y monte maintenant par un escalier de restauration moderne, à droite, le long du bastion de la Victoire.

Sur cette face, on le sait, ils se composent d'un portique central de 22 mètres de large avec fronton et de deux portiques parallèles, plus petits, en retour d'équerre, le tout d'ordre dorique.

Le portique central se compose de six colonnes, formant par conséquent cinq entre-colonnements qui décroissent à droite et à gauche dans une proportion symétrique. L'entre-colonnement du milieu est de beaucoup le plus grand, pour donner passage à travers les Propylées à la procession qui y arrivait par le sentier. Ce passage faisait un chemin creux dans un vestibule fermé à droite et à gauche par deux murs parallèles. En entrant, on trouvait ce chemin creux bordé de chaque côté par trois colonnes ioniques formant avenue jusqu'à un mur percé de cinq portes. A la suite, un second portique, couronné d'un fronton de même ordonnance que le précédent, donnait accès dans l'enceinte de l'Acropole. Les cinq portes du mur correspondaient aux entre-colonnements des deux portiques ; elles étaient fermées par des portails en bronze. La porte du milieu est d'un tiers plus grande que les portes de droite et de gauche, et celles des extrémités décroissent dans une proportion encore plus forte; elles sont exhaussées de cinq degrés, le dernier en marbre noir d'Eleusis.

En résumé, le plan des Propylées est bien simple : un mur percé de cinq portes inégales, précédé, à l'ouest, — entrée de TAcropole, — d'un vestibule et d'un portique de même largeur, flanqué de deux ailes s'avançant sur des terrasses, et, à l'est, — intérieur de l'Acropole, — précédé d'un portique semblable au premier, moins profond et sans vestibule.

On remarquera que les six colonnes du vestibule étaient ioniques. On n'en voit plus que les bases et les fûts mutilés. Les chapiteaux, — la perfection même du genre, — gisent à terre; comparés à ceux de l'Ërechthéion, ils ont, en effet, une grâce plus virile, et s'harmonisent mieux avec le dorique des deux façades.

Nous avons dit que les deux ailes en retour d'équerre sont plus

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basses; les trois colonnes doriques de ces portiques, quoique d'un tiers plus petites que les colonnes de la façade, gardent leur effet propre, tout en faisant ressortir l'importance des autres. Là n'est pas leur seule différence. L'aile nord comprend une salle rectangulaire que l'on croit être la Pinacothèque. Les murs n'ayant jamais reçu le dernier fini n'ont pu être peints; on ne devait y exposer que des tableaux sur chevalets. L'aile sud a beaucoup souffert: des trois colonnes du portique, il n'en reste que deux; on y avait bâti au XIIP siècle une tour franque, heureusement démolie en 1875. On n'y voyait aucun ornement de sculpture. Cette simplicité laissait tout l'effet aux lignes et aux proportions de l'édifice.

M. Beulé a fait observer que « les murs qui unissent toutes les parties de l'édifice et regardent l'intérieur de l'Acropole n'ont évidemment point reçu le dernier fini. Les joints des pierres ne sont pas amenés à leur point, et les angles obtus, ainsi que la surface provisoire qui prévenait tous les accidents de la construction, n'ont point été abattus » .

Je ne sache pas qu'on ait donné une explication de cette singularité.

Telle est, rapidement esquissée, l'œuvre si originale de Mnésiklès; beaucoup moins importante que le Parthénon, elle eut pourtant l'honneur d'exciter tout autant que lui les plus vives admirations.

Les premières profanations qu'eurent à subir les Propylées sont attribuées aux ducs d'Athènes. Ils en firent une sorte de château fort; ils élevèrent des étages sur l'aile nord et ils contruisirent sur l'aile sud la tour dont nous venons de parler. Ensuite les Turcs couvrirent d'un dôme le vestibule, qui devint un dépôt de poudre. En 1656, la foudre y tomba et une partie de l'édifice sauta.

La couverture fut emportée, les frontons renversés, les colonnes ioniques détruites ou découronnées de leurs chapiteaux, presque toutes les architraves, — des blocs de marbre qui ont jusqu'à sept mètres de long, — jetées à bas, se brisèrent, etc. Puis la main des hommes s'en mêla et les mit dans l'état où nous les voyons.

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