ÉPHÈSE
Le 15 novembre, nous nous remîmes en mer sur un vaisseau autrichien qui devait loucher à Smyrne ; nous débarquâmes le lendemain dans cette ville. Notre premier soin fut de visiter notre consul, M. de Ségur, à qui nous fîmes part de notre projet d'aller à Ephèse. Après nous avoir parlé de l'insalubrité de la plaine d'Ephèse, des émanations pestilentielles qui s'élèvent de
A noire sollicilalion, le gouverneur du Lazaret nous fit ouvrir la porte de la vaste cour qu'entoure ia demeure des étrangers. Là, couchés sur la dalle d'une froide cellule, et, sous la surveillance d'un gardien, nous fîmes un essai du séjour que nous devions y faire plus tard.
Le lendemain , arriva le Scamandre , qui nous prit à bord. Pendant deux jours, nous naviguâmes au travers des Cyclades, et, le troisième, nous découvrîmes l'île de Crète et la longue chaîne du mont Ida, couvert de neige. La mer qui est toujours agitée dans ces parages cl le vent du sud qui soufflait avec force retardaient noire marche ; enfin, le 5 décembre, à quatre heures du matin, nous aperçûmes un feu à l'horizon ; c'était le Phare d'Alexandrie. Déjà nous pouvions distinguer, sur celte plage basse de l'Egypte, le palais du viceroi et la colonne de Pompée. Il nous fallut louvoyer, en attendant l'arrivée du pilote égyptien qui devait prendre la conduite du navire.
Les approches d'Alexandrie sont dangereuses par les récifs qui longent, les cAtes, et qui barrent l'entrée des deux ports que sépare la ville. La mer se brise sur ces rochers à fleur d'eau ; on les distingue à de longues traces blanchissantes d'écume ; une manœuvre inhabile pourrait y jeter un vaisseau, qui périrait infailliblement.
Ce ne fut donc pas sans utilité que Ptolémée-Philadelphe fit élever ce phare de quatre cents pieds de hauteur, réputé l'une des sept merveilles du monde. Gel édifice, dont la ruine est à déplorer, se voyait encore au XIIIe siècle; au XVe, il n'existait plus. Il était placé sur l'île de Pharos, dont il prit le nom, qui est passé à toutes ces tours élevées sur les rivages, et dont les feux servent à éclairer les navigateurs.
Homère avait fait de celte île le séjour de Protée, que Ménélas, par l'avis de la nymphe Idolée, consulta sur sa destinée et sur celle des Grecs revenus de Troie.
L'île de Pharos tient aujourd'hui au continent ; l'intervalle a été comblé par les
attérissemenls formés par la branche canopique du Nil.
A notre débarquement, nous fûmes assaillis par les porte-faix et par une multitude de conducteurs d'ânes; il nous fallut prendre une de ces montures, et nous descendîmes à l'hôtel de l'Europe, situé sur la grande place.
Alexandrie a un aspect européen. Les relations nombreuses entre celle ville et toule l'Europe semblent avoir modifié la physionomie de ses habitants cl façonné leurs usages sur les noires. Au milieu d'Alexandrie, il ne semble point que l'on soit en Egypte ; il faut pour cela remonter le Nil.
Par l'importance que lui donne sa position, aucune ville ne pourrait prétendre à une plus haute fortune qu'Alexandrie ; mais les kalifes qui bâtirent le Kaire, en 969, tirent de celle dernière ville la capitale de leur empire, et, sous leur règne, le sorl d'Alexandrie s'embellit peu.
Sous l'administration ottomane, deslruc-
irice de toute prospérité, sa ruine lit des progrès rapides ; elle fut augmentée encore par la découverte du cap de Bonne-Espérance qui détourna de la voie d'Alexandrie le commerce des nations occidentales de fEurope, pour se rendre dans l'Inde. Mais le commerce de l'Europe avec l'Inde prend de nouveau la voie de f Egypte. La navigation sur le Nil améliorée, et le chemin établi duKaire à Sués, rendront à Alexandrie les avantages qu'elle, avait perdus.
Les monuments antiques se trouvent dans l'enceinte de la ville d'Alexandre , qui ne présente que des décombres ; la ville moderne qui lui est contigiie, a été bâtie sur l'isthme qui sépare les deux ports et qui s'étend jusqu'au phare.
11 existait déjà une ville dans ce môme lieu, antérieurement à Alexandre, les Hébreux la nommaient NO. Il en est fait mention dans Ezéchiel, qui prophétisait 240 ans avant la naissance d'Alexandre. Ce conquérant ne fil sans doute qu'agrandir ou rebâtir lu ville de NO et lui donna son nom.
VOYAGE KN GRECE
Des deux obélisques nommés aiguilles de Cléopàtre, l'un est debout, l'autre est renversé. Ce dernier a ses faces de iargeurs inégales. Peux d'entre elles ont chacune deux mètres vingt centimètres de largeur, et les deux autres un mètre vingt centimètres seulement, exemple rare, et qui n'avait été observé qu'à l'obélisque de Crocodilopolis.
Il est vraisemblable que ces deux obélisques sont ceux dont Pline fait mention ; ils étaient près du marché devant le Césaréum, ou temple, qui fut élevé à César, après sa mort, par Antoine et Cléopâlre. Le troisième édifice le plus remarquable est la colonne de Pompée ; son fût est d'un seul bloc en granit, de 20 mètres 50 centimètres de hauteur, son chapiteau est corinthien, mais les feuilles ne sont qu'en masse.
Ce monument, situé sur une vaste place couverte de ruines, domine toute la ville. La dénomination de colonne de Pompée lui a été faussement donnée ; il est peu vraisemblable qu'on eût élevé un tel mo-
numenl à la mémoire de cet illustre chef d'un parti vaincu. Il est maintenant reconnu que celte colonne est celle de Sévère ; elle fut ensuite dédiée à Dioclélien, génie tulélaire d'Alexandrie , par un préfet. C'est ce que témoigne une inscription grecque, difficile à apercevoir, gravée sur le socle de sa base. Voici ce que les archéologues s'accordent généralement à y lire :
« Au très-sage empereur Dioclélien Àu- « guste, P.... préfet d'Egypte. »
Quant au nom du préfet, les uns disent Pollion , d'autres Ponlius , Pomponius et quelques autres Pompéius.
C'est sans doute celle dernière explication qui a valu à celle colonne le nom de colonne de Pompée.
Ce fut de là que, comme d'un lieu sûr, le féroce Caracalla contempla le massacre du peuple d'Alexandrie.
La partie inférieure de la colonne et le piédestal sont couverts de noms obscurs grossièremenls tracés en rouge et en noir,
dont les lettres ont quelquefois seize centimètres de hauteur.
Il est remarquable que , à l'époque de l'expédition française en Egypte, les membres de la Commission scienlitique trouvèrent, sur le chapiteau de la colonne, une petite plaque en fer battu, sur laquelle était le nom de Fauvel, ancien consul de France, à Athènes ; elle portait la date de 1789. Fauvel disait avoir mesuré la hauteur du monument, et l'avoir trouvée de quatrevingt-six pieds neuf pouces.
Nous apprîmes qu'un bateau à vapeur partait pour le Kaire ; nous nous hâtâmes d'en proflter. Le plus grand nombre de passagers se composait d'Anglais, qui allaient s'embarquer à Suez, pour passer aux Indes, et de quelques Français, parmi lesquels nous reconnûmes M. le baron Duhavelt et son épouse. Il serait difficile d'exprimer le bonheur qu'on ressent à retrouver, sur une terre lointaine, un ancien compagnon de voyage ; ce n'est plus un étranger ; c'est une portion de sa propre famille, et l'on
cesse d'éprouver cotte sorte d'isolemenl dont le poids bien souvent vous accable.
En nous entretenant sur les divers sujels de notre voyage, nous remontions le canal qui prend sa source au village d'EI- Atfé ; à notre droite, était le lac Maréolis, el, à gauche, étaient des eaux répandues sur une vaste surface, reste de l'inondation du Nil.
Cette partie de l'Egypte n'offre aux yeux qu'une plaine, dont aucune élévation ne vient rompre l'uniformité.
Sur les bords du canal sont placés quelques villages composés de huttes en terre, à toitures horizontales, et quelquefois légèrement inclinées, entrecoupées de palmiers el d'acacias.
A. sept heures du soir, nous parvînmes au Nil : les eaux en étaient jaunes. Dans leur plus grande limpidité, elles paraissent encore verdâtres. De nombreuses barques, chargées de grains, descendaient le fleuve; d'autres le remontaient à la voile.
Le Nil est une source de vie ; tout paraît
animé sur ses bords, tandis qu'au loin tout est silencieux, immobile. De nombreux villages se succèdent,*et se groupent pitloresquement avec des palmiers, des arbres verts de l'espèce du pin, et de hauts mûriers d'une verdure foncée.
Fouah est le village le plus considérable que nous ayons rencontré, depuis Alexandrie jusqu'au Kaire. Sa principale industrie est la fabrication des bonnets de couleur rouge, de la forme du fcssi grec.
Nous naviguâmes toute la nuit et le lendemain. Pendant que nous considérions cet horizon dont la monotonie a quelque chose de solennel, ces villages, leurs habitants assis avec indolence ; pendant qu'avides de recueillir ces souvenirs, nous esquissions ces tableaux si caractéristiques, nos voyageurs anglais, que les fumées du vin avaient mis en gaieté, exécutaient, sur le pont, ces danses britanniques d'anguleuse allure, que leur peintre Wilqui a si bien représentées dans ses tableaux.
Le 6 décembre , à midi , nous aper-
çùmes les Pyramides ; nous en étions encore à huit lieues, leurs masses s'élevaient tomme des géants, au-dessus de l'horizon. Enfin, nous vîmes les minarets et les dômes des mosquées du Kaire. A cinq heures, on débarqua à Boulaq, et bientôt après nous entrâmes au Kaire, après avoir traversé les lignes de fossés qui le défendent.
Ici, tout était changé pour nous: la terre, ses productions, ses aspects, les hommes, les costumes, les habitations ; nos oreilles n'étaient frappées que du son guttural et rude de la langue des Arabes. La transition n'avait pas été graduée: du sol de l'Europe à celui de l'Egypte, nous n'avions traversé que des mers.
Le Kaire est situé entre la haute et la basse Egypte ; c'est, après Constantinople, la première ville de l'empire Ottoman, autant pour son étendue que pour l'importance de son commerce, et pour les monuments qui l'embellissent.
Sa population est.de 260,000 âmes environ; il fut fondé l'an 968 de Jésus-Christ,
par Gouhar, sous le kalifc Fatimite Moêz, et prit le nom de Gahirah ou la victorieuse, d'où l'on a fait le mol Kaire. Ses rues sont tortueuses, mais plus larges et plus praticables que ceiies de Conslantinople , le sol de la ville étant généralement de niveau. Les maisons n'ont qu'un ou deux étages, et les balcons grillés qui sont en saillie, se trouvant à f opposite les uns des autres dans une rue étroite , viennent parfois à se toucher.
L'architecture de celte ville a le caractère purement arabe , bien distinct de l'architecture turque de Constantinople et d'un goût plus délicat. Un trait caractéristique des constructions du Kaire , ce sont les bandes horizontales alternativement blanches et rouges, dont les maisons et les édifices publics sont peints.
Les rez-de-chaussée n'ont en général d'ouverture que la porte principale, excepté daqs les rues de grande communication, où se trouvent les boutiques des marchands. L'intérieur des habitations est disposé de manière à jouir de la fraîcheur pendant les
jours les plus brûlants; là sont de grandes pièces éclairées vers le haut; les fenêtres grillées laissent circuler l'air qui se rafraîchit dans ces salles constamment à l'ombre, et des jets d'une eau glacée s'élèvent et retombent dans des bassins de marbre.
Le sol est pavé de marbre, recouvert de nattes de jonc; c'est là que, sur ses divans, le paisible Arabe passe ses jours, s'abreuvant de café et respirant la fumée d'un tabac aromatique.
A l'extrémité méridionale de la ville, sur une vaste place, est le château de Roumeyleh, forteresse dont l'entrée est formée par deux tours demi-circulaires; du seuil de celle porte, l'œil embrasse une partie de la ville, le Nil cl le désert jusqu'aux Pyramides.
La grande mosquée de Soullan-Hassan et celle de Mamoudié forment le premier plan de cet imposant tableau, que nous pûmes esquisser sans essuyer d'avanies de la part des jeunes Arabes, que la curiosité seule attirail aulour de nous.
L'un des monuments les plus remarquables que renferme la citadelle, est le puils de Joseph; il fut construit, ainsi que le château, en 1166, par le fameux Salahel-Dyn-Yousef, appelé Saladin. Ge puits est une immense excavation faite dans le rocher. Sa profondeur est de quatre-vingtdix mètres soixante centimètres. Son plan a la forme d'un parallélogramme, de sept mètres trente centimètres d'un côté, et de quatre mètres trente centimètres de l'autre. On descend jusqu'à sa base par un chemin en pente douce, qui a été pratiqué sur les quatre côtés, il est séparé du vide par une minre cloison ménagée dans le rocher, elle est percée par intervalles de petites ouvertures d'où l'on peut en voir l'immense profondeur. L'eau est élevée par une chaîne de pots , qui se meut au moyen d'une roue, mise en mouvement par des bœufs.
Nous fumes conduits dans ce lieu par une jeune Arabe voilée, mais dont les yeux, seule partie visible de son visage,
faisaient présumer la beauté des autres traits, et nous pûmes admirer encore sous le point de vue artistique la perfection de forme de ses pieds et de ses mains.
Au vieux Kaire, sur le bord du fleuve, est la résidence du lieutenant-général des armées d'Egypte, le colonel Sève, de Lyon, aujourd'hui Soliman Pacha. M. Rey l'avait connu dans sa jeunesse; il pensa devoir l'informer de notre séjour au Kaire; i! lui écrivit donc, et sa réponse nous fut aussitôt apportée par un de ses aides-decamp. Il nous invitait à aller le voir; nous nous rendîmes à son palais. Soliman nous reçut dans un vaste salon de structure arabe, nous accueillit en compatriotes et nous fit apporter, suivant l'usage, le café et la longue pipe turque; il nous entretint de l'étal moral des Arabes acluels ; ce ne sont plus, dit-il, ces peuplades à demisauvages , vivant de vols et lie brigandage, assassinant jusque dans les rues du Kaire, qu'on ne pouvait parcourir sans danger après la chute du jour; une justice prompte
el sévère, nous dit-il, en accompagnant ces paroles d'un geste expressif, y a rais un terme, el Ton peut aujourd'hui voyager avec sûreté dans toute l'Egypte.
Soliman devait, dans ce moment , se rendre auprès d'Ibrahim qui habitait une maison de plaisance, non loin d'Héliopolis ; nous dûmes prendre congé de lui, et, sur le désir que nous lui témoignâmes de voir le Nilomètre de l'île de Roudah (jardin), il s'empressa de nous remettre un ordre pour le gardien de ce monument.
Le Méqyas ou Nilomètre est une colonne en marbre, dont le fût est octogoire el gradué dans toute sa hauteur. 11 est placé au centre d'un vaste puits, de forme carrée, dont les parois sont en marbre, et dans lequel on descend par des marches qui en suivent le contour. Ce puits était autrefois recouvert par une coupole supportée par une colonnade ; elle a été détruite aussi bien que la mosquée dont elle faisait partie.
Le Nilomètre actuel a été construit en 821, sous le kalife Al-Mamoun, restauré
h diverses époques, et, pour la dernière fois, par les Français en 1800.
La construction première de ce Méqyas remontait à 718 de Jésus-Christ. Tout auprès, est un escalier par lequel on descend au fleuve ; les Arabes l'appellent l'escalier de Moïse ; ils disent que c'est dans cet endroit que le jeune Israélite fut exposé sur les eaux par sa mère. C'est une croyance populaire sans vraisemblance; Moïse dut être exposé sur la rive gauche du Nil, plus près de Memphis que n'est l'île de Roudah.
Le vieux Kaire que nous venions de parcourir est le nom que les Européens donnent à la ville de Fostal, antérieurement la Babylonc d'Egypte, bâtie par les Babyîonniens et les Perses réunis, après l'invasion de Cambyse.
Lors de la conquête de l'Egypte par Àmrou, général d'Omar, vers 0Y0 de Jésus- Christ, Babylone soutint un siège de sept mois et souffrit beaucoup; elle devint une ville nouvelle sous le nom de Foslat que lui donna Amrou, et qui signifie tente ,
parce qu'il y laissa sa lente, en allant faire le siège d'Alexandrie, pour ne point déranger un pigeon qui y avait fait son nid.
Amrou y lit construire de nouveaux édifices ; Foslat rivalisa bientôt avec Alexandrie et devint le siège du gouvernement jusqu'au temps de la fondation du Kaire, arrivée 328 ans plus tard.
A l'est du vieux Kaire est la mosquée d' Amrou ; elle remonte à l'an 6'tO de Jésus-Christ ou à la 20e année de i'Egirc ; c'est la plus ancienne mosquée.
Suivant l'usage adopté par les premiers successeurs de Mahomet, celle mosquée n'est qu'une vaste cour entourée de portiques. Sur la face de l'entrée, le portique est simple; il est triple et quadruple sur les faces latérales, et il a sepl rangs sur la face opposée a l'entrée. Ces portiques sont formés d'arcades ogivales portées par des colonnes en marbres d'espèces diverses, mais où domine le cipolin. Tous les chapiteaux sont corinthiens du bas-empire ro-
main ; ils doivent être en partie les restes d'une église chrétienne qu'Amrou fit raser, et sur l'emplacement de laquelle il construisit sa mosquée. Le nombre total de ces colonnes est de 280; l'ordonnance en est simple et l'effet magnifique.
Au milieu de celte enceinte est une fontaine de forme octogone pour les ablutions. Auprès d'elle est un palmier ; l'un et l'autre se groupent avec le minaret et composent un tableau caractéristique des lieux, du climat et de la religion. Cet édifice tombait en ruines, le vice-roi le fait réparer pour en arrêter la destruction totale. C'est un monument précieux pour l'art; il doit l'être pour les Mahomélans , puisque c'est leur plus ancien temple.
Près d'entrer dans la mosquée, le gardien eut d'abord la pensée d'exiger que nous liassions nos souliers ; puis il se ravisa disant que , n'en ayant pas l'habitude , nous pourrions en être incommodés; mais, en vérité, c'eût été pousser un peu loin le scrupule religieux, car il ne fil pas difficulté d'y
faire entrer les ânes qui nous avaient servi de montures.
Retournant à la ville, nous passâmes sous le long aqueduc qui porte les eaux du Nil à la citadelle. La prise d'eau est une tour octogone de quarante mètres de diamètre. L'eau est élevée a son sommet par des chaînes à gobelets, mises en mouvement par des roues auxquelles des bœufs sont attelés.
Non loin de l'aqueduc est une vallée située au pied du mont Mokatam, qui fait partie de la chaîne arabique. Là est la nécropole, la ville des morts, rivale du Kaire par son étendue, par l'effet de ses monuments recouverts de coupoles et par ses minarets. Tous ces tombeaux de formes variées sont de style arabe, et l'on reconnaît, dans leurs élégantes proportions, le goût qui a de tout temps distingué ce peuple. Le jour était vers son déclin, ses derniers rayons se reflétaient sur ces monuments, dont la pierre est rouge<ttre et leur donnaient une couleur de feu ; ces
monuments étant situés au milieu des sables, aucune verdure ne vient retracer à l'esprit quelque image de la vie ; et le silence qui règne dans cette vallée déserte inspire une profonde mélancolie. Nous esquissAmcs la vue de quelques-uns de ces tombeaux, cl nous regagnâmes le Kaire en traversant une vaste plaine où sont amoncelés des décombres de briques qui proviennent des démolitions de la ville.
L'ophlhalmie est la maladie la plus commune au Kaire ; les étrangers y sont frappés de l'aspect de cette multitude d'aveugles qui parcourent les rues, et de voir le quart au moins des habitants ayant l'un des yeux couvert d'un bandeau.
Suivant les médecins, celte maladie provient de l'extrême variation de la température et de l'usage adopté par un grand nombre d'invidus de dormir en plein air sous un ciel où les nuits sont très fraîches comparativement à la chaleur du jour. Ne pourrait-on pas l'attribuer aussi à cette poussière répandue dans l'atmosphère ,
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d'une ténuité si grande qu'elle n'est point aperçue, mais qui se dépose sur tous les corps, en une telle abondance, que nous étions obligés a chaque minute de la souffler de dessus noire papier, pendant que nous dessinions ? Ne pourrait-on pas encore douner pour cause à celte maladie celle prodigieuse quantité de mouches, d'une extrême petitesse, qui couvrent le visage des entants, se fixent amour de leurs paupières, d'où ils paraissent peu soucieux de les chasser, et que, même par un préjugé funeste , on regarde comme nécessaires pour en enlever les humeurs.
Volney l'attribue à la salinité de l'air qui cause aux yeux de l'irritation et des démangeaisons, au régime des Égyptiens qui se nourrissent de fromage, de lait aigre, de miel, de raisiné, de fruits verts et de légumes crus qui produisent dans le bas-ventre un trouble qui se porte sur la vue. Il l'attribue aussi à l'excessive transpiration de la tête couverte par une coiffure extrêmement chaude, transpiration
qui, étant supprimée par la moindre impression de froid, se jette sur les yeux tomme sur la partie la moins résistante. Enfin, suivant ce voyageur, une grande partie des cécités en Egypte est causée par la suite de la petite vérole qui n'y est point traitée suivant une bonne méthode, où l'on évite de laver les yeux, dont les paupières sont collées par la sérosité qui y détermine un cautère qui ronge l'œil entier.
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