‹ Voyage en Grèce et dans le LevantChapitre 4 sur 6 · DEPART POUR L EGYPTE. — ALEXANDRIE. LE RA1RE · texte numérisé non relu

DEPART POUR L EGYPTE. — ALEXANDRIE. LE RA1RE

Nous nous rendîmes à l'île de Syra ; le vaisseau que nous espérions trouver dans ce port, pour nous transporter en Egypte, n'était pas arrivé , et noire capitaine qui avait sa destination pour Malte, voulant continuer sa roule, nous déposa sur la plage du Lazaret. Vainement nous attendîmes jusqu'à la nuit au pied de ces tristes murailles , la pluie survint et nous obligea d'y demander un asile.

fastes des théories nouvelles préchées par des hommes qui se croyaient appelés à recomposer la société sur de nouvelles bases; c'était le Père Enfantin qui, laissant désormais tout projet de réforme, habitait alors au vieux Kaire une maison qui s'annonçait par d'agréables aspects.

Nous passâmes de nouveau par cette dernière ville, et nous traversâmes le Nil dans une barque au-dessus de !'î!e de Roudah. Nous étions au village de Gyzeh. La, s'offre à nos yeux un contraste frappant entre les champs animés par des forêts de palmiers, par une verdure naissante, présage d'une riche moisson et le désert avec ses sables et ses silencieux monuments.

Les eaux du Nil étaient encore répandues sur les terres, et déjà les parties qu'elles avaient abandonnées étaient verdoyantes.

Nous nous engageâmes dans les chaussées étroites qui conduisent de Gyzeh aux Pyramides.

Sur plusieurs points, ces chaussées sont percées d'arcades pour l'écoulement des

eaux de l'inondation ; elles présentent alors des ponts d'une grande étendue ; ces ouvrages sont arabes. Le pont le plus considérable remonte au temps de Saladin, en 1166 de Jésus-Christ. Il a été construit avec les pierres tirées des petites pyramides. Ces ponts sont armés d'éperons pour résister aux efforts des eaux.

Les nombreuses sinuosités que forment ces chaussées doublent la dislance à parcourir. Cependant nous approchions de ces gigantesques monuments; notre petite caravane cheminait en silence, lorsque nous aperçûmes de toutes parts comme des points noirs qui venaient à nous, et qui, dans leur course rapide, nous atteignirent bientôt; celaient des Arabes. Une nuée de ces hommes, presque nus et dans un désordre capable d'effrayer, vint nous envelopper; nous ignorions le motif de cette subite apparition ; ils nous entourèrent parlant, criant, gesticulant, chacun de nous en avait plusieurs en tète, derrière et par côté ; chacun d'eux voulait nous loucher; il nous tar-

dail d'être arrivés, pour être débarrassés de celle escorle imporlune ; mais plus nous approchions, plus leur nombre augmentait; nous arrivâmes enfin auprès du plateau pris dans le rocher sur lequel les Pyramide» sont assises. Contre ses flancs sont taillées des cellules, autrefois des tombeaux ; un Arabe et son esclave y avaient établi leur demeure ; elle était précédée d'une vaste cour fermée par un mur d'enceinîe. C'est dans celte habitation qu'il recevait les voyageurs. Nous entrâmes dans un de ces tombeaux, espérant y trouver un instant de repos et un refuge contre la poursuite des Arabes; mais ils y entrèrent en foule avec nous, poussant tous à la fois des clameurs assourdissantes; chacun d'eux voulait nous servir de guide ; l'un s'empare des portefeuilles, l'autre des sièges, l'un nous prend par un bras, l'autre par l'autre, nous ne sommes plus maîtres de nos mouvements; je crie à mon tour, et je parviens avec de la violence à me dégager de leurs mains. Nous voilà arrivés au pied de la pyramide

de Chéops; autre épreuve à subir. Chacun de nous est saisi par les Arabes; deux, se tenant en avant, nous tiennent par les deux bras ; deux autres, se tenant en arrière, nous poussent pour nous faire gravir ; ils nous font sauter ainsi, de degré en degré, depuis la base de la pyramide jusqu'à son sommet; et , plus d'une fois , dans celle ascension forcée, combinant mal leurs mouvements avec les nôtres, il nous font heurter contre des blocs de deux et trois pieds de hauteur ; il nous fallut jusqu'au bout les endurer et leur payer ensuite les périlleux services qu'ils nous avaient rendus malgré nous. C'est ainsi que nous parvînmes au haut de la pyramide, à cent trente-huit mètres d'élévation. De là, nous voyons à l'occident les vastes plaines cultivées, le Nil, et le Kaire appuyé sur le mont Mokallan ; au midi et à l'orient, le désert, immensité où se perdent les regards que rien n'arrête ; près de nous la pyramide de Chéphren, plus loin celle de Rhodope, et ce Sphinx , de grandeur colossale , autour duquel s'agitaient

quelques Arabes semblables à des fourmis.

Le sommet de la pyramide a élé tronqué ; il en résulte aujourd'hui une plaie-forme de dix mètres d'étendue sur chaque face, et le milieu est encore occupé par une portion de l'assise qui en continuait l'élévation. Sa hauteur primitive devait être de cent quarante-quatre mètres.

Ou trouve, dans la hauteur du monument, deux cent trois assises qui varient de hauteur entre elles depuis soixante et dix centimètres jusqu'à un mètre cinquante centimètres, non point en suivant une diminution progressive de la base au sommet, mais indifféremment tantôt petites et tantôt grandes. L'assise de la plate-forme a soixante et dix centimètres de hauteur, el les blocs qui s'élèvent encore du milieu, appartenant à une assise supérieure, ont un mètre quinze centimètres.

Ce monument, vu de loin, présente des lignes droites et des faces régulières; vu de près, on reconnaît que loule l'enveloppe

en a été enlevée, ce qui permet de juger de la structure intérieure.

La masse de la pyramide est en totalité composée de pierres de taille sans aucun blocage, on peut en juger par la section horizontale du sommet. Leurs lits sont assez bien dressés et les blocs sont posés sur une faible couche de mortier composé de chaux et de briques pilées. Les faces verticales des blocs sont taillées avec moins de précision et souvent la largeur irrégulière des joints est comblée par du mortier ; c'est ce que nous avons pu reconnaître dans les ouvertures qui se rencontrent en gravissant la pyramide.

Toute la pierre est calcaire ; elle paraît être de la nature de celle de Tournus ; elle en a la couleur et la dureté; c'est la même pierre que crlle du rocher sur lequel la pyramide a été construite et qui semble lui former une sorte de piédestal. Il est évident que le rocher a été exploité dans une grande étendue et qu'il a été employé à la construction des Pyramides ainsi que la pierre

provenant des carrières de Torrah, dans la montagne arabique, sur la rive gauche du Nil, à l'opposile de Memphis.

Cette pyramide était révolue avec de la même pierre ; sa surface était lisse et penlive, comme il se voit encore dans une partie de la deuxième pyramide, et non par degrés comme on Ta figuré dans quelques restaurations ; l'inégalité dans la hauteur des assises rend suffisamment compte de la nécessité de cette disposition. La pierre du revêtement formait boutisse avec le corps du monument et n'était pas simplement posée dans le vide triangulaire que laissait chaque degré. Celle structure se remarque dans la troisième pyramide ; on y voit des assises de revêtement en prise dans le massif du monument.

L'entrée de la grande pyramide n'est pas la partie la moins remarquable de cet édifice; quatre blocs de quatre mètres de longueur sur un mètre de hauteur, inclinés et s'arcboulant deux à deux, sont placés en décharge au-dessus du linteau de l'ouverture.

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Au volume de ces blocs, à la hauteur où ils sont placés, on croit voir l'œuvre des géants.

Cette ouverture n'était point visible, lorsque la pyramide était encore revêtue de ses parements ; c'est sous le calife Mamoim qu'elle fut découverte, lorsque les blocs du revêtement furent enlevés pour être employés a la construction des édifices du Kaire.

Nous y pénétrâmes à l'aide de (lambeaux, el tantôt retenus , tantôt entraînés par les Arabes, nous parcourûmes ces longues galeries d'abord pentives, puis ascendantes ; leur déclivité est si grande qu'elles seraient impraticables sans les entailles qu'on a creusées dans le sol. Les murs, les plafonds, le sol de ces galeries sont formés les uns avec du granit, les autres avec de grands blocs de pierre, polie par le frottement.

A l'extrémité de la galerie ascendante est la chambre du Roi, construite en granit; son plafond horizontal est composé de neuf blocs, le poidsdechacun d'eux ne peut

être moindre de dix mille kilogammes.

Au-dessus de la chambre du Roi, on a découvert cinq pièces de môme dimension, mais très-basses et placées les unes au-dessus des autres. On a acquis lajcerlilude que, depuis leur construction, elles n'avaient jamais été ouvertes et qu'elles n'avaient rien contenu.

On y a fait une découverte d'une grande importance, ce sont des marques hiéroglyphiques tracées en rouge au pinceau sans doute par des ouvriers. Le déchiffrement de ces inscriptions a fourni le nom de Schoufou, le môme que le Chéops d'Hérodote.

L'entrée de celle chambre était fermée par quatre cloisons successives, en pierre de quarante centimètres d'épaisseur, enchâssées et contenues dans des rainures, et que l'on ne pouvait déplacer qu'en les brisant. Quelle puissance surhumaine a fait de tels ouvrages ! A leur aspect, l'esprit demeure confondu ; c'est à bon droit qu'on a donné à ces monuments le nom de Merveilles du monde.

On a souvent agite la question de savoir par quels moyens les Egyptiens ont élevé à une aussi grande hauteur celle immense quantité de blocs de cent cinquante pieds cubes pour la plupart.

A u rapport de Diodore de Sicile, les Egyptiens, n'ayant pas encore l'art d'échaffauder s'étaient servi de terrasses en terre pour les élever ; mais ce moyen eût été aussi étonnant que la construction de la pyramide elle-même. On ne peullesupposerd'un peuple dont les monuments «attestent de si hautes connaissances en dynamique. D'ailleurs, n'avaient-ils pas déjà transporté et dressé devant les portes de leurs temples des monolithes de vingt mètres de hauleur.

Hérodote fait un récit plus vraisemblable; il rapporte que des machines en bois, de petite dimension, étaient placées sur les gradins que formait la retraite de chaque bloc les uns au-dessus des autres, et que, chaque pierre, pour être élevée depuis la base jusqu'à la plus grande hauleur, était saisie par chacune de ces machines qui,

lour à tour, la transportait du sol sur le premier gradin, du premier gradin sur le second, du second sur le troisième, et ainsi de suite. Mais n'est-ce point là un conte populaire auquel Hérodote se sera confie, comme Diodore de Sicile louchant les moyens qu'il rapporle? Ces deux historiens n'étaient sans doute, ni l'un ni l'autre, en élat de les discuter. Ne pourrait-on pas imaginer quelque moyen plus simple, tel que des treuils placés sur la partie la plus élevée de la construction de la pyramide, à l'aide desquels les blocs pouvaient être élevés depuis la base, en les faisant glisser sur le plan incliné, soit que le revêtement fut terminé à mesure, ce qui est vraisemblable, soil que les angles saillants fussent abattus après coup?

Suivant Hérodote, Chéphren, frère de Chéops, qui régnait en 1172, avant Jésus- Chrisl, fut l'auteur de la deuxième pyramide ; celle-ci a cent trenle-cinq mètres d'élévation ; son parement lisse et poli existe encore dans le quart supérieur;

elle a de plus conservé sa sommilé , tandis que la grande pyramide a été tronquée de huit mètres.

La troisième pyramide, haute d'environ cinquante-trois mètres, était revêtue de granit oriental ou pierre d'Ethiopie rouge foncé, môle de parties noires. Il existe plusieurs versions sur les auteurs de celle-ci.

Diodore de Sicile l'attribue à Mycérinus, Gis deChéops. «Son nom, dit-il, est écrit sur la face quiregardeleseptenlrion, »ctccqui confirme cette opinion, c'est la découverte que l'on a faite, dans l'une des salles de cette pyramide, d'un fragment qui a dû faire partie du cercueil en bois de sycomore qui y était renfermé. Sur ce fragment se trouve un cartouche hiéroglyphique dont l'interprétation a fourni le nom de Menkaré le Mycérinus des auteurs grecs. Les Grecs attribuaient cette pyramide à la courtisane Rhodope, esclave d'Iadmon, de l'île de Samos, et compagne d'esclavage d'Esope, le fabuliste. Rhodope vint en Egypte où elle fut conduite par Xantus-le-Samien. Devenue

libre, sa beauté lui valut de grandes richesses. Mais celle opinion est sans fondement ; Rhodope vivait sous le règne d'Amasis, un grand nombre d'années après les rois qui ont fait élever les Pyramides.

Selon le môme historien , on rapportait encore que celle pyramide avait été construite par la fille de Chéops, qui avait exigé que chacun de ceux avec qui elle avait eu commerce lui fil don d'une pierre, pour élre employée dans cet ouvrage, et qu'elle le fit élever avec ces pierres, prodige non moins grand que celui qui est attribué à Rhodope.

Telle fut l'opinion des Grecs et des Egyptiens sur l'origine de la troisième pyramide. On voit encore à celle-ci une partie de son revêtement de granit. Un grand nombre de blocs qui en proviennentest entassé au pied du monument. Quelques-uns de ces blocs ont trois mètres de longueur sur deux mètres de largeur et un mèlre trente centimètres d'épaisseur. Une de leurs faces est inclinée suivant la pente de la pyramide. La

face opposée, qui pénétrait dans le massif du monument, est verticale ; et les faces supérieure et inférieure étaient horizontales, avec celte particularité que ces deux dernières faces, sur une longueur d'environ vingt centimètres, se retournent d'équerre à la pente de la pyramide, de sorte que chacune de ces assises ne se terminait point à son lit inférieur par un angle aigu et fragile, mais par un angle droit ; il en résultait a chaque bloc un évidement considérable, et, dans une matière aussi résistante que le granit, c'était un immense travail. Enfin, l'inspection de cette pyramide fournit la preuve que les assises inclinées du revêtement étaient placées en même temps que s'élevait le corps de la pyramide, puisqu'elles sont en prise dans le massif lui-même. Ces blocs de granit ont été arrachés du monument, pour être employés à l'ornement du Kaire, et auparavant à celui d'Alexandrie.

Un vaste monument précède la troisième pyramide, du côté de l'est ; c'est un parai-

lélogramme de cinquante-trois mètres quatre-vingts centimètres sur cinquante-six mètres vingt centimètres , dont les murs ont quatre mètres vingt centimètres d'épaisseur ; il est précédé lui-môme d'une chaussée formée de matériaux d'un grand volume ; celte chaussée paraît avoir été construite pour le transport du granit qui revêt ce monument.

Bien d'autres pyramides , en partie détruites, jonchent de leurs ruines le sol d'alenlour , mais elles s'effacent devant les trois grands monuments, sur lesquels s'attachent surtout les regards du voyageur et qui absorbent toutes ses pensées.

L'on a beaucoup disserté sur la destination des pyramides ; quelques auteurs ont combattu l'opinion généralement reçue que ces monuments étaient des tombeaux, ce qui n'était point contesté au temps d'Hérodote, de Diodore et de Slrabon ; et, de ce que leurs faces sont orientées, on en a conclu que ce sont des monuments astronomiques ; on a môme voulu que leur sommité

ait servi d'observatoire, opinion invraisemblable ; car, sans parler de l'inutilité de s'élever à cent quarante- quatre mètres pour observer les astres, au milieu d'un horizon dont aucun obstacle ne borne la vue, par quel moyen s'élever le long de ces surfaces lisses et rapides ? Les côtés de ces pyramides sont, il est vrai, dirigés vers les quatre points cardinaux ; ils peuvent ainsi fournir le moyen de reconnaître si l'axe de la terre est dans une position constante ; mais quelque précieux que cela puisse être pour la science, ce but seul eût-il été proportionné à la grandeur de l'ouvrage, et, dans ce cas même, pourquoi élever plusieurs pyramides dans le même lieu, lorsqu'une seule eût suffi.

Un auteur, dans un nouvel écrit, n'a vu dans ces monuments qu'une barrière que les Egyptiens auraient opposée aux sables du désert, pour en défendre la vallée du Nil. Il croit voir la justification de son système dans l'emplacement qu'occupent les pyramides, a l'ouverture des vallées de

la chaîne libyquc, dans leur forme, leur nombre, leurs positions respectives et dans leurs grandeurs si différentes enirelles. Enfin il explique tout d'une manière aussi détaillée, aussi affirmative que s'il était entré dans le conseil des prêtres auxquels il attribue ces monuments. Nous sommes loin de partager son sentiment.

Pour opposer une barrière aux sables du désert, que des vents impétueux élèvent à de grandes hauteurs, quel obstacle si efficace pouvaient présenter des monuments isolés par de grands intervalles et leurs sommets aigus, et par quelle raison leur donner une épaisseur égale à la face sous laquelle ils devaient se présenter. Des moyens bien plus naturels, et les seuls que les Egyptiens aient pratiqués, sont, comme cet auteur le rapporte lui-même, les digues, les murailles dans certaines localités, des bois d'accacias et d'autres arbrisseaux le long des canaux. Mais le Nil, par ses inondations, défend lui-même le sol de la vallée, en recouvrant d'un limon fertile les

sables qui se sont trop approchés de ses rives.

Tout nous montre, au contraire, des tombeaux dans ces pyramides ; c'est le témoignage qu'en ont rendu les historiens ; elles ne sont que la reproduction en pierre, et sur une immense échelle, des tombeaux en terre d'une forme semblable, et si naturelle d'ailleurs, qu'elle se retrouve chez des peuples auxquels l'Egypte était inconnue. Lorsque les kalifes ouvrirent les pyramides , ils y trouvèrent des sarcophage*, des momies d'hommes et même d'animaux; quelle preuve faut-il de plus de leur destination funéraire !

Au sud de la grande pyramide apparaît audessus des sables la tôle du Sphinx ; sa forme est celle d'un lion assis à tête humaine. Les sables qui s'élèvent jusqu'au niveau de la croupe ont été fouillés h la partie antérieure, pour reconnaître la hauteur de ce colosse. Elle est de vingt-quatre mètres depuis le sol sur lequel les pieds reposent jusqu'au dessus de la léte; celle-ci, depuis

le menton jusqu'au sommet, a huit mètres cinquante-cinq centimètres de hauteur ; c'est la plus grande figure d'homme ou d'animal que les Egyptiens aient sculptée. Ce Sphinx a été taillé dans le rocher qui fut aplani pour former l'assiette des pyramides. Les couches de la pierre forment des sillons horizontaux sur la face et sur la coiffure. On croit distinguer encore la couleur cuivrée dont il avait été peint.

Peut-on s'étonner en voyant les Egyptiens se jouer d'un accident du rocher et en former une figure d'une monstrueuse grandeur, qu'ils aient élevé ces hautes pyramides, dont le but était d'une bien plus grande importance?

Le type de la tête du Sphinx, dont le nez est la seule partie qui soil ruinée, est celui que l'on remarque dans toutes les statues égyptiennes, el les proportions sur cette immense échelle y sont fidèlement observées.

Nous passâmes la nuit daus un de ces

tombeaux, où nous avions èlù reçus par l'Arabe, et, le lendemain, remonlanl au sud, nous nous dirigeâmes vers Memphis.

PYRAMIDES DE GYZEH ou DE HEMPIIIS.

Le 9 décembre, nous nous mîmes en marche pour les Pyramides, munis de nos montures habituelles, de leurs conducteurs et d'un drogman nommé Osman ; c'était un Arabe de Karnac, dans la Haute-Egypte; il avait du zèle et était, comme les Arabes en général, doué de beaucoup d'intelligence. Il avait servi en qualité de domestique un Français dont le nom est connu dans les

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Hérodote, une vapeur salée qui ronge môme les pyramides. »

Nous arrivâmes aux pyramides et aux hypogées de Saqqârah.

La plus grande de ces pyramides a cent trois mètres de hauteur. Son talus est formé par cinq retraites successives de trois mètres qui en font une pyramide à degrés. Ainsi , la construction de celle pyramide se compose d'un noyau pyramidal à faces lisses, contre lesquelles on a appliqué une première enveloppe de trois mètres d'épaisseur, qui s'élève jusqu'auprès du sommet du noyau ; contre cette première enveloppe en a été appliquée une deuxième semblable, s'élevanl à une hauteur moindre que la première et ainsi de suite jusqu'à la cinquième.

Ces diverses enveloppes sont assez bien conservées, excepté la première qui est détruite en partie ; ce qui nous a permis d'étudier le détail de leur construction. Les blocs qui composent ces enveloppes ne sont point posés horizontalement, mais perpen-

diculairemcnt à la penle de la pyramide ; les assises onl généralement quarante et cinquante centimètres de hauteur, sur des longueurs qui varient de soixante-dix centimètres à un mètre. Chacune de ces enveloppes est paremenlôe sur les deux faces, ce qui les rend indépendantes les unes des autres ; ainsi elles onl été appliquées successivement et non placées simultanément.

Gomme les pyramides de Gyzeh, celles de Saqqârah ont été construites sur le rocher aplani, et la pierre qu'on en a tirée a été employée à leur construction.

On remarque , sur la face au sud , l'ouverture qui donnait eutrée dans son intérieur, où trois salles furent découvertes.

Celle pyramide fixa surtout notre attention. A une aussi faible distance de celles de Gyzeh, pourquoi un système de construction si différent? lequel a précédé?

La construction de la pyramide de Saccarah nous a paru moins parfaite; elle

n'esl pas de nature à résister aussi longtemps, soit aux efforts du temps, soit ù ceux des hommes ; car on pourrait enlever aisément chacun de ces blocs qui ne sont point liés avec le corps du monument.

Tout auprès sont des monceaux de briques dont avaient été formées d'autres pyramides.

Au milieu de la plaine sablonneuse, le sol a été creusé dans le rocher pour y pratiquer des tombeaux. Nous entrâmes en rampant dans un de ces hypogées ; il se compose de trois nefs séparées enlr'elles par deux rangs de piliers carrés, au nombre de trois de chaque côté. Dans le fond, et en face de la nef du milieu, est une petite cellule ou niche rectangulaire, tant en plan qu'en élévation. Le plafond de ces nefs a été taillé horizontalement, et les piliers ont été réservés dans la masse. Les parois du rocher sont revêtues d'une mince couche de stuc, sur lequel sont des peintures hiéroglyphiques d'un beau dessin, et qui ont conservé la vivacité de leurs couleurs.

Los personnages principaux on?, suivant l'usage égyptien, une staiure plus grande que les autres ligures.

Chaque pilier, sur ses deux faces principales, celles qui sont dans le sens longitudinal de l'hypogée, est orné d'une bande étroite et montante d'hiéroglyphes coloriés.

Au sortir de cet hypogée, nous descendîmes, par une profonde excavation, dans un second hypogée, beaucoup plus considérable que le précédent, connu sous le nom deçà lacombes colorées.

On entre d'abord dans une salle à trois nefs, séparées entr'elles par deux rangs de piliers carrés. La nef du milieu a l'aspect d'une voûte a plein cintre. Les deux nefs latérales sont couvertes par des plafonds horizontaux. De celle salle, on passe dans une seconde, voûtée comme la première ; on la traverse, dans le sens de sa largeur, pour arriver à une troisième salle voûtée, en portion de cercle seulement. Les parois verticales et celles des voûtes de toutes ces salles sont couvertes d'hiéroglyphes peints

et quelquefois sculptés, d'un beau dessin.

Nous ne fûmes point surpris de trouver ici la forme de voûte ; nous savions qu'elle n'était point sans exemple en Egypte, dans les monuments taillés dans le roc, mais notre étonnement fut de voir que toutes les surfaces planes ou cintrées avaient été revêtues d'un placage en pierre de sept centimètres d'épaisseur, adhérant au rocher, au moyen d'un mortier composé de chaux et de briques pilées. Malgré la couleur qui recouvre ce placage, on peut en distinguer les joints horizontaux et verticaux.

En m'élevant sur les épaules de nos Arabes, je pus réassurer que les joints des voussoirs tendaient au centre de la courbure, ce qui constitue la connaissance de l'art de construire des voûtes au moyen de blocs appareillés.

Dans le développement de la voûte demi-circulaire de la première nef, il y a neuf voussoirs égaux entr'eux, de quarantedeux centimètres de largeur. L'appareil des murs est régulier; les joints verticaux ré-

pondent directement au milieu de l'assise supérieure et inférieure.

La pierre du rocher est calcaire ; sa couleur est légèrement grisâtre, et sa dureté est à peu près celle de la pierre deTournus.

La pierre, dont le placage a été formé, est également calcaire ; elle paraît être un peu plu« tendre que celle du rocher, et sa couleur est plus blanche. Plusieurs assises de ce placage avaient été arrachées et enlevées. Il est déplorable que le désir de posséder quelques fragments soit aussi funeste à des monuments précieux pour l'histoire et pour l'art. Un sol qui recèle des antiquités devient bientôt un champ exploité par des voyageurs , moins animés de respect pour elles, que de zèle pour enrichir leur cabinet, et tout l'intérêt que ces monuments devraient leur inspirer ne peut les défendre contre leurs coupables spoliations.

On a refusé aux Egyptiens la connaissance de l'art de construire les voûtes. On en a fait honneur aux Romains; celles que

nous avions sous les yeux sont-elles de l'époque de la domination romaine? lui sontelles antérieures?

Ici était la nécropole de Memphis, dont le nom n'est pas moins célèbre que celui de Thèbes, à qui elle avait succédé, lorsque celle capitale, trop reculée, cessa d'être le siège des Pharaons. Memphis, fondée vers l'an 29G5 avant Jésus-Christ, par Menés, premier roi d'Egypte, qui avait vu s'élever dans son enceinte de magnifiques monumenls, fut ravagée par Cambyse dans le sixième siècle avanl Jésus-Chrisl, et ses débris servirent à orner la nouvelle capitale fondée par Alexandre, plus de trois siècles avant la conquête de FEgypIe par les Romains. Cel hypogée est donc antérieur ù leur dominalion.

De retour au Kaire, nous fîmes part de nos observations à M. ie marquis de Valette, consul général de France en Egypte, il voulut bien se charger de consulter pour nous, sur cette question d'archéologie, M. Lepsius, chef de la mission scientifique

prussienne en Egypte, et qui se trouvait alors dans la Thébaïde.

Quelque temps après notre retour en France, nous reçûmes de M. Lepsius, tant sur l'hypogée voûte que sur la pyramide à degrés, la note qui suit :

« L'hypogée de Saqq<1rah en question « est du temps de Psamélique Ier, qui ré- « gnait au VIIe siècle, avant noire ère. « Des voûtes en pierres composées de dalles « assez minces, comme on les voit dans « l'hypogée mentionné, ne sont pas rares « dans celle môme époque, il y en a quatre « ou cinq à Gyzeh, et il s'en trouve en « plusieurs autres endroits de l'Egypte , i' mais jamais avant cette époque, dans « laquelle on commençait aussi a Rome à « construire des voûles.

« Avant le temps de Psamélique , on « trouve quelquefois des voûtes en pierre, « par exemple à Abydos, du temps de la « XVIIIe dynastie de Menelhon ; mais alors « elles ne sont pas construites d'après le « véritable principe de l'arc, elles sont for-

« mées par des couches horizontales, com-

« me les voûles anciennes de l'Asie mi-

« neure, de la Grèce et de l'Italie.

« Les voûtes en briques, au contraire,

« construites parfaitement comme aujour-

« d'hui, se trouvent en Egypte depuis la

a plus haute antiquité en de nombreux

« exemples.

« L'emploi du revêtement eu pierres

« taillées de l'hypogée de Saqqârah parait

a être motivé seulement par la nature du

« rocher qui n'était pas partout de lamê-

« me qualité et de la môme solidité.

« La pyramide en degrés de Saqqârah

« est d'une construction irrégulière. Le

« noyau en était une construction oblon-

« gue, pareille au Mouslabat-el-Faiaoum ;

« ce tombeau primitif dont on voit encore

« les côtés lisses et polis au milieu de la

« bâtisse de la pyramide actuelle, là où

« elle est en partie détruite, a été entouré

« après coup d'un manteau en forme py-

« ramidale construit en degrés, et ce pre-

« mier manteau a été recouvert par un

« second manteau pour agrandir la pyra- « mide.

« Celte manière de construire les py- « ramides en degrés, et de commencer par « un petit noyau que l'on agrandissait tou- « jours par des manteaux nouveaux qu'on « adossait tout simplement aux murs du « noyau ou du dernier manteau, était « générale pour toutes les pyramides, à « l'exception de quelques-unes de moindre « volumeel d'un temps postérieur aux plus a grandes de Gyzeh.

« Les pyramides de Saqq.lrah sont toutes « postérieures à celles de Gyzeh, mais les « pyramides de Dahchour sont les plus « anciennes de toutes. »

D'après les explications claires, précises, données par ce savant, l'art de construire des voûtes en pierre était connu des Egyptiens, à l'époque où l'on commençait aussi h Rome 5 construire des voûtes, c'est-adire au VIIe siècle avant notre ère, mais non pas antérieurement. Quant aux voûtes en briques, elles leur sont de beaucoup

antérieures. Enfin, on en a trouvé des traces incontestables dans les ruines de Babylone.

Si les voûtes n'ont pas été employées par les Egyptiens dans leurs temples, dans leurs palais, c'est que, sans doute, leur structure en colonnes et en longues plate-bandes était plus conforme au génie de ce peuple qui se plaisait à étonner l'imagination par l'aspect de ces monolithes immenses, qu'il transportail de lieux éloignés et qu'il élevait à de grandes hauteurs par des moyens dont la puissance consistait peut-être plus dans le nombre des bras que dans d'ingénieuses inventions , destinées à les suppléer.

Quant à la pyramide de Saqqarah, elle n'est point homogène dans sa construction, ayant eu pour origine un monument plus ancien ; on ne peut donc en tirer aucune induction sur l'étal de l'art de bûlir à l'époque de son agrandissement.

Nous prîmes notre gîte au village de Saqqarah, dans la maison d'un Arabe. Le rez-

de-chaussée, espèce de souterrain, ne recevait qu'une faible lumière par un larmier ; là, couchés sur le sol, roules dans nos couvertures, nous passâmes la nuit sous la sauve-garde de notre interprète et de nos conducteurs.

Le lendemain, après avoir déjeuné dans ce triste réduit, nous nous mîmes en marche. Nous nous arrêtâmes à Abouloom, riant village, situé dans une forêt de palmiers et dont les maisons avaient leurs enceintes closes par des roseaux liés en forme de palissades.

Le palmier est évidemment l'arbre de l'Egypte, comme le pin parasol est l'arbre caractéristique des sites de l'Italie. Le tronc nu, élevé, de ces arbres permet à la vue de s'étendre, et leur tôle se marie aux fabriques qu'elles couronnent.

Dans ce lieu est une mare limpide au milieu de laquelle on voit un colosse que les habitants appellent Sèsoslris, et que nous reconnûmes pour être une de ces figures que Ton plaçait devant les temples.

Ne serait-ce point une des quatre figures représentant les fils de Sésostris , que ce roi (ït placer devant ie temple de Vulcain, à Memphis, et qui, au rapport d'Hérodote, avaient chacune vingt coudées de hauteur qui reviennent à la mesure de dix mètres, que nous avons trouvée à celle statue?

Tout auprès de ce colosse, au milieu d'un pré entouré d'eau, est un chapiteau à tête d'Isïs, 5 quatre faces, en pierre blanche. Le fût de la colonne est enfoncé dans le soi. C'est a ces faibles restes que l'on reconnaît Memphis , sur l'emplacement de la quelle nous étions alors. Ce qui n'a pas été enlevé pour l'ornement d'Alexandrie, et, après elle, pour les villes de Fostat et du Kaire, a péri par le feu pour être converti en chaux.

En cheminant au travers des palmiers auxquels étaient suspendues de longues grappes de fruits, et le long des ruisseaux creusés pour les irrigations, nous arrivâmes h Gyzch ; de là, traversant le Nil. nous rentrâmes au Kaire.

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