‹ Voyage en Grèce et dans le LevantChapitre 5 sur 6 · HYPOGÉES. — PYRAMIDES DE SAQQAIUH · texte numérisé non relu

HYPOGÉES. — PYRAMIDES DE SAQQAIUH

Dans ce trajet, nous aperçûmes la verdure de quelques plantes ; c'était des liges d'oignons d'une Irès-pelile espèce et qui trouvent dans le sable leur unique aliment ; leur saveur est sucrée, et leur chair irès-aqueuse est rafraîchissante.

Le sol que nous parcourions était recou- ^erl d'une efïlorescence saline Irès-forle au goût, «Il sort du sol de l'Egypte, dit

vent qui venait a les agiter. Aucune pitié pour eux ne se peignait sur les visages, et leur maître ne semblait occupé que du lucre qui pourrait lui revenir de ce trafic barbare.

Nous eûmes, au Kaire, l'occasion de voir M. Msara, ancien drogman arabe, attaché au Consulat de France, et de l'entretenir des lieux que nous venions de parcourir. Il possédait des antiques, au nombre desquels se trouvaienl deux dalles couvertes d'hiéroglyphes, enlevées depuis peu de temps au revêtement de la voûte de l'hypogée de Saccarah ; nous lui témoignâmes le désir de les acquérir; il nous les remit pour un prix modique, et nous les fîmes encaisser pour les conduire en France. Il était précieux pour nous d'emporter ce témoignage de l'exactitude de nos observations. Qu'on nous permette ici de nous disculper, si quelqu'un nous accusait d'avoir fait nous-mêmes ce que nous avons reproché a d'autres voyageurs. Nous professons un respect religieux pour tous les monu-

ments qui tiennent encore au sol , quelque minés qu'ils puissent être ; mais notre scrupule ne saurait s'étendre jusqu'à des fragments déplacés et perdus désormais pour les monuments auxquels ils ont appartenu. Ces deux fragments ont été offerts par nous à la ville de Lyon ; ils sont maintenant déposés dans la galerie des antiques où ils peuvent être consultés. M. Msara nous dit que cet hypogée avait été visité par M. Champolion, et que, selon ce savant, c'était le tombeau de Ménophré dédié à Sésostris. Ainsi coïncident les opinions de MM. Champolion et Lepsius sur la haule antiquité de ce monument.

Au nord-est du Kaire, à la distance d'une heure de marche, est le village de Malaryeh; nous y allâmes visiter deux objets de vénération pour les chrétiens ; c'est un sycomore, nommé l'arbre de Marie, sous lequel se reposa la sainte famille lorsqu'elle fuyait en Egypte, et un puits où elle se désaltéra. Sur l'écorce des branches de cet arbre et sur les rugosités de son énorme tronc, sont

gravés quelques monogrammes du Christ ; on y lit aussi les noms de ses pieux visiteurs qui ne manquent jamais d'en emporter quelques feuilles. Les musulmans respectent aussi ce lieu, parce qu'ils croient à cette tradition, et qu'ils regardent Jésus comme un prophète du vrai Dieu.

A un quart de lieue, était Héliopolis qui fut la capitale de l'Egypte sous les premiers Pharaons. Ses édifices ont été détruits; la ville de Quelyoub, située à deux lieues et demie, au nord de Mataryeh , a été b,1tie avec les matériaux d'Héliopolis. Un seul monument s'y voit encore debout, c'est un obélisque en granit rouge, de vingt mètres vingt sept centimètres de hauteur; il servait, avec celui qu'Auguste fit transporter à Rome , et qui est maintenant sur la place du Peuple, à orner l'entrée du temple du Soleil. Au dire des Egyptiens, c'est à ce temple, que le phénix, prenant son vol de l'orient, venait mourir sur un bûcher de myrrhe el d'encens, fable qui se rattache à la marche du soleil qui, après une longue période,

devait se concilier avec le calcul des temps.

On a souvent agité la question de savoir quel était le but el la signification des obélisques ; suivant Pline, l'obélisque était un emblème des rayons du soleil, et son nom avait celte signification dans la langue égyptienne. Ainsi, il avait un sens religieux, tout en servant, selon Tacite, à conserver la mémoire des événements historiques.

Héliopolis était la troisième ville de l'Egypte, en grandeur el en célébrité. Sa population était de deux cent mille habitants, et, d'après la position des ruines qui se voient encore, son étendue pouvait être comparée à celle du Kaire. Son nom était On, qui dans la langue égyptienne signifiait soleil, et le nom d'Héliopolis,. ou ville du soleil, lui fut donnée par les soixante-dix rabbins qui traduisirent en Grec le texte hébreux de la Bible.

C'est à Héliopolis, dans le collège des prêtres, qu'Eudore, Platon, Hérodote vinrent étudier l'astronomie, la philosophie et l'histoire.

Les habitants d'Héliopolis passaient pour les plus habiles de tous les Egyptiens, Hérodote rapporte qu'il s'y rendit pour voir si leurs discours s'accorderaient avec ceux des prêtres de Memphis auprès desquels il avait séjourné.

Enfin, on apprend par le LXI6 chapitre de la Genèse, que Joseph, fils de Jacob, avait épousé Àzenelh, lille de Putiphar, prêtre du Soleil à Héliopolis. Ce patriarche était ministre du quatrième Pharaon de la dynastie des pasteurs.

Ce lieu est demeuré célèbre dans nos fastes, par la victoire que remportèrent neuf mille Français, commandés par Kléber, sur quatre-vingt mille Mameloucks. Les Egyptiens ont gardé In mémoire de ces hauts faits, ainsi que du combat des Pyramides ; et malgré les temps écoulés, le nom de Napoléon est souvent dans leur bouche ; il exerce son empire sur leur imagination et leur en impose encore.

Nos fonctions à l'École des Heaux-Arls nous rappelaient en France; il nous fallut

^oiiiicr au retour ; nous nous embarquâmes de nouveau sur le Nil, où pendant quelques instants, nous eûmes une pluie abondante. Arrivés a Alexandrie, nous éprouvâmes bien des difficultés de la part des employés de la douane, pour obtenir la sortie de nos deux fragments antiques, difficultés que, malgré les ordres du vice-roi, on surmonte toujours avec de l'argent ; mais, plus nous nous mollirions empressés d'en finir, en payant avec largesse, plus les employés se montraient exigeants et apportaient de retard à notre sortie. Enfin, nous montâmes de nouveau à bord du Scamandre. Pendant la nuit et le jour qui suivirent notre départ/nous demeurâmes en vue de l'île de Crète, battus par les vents contraires. Le vaisseau était fatigué à la fois par ie roulis et par le langage, les lames d'eau franchissaient le pont ; tout ce qui était sur le tillac fut renversé, la chaîne de l'ancre, la forge, tous les agrès roulaient avec un horrible fracas ; des coups de mer frappaient les lianes du vaisseau et semblaient

vouloir l'enlr'ouvrir, les pièces de la charpente criaient dans leurs assemblages, et la voile du grand mât fut déchirée. Que peuvent faire les matelots dans ces désastres ! loule manœuvre est impossible , ils soni réduits à tenir la barre du gouvernail et à avoir les regards constamment fixés sur la mer, afin d'éviter les écueils où le vaisseau pourrait être jeté. Nous passâmes ainsi au travers des Cyclades, puis, étant entrés dans la rade toujours houleuse de Syra, nous fûmes déposés au Lazaret, où nous employâmes notre temps de réclusion à mettre en ordre nos notes et nos dessins.

Au milieu de la cour est un autel circulaire, son fût est orné de quatre guirlandes de fleurs et de fruits, suspendues aux cornes de lôtes de taureaux : il est en marbre de Paros et a été apporté de l'île de Délos ; ce monument, remarquable par la beauté de sa sculpture, ne pouvait s'offrir à nous dans des circonstances plus favorables ; nous en fîmes les dessins.

Nous quittâmes le Lazaret le 29 décem-

bre, el nous attendîmes dans la ville le bâtiment qui devait nous porter au Pirée. La ville de Syra se divise en deux parties, qui forment en quelque sorte deux villes : l'une construite, le long du port, sur la plage qui n'était jadis occupée que par des maisons de pôcbeurs, se nomme Hermopolis de Syra ; c'est la ville basse qu'habitent les étrangers, les commerçants el tous ceux qui ont avec eux des relations habituelles ; elle est régulièrement bâtie, et percée de rues larges el commodes ; là, se trouve la maison du chancelier du consulat de notre nation, M. de Gizy, h qui nous sommes redevables du soin qu'il a bien voulu prendre de faire parvenir en France nos deux fragments égyptiens.

La cathédrale, du rite grec, s'élève au milieu d'un parvis où nous remarquâmes un piédestal circulaire, dont la face supérieure a été creusée pour en former des fontsbaptismaux. Sur le fûl est une inscription grecque dont voici la traduction :

« Le peuple honore l'empereur César,

Trajan, Hadrien, Auguste, (ils du Dieu Trajan le par Inique, petit-fils du Dieu Nerva , grand pontife , très-bon, consul pour la troisième lois en vertu de la puissance tribunitienne. »

La ville haute forme la seconde partie ; c'est l'ancienne Syros, patrie de Phérécide, maître de Pylhagore. Elle est construite en amphithéâtre sur un mont très-penlif, ayant la forme d'un cône entièrement isolé. Klle est impraticable aux voitures; les hommes et les animaux n'en gravissent qu'avec peine les rues tortueuses et couvertes d'immondices. Les toitures des maisons inférieures servent de terrasses aux passants dans les rues supérieures. A sa sommité est la cathédrale catholique qui est le siège d'un ôvéque et d'un c'oadjuteur. Au-dessous est l'église de Saint-Jean des Français; du parvis de celte église la vue s'étend sur le golfeel sur les îles de Ténos, de Délos et deMicone.

L'eau dont s'abreuvent les habitants de ce quartier est prise h une source abondante,

•in

éloignée d'un quart de lieue. Les femmes, les jeunes filles vont y puiser. Le chemin étroit et difficile qui y conduit est pratiqué sur les flancs d'un rocher qui domine un profond ravin. L'afïluenceesl grande à celle fontaine, et plus d'un vase de terre y est chaque jour brisé dans la lutte que ces femmes se livrent entre elles pour les remplir.

Nous partîmes de Syra sur un vaisseau autrichien, et, après une nuit de navigation, nous entrâmes au Pirée d'où, pour la deuxième fois, nous saluâmes le temple de Minerve.

Nou» prîmes une des voilures qui ne manquent jamais de se rendre au port, à l'arrivée d'un vaisseau; avec quel bonheur nous nous sentions emportés vers Athènes, vers celle ville la première entre toutes celles de la Grèce, par le nombre et la perfection de ses monuments antiques, comme la première par ses grands souvenirs.

Nous vîmes lever h Athènes le soleil de 1844, cl nous y demeurâmes jusqu'au 6 janvier. Pendant ces trop courtes journées,

que de visites n'avons-nous point faites a ces précieux restes de l'antiquité ; occupés sans relâche à compléter notre recueil, eî toutefois le cœur oppressé par celle pénible pensée de les quitter bientôt et pour toujours. Si des ruines vous attachent si fortement à celte ville qui n'est plus qu'une ombre, qu'étail-ce donc qu'Athènes aux jours de la splendeur de ses monuments, lorsqu'ils brillaient de tout l'éclat que leur donnaient ensemble la pureté des formes, f élégance et la poésie de leur décoration, sorte d'accords harmonieux que l'on croit entendre et qui laissent l'esprit sous l'empire d'un charme indéfinissable, dont aucun autre peuple n'a, comme les Grecs, possédé les secrels, dont les seuls Egyptiens peut-être eussent été capables, si une religion moins mystérieuse et moins sombre , si une théocratie moins absolue, et un climat plus tempéré leur eussent fourni de plus douces inspirations.

L'heure du départ était sonnée, il nous fallut partir; à sept heures du soir, nous

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réprimes la loute du Pirée. Nous passâmes la nuil dans le port, sur un navire autrichien qui, le lendemain, nous transporta ;i Kalamaki, situé au fond du golfe sarronique. Un vaisseau venant de Trieste devait nous prendre de l'autre côté de l'isthme ; nous nous embarquâmes donc sur le golfe de Corinlhe, au port de Loutraki, village composé de quelques maisons, où l'on voit une petite église grecque, d'un effet pittoresque et des sources chaudes et abondantes, qui, à leur sortie de la base du rocher, se jettent aussitôt dans la mer. Nous passâmes successivement en vue du golfe de Crissa dominé par le versant méridional du Parnasse, des rivages élevés de l'Achaïe dont les sommets étaient couverts de neige, de Volliza bâli sur un plateau qui domine la mer, et dont les habitations, entrecoupées de jardins, se prolongent le long du rivage et donnent à cette ville un riant aspect. Bientôt nous atteignîmes les châteaux île Morée et de Roumeli qui, placés à l'opposile l'un de l'autre, s'avancent dans le

golfe et en resserrent l'entrée ; puis la ville de Lépanle, l'ancienne Naupacte, où les Doriens construisirent leurs vaisseaux pour passer dans le Péloponése d'où le lieu prit ienom de Naupacle. Enfin, nous arrivâmes i'i Palras, et, seuls des passagers, M. JRey et moi, nous débarquâmes dans celte ville le 9 janvier.

Palras, selon les historiens, remonterait aux temps fabuleux. Eumelus, son fondateur, ù qui Triplolème, instruit par Gérés, avait appris à semer le blé, lui donna pour cela le nom d'Aroé. Elle fut agrandie et entourée de murailles par Patreùs, qui lui donna son nom.

L'antique Palrœ était bâlic sur la pente du mont que couronne la citadelle. On remarque vers sa base un grand mur revêtu de briques, autrefois battu par la mer qui, en se retirant, a fait place a de vastes jardins. On retrouve encore quelques restes d'un théâtre. Ce monument situé au sudouest de la citadelle, avait échappé aux recherches de Spon et de la Commission

scientifique en Morée. Ses ruines étaient enfermées dans des habitations renversées aujourd'hui par l'effet des dernières guerres. Ce théâtre, construit en blocage revêtu de briques, est l'un des plus petits que nous ayons \us. Sa largeur est de cinquante mètres. Il ne reste qu'une partie du mur demi-circulaire, auquel les gradins étaient adossés; le mur de la scène qui était décoré de niches, et l'arrière-mur des salles, percé d'arcades. Quoique l'hémicycle ne fut point adossé à la montagne, on n'y avait cependant pratiqué aucune ouverture. On entrait sans doute latéralement à la jonction du demicercle avec le pulpitum, à l'instar du théâtre de la Villa Hadrienne, auquel celui de Patras peut être comparé, tant pour la grandeur que pour la disposition.

Non loin du théâtre, sur le bord d'un ruisseau, sont les restes d'une construction en briques, formant trois chambres que nous pensons avoir appartenu à des bains ; c'est la plus parfaite des constructions en briques que nous ayons vues. La planimé-

MÊËÊÊËU

Irie des surfaces, le lustre de la vitrification des matières, la Gnesse des joints, leur régularité et la rectitude des angles donnent à ce travail un mérite égal à celui des ouvrages faits avec les matières les plus précieuses.

Sur l'emplacement du temple de Cérès a été bâtie l'église Saint-André. C'est le lieu où cet apôtre souffrit le martyre, après avoir prêché l'Évangile aux Palréens. On y voit une espèce de frise en marbre qui est, dit-on, un reste de son tombeau.

Auprès de celte église est la fontaine dont les eaux, au temps de Pausanias, avaient une vertu prophétique : on la consultait pour savoir si un malade reviendrait en santé ou s'il mourrait, et aujourd'hui même on tient celle eau comme salutaire contre certaines maladies.

Sur la grande place est un lombeau en marbre dont les faces sont ornées de guirlandes de fruits soutenues par des génies ailés et par des têtes de taureaux. Dans la courbure de chaque guirlande esl une tête de lion.

Quelques fragments antiques se rencontrent épars dans la ville, et l'on peut remarquer surtout un torse nu d'un beau style et d'une grande proportion, encastré dans le mur de la citadelle ; il nous a semblé provenir d'une statue d'empereur. Ce torse est surmonté d'une tête qui lui est étrangère.

A l'orient de la citadelle sont les ruines d'un aqueduc élevé sur de hautes arcades. Il traverse une vallée où coule le fleuve Amilichus, dont les eaux étaient, chaque année, rougies par le sang des victimes humaines que l'on sacrifiait sur ses bords à Diane pour expier la profanation de son temple dans lequel la prêtresse Cometho, jeune fille d'une grande beauté, et Melanippus que leurs parents refusaient d'unir, avaient satisfait leur passion.

Les Patréens ayant été vaincus dans les guerres qu'ils entreprirent contre les Gaulois pour secourir les Eloliens, leurs anciens alliés, se dispersèrent dans la campagne et allèrent habiter les petites villes

des environs , Anthée, Messatis, Boline, Argyre et Arbas. Dans la suite Auguste, à qui Pairuî avait paru un bon mouillage y transporta les habitants de diverses villes, il lui laissa sa liberté et la distingua toujours comme une colonie du peuple romain.

Il ne reste plus aucun vestige des nombreux temples de Patrœ, mentionnés par Pausanias, non plus que de l'Odéon, qu'il dit avoir été le plus riche et le plus beau de ceux de toute la Grèce, après celui qu'Hérode-Allicus lit construire à Athènes.

Palras s'est relevée de ses ruines ; la ville nouvelle s'étend le long de la mer, elle est régulièrement percée par des rues droites et larges; quelques-unes sont bordées do portiques sous lesquels sont rangées les boutiques des marchands.

La rade de Patras est souvent agitée, les vents y viennent* du golfe de Lépanle, et soufflent avec une impétuosité si grande que les navires les plus rapprochés du port en sont violemment tourmentés. C'est le spectacle que nous eûmes pendant tout noire

séjour à Patras. Nous attendions un moment favorablepour passer à l'île d'Ithaque, située à l'extrémité occidentale du golfe; le consul de France, M. Berliny, à qui nous fîmes part de notre projet, nous en dissuadait ; la mer n'était point tranquille, et, dans la saison où nous étions alors, un moment de (Mime pouvait être trompeur et se changer tout-à-coup en quelque orage funeste. Cédant enfin à nos instances, il nous procura un marin expérimenté, qui avait une barque pontée, muniededeux voiles; troisdessienset lui devaient composer l'équipage ; nous convînmes du prix et nous n'attendîmes plus que l'instant du départ. 11 nous sembla venu, !;i mer paraissait plus calme , nous nous embarquâmes le 12 janvier, à midi , et les marins nous souhaitèrent du port un heureux voyage.

MATARYEH, HÉLIOPOLIS , SYRA , LOUTRAKI NAUPACTE, PATRAS.

A notre arrivée près de la place d'Ezbekyeh, nous vîmes le marché des esclaves. Plusieurs jeunes nègres, garçons et filles, étaient rangés le long d'un mur, exposés aux regards de la multitude. Ces infortunés paraissaient insensibles à leur sort ; à peine voilées de quelques lambeaux flottants , toutes les parties de leur corps étaient tour-à-tour mises à découvert au moindre

forment les deux caps de Skrophes et de Kenourio. Messolonghi nous apparaissait encore a six milles de dislance, sur une plage basse, adossée aux montagnes élevées de l'Elolie. On jeta l'ancre, on serra les voiles , un petit cierge fut allumé devant l'image protectrice de la Vierge, et. l'on se livra au repos. Mais le veut continuait à souffler avec violence, les matelots reposaient à demi-éveillés, lorsque toul-àcoup un bruit sourd et continu se fait entendre ; le capitaine prête l'oreille, s'élance sur le pont avec la rapidité du chevreuil, tous en font autant; notre barque chassait sur son ancre, ils se hâtent de lancer tous les agrès qui pouvaient la retenir; un instant plus lard, nous étions jettes dans la haute mer; grâce a cette prompte manœuvre, nous échappâmes à ce danger ; mais il nous fallut demeurer sous le môme vent pendant, toute la journée suivante et une partie de la nuit. Enfin, sur les trois heures du matin, le vent se calma et nous remîmes à la voile. A sept heures nous aperçu-

mesLeucade,Zanlc,Céphalonie, l'ancienne Telèbe, dont les montagnes étaient couvertes de neige, et Ithaque. A onze heures, nous entrâmes dans le port Molo, qui sépare l'île d'Ithaque en deux parties : au sud, est le mont Neïus; au nord, le mont Nérite.

Au sud du port Molo est l'embouchure du port Vathy, au fond duquel est la ville de ce nom, capitale de l'île; c'est là que nous abordâmes. Dans ce moment la pluie tombait avec force ; la modeste cabane des employés de la santé nous servit d'abri, et nous acceptâmes le café qu'ils nous offrirent. Il n'y a point d'hôtellerie à Ithaque ; un jeune Ithacien, nommé Dionisio, nous offrit son toit, hospitalier qu'habitaient aussi sa sœur et sa mère, et nous fournil avec une politesse empressée tout ce qui pouvait nous être nécessaire.

Le voyageur qu'une ardente curiosité conduit dans celte île, n'est préoccupé que d'une seule pensée ; il interroge tout ce qui s'offre à ses regards : les rivages de la mer, les monts, les antres des rochers, partout

il lui semble qu'il va découvrir l'empreinte des pas d'Ulysse. Nous prîmes un guide et nous nous acheminâmes vers la fontaine Aréthuse; il nous fallut suivre des sentiers étroits pratiqués dans le roc, et nous arrivâmes au pied du mont Korax. Là, s'offre aux regards une enceinte élevée de rochers où régnent la fraîcheur et l'ombre, une abondante végétation les recouvre, des arbres y sont suspendus ; dans le fond est un antre qui recèle une eau limpide et glacée, intarissable ; c'est la fontaine Aréthuse. En «'échappant par dessus les bords qui la retiennent, cette eau forme un ruisseau où vont se désaltérer les troupeaux, de chèvres qui paissent à l'entour, tandis que, du haut du Korax, un torrent formé par les eaux du ciel tombe en cascade, se réunit au ruisseau d'Aréthuse et se précipite avec lui, de rochers en rochers, jusque dans le lit qu'ils ont creusé ; puis, ayant suivi une courte plage au travers des blocs arrondis par leur passage, il se jettent ensemble a la mer.

C'est sur ces rochers, c'est autour de cet antre qu'Eumée faisait paître ses porcs ; c'est là qu'il fut aborde par Ulysse qu'il ne put reconnailre sous les haillons dont il était revêtu.

Après avoir fait plusieurs vues de ces lieux où la nature, grande et sauvage, se montre au voyageur entourée du prestige des noms d'Homère et d'Ulysse, nous reprîmes les sentiers qui devaient nous ramener à Valhy.

A l'extrémité du port Molo est un isthme de peu de largeur; du milieu de cet isthme s'élève le mont Aïlo, au sommet duquel on aperçoit les ruines d'une acropole ; â sa base, près d'une petite chapelle, est une source abondante , c'est la fontaine où les habitants de la ville d'Ithaque venaient puiser; elle était renfermée dans une enceinte, ouvrage des trois frères : Ithacus, Nérile et Polyctor. Au-dessus était l'autel des Nymphes, où sacrifiaient tous les voyageurs.

Ce fut là que Mélanthius, qui emmenait

à la ville les chèvres les plus grasses pour la table des prétendants, adressa à Ulysse des paroles outrageantes; c'est de là qu'Ulysse et Eumée, continuant lentement leur route, se dirigèrent vers le palais.

Nous gravîmes ce mont, qui n'est qu'un rocher, et nous parvînmes à une première enceinte de murs cyclopéens, interrompue de dislance en distance par réboulemant des blocs. Un long mur de construction pareille suit la pente méridionale depuis le sommet jusqu'à la base en regard du Neïus, et se termine non loin de la fontaine des Nymphes, du côté du port Molo. Ce mur servait sans doute à renfermer la ville qui devait s'étendre jusque dans l'étroite vallée qui sépare entre eux les monts Néïus et Aïio. Une deuxième enceinte est placée au sommet et entoure le plateau sur lequel était construit le palais d'Ulysse. Ces murs, formés de polygones irréguliers, appartiennent à la première époque cyclopéenne ; les blocs laissent entre eux des interstices plus grands et d'un parallélisme moins par-

fail que dans les ouvrages de la deuxième époque.

La forme de ce plateau est celle d'une ellipse plus large à son extrémité méridionale qu'à celle qui est opposée; sa plus grande longueur est de cinquante -trois mètres, sa largeur est de trente-et-un mètres. Deux citernes s'y voient encore : l'une circulaire, étroite et peu profonde; l'autre, vaste, profonde et irrégulière; elle est tapissée a l'intérieur d'un enduit qui a résisté au temps.

C'est donc ici, me disais-je, qu'habitèrent Ulysse, Pénélope et Télémaque; je m'efforçais de retracer la cour entourée de colonnes, et de marquer la place où était l'autel de Jupiler Herchius ou protecteur des Enclos ; le Tholus où l'on enfermait les objets précieux, et cette salle qui retentissait des bruyants fes.lins des prétendants. Les dépendances étaient peut-être situées dans l'espace inférieur, compris entre la première et la deuxième enceinte; de toute celte royale demeure il ne reste rien;

d'épais arbustes el des ronces couvrent le sol sur lequel on vient en chercher les traces. Mais, après une période de plus de trois mille ans, n'est-ce point assez que de retrouver les murs qui l'entouraient? el que reste-l-il du palais des Atrides, à Mycènes, à Argos? rien que les ouvrages aussi indestructibles que des rochers, et qui pouvaient défier le temps.

Pour parvenir à la sommité du mont Aïlo, il n'y a aucune voie praticable ; il faut escalader les blocs el en suivre péniblement les anfracluosilés. Les maisons devaient y être comme suspendues les unes au-dessus des autres et donner à la ville d'Ithaque un aspect que Cicéron a dépeint en la comparant à un nid sur des rochers. Celle position et cet aspect se retrouvent encore aujourd'hui dans la ville haute de Syra.

Plusieurs voyageurs qui ont visité l'île d'Ilhaque , YOdyssêe à la main , se sont efforcés de retrouver les lieux dont parle Homère et nous en ont fait la description.

Mais ils diffèrent cnlre eux el ne sont pas môme d'accord sur les noms des divers ports et des monts. L'un d'eux, Lechevalier, dans son Voyage de la Troade, fait dans les années 1785 et 1786, dit, en parlant d'Ithaque : « Vous voyez ces deux rochers qui s'avancent dans la mer et qui semblent avoir été arrachés de ces rivages pour former aux vaisseaux un abri contre la (empote, c'est là, qu'est le port consacré au dieu Phorcys , aujourd'hui port Valhy. On trouve dans le voisinage la grotte sacrée où Ulysse offrit tant de fois des victimes aux Naïades, et où, par le conseil de Minerve, il déposa l'or, l'airain cl les vêlements qu'il avait reçus des Phéaciens. Celle chaîne de montagnes couvertes d'oliviers, qui forme l'enceinte du port, est le mont Néritc. Le village qui est situé sur la pente et dont les maisons descendent jusqu'au rivage de la mer, est bâti sur les ruines de l'ancienne capitale du royaume de Laerle, elle porte le nom de Valhy. Vous apercevez un aulre port moins

profond, séparé du port Phorcys par un promontoire ; c'est le Rheilhron, aujourd'hui port Schinosa, qui est ombragé par le mont Née, et où Minerve feint d'avoir laissé son vaisseau loin de la ville d'Ithaque. »

Un auteur allemand, Kruse, a écrit sur Ithaque d'après Gell et Godisson, il diffère, avec Lechevalier, sur les noms des lieux. « Le port Phorcys, dit-il, est sans doute le grand port actuellement nommé port Molo, dans lequel la mer est presque tout-à-fait calme, quand même le canal vers la rive acarnanienne est très agité. Quant au Rheilhron, il ne peut être que celui qui, du grand port Molo actuel, s'étend près de Vathy, au dessous du Néion.

« La grotte des Nymphes se trouve sur la roule de Vathy, après les ruines de la vieille capitale, sur la baie de Dexia, qui a un rivage sablonneux comme le décrit Homère, où fut débarqué Ulysse. » Telles sont leurs désignations diverses.

Quant au palais, l'un et l'aulre auteur

le placent sur leur carie au sommet de l'Alto; mais la vue qu'en donne Lechevalier manque de fidélité. Ce voyageur n'était point descendu à Ithaque, il en avait suivi la côte qui regarde l'Acai nanie et la côte méridionale, en doublant le mont Korax ; il n'a fait que rapporter le récit d'un officier du vaisseau qu'il montait. Nous nous rangeons volontiers à l'avis de l'auteur allemand sur la désignation des lieux, tant pour le port de Phorcys que pour le port Rheithron, situé, suivant Homère, au pied du Neïus, ombragé de forêts, et, en effet, il en est entouré.

La ville d'Ithaque ne pouvait être à l'endroit de la ville actuelle de Valhy, éloignée de trois milles des ruines du palais d'Ulysse ; car, au VIe chant, Ulysse, s'adressant à Eumée cl à ses compagnons, leur dit : « Demain, dès l'aurore, je désire aller mendier

par la ville J'irai dans le palais d'Ulysse

et je porterai de ses nouvelles à la sage Pénélope. » Or le palais el la ville étaient contigus, puisque une porte secrète, située

2l8 VOYAGE EN GRÈCE

près du seuil élevé de la salle superbe, donnait une sortie dans la rue. « 0 mes amis, dit Agelaùs, n'est-il donc aucun de vous qui franchisse la porte secrète pour avertir le peuple, et, qu'aussitôt s'élève une grande clameur? »

Si la ville d'Ithaque eût été située à l'extrémité du port Valhy, avant que l'un des prétendants eût pu avertir le peuple, ils auraient tous été immolés. Enfin, la ville s'étendait jusque dans la vallée que le Néïus domine ; ainsi Télémaque, parlant à Nestor, avait raison de dire : « Nous arrivons de la ville d'Ithaque, située au pied du mont Néïus. »

Lechevalier, dans sa carte de l'île d'Ithaque, place le mont Nérite et le mont Néïus sur la moitié méridionale de l'île, et l'autre moitié plus étendue, plus élevée, ne porte aucune dénomination. Mais la cartede Gell, de 18*27, et la carte générale de la Grèce, de 1838, placent le mont Nérite dans la moitié septentrionale de l'île, et c'est sous ce nom que les Ithaciens le désignent encore.

Le savant (raducleur des œuvres d'Homère, Dngas-Monlbel , dans ses Observations sur V Odyssée , dit : « Vraisemblablement le Néïus était la partie inférieure du Nérilus, l'endroit où l'on attachait les vaisseaux, et c'est de là même que son nom était dérivé. » La vue des lieux n'admet point celle explication qui confond le Nérite et le Néïus ; et ne fait de ce dernier qu'un rivage. Tandis que ce sont deux monts séparés par le port Phorcys, l'un au midi, l'autre au nord; et que l'un et l'autre, selon Homère, étaient ombragés de forêts.

« Près du port de Phorcys, dit Homère, était un antre agréable et profond, retraite sacrée des Nymphes qui sont appelées Naïades. » C'est dans cet antre, qu'Ulysse, par le conseil de Minerve, porte les richesses, l'or, l'airain solide, et les superbes vêlements que lui donnèrent les Phéaciens. Minerve s'est empressée d'y chercher un réduit caché ; Ulysse y dépose ses trésors, puis la Déesse place une pierre devant l'entrée.

Nous cherchâmes celle grotle au lieu indiqué par la carie de Gell; mais nos recherches furent vaines. « Elle est, dit-il, à l'entrée nord de la baie de Dexia, elle a soixante pieds de long sur trente pieds de large, mais elle a perdu son toit, le rocher a été employé à la construction de la ville de Valhy ; maintenant elle est en partie remplie de pierres qui sont tombées. » Cet antre, s'il a jamais exisié dans cel endroit, a donc perdu tout l'aspect qu'il avait au temps d'Homère, et le voyageur passe auprès, sans le reconnaître.

Mais, à peu de distance de la baie de Dexia, il existe une grotte à laquelle les llhaciens donnent le nom d'Aphrodite.

Nos guides nous y conduisirent; après avoir longtemps gravi par des sentiers difficiles, nous arrivâmes à une ouverture naturelle du rocher, de cinquante centimètres de largeur, sur un mètre quatre-vingts centimètres de hauteur ; elle donne entrée à un antre profond. Munis de lampes, nous y pénétrâmes ; sa longueur du nord au sud

esl de vingl mètres, sa largeur est d'environ douze mètres ; sa hauteur, très-inégale, varie de six à douze mètres. Toutes les parois sont couvertes de stalactites; plusieurs d'entre elles descendent en forme de colonnes, depuis la voûte jusque sur le sol. Son extrémité méridionale se relève à une grande hauteur, la lumière des flambeaux peut à peine en percer l'obscurité. Le jeu de la lumière et des ombres produit par ces mille formes diverses, en augmente l'étendue, et donne à ses aspects quelque chose de fantastique qui inquiète, et qui pourtant séduit. Ne serait-ce point là la grotte des Nymphes dont parle Homère , plutôt que celle devenue méconnaissable, que Gell dit exister près de la baie de Dexia? Celle-ci n'était pas plus vaste que la grotte d'Aphrodite, et ses aspects intérieurs ne pouvaient être plus dignes de la mention d'Homère.

Une eau limpide y a coulé ; partout on en voit les traces. L'ouverture par laquelle nous y pénétrâmes était sans doute l'entrée

destinée aux hommes ; elle regarde en effet Borc-e ; l'autre, en face du Nolus, et qui éiail le chemin des dieux, n'a peut-être existé que dans l'imagination du poète. On voit seulement une masse isolée de stalactites qui s'abaisse du haut de la voûte obscure et cache derrière elle un espace mystérieux. Là, sans doute, était Ventrée que les mortels ne franchissent jamais. Enfin, dans cette grotte, il existe des réduits cachés , tels qu'en cherchait Minerve. La Déesse plaça une pierre devant l'entrée. On se rappelle que l'ouverture de la grotte d'Aphrodileaun mètre quatre-vingts centimètres de hauteur, sur cinquaule centimètres de largeur. Celte grandeur donne encore à ce passage du poème tout le mérite de la vraisemblance. Quant à la position de cet antre, on doit entendre par «ni -Afixtoi huevos le sommet du rivage ; ce qui est plus littéral que de Iraduire par l'extrémité du port, et convient mieux a l'action du poème. En effet, d'après la topographie du port de Phorcys, si la grotte

eûl existé à l'extrémité du port elle eût été près de la ville, dans la ville elle-même. En lisant : au sommet du rivage, sa position peut coïncider avec celle de la grotte d'Aphrodite.

Ulysse était encore loin de la ville, et, de là, en suivant le flanc septentrional du mont Néïus, il pouvait se diriger vers le rocher du Corbeau, à la demeure d'Eumée où Minerve lui conseilla de se rendre pour s'informer de tout, avant de se montrer dans son palais aux yeux des prétendants.

L'île d'Ithaque, comme l'a décrite Homère, n'a point de plaines étendues, partout elle est montueuse, et la plupart de ses rives sont escarpées. Tout le terrain que les habitants disputent aux rochers est fertile ; et la vigne y produit ce raisin estimé, dont le grain est fort petit et qu'on nomme raisin de Gorinthe. Les oliviers, les lauriers et tous les arbres qui conservent leur verdure y donnent à l'hiver l'aspect de l'été.

Lors môme qu'Hérodote n'aurait pas pris

soin de nous informer du voyage el du séjour d'Homère dans l'île d'Ithaque, on ne pourrait doulcr qu'il n'ait vu les lieux, the<1tre de l'action principale de son Odyssée. Des tableaux tracés d'après de simples récits n'ont jamais ce cachet de vérité que la vue seule de la nature peut leur imprimer.

« Môlesigènes, dit Hérodote dans la Vie d'Homère, s'embarqua avec Mentes; après avoir voyagé en Tyrrhénie et en Ibérie, ils arrivèrent dans l'île d'Ithaque. Mélesigènes qui avait eu déjà mal aux yeux, s'en sentit alors beaucoup plus incommodé. Mentes, pressé d'aller a Leucade, sa patrie, le laissa dans l'île d'Ithaque, afin qu'il s'occupât de sa guérison, el le remit a un de ses intimes amis, a Mentor, fils d'Alcimus d'Ithaque, en le priant d'en prendre tout le soin possible. Mentor lui donna avec beaucoup de zèle tous les secours imaginables ; il avait de la fortune, il jouissait éminemment de la réputation d'un homme juste et ami de l'hospitalité. Ce fut dans cette

ville que, sur les questions que fit Mélesigènes, il s'instruisit parfaitement de tout ce qui regardait Ulysse.

Un vaisseau venant d'Athènes devait bientôt passer à Palras ; nous dûmes nous préparer au départ, nous allâmes prendre congé du Consul de France, M. Drakolis. Il nous témoigna du plaisir à voir des Français ; M. Rey et moi étions alors dans cette île les seuls de notre nation.

Le 18 janvier, le vent était favorable, nous remontâmes sur notre barque et nous mîmes à la voile à onze heures du malin; nous saluâmes ces bords que les chants d'Homère ont à jamais rendus célèbres, et nous nous dirigeâmes vers Patras.

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