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CHAPITRE IV

Revolution de 1782. — EtabUsscment de la Communaute.

Jusqu'k present je vous ai montre le mal : mainlenant je vais vous montrer le remede ; et vous allez voir Icar a son oeuvre de regeneration.

Vous savcz qu'avant I'insurrection determinee par la revocation de la Constitution et Tusurpation du pouvoir absolu, Icar avait decide le Peuple a renoncer a tous les attentats individuels.

A peine sorti du combat, et quoique blesse , il ne perdit pas un moment pour gagner la confiance du Peuple entier, arreter le carnage, organiser la force populaire, el assurer les fruits de la vicloire.

A I'instant m6me , il fit publicr el afficher partout une Adresse que jc vais vous lire , comme je vous en lirai d'autres , pensant qu'il me serail impossible de vous faire connaitre en moins de mots ees principes et ses plans.

ADRESSE D'iCAR AU PEUPLE -

• Souffi^ez qae mes premieres paroles soient pour vous feliciter de voire heroique courage ; vous avc^ bien merite de la Patrie et de I'ilumanile I

• 3'accepte la Dictature; je suis fier de cet honneur, etjc consazve ma vie a justifier votre confiance. Je mets ma gloire a me devouer a votre bonheur,

» Vous connaissez mes principes : Souverainete du Peuple, suffrage universel, egalite, fraternite, bonheur commun. Inscrivons- Ics sur nos drapeaux 1

» Quand vos Representants seront assembles, je deposerai la Diclature et je comparallrai devanl eux, sans escorte, pour leur rendre compte de tous mes actes. Je me soumels d'avance a leur jugement.

» Mais I'anarchie serait votre plus funeste ennemi : notre interet meme exige imperieusement que nous agissions avec ensemble, comme un seul homme, s'il est possible.

» Je vais appeler vos meilleurs amis pour en faire un Conseil de dictature.

' Ralliez-vous tous autour de nous ! Que les plus utiles citoyens nous apporlent leur appui 1 Ayez confiance en moi ! Ecoutez nia voix 1 Surveillez, mais laissez-vous guider pendant quclque temps ; car personne, j'en prends le Ciel a temoin, ne veut plus que moi tout, absolument tout ce qui peut vous rendre heureux I »

A I'instant meme, il choisit des Ministres et des Comniissaires a envoyer dans toutes les provinces. II organisa une foule de Commissions speciales, dans lesquelles furent distribues les nombreux citoyens qui s'empressaient d'offrir leurs services.

Peu d'heures apres, parurent une Adresse k I'Armee, une autre aux regiments elrangers, un decret pour soigner les blesses, enterrer les morts, adopter leurs enfants et leurs veuves.

En mfeme temps parut un autre decret sur I'organisation de la Garde populaire avec I'Adressesuivanle :

ADRESSE d'ICAR POUR LA GARDE POPULAIRE.

* Ce n'est pas tout d'avoir vaincu : il faut assurer la victoire. » Soyons genereux, mais soyons prudents 1

■ Que la Garde populaire s'organise partout a I'instant m^mel

■ Que tous les Citoyens en etat de porter une arme se presenteut a leur municipalite 1

» Ceux d'enlre vous qui ne pourraient vivre sans leur travail soront soldes, amies ct vetus.

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» Pendant quelques jours, soyez en permanence sous vos drapeaux, toujours prets a execuler les ordresde votregouvernementi

» Accourez tous, car c'est votre interet a tous !

» Plus nous serons promptement organises, plus nous serons nombreux, mieux nous pourrons agir, et moins nous trouverons de resistance. »

Parurent presque aussitot deux decrets, dont I'un ordonnait 1( desarmement du parti vaincu et son expulsion de toutes les fonc tions publiques , et dont I'autre proclamait une amnistie.

La Reine , Lixdox , les Ministres , et dix des principaux fonctionnaires publics etaient seuls exceptes. Tous les juges des principaux tribunaux criminels , et vingt fournisseurs qui avaient fait de scandaleuses fortunes, pouvaient aussi etre poursuivis, mais seulement pour etre condamnes a des indemnites pecuniaires envers leurs anciennes victimes ou a des restitutions envers la Nation.

Ces deux decrcts furent accompagnes ( car tout etait prepare d'avance) des deux Adresses suivantes aux vainqueurs et aux vaincus.

ADRESSE D'iCAR AUX VAINQUEURS.

« Nos adversaires vont deposer les armes ou seront desarmes, tandis que vous completerez voire armement ; ils seront desorganises, tandis que vous aurez toute la puissance de I'organisation; ils seront destitues de leurs fonclions publiques , tandis que vous occuperez tous les emplois et tous les pouvoirs ; vous serez toutpuissants, tandis qu'ils seront reduits a Timpuissance d'attaquer ct de resister.

» II faut que justice soit faite des grands coupables 1 11 y a trop long-temps que de cruels tyrans torturent les pauvres et I'Humanite! Que leurs t6tes repondent enfm du sang et des larmes qu'ils out fait repandre 1 ils comparaltront devant vos Representanls pour qu'un ch&timent national et solennel epouvante et previenne a I'avenir toute nouvelle tyrannic.

" Que justice soit faite encore et de ces Juges iniques et prevaricateurs qui ont ruine tant de families , et de ces grands voleurs qui se sont subitement enrichis aux depens des pauvres ou du tresor public 1 Que leurs biens repondent des indemnites ou des restitutions I

» Quant a tous les aulres. oubli, amnistiel Les poursuivre, main-

tenant qu'ils ne peuvent plus nuire, ne serait plus que de la vengeance.

" Je sais combien vous avez souffert et combien votre colere est nalurelle : mais la punition du tyran et de ses principaux complices ne doit-elle pas suifire a voire juste ressentiment? La vengeance centre la foule qui, comme vous, etait viclime de la mauvaise organisation sociale, ne serait-elle pas une injustice? Serait-il raisonnable de les reduire au d^sespoir et de les contraindre a renouveler un combat qui ferait couler du sang des deux cotes ?

' J'en appelle a voire Raison pour me repondre !

• Reposez-vous sur votre Gouvernement I Si nos anciens ennemis se revoltaient !... mais ils sent abattus et ne peuvent plus se relever.

» Soyez done genereux autant que vous avez ete braves ! Que tons les bons citoyens unissent leurs voix a la mienne 1

» Soyez elements ! comme Dictateur elu par vous, dans votre propre interet, je I'ordonne : comme votre meilleur ami, je vous en conjure 1 »

ADRESSE D'ICAR AUX VAIXCUS.

• Quand la victoire vous a favorises, vous en avez abuse pour nous massacrer ou nous bannir : aujourd'hui que vous etes vaincus , que pourriez-vous dire si nous vous appliquions la loi du talion ?

» Que pourriez-vous dire si, comme vous, nous faisions toutes les lois d'intimidation et de terreur qui nous parallraient necessaires ?

» Que pourriez-vous dire si nous vous appliquions vos propres lois comme vous nous les avez appliquees pour nous emprisonner, nous ruiner ou nous supplicier?

» Mais le Peuple, je le connais et j'en reponds, le Peuple est magnanime : il est pret a vous tendre la main.

» Deposez les armes , rompez votre organisation , quiltez vos fonctions, resignez-vous 1

. Vous devez senlir que nous avons le droit de I'exiger pour notre securite.

. C'est votre interet comme le notre ; car toute resistance serait inutile, el nous voulons absolument en finir : nous ne voulons plus, entendez-le bien, nous ne voulons plus de lulle ni meme d'inquiotude dans le pays ; a tout prix, je vous le repete, nous voulons marcher au prugres sans resistance I

» Resignez-vous ! La justice vous le demande , aussi hven que voire surete.

» Resignez-vous sincerement, sans arriere-pensee, et nous '>".rons heureux de pouvoir bientot vousembrassercomme des frercal

r> Jusqu'a present plonges les uns et les autres dans le chaos cio I'oppression, nous ne pouvions nous entendre parce que notre conimun oppresseur nous divisait et nous calomniait ; mais aujourd'hui que nous pouvons nous expliquer, vous seriez inexcusables de repousser nos offres fraternelles.

•' Encore une fois, resignez-vous ! c'est moi, Dictaleur, qui vous en conjure, moi qui desire ardemment le bonheur de tous mcs concitoyens! »

l! n'est pas necessalrede vous citer les autres Adresscs et decrofs du Dictaleur. Je n'ai pas besoin non plus de vous dire que loulcs ses mesures excilerent renlhousiasme du Peuple et la confiaiuc universelle ; que tous les hommcs eclaires el ^ncrgiques accoururent aulour de lui ; que la Presse entiere Uii apporta son appui ; ct que, si quclques royalistes, se laissant aveugler par la peur, s'cnfuirent ou se cacherent, la masse se resigna sincerement, rassuroe par le Dictaleur.

Le Peuple surtoul fut admirable et sublime de generosite : quclques malhcureuses victimes de I'anciennc tyrannic, entrainees par leur desespoir etleur colere, essayerent quelques vengeances individuelles ; mais ce furent les ouvriers qui se prccipilerent partout pour lesemp6cher.

Les bommes du Peuple qu'avaicnt ^garesles calomnies offici^llcs ne furent pas les moins ardenls a crier en favour do la Revolution ct du Dictaleur. " Si nous avions su! disaient-ils... Comme on » nous avail Irompes ! »

Peu de jours apres , le Dictaleur rcndit un dccret sur relcction de la Representation nationale, composee de 2,000 deputes, etraccompagna do I'adresse suivante :

Adresse d'Icar pour les elections,

• Le Peuple est le Souverain I C'est a vous a fairs votre Constitution; el s'il etail possible dc vous reunir tous ensemble pour deliberer et voter, je vous reunirais tous.

" Mais la chose etant mat(^riellement impossible, choisissez des Representants qui discuteront murement et solennellement cette Constitulion, et qui la soumettronl ensuilc a voire volonte souveraine pour elre acceptce ou rejetee par vous.

■> Vous eles lous membres de la Societe, tous societaires, tous ;itoyens ; vous travaillez tous pour elle ; vous avez tous combattu Bt vous combaltrez tous encore pour elle s'il est necessaire : par consequent, vous eles lous essenliellenient electeurs. Ceux qui n'ont pas 20 ans, el les domestiques places sous la dependance de leurs maitres, seront seuls momenlanemenl prives de I'exercice de leur jroit, jusqu'a ce que la Constitution en ail autrement decide.

» Vos oppresseurs, qui vous refusaienl tout moyen do vous inslruire, vous declaraient incapables de choisir des Deputes; mais ce n'etail pas seulement une revoltante iniquite, c'elait encore une calomnie, comme I'election est d'ailleurs pour vous un incontestable droit.

» Faites-vous done inscrire sur le registre Electoral de voire commune ; reunissez-vous ; discutez le merite des candidats qui vous seront prescnles ou qui seront assez conlianls dans leurs vertus pour oser se presenter a vos suffrages.

» Discutez avec independance, mais avec le calme et la gravilo [jui conviennenl a des Citoyens dignes de la liberie 1

» Que la Presse aussi vous eclaire, ne prenanl elle-meme pour guides que la verite et I'amour de la Patrie 1

» L'election n'aura lieu que dans 25 jours, afm que vous ayez le temps de vous ^clairer parfaitemenl, et que vous ne puissiez etre viclimes d'aucune espece de surprise.

» Choisissez d'abord vos meilleurs amis, les meilleurs amis du pauvre et de Touvrier, el parmi eux les plus estimables, el parmi ceux-ci les plus capables et les plus energiques.

- Et pour que vous puissiez choisir celui qui n'aura que du pa- Iriotisme, des vertus el des talents, vos elus recevronl une indeiri' nite sufTisante.

« N'oubliez pas que vos Representanls auronl a juger voire Diclateur, a prononcer sur le sort de vos anciens oppresseurs, a faire votre Constitution, et a exercer provisoirement voire Souverainele.

» Pensez que vous lenez dans vos mains voire sort, celui de la Patrie et celui de votre Posterite ! »

Des le second jour, le Dictateur avail organist une Commission de publication, composec de cinq ecrivains pris parmi les plus populaires et les plus estimables, pour rediger un journal ofiBciel qui

contiendralt tous ges actes , qui serait distribue gratis en assez grand nombre (plus d'un million d'exemplaires.je crois), pourgoe tous les citoyens sans exception pussent facilement le recevoir ou le lire.

Dfes le m^me jour, il avail organist une commission de Constiifjr tion, composee deneuf publicisles les plus savants et les plus respectables, charges de preparer un projet de Constitution nouveue. II leur avail souniis son propre travail, prepare depuis long-temos en Irois parties separees, contenant : la 1", tousles vices de Vancienne organisation sociale et politique ; la 2% le plan tres-detaille d'une nouvelle organisation fondee sur la COMMUNAUTfi DE BIENS, applicable dans 50 ans, avec toutes les autorites a I'appui ; et la 3* , le plan d'une organisation transitoire pendant ces 50 annees.

Apres plusieurs jours d'examen el de discussion , la Commission avail adopte avec enthousiasme les deux plans en principe el ava/t propose quelques modifications, qui avaient ete adoptees par Icar.

Afm que chacun piit bien connailre el apprecier son nouveau systeme d'organisation sociale el politique, il fit aussitot inipriiner le travail entier a un nombre immense d'exemplaires , avec un resume des principes qui servaient de base au plan transitoire et au plan defmitif de la Communaule de biens.

Vous comprenez combien ce systeme de Communaute devait paraltre nouveau et etonner les imaginations en m^me temps que charmer les esprils ; mais le plan detaille qui raccompagnait cl qui presentait ce systeme en action, comme nous I'avons avjvourd'hui en reality, d^montrail , comme I'experience I'a maleriellement prouve depuis, que ce systeme etail parfaitement executable ; el la joie du Peuple egalait sa premiere surprise.

Je vous engage tous a lire el m6me a eludier tout le travail imprim6 d'Icar el de la Commission ; el si quelqu'un d'entre vous desire quelques explications sur ce travail, je me ferai un plaisir de les lui donner dans une de nos reunions suivanles.

Mais, des aujourd'hui, je vais vous exposer rapidemenl lesprincipales idees d'Icar, servant de base a son plan de Communaute. Je vous lirai encore deux de ses Adresses, parce que rien autre chose pe pourrait vous le faire connailre aussi bien.

Icar avail reconnu qu'il ne fallait pas aboKr brusquement la Propneie. la Monnaie, et I'lnegalite de fortune, pourleur substiluer suDitement la Communaute de biens, parce que : 1 ° les riches et les proprietaires (les petits comme lesgros) setrouveraientinfailliblement blesses dans leurs habitudes et leurs prejuges : leur enlever leurs biens, m6me en leur en donnant d'autres, serait peut-elre aussi insupportable pour eux que tenter de leurarracher la vie : ce serait lesrendre nialheureux, contre lebutm^mede la/iouvelleSociele ; ce serait aussi les pousser au desespoir et a la resistance, entraver et compromettre la regeneration sociale. 2° Les pauvres eux-memes, paralyses par la tyrannic, n'avaient peut-6tre pas assez generalement les habitudes et les qualites necessaires pour commenccr Fentreprise sans en compromettre le succes. 3° Enfin , etsurtout, I'execution immediate ou la realisation instantanee et complete lui paraissait physiquement impossible, attendu qu'il y aurait un travail immense, le plus grand peut-etre qu'on eut entreprissur la terre depuis le commencement du monde, pour organiser et realiser completement la Communaute, par exemple, pour construire et fournir a toutes les families des habitations convenables et semblables.

Icar regardait done un systfeme transitoire comme absolument indispensable.

Et c'est la ce qui distingue eminemment et essentiellement son projet et son plan de tous ceux que les Philosophes avaient anciennement imagines.

Je vous exposerai plus tard les principes de son systeme transitoire : pour le moment, je me borne a vous dire qu'il proposaif de constituer une Republique democratique ; de conserver le droit de propriete pendant toute la vie de la generation de proprietaires existante alors; de respecter tout ce qu'on appelaitrfroit acquis; d'eviter ce qui pourrait desesperer ou tourmenter les riches ; d'ameliorer immediatement le sort des pauvres; de fairs tout ce qui pourrait les rendre heureux ; de detruire progressivement I'lnegalite, et d'etablir successivement le regime de I'Egalite parfaite et de la Communaute.

Comprenez-vous la surprise et I'enthousiasme que durent inspi- T'iv aux pauvres Icariensce? propositions si nouvelles dans labou che d'un Dictateur, surtout, quand il y joignit I'Adresse suivante , exDOsitive de ses principes ;

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