ADRESSE D ICAR POUR LA COMMUNAUTE
• Chers concitoyens, n'avez-vous pas 6te malheureux Nisau'attjourd'hui !
» Riches, vous-mfimes, avez-vous el6 completement hejreux?
» Les malheurs qui nous ont afiliges tous et qui ont accable nos anc6tres depuis le commencement du nionde ne vienncut-ils pas des vices de I'organisation sociale et politique, surtout dc I'lnegalite des fortunes , de la Propriete et de la Monnaie?
» Ces malheurs ne seront-ils pas 6lernels , si Ton n'en tarit pas la source ?
» La Communaule de biens n'est-elle pasle scul moycn de rendre tous les hommes heureux?
» Ce nouveau systeme est-il impossible a realiser quand voire Gouvernement est d'accord avec vous?
" Quelque difficile que puisse paraltre Tentreprise , ne faut- il pas la tenter un jour?
» Quelque temps qu'il faille pour Taccomplir, le dernier "our n'arrivera-t-il pas d'autant plus vitequele premier jour aura commence plus tot?
» Et puisque voire courage a renvers^ le plus grand des obstacles, I'opposition d'un Pouvoir oppresseur , et puisque le Giel nous favorise assez pour nous permettred'accomplir ce que nos malheureux ancetresn'ontpu faire, I'entreprendre courageusemcnt n'est-il pas un devoir envers le Ciel , envers nous-memes , envcrs nos descendants et envers I'Humanite?
» Examinez ces questions, mes chers concitoyens ; discutez-Ijs partout en attendant que vos Representants les decident provisoirement et les soumettent a votre decision souveraine.
» Avec la Communaute, plus de pauvres ni d'oisifs ; plus de crimes ni de supplices , plus dHmpdts ni de police, plus de contestations ni de proces, plus d'inquictudes ni de soucis ; tows les citoyens amis et freres ; tous non-seulement heureux, viais cgalement heureux I
' Si , comme moi , vous en etes convaincus , mettons-nous a I'oeuvre a I'instant ; adoptons le principe , et commengons courageusement les preparatifs.
» Mais, je vous en conjure au nom de la Patrie, de vos enfants etde THumanite , ne compromettons pas , par trop d'impalience qt
de precipiialion , la plus grande des entreprises que rhomme ait encore temeesl
" Si, comme je le crois, la Communaute ne peut pas 6tre rigouivsavsauTiv ct completement appliquee de suite , ajournons tout ce qui doit 6tre ajourne.
a Maitres du pouvoir , confiants dans vos Representants qui veu- 'enienfin votre bonheur, prenez patience!
» Si vous 6tes assez genereuxpour pref^rerPinter^t delaPatrie h votre interet individuel , qu'importe quelques annees de plus ou de moins dans I'accomplissement integral el parfait d'une pareiile oeuvre!
» Et si vous ne voulez penser qu'a votre propre bonheur, n'est il pas raisonnable de vous contenter de tout le bonheur possible aujourd'hui?
» Moins heureux que vos enfants, vous serez du moins bien plus heureux que vos peres 1
» Riches d'aujourd'hui, vous voudrez done, je I'espere, concourir au bonheur de votre posterity !
» Pauvres, je n'en doute pas, vous penserez surtout a la felicit6 de vos filles et de vos fils !
» Chers concitoyens, vous n'oublierez pas que vous allez decider du sort de vos generations futures et de I'Humanite tout entiere I »
Uar voulut s'adresser aux Prfitres et aux Chretiens.
ADRESSE D'iCAR AUX PRETBES ET AUX CHRETIENS.
» Ministres et serviteurs de J6sus-Christ, je dfeire votre bonheur comme celui de tous mes autres concitoyens.
» Vous conservez vos temples et vous pouvez librement adorer Dieu sous la protection de I'autorite publique.
» Pr^chez done la Morale et la Justice, missionnaires et serviteurs d'un Dieu qui prechait la Morale et la Justice! et, comme lui, pr^chez-la par vos actions autant que par vos paroles!
» Prfichez pour les pauvres ! car qui, dans le monde, a plus foudroye les Pharisiens et les Riches que Jesus-Christ? qui , plus que J6sus-Christ, a proclam6 son amour pour les malheureux et les souffrants ?
» Prechez T^ouvVEgalite et la Frafermtd/ car Jesus- Christ n'estil pas mort pour etablir Tfigahte et la Fraternite parmi les h,ommes etpour abolir toute espfece d'esclavage et d'oppression?
» Pr^ch^ la C-ommunmdd des biensi car lesus-Christ ne I'a-t-it
pas etablie parmi ses disciples et recommandee a lous les hommes? Les Apotres n'etaient-ils pas en Communaute? Les premiers Peres de I'Eglise ne pr6chaient-ils pas la Communaute? Pendant les premiers siecles du Christianisme , tous les Chretiens ne vivaient-ils pas autant que possible en commun? Depuis, les plus ardents adorateurs de Jesus-Christ , des milliers de pieux ouvriers , n'ont-ils pas vecu dans des Commimautes religieuses , prechanl la Communaute par leurs actions et leurs paroles?
» Oui , vous ne seriez que de faux Chretiens si vous repoussiez la Communaute I
» Mais puisque Jesus-Christ donna sa vie pour regenerer I'cspcce humaine par la Communaute, vous voudrez, j'aime a Tesperer, travailler a son oeuvre de regeneration I
» Vous voudrez meriter les benedictions de laTerre pour obtenir les recompenses du Ciel 1 •
Je vous le repute, imaginez I'effet produit parde pareils principes proclames par un Dictateur ! et proclames quelques jours apr6s la chute d'une longue et effroyable tyrannie !
Imaginez le mouvement imprime aux esprits ! les discussions I
Imaginez la puissance de I'impulsion donnce par le Pouvoir I
Imaginez combien de savants, d'ecrivains, de philosophes, de pr^tres (surtout dans le bas clerge), de citoyens influents dans toutes les classes, adopterent et propagerent avec enthousiasme les idees du Dictateur 1 Des riches memes et des nobles rivalisaient d'exaltation avec ses admirateurs les plus exaltes !
Imaginez I'effet produit surles masses par toutes ces conversions, et la revolution oper^e dans I'opinion publique !
11 semblait qu'un voile etait tombe de dessus tous les yeux , otl que chacun avait subi I'heureuse operation de la cataracle I
On ne pouvait concevoir I'ignorance ou I'aveuglement du pass6; les uns riaicnt de la stupidite des &ges precedents , les autres vomissaient des imprecations contre la tyrannie ; et parmi les imprecateurs se distinguaient surtout ceux que les oppresseurs avaient attires dans leur camp par de fausses promesses, des mensonges et des calomnles I
Je ne vous parlerai pas de quelques ambitieux qui , voulant paraltre encore plus populaires ou democrates que le Dictateur , demandaient la loi agraire ou la realisation immediate , instantan^e , complete, de la Communaute; ni de quelques intrigants qui tentaient sourdement d'insinuer des defiances contre Icar ; ni de quelques
fanatiques sans experience qui ne pouvaient souffrir Tautorit^ d'aucun homme : ces vaines tentatives d'opposition s'evanouirent bientot devant les acclamations populaires, comme une legere vapeur disparait devant les rayons du soleil.
Je ne vous parlerai pas non plus ni des monuments provisoirement eleves sur tous les champs de bataille oil le Peuple venait de livrer ses derniers combats ; ni des tombeaux eleves sur tous les lieux oil reposaient les restes des martyrs de la liberte ; ni d'une grande f^te funeraire oil I'on vit, aux deux cotes du Dictateur, un miraculeux enfant de douze ans qui avait regu vingt-deux balles en plantant un drapeau sur un monceau de cadavres, et une jeune fiUe qui avait eu les deux bras coupes en combaltant aupres da son pere.
Je passerai de mfime sous silence une revue generale de la garde populaire et de I'armee, passee par le Dictateur dans la Capitale, et par ses Commissaires dans les Provinces, et qui, quinze joura seulement apres la Revolution (tant I'enthousiasme etait prodigieux 1 ), presenta sous les armes 200,000 soldats etdeux millions de citoyens rev6tus d'un uniforme democratique I
J'arrive a Velection de la Representation populaire, ou plutAt c'est par la que je commencerai la prochaine seance.
Je suis trop long peut-etre dans mes explications (Non , non » s'ecria-t-on de tous cotes) ; mais je desire vous bien montrer que le Peuple donne toujours sa con^ance aux chefs qui veulent sincerement son bonheur, et que rien n'est impossible an Gouvernement qui possede la confiance du Peuple ; je veux vous bien montrer surtout par quels moyens notre immortel Icar est parvenu a conquerir I'amour de ses concitoyens et a realiser son projet de Communaute.
Des applaudissements plus animes encore que ceux des jours precedents apprirent a I'orateur le plaisir qu'on avait a I'ecouter dans tous ces details.
348 r.l.f-CTlONS.