LYCURGUE , AGIS
de fortune et d'education , mfime la Communaute d'usage ou de jouissance, de repas, d'education et presque de tout (845 ans avant J.-C.)!
Et c'est le frere d'un Roi , pouvant ^tre roi lui-mfime , deposi' taire en realite de toute la puissance du Peuple , qui etablit ainsi I'Egalite el presque la Communaute 1
Et il I'etablit du consentement des riches et de I'Aristocratie ! avec I'approbation de I'OracIe de Delphes 1
Et cette organisation sociale et politique dure 500 ans , elevant Sparte au plus haut rang de puissance, de gloire et de prosperite, admiree de Xenophon, d'Aristote lui-meme et de la Grece enliere.
Voyez maintenant Agis et Cleomene !
La Constitution de Lycurgue fut renversee quand Lysandre , vainqueup des Atlieniens,apporta dans Sparte un immense butin, et quand il fut permis de donner ou vendre son heritage.
Des qu'une fois I'amour de Tor et de I'argent se fut glisse dans I'fitat, que les ricliesses eurent attire I'avarice , le luxe , la mollesse, la depense et la volupte , Sparte se trouva reduite a un etat d'impuissance, de bassesse et d'humiliation qui dura pres de 300 ans , jusquau regne des deux Rois Jgis et L^onidas.
A cette epoqiie, il ne restail dans la ville que 700 Spartiates naturels, et sur ce nombre 100 possedaient toutes les terres et toute la fortune , et les 600 autres etaient accables de dettes et de misere. Remplis de haine et d'envie , ces derniers refusaient de defendre le pays et desiraient continuellcment une Revolution.
Le]eune Roi AGiS,quoi(i«e plus riche que tousles autres Lacedemoniens ensemble , et quoique eleve dans le I'aste et les delices , entreprit de Refurmer la Patrie et d'y retablir I'ancienne Constitution de Lycurgue, c'est-a-dire lEguliie et la Communaute de bieiis.
II commen^a par sonder les sentiments de ses concitoyens et par donner I'exemple de la simplicite el de la frugalite.
U trouva la jeunesse bien disposee : il gagna sa mere qui elait Immensement riclie, et trois des principaux pcrsonnages, notamment Aghilas, son oncle; mais son collegue , le Roi Lconidas , les autres riches et surtoul les femmes qui possedaient presque toutes les terres dans la campagne s'oppos^rent a la Reforme et s'efTorcerent de calomnier le bon et genereux Agis.
Cepeudant il proposa la Reforme, I'abolition des dettes et le partage des terres; mais les Senateurs repoussereiit son projct.
11 assembla le Peuple et declara qu'il mcttait en commun toute sa fortune et que sa famille, ainsi que ses amis, qui etaient les plus riches des Spartiates^ suivaient son exemple : mais Leonidas et beaucoup de riches s'opposerent ouvertement a la Reforme , et le Scnat la rejeta a la majorite dune seule vaix, tandis que le Peuple la demandait avec Agis.
Leonidas fut accuse par fun des Ephores, depose faute de comparaitre, remplace par son gendre, proscrit et fugitif ; Agis protegea sa fuite et lui sauva la vie.
Puisl'oncled'Agis, Agesilas , crible de dettes, proposa perfidement de n'abolir d'abord que les dettes; et quand cette abolition , qui I'enrichissait, fut frononcee.il abusade sonpouvoir dErhore pour faireajourner continuelle-
ment le partage ties terres, afin de conserver les siennes, el leva de nouveaux impots , pendant qu'Agis elait absent pour diriger les operations militaires.
Enliardis par le mecontenlement du Peiiple , les riches rappelerent et retablirent Leonidas ; et Agis, menace par celui-ci, fut oblige de se rtfiigier dans un temple de Minerve.
Trois infames, qui se disaient ses amis et qui voulaient s'cmparer de ses biens, comploterent de le trahir et de le livrer a Leonidas. A iorce de demonstrations amicales et de protestations de devouement, ils parvinrent a Tatlirer hors du temple, a s'emparcr eux-memes dc sa personne ct a le jeter dans una prison voisine. — Leonidas accourut a Tinstant avec des soldats etrangers, avcc les Epliores qu'il avail fait nommer, et avec une partie seulement des Senateurs , ceux qui repoussaicnt la Rcforme; puis , se constiluaul en tribunal, ils accuserent Agis d'avoir voulu ciianger la Constitution. « Vous avez sans doute ete force, Ini dit un des prctendiis Juges , et vous vous repentez de ce que vous avez fait? — Non , repondit Agis : plein d'admiration pour Lycurgue, j'ai voulu I'imiter et retablir ses lois; et je ne me repentirai jamais dune entreprise si belle, si noble, si vertueuse, quand meme la mort serait devant moi...»
lisle condamnerent de suite amort.... Etcommele Penpleaccourait autour de la prison et menacait de le delivrer, ils le firent etrangler a I'instant ; puis, sa mere el sa grand'mere accourant en pleurs , on les fit enlrer dans la prison ct on les fit elrangler toutes les deux sans aucun simulacre de proces.
Le Peuple etait furieux ; mais Leonidas et les riches n'en conserverent pas moins leur pouvoir et leurs richesses.
Ainsi peril le Roi Agis, trahi par des riches, assassine par un Roi qui lui devait la vie et par quelques Senateurs , pour avoir voulu retablir a Sparte I'figalite et la Communaute I
Mais voici Cleomene !
Apres la mort de Leonidas , son (lis et son successeur , le jenne /?oi Cleomene, electrise par sa jeune femme, veuve d'Agis, reprit I'oeuvre de celui-ci.
Mais convaincu qu il aurait le sort d'Agis s'il demandait le consenlement des riches , il rcsolut d'employer la violence et de commencer par acquerir de la gloire militaire.
Apres plusieurs victoires, il rentra dans Sparte ^ la tete d'une partie de ses soldats , fit tuer les SEphores, bannit 80 riches, assembla le Peuple, rendit compte de sa conduite et de ses motifs, exprima le regret d'avoir ele dans la necessite d'employer la force, proposa Vuboliliun des detles et le parUige des terres , et donna I'exemple en raeltant tous ses biens en commun.
Bicntot les ancieimes mceurs reparurenl a Sparte; elle reprit son rang dans la Grece ; et Cleomene , qui remporta un grand nombre de uouvelles victoires, devint un des Rois les plus celebres.
Voila done trois Princes, Lycurgue, Agis, Cleomene , beaucoup d'Aristocrates et de Riches , et I'Oracle, qui consentent au partage des terres et a la Communaute I
Solon, riche , premier personnage d'Athenes par sanaissance,
PYTHAGORE, SOCMTE, PLATON. 473
sa fortune et son instraction, charge de donner une Constitution a sa Patrie , veut, comme Lycurgue (549 ans avant J.-C), etablirle partage des terres et TEgalite de fortune , mais, rArislocratie resistant, il se borne a aboiir les dettes et a etablir I'Egalite politique.
Son contemporain , Pythagore, adore comme un Dieu , entreprend une grande reforme basee sur Teducation, et fonde, a Crotone en Italic , une sociele nombreuse et celebre destinee a etudier, a pratiquer et a propager les principes d'Egalite, de Fraternite et de Comnuinaute de biens.
Les Tyrans et les Aristocrates de Sicile et d'ltalie parviennent a calomnier, a proscrire et a dispcrser lesPythagoriciens (olO ans avant J.-C.) : mais une foule d"hommes celebres etde legislateurs sortcnt de cette ecole , proiessent et propagent ses doctrines, notamment Empedocle d'Agrigente , Parmenide, Zenon, Zeleucus, Charondas et Protagoras qui (444 ans avant J.-C), professe a Athenes la doctrine de I'Egalite et publie un modele de Republique fonde sur la Communaute de biens.
M?is SocRATE et son disciple Platon enlreprennent de Reformer
Athenes et la Grece, I'un en precbant, I'autre en ecrivant sa Repu blique et ses lots.
Tons deux reconnaissent d'abord que le tien et le 7nien, c'est-a-dirc la pro prieie ,esl la cause de tons les maux qui atlligent IHumanite.
lis poscnt en piinripe VL'mie dans lEtat, lEsalite et la Fraternite enfre les citoyens, Teducalion pour tous, la suppression du luxe etde la monnaie, la souverainetedu Pfupie, le sufTrai;e uiii\ers(l, Telection pour tout, etle Lonlieur commun comme but de la societe et de la delegation du pouvoir social.
Admettant comme nccessaire une espece d'Aristocratie elective composee de Couvernants et de Guerriers charges de gouverner la Republique au dedans et de la dt fendre au dehors, ils admettent des regies difTerentes pour le Peuple et pour cette Aiiblocr;itie.
Pour le Peuple, ils veulent le partage egal des terres; rinalicnabilite des propriet-is; un maximum pour les acquisitions mobilieres; ni dots ni testaments; des hahitafions semblables; I'tducalion commune; en un mot, non pas une Communaute de biens veritable, mais seulement TEgalite absolue en lortune et en tout.
Quant a lAristocratie , qui doit se devouer au bonheur du Peuple : i/our la rendre plus paifaite et la garautir de toutes les tentations de lintcret personnel, ils veulent quelle ue forme qu'une scule famille; ils veulent pour Pile la Communaute de biens el la Communaute en tout, la Communaute d habitation de repas , d'enfants, presque de femmes, deducation , de fonctions a 1 uiterieur et de perils a la guerre.
\h \fulenl la CumDiunuule d'enfants; car ils veulent qua la naissance ils soicul tou5 deposes dans un bailment commun , ou les femmes les allaileront
iU PHILOSOPHES.
tous indistinctement, el ou tous seront eleves commc les enfants <le la Patric, sans connaitre ni leiirs peres ni meme leurs meres , obliges par consequent de se corisiderer comme freres , d'avoir pour tous les liommes et toutes les femmes le meme respect filial, tandis que tous les hoinmes et toutes les femmes auront pour tous ces eufanls la meme tendresse paternelle ou maternelle.
lis veulent presque la Communaute des femmes; car , quoiqu'ils etablissenl le manage comme saint et la fidelite conjugate comme un devoir sacre, ils veulent que tous les mariages soient formes et renouveles chaque annee par le sort, et que chaque lemme puisse avoir successivement 15 ou20 maris dilTerenls, comme chaque homme 15 ou 20 epouses.a
Voila ce qu'on a appele improprement une Communaute de femmes ; car ce sont des mariages a courte duree, accompagnes des principes les plusausteres de chastete, de purete, de religion et de patrJotisme.
Quelque etrange que cctte idee nous paraisse aujourd'hui avec noire Education , nos moeurs, nos habitudes et nos prejuges , elle n'avait rien de choquant dans un temps oil I'Humanite avait des idees toutes differentes sur les femmes, la pudeur, la chastete etla decence ; dans un temps oil tous les hommes et toutes les jeunes filles paraissaient entierement nus dans les gymnases , dans les jeux et dans les fetes... Aussi, e'est pour leur pays et pour leur epoque , et non pour TEurope d'aujourd'hui, que Socrate et Plalon imaginent leur systeme de Communaute; et s'ils vivaient aujourd'hui , ils ne proposeraient certainement ni la Communaute d'enfants , ni les mariages au sort et a courte duree, pas plus qu'ils ne proposeraient I'esclavage.
]i cartons done de leur R6publique ce qui concerne les femmes et les enfants , et remarquons seulement qu'ils veulent VEgalUe et la Communaute. ficoutez-les dire * :
a II faut le bonhenr pour tous, sans opulence ni pmivretL — Jiisqu'i present chaque Pays renferme deux P^uples ennemis, des riches et des pm<DAes.
— Le MIEN et le tien sont la cause de tous les maux dc la Socicte. — La Communaute seule peut etre le remede au mal. — C'est un proverbe qu'entre amis (et tous les hommes sont freres) les biens doivent etre communs. — Mais Texecution de cette Communaute est-elle possible? On peut en douter. Neanmoins j'indique la Rdforme en presentant le plan d'une Republique-modele.
— Tout changerail de face dans les Etats si les /'foVosop/ies gouvernaient ou si les Gouvernanls etaient Philosophes ■■ mais jusqu'a ce que la sagesse et la puifisance soient unies, il ne faut pas esperer que le Genre \mmam,jouet elernel de ianibiliun et de Vuvarice de ses maitkes, voie jamais la fin de sescata- 9/»7^s,nique le soleil eclaire une Republique telle que la nofre : IHumanit^ restera miserable. — Ses malheurs seront elernels tant que les Magistrals et
" Toutes les citations suivantes conlienuent (idelement le sens etla substance.