SOCRATE, PLATON
les guerriers auront des Proprietes quelconques. — Mais U y aura qcelqcb iovR,quelqueparC, qdelque Roi-Philosophe... et alors la Cousicnagte s'etablira..»
Et quels sont les hommes quiproclament cesprincipes entre 400 et 350 ansavant J.-C?
Ce sont deux des plus belles Smes , des meilleurs ccBurs, et des plus grandes intelligences humaines; deux Philosophesindependants et desinteresses, qui n'ecoutent que les inspirations de leur genie et de leur amour pour I'Humanite 1
C'est SocRATE, appele leplus sage des hommes par I'Oracle de Delphes ; adore presque comme un Dieu apres sa mort ; venere par la posterite comme le plus vertueux et le plus sublime des Philosophes ; qui , poursuivi comme Revolutionnaire par les Pr^tres du Paganisms, bravait heroiquement les supplices et repondaita ses juges :
« On ne doit compter pour rien ni la vie nl la mort dis qu'on pcut 4tre utile aux hommes... Je me suis cru destine a les instruire; j'ai cru en avoit re^u la mission du del meme; je dots garden avec courage le posle que les Dieux m'ont assigne... J'irai plus loin : si j'etais absous a condition de garder le silence, je vous dirais : 0 mes juges, je vous aime et vous honore, mais je doisobeir a Z>ieM plutot qu'a vous; tant que je respirerai, je ne cesserai de repcter : M'avez- vous pas lionte de courir apres les richesses et les honneurs, tandis que vous negligez les tresors de la sagesse et de la verite ? »
C'est Platon, appele divin, bravant aussi les persecutions pour defendre son mailre, pour venger sa memoire et pour publier une foule d'ouvrages sur la Reforme, conduit en triomphe a Syracuse ; comptant parmi ses disciples I'illustre Dion, prince de Sicile et liberateur de sa Patrie ; fondaleur de VAcademie ; chef de I'ecole la plus nombreuse et la plus celebre ; prie par beaucoup de Peuples d'etre leur Legislateur * ; retusant de leur donner des Constitutions parce qu'ils refusent de renoncer a Vinegalite de fortune; et dont la doctrine prepare celle de Jesus-Christ, ou du moins se melangera et se confondra bientot avec elle.
He bien I je vous le demande , parmi ceux qui se permettent de rejeter, je ne dis pas les details, mais les principes de la doctrine de Socrale et de Platon, quel est celui dont I'autorite puisse balancer la leur, sous tousles rapports du genie, de I'independance, du desinteressement, de la vertu, de I'amour de I'Humanite, du d6vouemeat et du courage ?
* Les Arcadieas.Thebains, Cyreneens, Sjracusains, Crelois, Keens, Pyr-
rlieeus , etc.
On leur oppose ARiSTOTE,disciple do Platon,Precepteur d'Alexandre, fondaleurdu Lycee, Encyclopedie vivanle de cetteepoque, donl les ouvrages reparurent en Occident apres les Croisades, et qui futcite comme un Oracle dans les ecoles long-temps avant qu'on y connut Platon.
11 est vrai que, dans son traite sur la Politique, Aristote critique laCommunaute de Platon quant aux femmes et aux enfants, et ni^me quant aux biens.
o Tons les biens, dit-il,dolvent-ils etrecommM«selapparlcnip&!a Nation? -- La Propriete va^it mieux avec de bonnes lois et de bonnes niceurs (comme si la Propriete n'etait pas un obstacle aux bonnes lois et aux bonnes mceurs! ) --Le nieilleur,c'est \di ProprUl6 et la Com?rtM?i««;e melangees etconfondues; commea Sparte, ou \usurje des propriety's etait com?«(<?i,suivant ce proverbe : La vertu rend l'usace cks biens commun CTiire amis. — Uu reste la Communaule parait absolument imjwssible elimpralicable : jamais on nc londera un Etat si Ion nc commence par elasser les Uommes et par parluger los terres. »
Et cVst ce timide et doutcux parait impossible (dementi par rcxemple du Perou et du Paraguay ) qu'on a transforme en celte espece d'axiome : La Communaute est impossible et impraticable.
Mais de quel poids peut etre, centre I'autorite des deux hommes qui avaientapprofondi et discule la question, cette opinion si vague du Preccpteur et de I'ami d'an dcspote, qui eflleure tout sans pouvoir tv)ut approfondir, qui ne donne aucune raison , cjui approuve I'esclavage, et qui refuse le droit de cite aux petits marchands et aux ouvriers ?
« Jamais, dil-il,un Elal bien police ne fera d'un artisan un ciloyen; car Tartisan est Vesclave du publico
Et d'ailleurs, voyez comme ses principes se rapprochent de ceux di Socrate et de Platon sur VEgalite de fortune et meme sur la Communaute de biens.
II ne veut ni Vojjulence ni la pauvrete, ni que les uns aient trop, ni que les autres n'aienl pas assez ; mais il veut Vdmediocrite de fortwie pour tous, et par consequent VEgalite ou la presque Egalite.
.... Uregarde r/ner^rtZ/fp' comme la cause de loules les revolutions... II veut \a Rt'piibiique. qu'il appelle le vrai juste-milieu; il
vcait la souverainete du Peuple et le suffrage universel II veut
des repas publics, communs et gratuits , et la CoMiviuNAUTE d'une partie des terres nationales consacrees a fournir a ces repas et a nourrir le Peuole.