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ARISTOTE, LES GRACQUES

....II veat nieme la Communauted''vskGE, comme h Sparte, pour la portion de tor res pariageeentre les citoyens et inalienable, en sorte que le droit de Propriete ne serait plus qu'ua droit de possession.

On peut done dire, qu'au fond et en realite, Aristote partage les principes de Socrate et de Platon , et qu'il adopterait une Communaute de biens s'il en connaissait une mieux organisee que celle de son maitre.

Du reste , parmi les 250 Constitutions rassemblees par lui , 11 en cite avec eloge plusieurs des principales qui sont fondees sur Ic principe de VEgalite de fortune , ou qui , comme a Carthage , instituent des repas communs.

Voyons maintenant les Gracques a Rome 1

Tandis que Rotnf est d^ja gorgee des riclipsses de vingt ISalions conquises; tandis que les Patriciens, qui se sont emparrs de tout, possedeut des terres imn)ouses, d'innomljiahk'S esclavcs et de colossales fortunes; le Peuple,dont le sang a paye toutes ces conquetes, n'a qu'unc excessive misere, rendue plus dure encore par le spectacle d'une excessive opulence.

Tibhius Gracchus el son Irere Cuius, Tribuns du Peuple.entreprcnnent, conune L3curgueet Solon, la refurtne d'un si monslrueux abus, et d^mandeut qu'on execute enfin la loi qui dtlend de posseder plus de 500 arpenls rie terre et qui permet a la Republique de reprendre I'excedant en rtmboursant sa vak'ur.

<> Les betes sauvages, disent-ils, ont drs tanieres; et des citoyens remains, qu'ou appellc les maitres du monde, n'ont v^s de toil pour leur demeurc, pas nn j>ouce de terre pour leur sepuHure ! »

Les Patriciens opposent vainement leur longtie possession ; la loi passe : elle oidonne qu'on rcprendra, en le remboursant, I'excedant de 500 arpenls; qu'on reprendra nieme les terres JisJi/'/Jccs sur la Kepublique; qu'on y ioiudia Is Ircsors legues par le Roi de Pergame au Peuple roniain ; et que le tout stra pailage enlre les pauvres.

r.Jais les Palriciens sont disposes k toutes les violences pour cmpeclier la ivalisation de la reforme; et pour mieux reussir ils emploient le mensonge et la caZoHiJue. —Tiberius s'etant lait continuer dans le tribunal, scs eiuiemis I'accuscrent de n'ctre qu'un ambilieux, de flatter le Peur-le pour en laire un iiistrumenl de son ambition, et iWifpirer a la tyrannie; et, sous ce pcrfide pntexle, les Senateurs, suivis de leurs clients, viennent au Capitole, oil le l>i uple est assemble, et sc precipitent sur le Tribun, qui peril sous les coups des assassins avec 300 de scs amis. — Pen apres, Caius peril egalement avec 3,000 de ses partisans, publiqueuient massacres par les Patriciens, qui jellent leurs cadavres dans le Tibre. — Et les pauvres, trompes par les calomnies des Riches, seduits et achetes par leur argent ,abaudonncnl leurs deux amis les plus devoucs, qu'lls ii'olalraicnPd'abord, pour se confier a leurs cimcmis! Les assassins sont absous! la memoirc des victimes est flclrie! et le Peuple conserve sa misere, parce que I'Aristocratie conserve son opulence!

Et qu'etaicnt ces Graoquos ! — Leurs ennemis vainquenrs les trailonl de bi'cuilions, u'auai-chibles, d'enneiuis du Peuple, de pil-

lards et de brigands, comme les Pr^lres et les Riches traitaieni Pylhagore, So. rale, Agis et Jesus-Christ lui-m6me : mais la veril6, qui lot ou lard fait justice des caionmies, rend hommage aujourd'hui a la sublime verlu de deux hommes illustres par leur naissance qui se devouerent a la cause du Peuple et de I'Humanite.

Mais voici un Dieu, voici Jesus-Christ qui vient precher I'fegalite, la Fralernite, la Communaute de biens ; et pendant les trois ou quatre cents premieres annees qui suivent son apparition , tous ou presque tous les Philosophes sent Chretiens ou Plaloniciens; el tous adoptent et propagent la Communaute de biens ; et depuis que le Christianisme est adopte par Constantin , tous ses Pretres la prechent publiquement, et des milliers de Communautes religieuseset des millions de Chretiens pratiquent cette Communaute qu'Aristote disait impossible et impraticable.

He bien 1 n'apprenez pasce fait immense pour I'oublier aussilot I Mcditez-le, pensez-y sans cesse! Vous tous qui regardez Jesus- Christ comme Dieu, comment pouvez-vous repousser I'fegalite , la Fralernite et la Communaute ordonnes par Dieu ? Comment osezvous lui desobeir ? Qu'est Topinion des £lecteurs , des Deputes , des Pairs , des Rois et des Nations comparee au commandement deDieu?

Les Aristocrales et les Courtisans qui entourent I'Empereur Gratien disent aussi que la Communaute est impossible quand Plotin demande la cession d'une petite ville ruinee et la permission d'y essayer la Communaute de Platon en y fondant une Republiquc de Philosophes et en y bMissanl une ville qu'il appellerail Platonopolis : mais I'opiniondes Aristocrales el des Courtisans imperiaux ne peut sans doule balancer I'opinion d'un Philosophe qui , quoique trait6 de fou par eux , avail de nombreux sectaleurs et de celebres disciples , el qui jouissait d'une si grande reputation que I'illuslre Porphyre le comparait a Jesus-Christ.

Le Pythagoricien Apollonius de Thyane preche aussi I'figalite , la Fralernite des Hommes el des Peuples,,et la Communaute; et r^cole d'Alexandrie le pretend fils d'un Dieu et I'oppose a Jesns- Chrisl. D'apres cette ecole celebre , sa venue est annoncee comme celle d'un Restaurateur du Genre humain ; sa naissance, son adolescence, toute sa vie, sonl marquees par des prodiges ; il a toules les qualites possibles de I'ame et du corps; il sail toules les langues ;

PLUTARQUE , PfeRES DE L'^GLISE. 479

il parcourt tous les pays et possede toute la sagesse des Nations , et, je le repete, ce pretendu Dieu proclame aussi I'figalite, la Fraternite et la Communaute I

Vous parlerai-je du bon , du vertueux Plutarque, qui tientuiid ^cole de Ptiilosophie a Rome, et qui professe la doctrine de Platon sur la Communaute, pendant que tous les Philosophes Chretiens la prechent au nom de Jesus-Christ !

11 est vrai que, tout en fondant des miUiers de Communautis religfeuses, les Pretres Cliretiens veulent accaparer pour eux toutes les richesses, qui deviennent leur propriete, etque les Barbares repoussent aussi la Communaute de bicns : mais lambition et la cupidite des Pretres et des Aristocrates , pas plus que cdle des Barbares, ne prouvent certainement rien centre la Communaute.

Que ne puis-je vous citer ici I'opinion de tous les Peres de VEglise, et les discussions des Conciles, sur cette question de I'figalite etde la Communaute I

Mais voyez , des 1143, Arnaud de Brescia preciier dans Rome la Reforme et le retcur a la doctrine de J.-C. et de Platon , c'est-a-dire a I'Egalile, a la Fralernite et a la Communaute de biens !

Voyez des miWievs Ae faudais on iVAlbiffeois, en France; un Predicalenr anghiis suivi de 100,000 hommis, le docteur fVideffei des milliers de Lollards en Ansleterre; Jean Huss et des milliers de Hussilcs en Allemasne, preciier ou adopter la meme doctrine et braver pour elle tous les supplices!

Tous sont briiles, ou extermines, ou reduits au silence : mais la Reforme n'en fuiira pas moins par triompher!

Et avant cette reforme, quand I'Amerique est decouverte, en 1492, on trouve un immense Empire, de 1,300 lieues d'etendue, le Perou, dans lequel, depuis plus de 400 ans, on pratique 1 Egalite de fortune et la Communaute de biens; « dans lequel on ne vit jamais (dit Robinet " ) ni faineants, ni voleurs, ni pauvres, id mendiants : phenomIne qui parait conlredire les verites les plus lumineuses , en presentantune organisation sociale et politique qui surpasse toutes les speculations des pliilosophes, des savants et des legislateurs de I'antiquite celebres avec tant de veneration dans 1 histoire de I'ancien monde ! »

Mais voici maintenant Thomas Morus qui , dans son vtopie , repete, avec Socrate et Platon, que la Propriete est la cause de tous les maux , et qa'il n'y a pas d'autre remede que la Repuhlique et la Communaute.

Son UtDpie est un rowan destine i niontrer une grande Communaute en action, sans monnaie, mais avec I'education pour base, avec la communaute df travail, avec TEijalite parfaite de droits, de fortune et debonUeur.

♦ BiWothicjuede i'hoinme d'£(a(.

«. Ailleurs , dit-il , on voit cles nobles, etc. , qui sont riches et heureux, tanilis que les pauvres uuvriers sont plus mollieiireiix que les bales de charge et de voiUire... Les riches pilient les puuvies et decorent leurs violences et leur pillage du litre de Icgalile.... Quand je considere toutes ces autres Republiquts ( common- weallhs ) , reputees florissantes, qui couvrent la Tcrre, je n'y vols qu'une sorte de conspiralioyi des riches pour tout accaparer, sous Je beau pretexte du bien public , pour retcnir ce qu'ils out illegilimement amasse, et pour depouiller et exploiter les pauvres.... Des que les riches ont consacre lems usurpations par des lois, qui sont leur ouvrage et qu'ils prelendcnt laites dans I'interet general , leurs usurpations deviennent legitimes.... Et cependant tt% mechants riches , <\\\\ prennent tout, ne sont pas aussi heureux que les Ctopiens qui, en supprimant la monnuic, ont supprime tons les soucis, tous les vices et tous les crimes.... J.-C. , qui savait bien ce qui coiivienL le mieux aux hommes.a rccommande la Communautc; et il aurait utopianise I'Univers si I'Orgueil des riches ne Ten avail empeche.

« .... Vamour-propre empechera probablement la Communaute de fairc le bonheur du Geni^e hutnain.... Mais, quoique sans beaucoup d'cspoir, je souliaite que le monde puisse s'utopianiser. »

Telle est, en substance, VUtopie de Thomas Morus.

On y trouve sans doute des imperfections , des choses de detail inuliles ou manvaises, soil pour son temps, soit pour le notre surtoul : mais e'est le premier ouvrage oil Ton trouve la Communaute yppliquee a une Nation toute entiere, et a une grande Nation ; c'est le p'us grand pas fait par Tindependance de la raison, par la morale, par la philosophie et par la politique; et lesprincipes fondamentaux de I'Utopie nous paraissent le progres le plus avance de I'intelligeuce humaine et la destinee future du Genre humain.

Et a quelle epoque cette grande idee est-elle con^ue ? — En 15i(S avant la Reforme, quand Tignorance et la barbaric n'ont pas encore disparu, quand le despotisme sacerdotal, royal et arislocratiquu opprime presque toute la Terre 1

Et quel est I'auteur de cette Utopie ? Est-ce un proletaire , un anarchiste, un revolutionnaire , un athee...? — C'est un homme que sa vaste instruction , ses talents , ses ecrits , rendent bientot celebre, et que ses vertus surtout elevent successivement aux fonctions de Sherif, de membre du conseil privn du Roi, d'Ambassadeur, de Depute, de President de la Chambre des Communes , enfin de Chancelier d''Angleterrc (premiere place du royaume apres celle du souverain), favori du redoutable Henri VIII I

11 a trenle-six ans, occupe deja le poste d'ambassadeur et s'est d^ja rendu celebre par d'autres ouvrages , quand il publie son l/'<o/iie;et cette publication n'empoche pas Henri VIII de le choisir pour son principal ministrc I

Celle Utopie excite I'etonnemcnt el Tadmiration du monde savant

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