‹ Voyage en IcarieChapitre 127 sur 156 · THOMAS MORUS · texte numérisé non relu

THOMAS MORUS

et philosophe, surtout hors de I'Angleterre *. On en parle tant, elle est si coiinue , que son nom passe dans la langue comme nouveau substanlif ; on dit sans cesse une Utopie pour dire une perfection nouvelle et imaginaire ; car les roiset les arislocrates reconnaissent bienque I'innovation de V Utopie serait une perfection, mais ils soutiennentet repetentqu'elle est impraiica6?e comme celle de Platon.

Et voyez encore quel homme est ce Thomas Morus 1 E ninemment religieux , chretien , catholique , convaincu que le Pape est le soul chef legitime derfiglise, adversaire du protestantisme naissant, le chancelier d'Angleterre prefere la disgrace de son roi et la mort meme a un mensonge I Henri VIII s'etaut declare Pape anglais , ayant repudie sa iemme Catherine d'Aragon , pour epouser Anne Boleyn, malgre I'opposition du Pape , et ayant prescrit un serment pour reconnattre son divorce, son manage et sa Papaute, Thomas Morus refuse de prefer ce serment que chacun prete , et donne sa demission plutot que de mentir a sa conscience. Sa reputation de sagesse et de vertu est si grande et son exemple peut etre si contagieux que Henri VIII le fait arreter. La menace d'un proces criminel, puis d'une condamnation , n'ayant rien pa snr !ui , il est condamne par une Commission a etre pendu, a etre mutile quand il serait encore a moitie vivant,aavoirle ventre ouvert, les enlrailles brulees, les quatre quartiers de son corps attaches aux quatre porles de Londres, et la tete exposee sur un pont au bout d'une pique. — Get horrible et barbare supplice ne pouvant encore lui arracher le serment exige , le tyran commue sa peine en simple decapitation ; et rex-chancelier d'Angleterre perit , en 1535, comme Socrate et comme Jesus-Christ, admire partout comme un sage, et venere par les catholiques comme un martyr.

Voila I'auleur de V Utopie, ami du celebre Erasme qui I'admire, I'un des hommes dont la science, la sagesse et les vertus font le plus d'honneur a I'Angleterre , I'un des Genies amis les plus desinteresses et les plus devoues de I'Humanite (bien autrement digne d'une Statue qua ceux qui decouvrent des machines en cherchant la fortune), un nouveau Lycurgue, un Solon, un Pythagore, un Socrate, un Platon , et je dirai presque un Jcsus-Christ 1

Je vousledemande, que sont les detracteursdert/fo/Jte compares a Thomas Morus?

Je puis voiis faire les memos reflexions a I'egnrd du moine nnpolilnin Campanei.i.x, mort en 163n, r. lelirc prir son esprit et son savoir, qui, e nli I'me 27 ans dans les cacliols de 1 hujiusilion, considtrant sa prison comme son tom-

* Jusqu'auiourd luii elle eiit phis de 15 editions latities, plus de 9 editions aoglaises, 3 Irancaises, et 1 ilalieuue.

m PHILOSOPHES.

beau, s'occupant uniquement du bonheur de rHumanite, et mMitant longtemps et sanslivres sur ses manx et leurs remedes, redige une R&publique oil Ciie du Snleil, fondee, comme celies de Platon etde Th. Morus, sur la Commuimute de biens !

Et je vous en citerais d'autres du meme genre! Mais voyons d'abord la Rifornie.

Que ne puis-(e vous retracer les doctrines de Luther, de Zwingle, de CaU vin, de Servet,Ae cent autres reformateurs ou apotres de la Reforme! vous verriez que c'est la doctrine de Platon et de J.-C., I'figalite, la Fraternity, la Communaute de biens!

Mais ecoutez le cure Muncer, qui s'ecrie en AUemagne : « Nous sommes tons freres : d'oii vient done cette difference de rangs et de biens que la tyrannic a introduite entre nous et les Grands du monde? Pourquoi gimirions-nous dans la pauvrete et serions-nous accables de maux tandls qu'ils nagent dans les dclices? ^'avons-nous pas droit a Vigalile des biens qui, de leur nature, sonl tails pour etre partages sans distinction cnlre lous les hommesJ Rendeznous, riches dusiecle, avarcsusurpaleurs,vcni\ez-no\x& les biens que vous retenez avec tant d'injustici! Ce n'est pas seulement comme hommes que nous avons droit a une egale distribution des avantages de la fortune; c'est aussl comme Chretiens!

« Rcdemandons notre liberie les armes a la main; refusons les impots qui nous accablent (car I'impot est la cause determinante de presque toutes les revolutions); et mettons tons les biens encommun! »

Re^u comme un Prophete, il a bientot une armee d'Anabajplistes, qui accourent de toutes les parties de I'Allemagne et qui proclament la Conwiunauie jusqu'a ce que plus de 3,000 soient tues dans une bataille, les autres disperses et Muncer execute.

Deux autres Apotres reunissent plus de 40,000 Anabaptistes en Souabe et en Franconie, et lont triompher leur doctrine jusqu'a ce qu'ils succombent avec le devourment des martyrs.

Jeim de Leyde recommence le combat avec une autre armee et s'empare de la ville et de TEveche de Munster jusqu'a ce que, livre par un traitre, I'Eveque lui fasse dechirer le corps avec des tenailles ardentes et fasse suspemlre son cadavre dans une cage de fer au haut d'une tour.

Toutes ces defaites n'empechent pas I'Allemagne el le Nord de se convrir d'Anabaptistes : oiais ils finissent par succomber et par etre persecutes partoul.

« Que de reflexions s'olfrent ici (disent les auteurs de la Bibliotheque de Vhomme d' ttat) sur leshorreursdufanatismc,sur I'abns de la Religion, sur la necessile de Vinstruclion publique et sur les occasions de suulevcmenc que lournissent I'exces des impots, le faste insolent des riches et rcxTR^itiE iuiserb

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