D£S PAUVRES
Pour moi , je vous cite ces fails, ni pour approuver ni pour bid mer, mais uniquement pourmontrer combien I'figalite etlaCominunaute de biens ont cu de partisans.
Les Riches combatlenl les Novateurs ; c'est tout simple : ils sent plus habiles, mieux disciplines et vainqueurs ; c'est tout simple encore : mais la guerre prouve I'horreur du Peuple pour I'Inegalite gans que la victoire en prouve la justice.
FfeNELON, FLEURY. 483
• Persecutes partout, les Anabaptistes se transforment en frh-es Moraves, fliii renoncent a h violence, mais qui conservent leur amour pour la Fraternite et qui organiseiit plusieurs Coinmuiiaules de 1,000 a 3,000 ouvriers.
n Mais, en Angleferre, oil, des 1381, un Predicateur a pn conduirea Londres plus de 100,000 Iiommes sous 1p drapeau de Vigalite, et oil. en 1399, le doclrur fficleffi pii former une nomlreuse secte de Lollards, partisans de la Communaute; la doctrine des Anabaptistes ou des freres Moraves est repandue parun simple ouvrier, Fox, qui foude la nouvelle secte des Quakers , d'oh sortent bientot des armees de Purilains et de mveleurs (Levellers;, tandis que tous les Protestants, c'est-a-dire des millions d'liommes en Europe adoptent plus ou moins les principes de 1 Egalite , de la Fraternite et de la Communaute. I)
Et Ton ose dire que rfigalit6 de biens et la Communaute n'ont pas de partisans I
Et ce ne sont pas seulement des proletaires, des pauvres et des ignorants , mais des riches et des nobles, des Philosophes et des Pr(}tres qui professent ces principes.
Ecoutez, par exemple, Massillon, et surtout le pere Bridaine, foudroyant I'Aristocratie !
Ecoutez rfiveque de Cambrai,FENELON, etsurfoutl'AbbeFLEURY qui , apres avoir raconte la Communaute de biens instituee par Jesus-Christ et pratiquee par ses Apotres et par les premiers Chretiens, s'ecrie :
« Voila done un exemple sensible et reel de cettc igalite de biens et de cctte vie commune (\ue les Lcgislaleurs et les Pliilosoplies de rantiqiiitc avaient regardt^es comme le moven le plus propre a rendre les hommes heuieux, mais sans y pouvoir alteindfe... \h voyaient bien que, pour faire une societe parrAiTE,il tallait oter leiienel le mien e\.\ons[iiinlei etsparliculiers :nvd\s\\ n"y avail que la grace de J. -J. qui pflt changer ks cceurs et guerir la corruption de la nature. Aussi la source de cette communication de biens enlre les Clinitieiis de Jerusalem etait la charity qui les reudait tmis freres et les unissait commc en une seule famille oil tons les enlanls sont nourris sur les memes (Hens par les soins du Pere qui, les aimant tous egalement, ne les laisse manquer de riea. a
Et voycz les Jcsuites, qui organisent la Communaute de biens et de travail an Paragla"^ , et qui la font pratiquer a 29 Peuplades composant 32 bourgades, comprenant 22,761 families et 121,000 tetes!
Et voyez la Pemylvanie, colonisee par des Anabaptistes, des freres Moraves, des Quakers, qui y etablissent TEgalitc, et par une secte allemande, les Dumplers, qui pratiquent la Communante dans une villa bMie par eux et appclee
EfPHRATli!
Mais revenons au temps de la Reforme, etvoyons les Philosophes ellesfccnvains.
Je ne vous parle w\ de Bodin, premier auleiir politique moderne qui, dans sa ni'publiqm, declare I'Egalite de biens impossible tout en reconnaissantque Vopuloice des uns et In misere des anlres sont la cause des sfditions; ni de Lunquet qui, en 15sl, prociame nettement la souverainete du Peiiple, et soutient que le pouvoir social n'a cte coidie que pour ildendre les pauvres contre les riches, ni du Cliancclicr Fr Bucun qui, dans sa nuiivdlc J dannque , veut qu'on assure a chacun dts moyens de subsislance, qui reconnait que la iuiscrc et le mecoiitentement sont la cause des troubles , et qui dcmande rorganisalion d'unc suciele desavavis charges de recueillir toufes les connaissances des autres pays et de faire toules les experiences necessaires pour arriver a des decouvertes ; ni d<' L\ Boetie, qui ressuscite les priucipes republicains dans son Traite de la servitude persunnelle.
Mais i'arrive au Hollandais Grotius, rcfugie a Paris, qui passe pour le plus savant liomme de son temps; qui excite I'admiration et renlhoubiasme d:s conteinporains en separant le droit nuturel ou divin du droil hiimain; qui Ic premier prcsente uu sysleme complet de druit nalurel; et qui, dans son TrailH de la guerre et de la pnix , public en 1625 et dcdie a Louis XUI dont il revolt une pension, rcconnail (tout en voulant favoiiser la Royaute qui le solde) que Dieu a etabli la Communuule des biens, et que cetle Communaute de la terre subsislerait encore si les vices u'eussent pas rompu le lien (ie I'amitie fraternelle : il pretend que la Propriete resulte dun partage qui s'esl opere enlre toutes les INatioiis et d"nu sous-parluge egul enlre toutes les families, a la cou dition que, dans les cas d'exlrimenecessitc, les bieus seront toujours consideres comme communs.
Feu apres, des 1631 , 1'anglais Hobbes, prenant aussi parti pour la Royaute contre les Republicains qui la menacent en Angleterre, prcconise la monarchie absulue dans sa Rcpublique intitulee De Cive (Ai\ Citoyen), puis dans son Leviuifuin, Pl soutientque I'homme nait »!ec/(«?)^ Cependant il reconnait aussi que les liommes sont egaux par la nature; qu'ellea doinie a tou.s le droil a tol't; et que Vinegalite est I'effet de la SuriMi et de la mcchancetc. « Qui a assigne, dit-il , des r(mgs et des proprielesa cliaque particulicrl' Pourquoi i-'s ims dans Vopulence, les autres dans la mediucrite ou Viitdiqencc? Pourquoi des mailres, des valets et, des esclaves? Par la mechaticele des hommes!
Mais Harrington refute la doctrine de Hobbes sur la monarchic absolue, rt public sa lU'pi'iblique d'OcEAW (1656), arrangee pour elre immediatement appliquee a rAngletcrre qu'il espcre faire adopter a Cromwell, et dans laquelle, reconnaissant que lAristocratie hercdilaire et llnegalite de lortunc sont la cause de loules les revolutions, il elabllt un maximum depruprielc iinmobiliere de 200 uu 500 fi . de revenu, la snuverainete du Peuple, le sutTra^'e universcl, un Senat de 300, une Cliambre de KUGO Deputes un Conseil executif de sept inembres, tous electifs ettemporaires, sans aucune hercdite, avcc une education commune.
Et quel est ce republicain Harrington , partisan de I'Egalite de fortune? — Un noble, lie avec le Roi Charles l" qu'il accompagne jusqu'a I'echafaud , a qui les Courlisans de Charles 11 reslaure demandenl ses idees pour les communiquer au monarque , et qui meurt \iclime de son devouement a la liberie