LOCKE, CONDORCET
N'admirez-voiis pas aussi Sidney, fils dii Comte de Leicester; Repiiblicain sous Charles I' ; qui, dans son Discourssur le Gouvernement, saisi manuscrit parmi ses papiers, soutient avec entliousiasnie la souverainete du Peuple; qui vante la liberie comme le plus precieux des tresors: et qui peril martyr en 1683!
N"a(lmirPZ-vous pas encore limmortel Milton qui, charge par le Parlcment de r:>pondre a la Difmse du rui Charles 1'' redigee par Saumaise a la sollicitation de Charles 11 , redige , en 1651 , la Difmse du Peuple anglais, dans laquelle il soutient que les Rois sont, non les Peres mais les fils du Pelp. e qui lescree; que le Peuple comprend indistinctement tous les citoyens; ct que, si le peuple a desdefauts, ces defauts sont IV/^iire et le crime du despotisme.'le resultat du luxe et de la misere! Averti par les medecins qu il pcnlra la vue s'il continue d'ecrire, il repond quil ne peut balancer entre son dtvuir et ses yeux , et devient aveugle en effet ; a la veille meme de la Restauration, il brave sa vengeance en publiant un plan de fiepublique!
Mais void Locke ! Adversaires de I'Egalite etdela Communaute, dcoutez Locke, I'une des gloires de I'Angleterre, I'une des plus bril lantes lamieres de la Philosophie ! Ecoulez-le proclamer au peril de sa vie, sous Charles II, la souverainete du Peuple, I'Egalite, la Communaute de biens naiurelle et primitive , et les usurpations des riches! Ecoutez-le s'ecrier dans son admirable Gouvernement civil:
« Celui qui possede au-deld de ses besoins passe les bornes de la Raison et de la Justice primitive, ct enleve ce qui apparliou aux auires. Toute supcrfluite est une islrp.vtion; et la vue de 1 indigent devrait eveiller le remords dans Tame du riche. Hommes pervers(\m nagcz dans Vt/pulenccei les voluptes, Ireniblez qu'un jour Tinfortune qui manque du neccssaire n'apprenne a con- Jiaitre vrairaent les drcnls de I'homme! »
Ecoutez-lc s'ecrier encore :
u Lafraude, la mauvaisefoi, I'avarice ont produil cette inegalile dans les furtunesqiii fait le m.vlheur de I'espece humaine en amoncelanl d'uncote tous les vices avec i.es richesses, et de I'aulrc lous le^ maux avec la misere. Le Philosophe doit done considerer I'usage de la monnaie comme une des plus ruNESTEs inventions de I'industrie bumaine ! »
Ecoutez-le s'ecrier ailleurs :
0 Les seditions sont ton jours la /"aw^e des Gouvernement s... Des qu'iin Roi devient despote on tyran, il se rera//e contre le Peuple, il abdique, il se detrone lui-meme... Un Peuple insurge est un souveraiii qui se delend contre I'oppression de son commis! »
Ecoulez aussi Condorcet s'ecrier :
« Beaucoup d'ecrivains (Grotius, Hobbes, Earbeyrac, etc.) prcferant la pension des Rois au bonUeur des Peuples, ont livre les Peuplcs aux Rois : combien Locke nc mcrite-t-il pas \ admiration et la reconnaissance des Peuples pour les avoir defendus contre les Rois avec les armcs de la Raison et de la Morale ! B
Et Locke nous apprend que Ytveque Billon, Bracton, Fortescue el I'auteur du Miroir ont ecrit dans le meme sens !
lEcoutez encore I'^De^we anglais Cumberland qui, dans son Traiti philosophy que des luis naturelles, piiblie sur la fin du xvii' siecle, fonde loute la morale sur ce preceple divin de la bienvdllance universelle ou de la fraternite, de I'Egaliteet du bien commiin de lous, et qui reconnait que Dieu a fait la terre commune d tous; que tous ont eii droit au partage; que ce partage a eu lieu pour assurer a cliacun perpeluellement sa part ou sa propriete; qu'ainsi il ne devrait pointy avoir de pauvres; que cependant il faut, pour la paix, respecter les proprietes actuelles; mais que le Riche doit donner au pauvre son
SCPERFLU !
ficoutez le baron de Puffendorf, professeur de droit naturel en AUemagne, el Conseiller d'Etat a Stockholm et a Berlin, qui, dans son Droitde lanatureet des Gens, piil)lie la memeannee, refute la doctrine i'Hobbes et de Grotius sur la monarcliie absolue, qui proclame VEgalili naiurelle, la Fraternite, la Communaute de bicns primitive; et qui reconnait que \apriipriete est une institution Iiumaiue; qu'clle resulte dun partage consenti pour assurer a chacun et surtout aux travailleurs, iinc possession perpetuelle, indivise on divise; et que par consequent I'inegalite actuelle de fortune est une injustice (\u\ n'e.ntra\ne les autres inegalites que par Vinsolence des riches et la Idcliele des pauvres .'
Et Barbeyrac en HoUande (quoique pensionne par le P.oi d'Angleterre auquel il (ledie son ouvrage), rillustre fTolff^en AUemagne, Burlamaqui a Geneve, Falel en France professent les memes principes sur le droit naturel!
Et BossuET , I'evfique de Meaux , le precepteur du Dauphin de France , le celebre Bossuet , dans sa Politique tiree de VEcriture- Sainte , redigee pour I'inslruction du Dauphin , ne reconnalt-il pas aussi que :
« Sans les Gouvernements, la Terre et lous les biens seraient aussi communs entre les liommcs que I'air et la lumiere : selon le droit primitif de la nature, nul n'a de droit particulier sur quoi que ce soil; tout est a tous; et c est du Gouvernement civil que nail la Propriiti! «
Vous pensez peut-etre que la Republique de Platon , I'Utopie de Thomas Morus , la Republique du Soleil de Campanella et la Republique d'Oceana par Harrington, sont les seuls romans politiques de ce genre : mais il y en a bicn d'autres , parmi lesquels je ne vous citerai que ceux qui paraissent sur la fin du xvii' siecle ou dans le xviii% et qui sont fondes sur Tfigalite et la Communaute de biens.
La Republique des Sevarambes, publiee a Bruxelles , en 1677 ; — le Miroir d'Or, public en AUemagne , par Wieland ; — la Republique des Philosophes (ou les Ajaoicns), attribuee a Fontenelle ; — la Republique des Cessares, pubhee a Londies, en 1764, — et la Basiliade, de Morelli, publiee en 1753.