‹ Voyage en IcarieChapitre 130 sur 156 · HUME , MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

HUME , MONTESQUIEU

La R6publique des Sevarambes , publiee en frangais , en allemand, en italien et en anglais, etant attaquee en Allemagne par un journalisle de grande reputation , des savants illustres , et notamment le celebre Thomasins , prennent publiquement sa defense et celle de la Communaute,

« Tous ces trailes politiques (disent les auteurs de la Bibliotheque de I'homme d'itat) sous forme de romans, admettant la Communaute de biens, sent trop legeretnent rejetes comme n'ayant presque aucune application possible k rotre etat de societe el ^ nos Gouvernemenls : on Ics traite de reves honnetes, sans reflechir que les systemcs decousus de nos penscurs en litre sent souvent fort au-dessous de ces reves dun honnete liomme... Quoi qu'on en puisse dire, et que ces plans soient praticables ou non, ils contiennent toujours des vues dignes d'une serieuse attention de la part des Legislateurs. »

Du reste , remarquez que I'auteur de la Republique des Sevarambes rappelle, d'apres Justin, Cesar etlAciTE, que les premiers Peuplcs d' Italic, les anciens Germains, et tous les premiers Peuples^ ont pratique la Communaute de biens.

Je ne vous dirai qu'un mot de la Republique parfaite du celebre David Hume , qui soutient que c'est un prejuge et une erreur de croire la Republique impossible dans un grand etat comme I'Angleterre ou la France, et qui propose immediatement pour la Grande-Bretagne une Republique fondee sur la souverainete du Peuple; sur la division duterritoire en cent Provinces ou cent Republiques, subdivisees chacune en cent Paroisses ; sur le suffrage universel ou presque universel, et sur I'election annuelle de toutes les autorites quelconques, elues par dix mille Representants elus euxmemes par le Peuple.

Apr^s tous ces romans politiques, je voudrais pouvoir parcourir avec vous le Theatre republicain et democratique , les tragedies de Corneille, de Crebillon , de Voltaire , en faveur de I'figalite.

Mais je me h&te d'arriver aux grands Philosophes du xvm' siecle, et je commence par Montesquieu.

He bien ! que dit ce baron de Montesquieu , ce President du parlement de Bordeaux, cet Aristocrate de naissance et de position, cet immortel auteur de cet Esprit des lois qu'on appelle le chefd'ceuvre de V esprit humain ? ficoutez !

liVEgaliie naturelle et les lois de la nature sont anterieures ^ la societe et aux lois positives... Tous les ciloyem doivent avoir le droit de donner leur

volx pour choisir leurs Representants, excepte ceiix qui sonl dans un lei ^tal de bassesse qu'ils sont reputes n'avoir point de volonti propre... L'election des Reprt'srnt.ints est ires a porlee du Pcuple... Le Peuple est ftrfmfraft/epourfaire des elections et clioisir ceiix a qui il doit confier quelqiie partie de son autorite.... A Rome Servius Tullius fit une classification aiistocralique qui donnait aux riches le monopole du droit electoral... Des qu'il faut un cens quelconque pour etre ('lecteur, il y a Jristocralie... La meilleure Aristocratic est celle oil le cens electoral est extremement faible et le nombre des non-electeurs extremement petit...

» La Crete, Spartc, la Pensylvanie, Ic Paraguay sont des cxemples de ce que pent Yeducatiun... Quant au Paraguay (ou les Jesuiles out ctalili la Communautede biens), on a voulu faire un crime aux Jesuites d'y avoir surtout clierclie le plaisir de commander ; mais il sera toujours beau de gouvcrner les liommes en les 7'endant idus heureux (par la Communaute) ! 11 est fjlvrieux pour eux d'avoir ete les premiers qui aient montre dans ces conlrees I'idce de la religion jointe a celle de I'humanite. lis out entrepris de grandes clioscs, et ils out rcussi : ils out retire des bois des Peuples disperses, leur out doiuie une suljsislance assuree, les ont velus, et ont augmente lindustrie parmi le* liommes. »

ficoutez, ecoutez!

« Ceux qui voudront faire des institutions pareillcs etabliront la Communaiile de Wras de la Rqiublique de Platon, ce respect qu'il dcmandait pour les Dieux, cette separation d'avec les etrangcrs pour la conservation des moeurs, et la Cite faisant elle-meme le commerce a Lexclusion des citoyens; ils donneront nos arts sans noire luxe, et nos besoins sans nos dcsirs; ils proscriront I'arfient, dont I'eflet est de grossir la furlunc des liommes au-dela des bornes que la nature y avait mises , et de nous corrompre les ims les autrcs.

» Ces sortes d'institutions peuvent convenir dans une Repnblique, et peuvent avoir lieu dans un petit Etat , oil Ton pent donner une education generale, elever toutiin peuple comme une seule famine, et faire les cchanges rapidement et sans monnaie. (Cela pent se faire dans un grand pays.)

» Comme les liommes ont renonce a leur iudependance naturelle pour vivre sous des lois politiques, ils ont renonce a la Communaute naturelle des bicns pour vivre sous des lois civiles : de la la Propriete.

» L'amour de la Democratic, c'est Tamour de Y£galit6 el de la frugalite; cliacun doit y avoir le meme bonheur et les memes avuntages, et y goiiter les niemes plaisirs en y formant les memes esperances.

« Une Egulile reelle et parfaite est si difficile a etablir qu'une exactitude extreme ne conviendrait pas toujours ; il suflit qu'on etablisse un cens qui reduiseou^cpe les limit es ; aprcs quoi c'est a des lois paiticulieres a egaliser, pour ainsi dire, les inegalites par les charges qu'iHes imposeiit aux riches et par le soulagement qu'elles accordent aux pauvres

» Les \ois agraires , ou du nouveau partage des champs, demandees avec tant dinstance a Rome, elaient salutaires deleur nature: elles ne sonldangcreuses que comme action snbite.

B Romulus, [Numa et Servius Tullius partagerent egalement les terres enfre les Romains, et voulurent que chaque famille conservat son lot; mais il fut ensuite permis d'en disposer par testament, et cetie permission introduisit la FUNESTE dilTerence entre les riches et les pauvres : plusieurs lots furent reunis ensemble sur une meme lete ; des citoyens cureiit trop,iine infinite d'autres n'eurent rien. Aussi le Peuple , continueltement prive de son partage, demanad-l-il sans cesse une nuuvelle distribution des Icrres. »

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