CONVENTION. S
tement i la formation de la loi et 4 la nomination des Representants du People.
» Tous !es devoirs dc rhomme et du citoyefl derivent dc ces deux principes : iVe faites pas a aulrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit,/ai7es conslammeni aux aulres le bien que vous voudriez en recevoir.
(D'ou la consequence que e'est un devoir de consentir a VEgaliti de fortune.)
I) C'est siir le maintim des PropriStis que reposent la culture des terres, loutes les productions, tout moyen de travail et tout I'ordre social. »
Comme s'il ne pouvait y avoir ni culture , ni production , ni moyen de travail , ni ordre social avec la Communaute 1 Mais la Convention veut repousser la Communaute sans dire son veritable motif, qui estl'egoisme et I'opposition des riches.
Je ne vous parlepas du plan de P.-L. Lacretelle, sur Tinstruction publique (1790), ni de celui presentepar Talleyrand a I'Assemblee constituante (1790).
Mais ecoutez le Comite d'mstruction publique presentant a TAssemblee legislative son Rapport sur le plan d'fiducation redige par Condorcet (20 avril 1792) :
« 1,'Education publique doit offrir h tous les indivldus les inoyens de pourvoiraleurs besoins , d'assuver leur bien-elre,Ae connailreet dTexercer leurs
droj7s, d'entendre et de remplir leurs devoirs EUe doit etablir, cntre les
citoycnSjUne Egalite de FAiT,et rendre heklieV Egalite politique reconnue par la Constitution... Tel doit etre le premier but d'une Instruction nationale; et, sous ce point de vue, elle est, pour la Puissance publique, un devoir de justice.
» Trcnfe et un mille 6coles primaires, cinq cents icoles secondaires , cent Inslituls , neuf Lycees et un Imtitut national composent le systeme d'educalion publique et gratuite.
B L'une des quatre classes de I'lnstitut national, celle des sciences morales et politiques , coniprcnd : 1° ia metapliysique et la theorie des sent.ments moraux; 2" le droit naturel, le droit des gens, et la science sociale ; 3° le droit public et la legislation ; 4" Veconomie politique ; 5° Ihistoire. »
ficoutez 1
« L'Assemblee nationale, reconnaissantc envers les sciences et la Philoso- PHiE , dont les lumieres ont produil la devolution frangalse et fonile la liberie et TEgalite, declare que les lonctions dans I'lnstruclion publique sont les plus importantes de la Societe, et elle met tous ceux qui les remplissent au nombre des fonclionnuires publics. »
Ecoutez un autre Comite de rinstruction publique presentant, le
85 join 1793, a la Convention, son Rapport sur le projet pr^sent^ d'abord par Michel Lepelletier ;
« L'education doit etre gratuite,litteraire, intellectuelle, physique, morale el indiistrielle.
» Les eleves doivent etre exerces k la dame et au chant , de maniere k pou- VOlr figurer dan^ \es fetes nationales.
» La societe scolaire doit etre modclee sur le plan de la grande Society politique et republicaine.
» II taut de nombreuses /e7es nationales, nolamment celles : — du perfeo tionnement du langage, — Ael'6crilure, — dc Vimprvnerie, — dcs droits de i'homme,— de I'institution des assemblees primaires et dc la souverainete du Peuple , — des ilecliuns populaires , — de I'Egalite, — de la Liberie , — de la Juslke, — de la Puix, — de la I^ature, — Ac la Frutcrniie, — de la destruction de I'Aristocratic, — de la Revoluiion au 14 juillet, — de Yabolilion dc la HvyauteBiU lOaout. »
ficoutez B. Constant, dans sa brochure ne Pan 3 (1795), sur la force du Gouvernement republicain :
« De nombrcux et infaligables echos nous repetent sans cesse que la Repu- Uique est iaipossible en France.
n Tout ce qui n'a pas existe parait impossible : I'lustoire n'offre pas d'exemple dune Republique de 25 millions d'hommcs; on en conclutaussitotqu'uneRepublique de2j millions dliommes est une chimere.
» Cependant , quand on pense que les revolutions physiques de la Terre, les calamites politiques des Nations, les bouleversemenls dis Societes, out mis cnlre nous et la connaissance de tout cc qui remonte au-dcla de 4,000 ans une barrierc insurmontabIe,on est etonne de la presotiiptiun dcs hommcs qui s'autorisent de ce qu'ils n'ont pas vu pour decider dc ce qui est impossible, et qui croient colorer \mr a7'rugance en la mettant toule en negations.
» lis paraissent surtout absurdes lorsqu'on reflechit que I argument qu'ils cmploient a ete employe il y a cent, deux cents, mille ans, el qu'ainsi des theories anterieures out successivement argue AHmpossibililes toutes les decou- Vertes del'espritet toutes Icscombinaisonsdu hasard.
» Avant la formation dcs grandes Societes, on atiirmait sans doulc qu'une Societe nombreuse m pouvait subsister, et Ton s'appuyait de I'experience Le vulgaire de chaque siecic cite avec emphase le passe contre luvenir; ccUii qui lui surcede le voil dementi par Tevencmcnl : mais, en insultant a son crreur» il I'iuillc; et depla^ant seulement ses negations, il n'en poursuit pas moins inl'atigablement ses proscriptions prophetiques.
» Si la Royauli absoiue, telle que nous I avons vue en France, n'avait jamais existe, son iwpossibiliie paraitrait evideule. Quand on rrflechita I'idee de confer a la volonte d'un sciil la destinee de tous, on sent qu'il ne lui manque que d'etre nenve pour paraitre absurde.
» Si celtc Pioyautc n'avait exisle que dans de petits Etats, on ferait conlre la possibilite de constituer 25 millions d'h'jmmes en monarchie, cent raisonnemenls spe cieux qui n'en seraicnt pas moins errones.
» En un mot , rien ne prouve et rien ne peut prouver que la Republique est impossible en France.
» Et si la Republique qui s'eleve eprouve tant d'enlraves et suitout rencontre encore tant d'inertie , c'est a Vcducaiion inonarchique qu'il faut sen prendre.
B. CONSTANT, NAPOLfiON. 5H
» On peul dire meme que la sublime decouverte du systeme Representatif ap\i\\que kU Fepublique , en conservant le but sublime de I'ambition republicaine et en motlerant sa fermentation , etablit un juste milieu (entre la morarchie et la democratie pure) , et que cet avantage est en raison de Vetendue d'une Republique , parce que la grandeur des objets fait disparaitre les petites passions, exclut les pctits moyens , et met entre les hommes une distance qu ne leur permet plus de s'absorber dans leurs differends, leurs interets ou leurs jalousies personnelles.
» Jamais une idee mise en circulation n'a ete retiree ; Jamais une revolution fondee sur une idee n'a manque d'en etablir I'empire , a moins que I'idee ne fut incomplete : alors la Revolution n'etait qu'un symptome avantcoureur d'une crise , et elle s'est achevee des que I'idee complete est revenue i la charge.
» Celle de Tegalite est une idee-mere qui n'a jamais ete expulsee tout a fait du coeur de I'liomme; il a mcle cette idee a tout. II n'ya pas une religion naissante qui n'ait comacre VEgaliie , et il a toujours fallu que la fraude sacerdotale denaturat eusuite linstilution religieuse pour ecarter VEgaliie.
» L'origine de I'etat social est une grande enigme; mais la marclie de la Societe est simple et uniforme : au sortir du nuage impenetrable qui couvre sa naissance , nous voyons le Geiire humain s'avamer vers l'ega.lite sur le debris d'institutions de tons genres-
» Cbaque pas qu'il fait dans ce sens est sans retour. Si quelquefois on croit apercevoir ui ■I'ouvement retrograde, c'est qu'on prend le combat pour une defaite et I'agitation de la nelee pour une fuite.
i> Mais les Casfes, la servitude, la feodalite, la Noblesse, sont a jamais ancanties en France.
» On croit pouvoir recomposer le prestige de la Noblesse, en la decorant du nom specieux de magistralure heredilaire : c'est vouloir une nouvelle secousse.
» II faut enfin ceder a la necessiti qui nous enlraine; il faut ne plus meconnaitre la marclie de la Societe ; il faut ne plus amener, par de vains effuris de rey(sm?!ce, desluttes sanglantes, et ne plus faire aclieter aux liommes iettrs droits par des crimes et des calamites. »
ficoutez le Premier Consul Bonaparte, dans sa reponse au Senat (1 4 thermidor an 1 0) :
« La Liberie, rEcAiixE, la prosperite de la France, seront a I'abri des caprices du sort.... Le meilleur des Peuples sera \cplus heureux.
» Content davoir eteappele, par I'ordre de celui de qui Eout emane, a rumcner sur la Terre la Justice. Vordre et TEgaiite, j'entendrai sonner ma derniere heure sans inquietude sur I'opinion des generations futures. »
ficoutez I'ex-empereur Napoleon , a Sainte-Helene :
a J'ai constitue la nouvdle Noblesse pour ecraser I'andenne et pour satisaire le Peuple, d'oii sont sortis la plupart de ceux a qui j'en ai confere le titro, ct parce que le plus simple soldat avait le droit d'aspirer au litre de Due. Je crois meme que jai eu tort en cela ; car c'etait affaiblir ce systeined'EGXtiTB quiplaisait lant d la Nation *. »
• Voy. O'Meara, 1. 1, p. 161
Ecoutez Diderot, dans son Code de la Nature, ou plutot Morelli, veritable auteur de cet ouvrage publie des 1755 et invoque par Babeuf comme I'oeuvre de Diderot :
« L'esprit de Propriete ct A'interet dispose chaqne individu ^ immoler a son bonheiir Tespece ENTiERE.... La Pi'opriete est la cause generale et predominante de tons les desordres... Par elle les choses se troiivent mallieiireusemenl arrangees ou plutot boulevorsees de laQon que, en une infinite de circonstaiices, il laut qu'il naisse de viuknles el fuiigueuses secousses...
» Us ont allume rincenilie d'unc qrande cupidile; lis ont excite la faim,la voracite d'une avarice insaiiable; leurs loUes constitutions ont expose I'liomnie au risque continuel de manquer de loui : est-il etonnant que pour repousser ces dangers , les passions se soient embrasees jusqu'a la fureur? Pouvaienl-ils niieux s'y prendre pour que cet animal devurdc sa propre espdce?....
B II a lallu , a force de regies et de maximes, reboucher les ruptures d'unc digue imprudemment opposee au cours paisiblc dun ruisseau gonfle par cet obstacle et devenu par ses debordements une mer orageuse. »
Voyez-lc , plushardi que ses devanciers, proposer formcllement la Communaute comme possible et praticable.
« .Vindique le coup qu'il faut porter k la rac-ine de tons les maux : de plus liabiles que moi reussiront peut-etre hpersuader.
» Mortels laits pour regir les Nations, voulez-vous bien meriler ilu Genre humain en etablissant lo plus heiircux et Ic plus purfail des Gom\ ci'iicnicnls ?... Commencez par laisserjJirfjie liberie aux vrais sages CCallaquer les erreurs el les prejuges qui soutiennent l'esprit de Propriete... Bientot il ne vous sera plus difficile de iaire accepler a vos Peuples des lots a pen pres pareillcs a cellos que j'ai recueillies d'apres ce qu'il m'a paru que la Raison peut suggerer de mieux aux hommcs.
i> II ne s'agirait que de parvenir a faire Men entendre a la majorila Usee que cet ordre entretiendrait parmi nous une reciprocity de secours si parfaite que jamais aucun ne pourrait manquer non-seulement du neccssuire et de Vulile mais meme de Yagreable.
» Je le dis encore une lois , jc me persuade qu'il ne faut que cette conviction pour garantir la possibilile ; et je ne vols pas qu'il faille avoir des vcrtus cxtraordinaires pour adopter un ordre de choses demontre etre exclusivement celui oil Ton trouve le mieux-etre et le nee plus ultra du bonheur : il ne faut avoir que la vertu de s'aimer svi-meme, d'aimer son repos, sa tranquillite durable et entiere sous tons les rapports , d'aimer la plus grande somme possible de jouissance personnelle ; et cette vertu , la Nature a eu tres-grand soin de I'implanter dans le coeur de tous les liommes. C'est parce qu'elle y tient par un attachement extreme que I'aveuglement de la passion a conduit dans une lausse route; I'amour desoi a porte chacun a travalller pour grossir demesurement son avoir : on a pu croire que cetait la la seule maniere de faire arriver le plus grand nombre a un etat lieureux. Montrez qu'on s'est tronipe, persuudez bien chnciui qu'il est un autre moyen de faire atteindre la majorite au faiie du bonheur. Vous verrez que la masse, sans avoir besoin d'autre verlii que celle de I'amour de soi-meme , ne se fera guereprier pour adopter voire moyen.
» C'est Ires-peu de chose que les difficultes de detail qu'ils doivent icnronlrer dans les appliculiuns purliculiercs des lois pour les distributions des
MUUiiLLl , ANTONELLE. 513
princfpales occupallons, les moyens de pourvolr sulflsammenl aux besoins publics et particiiliers , et ceux tie laire egalemcnt subsister, sans confusion, sans (liscorde, une multitude dc Citoyens.
1) Tout cela n'est qu'unc simple affaire de denombrement de clioses et de personnes, une rimple operation de calcul et de combinaison, et, par consequent, susceptible d'un tres-bcl ordre : nos faiscurs de projels , anciens et modernes, out congu et execute des devoirs incomparablement plus difiiciles, puisque, outre les accidents imprevus, ils avaient contre eux les accidents de la iVature et les obstacles sans nombre qui naissent de I'erreur ot dont elle s'cmbarrassc clle-meme. Si Ion doit s'etonner, c'est que ces imprudents aienl reussi en quelque chose, a
C'est cclte doctrine que vont adopter Baheufei les Egaux , mais ccoutons d'abord Antojielle :
ficoutez Antonelle et Felix Lepelletier dans leur journal rOrateur pldbeien et le Journal des Homines Litres :
« I.e droit de Propricte est la plus deplorable creation de nos fantaisies. Je suis convaincu que I'etatde Communaute est \e seul juste, \e seul bon, leseul cunl'i.rmeaux purs sentiments de la J^alure, et que, Iiors de la, il ne pent exister de societes paisibles et vraiment heureuses (I'Orateur plebeien, n" 9).
» Lc nombre est infini de ceux qui adoptent I'opinion que les hommes rruuis rn societe ne peuvent trouver le bonheur que dans la Communaute des bints. C'est un des points sur lesquels lespoe^e* cl les philosophes, les coeurs scnsiblrs et les moralistes austercs , les imaginations vives et les logiciens exacts , les esprits exerces et les esprits simples, furenl et scront toujours una- NiMES dans leur sentiment comme dans leur pensee (Journal des Hommes LibrcSjU' 44).
n La realisation de ce plan social est le voeu continuel des ames pures, la plus naturelle pensee des esprits droits... Ce serait un bonheur d'y reussir...
» Mais \di possibilite eventudle du retour a cet ordre de clioses (la Commujir.ute) si sensible et si doux, n'est qu'une reverie peul-elre...
« Babeuf ct nioi nous pariimes un peu tard an monde I'un et I'autre , et nous y vinmes avec la mission dc dcsabuser les hommes sur le droit de Propriete. Les racines de cette fatalc insliiuliun sont trop profundes et tiennent a tout .• (I'.rs sont desormais inextirpubles chez les grands et vieux Peuples (I'Orateur plebeien, n° 9).
» Tout ce qu'on pent esperer d'alteindrc, c'est un degre supportable d'inigalite dans les fortunes... et des lois contre I'ambition et L'avai'ice... »
Cependant cet Antonelle selaisse ensuiteconvertirpar Babeuf ei conspire pour Otablir la Communaute.
Je ne vous rapporterai pas I'opinion de Gracchus Babeuf, discutant et adoptant la Communaute de biens dans son journal le Tribundu Peuple, repoussant les objections d' Antonelle sur la pos-
sibilite d'application, et se chargeant de rediger un plan de Communaute, tandis que d'aulres y travaillent egalement *.
Mais remarquez ce fait immense et nouveau? Voici une masse d'liommes qui veulenl etablir la Comnmnaute ! Voici Darlhe, Antonelle, Bodson, Mareclial, Buonarolli, Germain, Felix Lepelletier, Drouet, Amar, Vadier, Robert-Lindet, soixante Conventionnols (les monlagnards proscrits apres le 9 thermidor), une foule de Denio-j crates reunis dans la Societe des Eijaux et dans un grand nombre d'aulres Socieles, une grande panic du Peuple dc Paris, el un grand nombre dc Democrales dans lesdeparlements, qui disculenl el adoptcnl celte doctrine de la Communaule, et qui conspirent pour I'elablir par la force apres avoir renverse la Conslitulion de Tan 3 et proclame celle de 1793 1
Trahis par un agent provocateur (Grisel), arretesle 21 floreal an 4 , cinquante-neuf sont mis en accusation comme suspectes d'avoir voulu detruirc : 1" la Constitution; 2' la Propriete pour lui subslituer la Communaute.
Les accuses proclament devant la haute cour lours principes en faveur de I'Egalite et dc la Communaule.
Declares coupables sur le premier chef d'accusalion seulemcnt, sept sonlcondamnes, Babeufet Darthe kmort, BuonaroUi etqualre autres a la deportation.
Babeufet Darlhe se frappent aussitot; mais leurs poignards se brisent dans leurs poitrines , et le lendemain tous deux monlent et meurcnt couragcusement sur I'echafaud.
ficoutez ces dernieres paroles de Babeuf a sa femme et a seslrois jeunes enfants :
« J'ignore coinineiil ma memoire sera appreciee, qiioique je croie m'ctre conduit de la maniere hi plus irreprockuble... Mais ne croyez pas que j'eprouve du regret de m'etre sw r?7?e pour la plus bdle des causes... llapparticnt a la famine d'un mart.vrde la liljerte de donner I'exemple de toutes les verlus... Je ne concevais pas d autre moyen de vous rendre heureux que par le bonheur COMMUN. J'ai eclioue; je mcsuis sacrifie : c'est aussi pour vous que je mcurs... Conserve ma defense, ma cliere amie : ellcsera loujourscherc aux cieursver tucHX et aux amis dc Ipiir pays. Le seul bien qui te reslera de moi ce sera ma repM^arton; ft je suis sur que toi et fes enfanls vous vous consolerez Itcaucoup en en joutssant. Vous aimcrez a enlrndrc lous les cceurs sensibk's ct droits dire en parlant de voire epoux etde votre pere:/i fut par /ailemenC
VERTUEIX. »
Je me garderai bien d'attaquer ces Associations des Egaux, qui
* Un ouvrage de Bodson cl I'Edairciir du Peiiple soutenaienl les racmcs principes.
BABEUF. giS
eomprenaient presque tous les Democrates d'alors ; parmi lesquels figuraient des hommes d'une incontestable vertu ; qui voulaient sincerement, je n'en doute pas, le bonheur de THumanite ; qui se devouaient pour elle en bravant des perils manifestes ; dont un grand nombre furent victimesde leurdevouement, et dontquelques chefs inontrerent tout le courage des plus admirables martyrs en perdanfc leur vis ou leur liberte. — Plaignant et tolerant les riches et les Aristocrates, que je regarde comme victimes de la mauvaise organisation sociale qui les rend egoi'stes, ne serait-ce pas une barbare inconsequence d'etre inexorables envers ceux que la m^me organisation rend victimes de leur generosite ?
Mais je ne puis m'empecher de deplorer cette aigreur, peu philosophiqne quoique bien naturelle, avec laquelle ils parlaient habituellemcnt de leurs adversaires, et cette latale erreur qui leur faisait croire a la possibihted'etablirsolidement la Communaute par la violence.
Autant qu'eux je desire le bonheur du Peuple ; autant qu'eux je suis pret a sacritler ma vie pour aider a faire jouir le Genre humain de la Communaute ; mais, profondement convaincu, par la reflexion el par Texporience, que la Communaute ne pent s'etablir et se consolider que par la puissance de I'opinion publique presque unanime, 2ylusjc la desire pour le Peuple, plus je rcdoute la violence.
Et yoyez combien cette conspiration a ete funeste au Peuple qu'elle voulait dolivrer! C'est elle qui aepouvante les riches, les bourgeois et les Aristocrates , c'est elle qui les a serres les uns centre les autres pour se defendre ; c'est elle qui les a disposes a se jeter dans les bras du premier venu qui serait assez fort pour les prott'ger ; c'est elle qui les a jetes dans les brasde Bonaparte , comme elle les aurait jetes dans ceux des Bourbons !
ficoutez maintenant Viellart, accusateur public de Babeuf et dci ses compagnons !
« Et quel ctait leur Jjut?... Lisez la doctrine de Babeuf, imprim'^e, distribitcc et .'iliiclice par le Comitc insurroclionnel... Voiis y vcrroz; l;\ i 'oscriptioii dii droit de Proprieie , Ic priiicipe de Vigcdite de fait et de la Cummunauie detoiis les biciis, de tonics les jouissances, de tons les fruits dc la terre. et nicnie de tons les produits do rindiistrle :
« Disparaissez, dit leur Manifeslc, revoltantes distinctions de riches etdc » pauvres , de grands et de pcfils, de mniLns et de valets, de gouvcrnants et » de gouvcrnes ! »
» La pitic remporlerait pcut-efre sur Vindignalion si Ton pouvnit croire que les autcnys de seniljlables reveries pcursuivisscnt de bonne foi Textrava- GAfrFE CiiisiEKE d'nuc Coiumununle de bkns.
» (jucl hoiriblc boulevcrsoncnl que i'ancantisscment dc ce droit de Pro'
pri4te,hs5e iiniverselle et principale del'ordre social! Plus de Propriete! que deviennrnt a I'instant les arts? que devient Vindusfrie? La terre n'est plus a personnel oil sent les bras qui vont la cultiver ? Qui en recucillcra les fruits, si personne ne pent dire : lis sonta moi? Ne voyez-vous pas le brigandage couvrir la terre desolec? Les distinctions et les attributions socialcs sont disparues, mais les inegalites de la ^ature subsistenl ; le faible est ecrase par \efort, et,devenant par la necessite plus feroccs qnc les animaux,les liommes se disputent avec fureur la nourrilure qu'ils rencoiitrent : car comment suffirait-elie d une population nombreusc lorsque lintlustrie et le commerce eesseraient de suppleer k ce que pcut proiluire la Nature abandunnce u ses seuls efforts!
n La destruction de I'Espece luimaine , ce qui survivrait rendu a I'ilat sauvage, errant dans les bois et dans un horrible desert , voila la perspective que nous presente le systeme favori des chefs de la conspiration ! voila le bonlicur commun auquel ils appclaientles freres et les egaux ! »
Mais I'accusateurnie bientot que les accuses voulussent reellement la Communaute : il soutient que ce ne sont que des ambitieux dont le but reel etait Vusurpation de la puissance, Vop})rcssion du Peuple etla tyrannie; comme le Directoire lui-meme avail dit dans une proclamation (affichee en germinal an 4) que les Democrates voulaient le partage de toutes les maisons, meme des plus petites boutiques ; puis I'accusateur ajoute :
« Peuple infortune , reconnais done enfin dans ccs flatteurs per/ides les plus cruels enne?ms / Apprecie enfin ces prestiges dont ils se latigucnt a tromper ta credulite ; traduis dans leur veritable sens ces mots imposteurs que leur faux entliousiasme prodigue, Zi&er/e, Egulite, Bonheur commun. Qnand ce langage est dans leur bouclie, crois entendre en sorlir ces mots affreux : £sclavage , misere , desespoir. Voila, oui, voila le termeou ils te conduisent ! •>
He bien, je vous le demande, y a-t-il erreur ou mauvaise foi plus manifeste? Ne iaudrait-il pas fletrir I'accusateur si Ton ne s'imposait la loi d'etre indulgent pour toutes les victimes de I'Drganisalion sociale? Ets'il est deplorable de voir les unsrecourir a la violence pour etablir la Communaute , n'est-il pas aussi deplorable de voir les autres (un chef de la Justice et le Gouvernement lui-meme) employer le mensonge et la calomnie pour defendre la Propriete contre la Communaute !
Que vous dirai-je de LAHARPE,qui (dans son Cours de Litterature)^ apres avoir ^te revolutionnaire, republicain et jacobin, condamne la Revolution et les Philosophes dont les ouvrages I'ont amenee ; qui semble faire sa cour au Directoire vainqueur, en attaquant la Democratie dans un de ses jours de revers ; qui appelle les Republicains des brigands et des scelerats; qui denature les fails et s'abandonnc aux plus etranges injures et a la plus incroyable fu-