CHAPITRE XVI
Croisade en Icarie pour etablir la Comimmaiite.
Je sors de la sallede la Representation nationale : quelle stance! quel spectacle!
Apres la reunion des Strangers , donl le r^sultat avait excite U plus vive sympathie dans toule la Republique , Dinaros et Valmoc avaient obtenu la convocation des Assemblees populaires d'Icara ; files 300,000 citoyens de la capitate avaient unanimement adopts une petition recommandant la cause des etrangers a la sollicitude des Representants de la Nation,
Des le lendemain, le grand-pere de Valmor avait annonce qu'il presenterait un projet de loi en faveur des Peuples qui reclameraient I'appui de la Republique apres avoir etabli la Communaut6.
Sa proposition, distribuee a tous les Deputes et publiee par le journal national, etait connue de toutle monde dans I'lcarie. Ce sujet captivant au plus haul point I'attentionpublique, la salle etait remplie et les environs couverts de citoyens impatients de connaltre le resultat.
« Representants d'Icarie (dit le vieux orateur, d'une voix lenle et faible, mais parfaitement distincte, au milieu d'un religieux silence), je ne vous ai jamais parle d'un sujet plus grave et plus interessant pour la Republique: cependantje serai court parce que je sais que mes sentiments sont les votres.
» Notre Icar, d'immortelle et glorieuse memoire, nous a recommande, vous le savez tous , de regarder tous les Peuples comma nos freres, et de ne rien neglige pour les faire jouir du bonheur de la Communaute , apres I'avoir completement consolidee chez nous.
» Nous avons bien fait de ne nous occuper d'abord que de nos affaires interieures, et de ne pas nous pressor d'etendre nos relations au dehors.
• Nous avons bien fait m^me de ne pas chercher a nous faire connaltre aux Nations eloignees et de n'envoyer chez elles que des Commissaires secrets.
' Mais les temps no sont-ils pas arrives de nous faire connaltre au Monde ?
» Voyez quelle est aujourd'hui noire puissance !
» Chez nous, nous n'avons rien a craindre : vingt Peuples coalis^s nous atlaqueraient en vain; car nous pourrions leur opposer plus de 10 millions de citoyens-soldats,
" Les sept Peuples les plus voisins de nous sont nos allies, ou plutot des amis et des freres qui nous serviraient de remparts ou d'avant-garde, tandis que qiiatre Peuples sauvages que nous avons civilises et colonises nous serviraient de reserve.
» Notre marine, jointe a celles de deux de nos allies, est capable des expeditions les plus lointaines ; plus de 2 milliards en lingots eten vases d'or et d'argent, et plus d'un million de soldats, nous permettraient de tout entreprendre ; car si la Republique proclamait une croisade en favour de la Communaate, je suis convaincu que plus d'un million de nosjeuncs citoyens accourraient volontairement sous le drapeau de la propagande humanitaire.
» Et si ce drapeau se montrait aux Nations, que d'allies, que de millions d'opprimessurtout, voudraient se ranger autour de I'etendard liberateur I
» Jamais Peuple ou Conquerantn'eut une pareille puissance enlre les mains !
» Dans celte situation, devons-nous restreindre notre inter^t a iios malheureux freres les esclaves noirs ? N'est-ce pas un devoir pour nous maintenant denous interesser activement a nos malheureux freres les esclaves blancs ?
•> Et puisque nous pouvons aujourd'hui ce que nous ne pouvions pas jusqu'a present, ce n'est plus autour de nous qu'il faut arr^ter nos efforts ; c'est en France ou en Angleterre qu'il faut aller planter le drapeau de la Communaute, parce qu'en partant de I'un ou de I'autre deces grands pays ce drapeau pourra parcourir le reste de . 'Europe ; et d'un seul coup nous affranchirons I'Univers.
» Proclamons done nos principes dans le Monde entier; eovoyons des Ambassadeurs chez tons les Peuples de la terre ; contractons des alliances avec les Peuples libres ; appelons les etrangers chez nous pour qu'ils y voient notre bonheur ; appuyons V Association qui vient de s'organiser ici, et declarons a I'Angleterre et a la France que, si I'une d'elles proclame la Communaute et si le reste de I'Europe veut lui faire la guerre, la Republique tient a sa disposition un million d'hommes et 2 milliards.
» Mais il serait indigne des elus d'un Peuple sage d'agir avec ])r6cipitatioa dans une affaire de cette nature, et de ceder a I'en- Ihousiasme au lieu de n'ecouter que la raison.
» Delibevons done avec calme, consuUons tous nos freres rexinis
dans leurs assembleei? populaires ; et pour 6tre pins surs de ne pas comproinettre nos inter^ts en nous laissant entratner par nos sentnuents gonereux , ajournons a six mois la deliberation delinilive.
» Representants d'lcarie , vous allez decider oeut-etre des destinees de Fllumanite !
» Pour moi, vieux compagnon d'Icar, je me sens heureux d'avoir assez vecu pour vous faire cette proposition. J'ai fini. .
La figure du venerable vieillard etait radieuse... Je m'attendais a des applaudissements sans fin : mais je fus aussi surpris qu'afdige quandjelevis descendre de la tribune au milieu du plus morne silence , bien que I'Assemblee se levat spontanement tout entiere en signe de respect et qu'elle tint ses regards fix6s sur Im iusqu'a ce qif il eut regagne sa place.
Valmor me paraissait p^le ; Dinaros souriait ; Eugene et moi nous etouffions d'inquietude.
Le President demanda si quelqu'un voulait parler pour ou con- Ire la proposition : silence.... si quelqu'un voulait proposer quelque aniondement : silence encore....
Mille lumieres eclairaient alors la salle ; et plus de 6,000 personnes ecoutaient : jugez quel imposant spectacle I
<■ Vous allez voter, dit le President : que ceux qui sont d'avis d'adopier la proposition se levent... . Les 2,0001egislateurs paraissent dcbout ! — « Que ceux qui sont d'un avis contraire se levent.... . Tous restent assis I
Et toujours le plus profond silence, quoique tous les coeurs bondissent dans les poitrines !
« Au nom de la Representation nationale, dit le President, je dc^ clare la proposition adoptee. •
Non, vous ne pourrez jamais vous figurer les transports d'enthousiasme qui cclaterent alors parmi les etrangers , dans les galeries, et sur les bancs des Representants eux-m^mes.
Les cris se repeterent au dehors ; la nouvelle s'en repandit comme I'eclair dans les 60 Assemblees populaires d'Icara qui s'etaient extraordinairement reunis a cet efiet ; et partout elle fut accueillie avec des acclamations et des transports qu'on n'avait pas vus depuis long-temps.
— Nous verrons done , me dit Bugfene ivre de joie, une pareille
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stance a Parisoua Londresl... Icarie, la France, I'Anglelerro ! 0 mon cher ami , nous la verrons, cette chere Gommunaut<^, faire Ve bonheur du Genre humain 1