UNE VISITE
reusement que les bruyantes caresses desenfants, qui couraientde Tune a I'aulre, empScherent qu'on no s'apergut de mon trouble.
Mais quel ne fut pas mon embarras quand le matin Valmor dit tout haut a mademoiselle Dinaise : Vousreconnaissezle promeneurdu bateau; mais vous ne savez pas cequ'il disait de vous... — Que disait-il, s'ecria Gorilla ? — Que disait-il? s'ecria toute la reunion. — Puis-je le repeter, William?... — Oui, ouil s'ecria-t-on de toutes parts. — Eh bienl il disait... il disait que toujours cachee sous son voile et son chapeau, Vinvisible etait, sans aucun doute, epouvantablement laide.
Ce ne fut alors qu'un long eclat de rire universel et un feu roulant de plaisanteries sur ma science divinatoire.
— Je ne pouvais.... croire alors, dis-je presque en balbuliant.... qu'une figure humaine.... put paraitre jolie.... quand elle accompagnaitune voix si divine. — Mais mon compliment parut si gauche que , tout en faisant rougir encore plus mademoiselle Dinaise , il n'empficha pas Gorilla et les autres de me repeter impitoyablement : laide, horrible, 6pouvantable.
Bientot, cependant, on fit de la musique ; et Gorilla, qui commenQa par donner I'exemple, chanta mieux encore qu'auparavant.
Mademoiselle Dinaise ne voulait pas chanter, mais Gorilla la pressa avec tant d'instances et de seduisantes caresses qu'elle finit par y consentir. Elle chanta timidement et mal, mais avec une voix... avec une voix qui me faisait doucement fremir des pieds a la tete.
— Ne jugez pas Dinaise par sa timidite , me dit la mfere de Valmor, pres de laquelle j'etais assis; elle est remplie d'espritet d'instruction; c'est la meilleure des filles, des soeurs et des amies. Personne n'est plus affectueux, plus aimant, plus caressant, plus empresse dans IMnlimite ; elle s'oublie toujours pour ne s'occuper que des autres; elle adore son frere Dinaros ; et si elle etait moins sauvage, ou moins melancolique, ou moins timide avec le monde, elleserait aussiaimable que ma Gorilla... Sa famille, ajouta-t-elle, est intimement liee avec lanotre; son frere est I'ami d'enfance de Valmor ; elle est elle-m6me la premiere amie de ma fdle , elle m'aime comme sa mere, je la cheris comme mon enfant, et bientot j'aurai le plaisir de lui donner cc litre ; car Valmor en est fou, ses parents desirent autant que nous cette union, et dans quelques jours nous en fixerons I'epoque.
— Assez, assez, me dit Gorilla en s'approchant de nous, c'est a votre tour de chanter , monsieur William , seul , ou avec Dinaise , ou avec moi, choisissez ; et vous ^tes bien heureux que je vous laisse le choix ! mais vous chanterez...
Je n'aurais pu , et jc m'excusai de mon mieux.
— Vous me rcfusez, dit-elle, et personne ne se joint a moi pour soumettre un revoke 1 Eh bien ! je me venge sur vous tous , ct je dispose de vous : demain nous irons tous ensemble voir parlir lesballons, et nous embarquerons M. le milord. Apres-demain nous irons passer la soiree chez madame Diname , et nous ferons de la musique. M. le milord etudiera ce morceau pendant son voyage aenen , et s'il retrouve sa voix sous un del pur, s'il a le bonheur de revenir, il cliantera seul, puis avec Dinaise, puis avec moi... Amsi j'ordonne.sous le bon plaisir cependantde la bonne madame Dmame et la ratification de notre terrible et redoutable souverain et maltre.
Le grand-pere et madame Diname sourirent ; sa more I'appela folle ; mademoiselle Dinaise parut la gronder ; mais les enfants applaudirent en sautant de joie , et la double partie fut arr^tee.