‹ Voyage en IcarieChapitre 32 sur 156 · EDUCATION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

EDUCATION INTELLECTUELLE

Inutile de vous repeter qu'ici encore tout a 6t6 preva et d^libere par le comite, et present par le People ou par la lot.

Vous n'avez pas oublie non plus que, soit les livres, soil le cours de materuite , apprennent aux jeunes epoux a bien 61ever leurs enfants.

Cependant, vous ne sauriez vous faire une idee du soin avec lequel , dans toutes les families de la Republique, on observe, on 6tudie, on cultive le developpement de Vintelligence! Si vous voyiez avec quelle soUicitude etquel plaisir, surtout pendant les premieres annees de I'enfance, la mere toujours, et le pere en revenant de son travail, s'occupent de reducatiou de leur enfant que se disputent leurs caresses 1

Aussi , avant de pouvoir s'exprimer, I'enfant montre deja une prodigieuse intelligence , qui lui fait acquerir une masse de connaissances materielles dont j'ai souvent ete surpris.

Jusqu'a cinq ans, I'education est domestique; et pendant ce temps, les meres et les peres apprennent a I'enfant leur langue , la lecture, I'ecriture, et prodigieusement de connaissances materielles et pratiques.

C'est toujours la mere qui reclame le bonheur et la gloire de donner, a son fils comme a sa fille , les premiers instruments des connaissances bumaines, chaque femme d'lcarie etant toujours

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prfete a r^pondre, comme la mere des Gracques montrant scs enfants : Voila mes bijoux I

A cinq ans commence I'education commune, jusqu'a dix-sept et dix-huit ans, combinee avec I'education domestique ; car les enfants nevont al'ecole qu'a neuf heures, apres avoir dejeun6, etreviennent a six heures, apres avoir suivi les cours et pris deux repas dans I'ecole.

Comme le reste de la famille, les enfants de tout &ge sont leves i cinq heures.

Jusqu'a huit heures et demie, ils s'occupent, sous la direction de leurs alnes, du menage, de leur toilette et de leurs etudes.

Le soir, en rentrant, ils se trouvent avec leur famille , et distri buent leur temps de la soiree entre la promenade, les jeux, la conversation et I'etude : mais tout est calcule et combin6 de maniere que c'est toujours de I'education.

L*enfant prend de suite I'habitude de bien Kre h haute voix , de bien prononcer; et plus tard, il suit un cours de declamation, de maniere a pouvoir toujours charmer les autres en leur lisant un morceau d'histoire, ou de poesie, ou de the&tre, ou d'eloquence.

Aussi, tandis qu'autrefois on ne trouvait pas une personne sur mille qui sut bien lire et bien parler, vous n'en trouveriez pas une aujourd'hui sur mille qui fut incapable de le faire 1 vous entendre? nos enfants , nos conversations , nos professeurs , nos pr6tres , no medecins, nos orateurs et nos acteurs I

' L'enfant apprend aussi Vecriture, sous la direction de sa mere ■ et depuis le moment qu'il sait 6crire, on ne souffre plus qu'il 6crive jllisiblement, en sorte que vous verrez beaucoup d'Icariens ecrivant tres-bien, beaucoup (ceux qui exercent la profession de copistes) Ecrivant parfaitement ; mais vous ne trouverez pas une seule ecriture illislble, parce que nous ne trouvons rien de plus facile que d'ecrire lisiblement, par consequent rien de plus inexcusable que de ne savoir pas le faire ; comme nous ne trouvons rien de plus ridicule et de plus impertinent que d'ecrire son nom , une adresse , une lettre de maniere a donner aux autres une extreme fatigue pour dechiffrer I'ecriture.

Notre langue est si reguliere et si facile que nous I'apprenons sans nous en apercevoir, et moins d'un mois sufiBt cnsuite pour en apprendre parfaitement les regies et la theorie, sous la direction d'un

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maitre qui fait composer la grammaire h ses Aleves platot que de se Lorner h la leur expliquer.

La litterature est une etude plus reculee, ainsi que celle de I'art oratoire : mais, des que Tenfant sait ecrire , sa mere I'habitue a composer de pelites lettrcs et de pelits recits pour ses parents absents et pour ses camarades. EUe Thabitue aussi a raconter en parlant, a repondre, h questionner et m6me a discuter.

Vous m'avez paru 6tonn6 de la facilite avec laquelle nos enfants racontent oralement ; mais vous seriez bien plus emerveille si vous voyiez I'aisance et la gr&ce de leurs r6cits epistolaires I ^

Qaant h T^tude du latin, du grec , des autres langues anciennes el des langues vivantes etrangeres, nous ne voulons pas que nos enfants perdent, dans cette 6tude ennuyeuse , un temps precieux qui peut 6tre employe bien plus utilement.

Nos savants peuvent trouver dans nos bibliothequcs publiqucs tous les ouvrages Strangers, anciens et modernes ; nous y trouvons aussi des traductions de tous ces ouvrages, du moins des plus utiles; et par consequent nous pouvons profiter de I'experience de tous les temps et de tous les peuples sans connaltre leurs langues.

Quant k I'^tude de ces langues sous le rapport du langage seulement et de la litterature, c'est un si faible avantage, quand on a tant d'autres choses plus utiles a apprendre, et surtout quand on possede une langue aussi parfaite que la notre, que nous considerons comme une des plus monslrueuses absurdites I'ancien usage d'absorber tout le temps de la jeunesse dans I'etude du grec et du latin : nous sommes convaincus m6me que nos anciens tyrans n'imposaient ces etudes steriles que pour emp^cher leurs sujets de s'instruire.

Nous avons cependant un certain nombre de jeunes gens qui 6tudient les langues anciennes et les langues Etrangeres ; mais ce sont ceux qui doivent en faire leur profession comme traducteurs, interpretes, professeurs, savants et voyageurs envoy^s par la R6publiquc en pays Strangers.

L'etude de ces langues est done une profession, et cette profession, comme toutes les autres, fait partie de I'education speciale, qui ne commence qu'a dix-huit ans.

Le dessin lindaire est Tune des premieres etudes de I'enfant : aussi il n'estpas un jeune homme ou unejeune lille qui ne sache dessiner un objet quelconque; pas un ouvrier, pas une ouvriere qui,

ayant toujours son crayon et son carnet, nesoittoujours prfitadessiner son idee. Vous ne sauriez calculer la consequence du dessin sur Ics progres du gout, des arts et de I'industrie !

Quant a la peinture, a la gravure, a la sculpture et a lous les arts accessoires , ce sont des professions qui ont, plus tard, leurs etudes spccialcs.

Ce sont surtout les elements des sciences naturelles qu'on enseigne de bonne heure aux enfants , les elements de geologic, de geographic , de niineralogie , d'histoire des animaux et des vegotaux , do l)hysique , de chiniie, d'astronomie.

Jugcz ce que doit etre un pcuple qui , au lieu des futilites de Tancicnne instruction, possede univcrsellement les elements de ces sciences niagnifiques I

Ce n'est qu'apres toutes ces Etudes qu'on parle aux enfants de rcliyion et de divinite.

Le caJcui elementaire et la g4ometrie sont^galementenseignes, en sorte qu'il n'est pas un Icarien qui ne sache compter , mesurer, et m6me lever uupian.

Vous savez que la musique vocale et instrumcntale est aussi un objct d'education generale, et que chacun commence a I'apprciidre des I'enfance. Tout le monde ici , hommes et fcmmes , enfants et vieillards , sont done musiciens , tandis qu'autrefois nous n'avions presque que des musiciens etrangers : vous ne pourrez jamais calculer les heureux effets de cette revolution musicaie!

' Les elements 6'' agriculture, de mecanique et dHndustrie font ^galement par tie de notre Education generale.

Et toute cette education elementaire est la m^me , h peu pres , pour les fillcs ct pour les gargons, quoique souvenl dans des ecoles separees et avec des professeurs differents.

Et nos filles se sont bien vengees da dedain avec lequel on prdtcndait autrefois que leur intelligence etait inferieure a celle de leurs freres, car, presque en tout, elles rivalisent avec eux ; et s'il est quelques sciences oii I'homme excelle generalement, il en est quelques autres oil la palme semble appartenir aux femmes.

Jugez maintenant, si vous pouvez, les salutaires consequences de cette revolution dans I'^ducation des femmes !

Vous vous extasicz chaque jour sur le goiit cxquis de nos Icarieonts dans leur parure et dans tout cc qui sort de leurs maips :

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mais qu'est-ce que leur grSce et leur esprit compares au genie transcendant qui place beaucoup de nos femmes au premier rang dans la medecine , le professorat , I'eloquence , la litterature , les beaux-arts et m6nie Taslronomie ! Si Dina'ise n'etait pas ma soeur , je vous dirais que son esprit et son instruction sont bien superieurs encore aux charmes de sa figure. Oui, mon cher, nous ne pouvons leur disputer la couronne de la beaute, et ces charmantes dominatrices nous disputent celle de Tinlelligence I

A dix-sept ans pour les fiUes, et dix-huit pour les gargons, commence I'education speciale ou professionnelle, qui a pour but de donner -^ chacun loutes les connaissances theoriques et pratiques necessaires pour exceller dans sa profession scientifique ou industrielle.

Mais I'educalion generale ne cesse pas encore ; car c'est alors que commencent les cours elemcnlaires de litterature , iVhistoire universelle, (Tanatomie et d'hygiene, ainsique les cours complets de maternite dontje vous ai parle, et tous ceux qui constituent reducalion civique.

Tous ces cours, obligatoires pour tous les jeunes gens, durent jusqu'a vingt el vingt-un ans, et se font apres les travaux de la matinee.

L'education ne cesse pas meme a vingt-un ans ; car la Republiquefait faire beaucoup de cours pour lespersonnes de tout Sge, par exeniplc un cours d'histoire de rhomme,

Les journaux et les livres (car nous savons nous instruire seuls avec des livres bien fails) sont encore un moyen d'instruction qui se prolonge toule la vie : mais celle instruction compleinentaire n'est plus obligatoire ; et cependant il est bien peu d'Icaricns qui n'en soient avides, chacun voulanl dire, comme un ancien philosophe, J''apprends en vieillissant.

Mais comment pouvons-nous apprendre tant de choses ? le voici :

niETHODE D'ENSEIGNEMENT.

Nous voulons apprendre al'enfant le plus possible , et par consequent employer tous les moyens imaginables pour lui rendre cliaquc etude facile, rapide et agreable : noire grand principe est que chaque enseignement doit ^treunjeu, et chaque jeu un enseignement.

Toutc I'imagination des mcmbres du comite s'est done epuisee

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pour trouver et multiplier ces moyens ; et des que I'exp^rience en fait decouvrir un nouveau, on s'empresse de I'adopter.

La beaute et la commodite des ecoles, la patience et la tendresse des instructeurs ainsi que leur habilefe, la simplicite des methodes, laclarte des demonstrations, le melange de I'etude et des jeux, tout concourt a faire atteindre le but.

Comme nous avons le bonheur d'avoir une langue parfaitement reguliere, comme tout le monde la parle egalement bien , I'enfant I'apprend naturellement et sans effort. Neanmoins nous suivons un certain systeme, dont I'experience a demontre I'efficacite, pour le choix et I'ordre des mots et des idees a communiquer a I'eleve, en ayant soin de lui montrer toujours la chose dont on lui prononce le nom.

Des ce moment, et plus tot mfeme, la mere et le p6re s'attachent avec une attention particuliere a ne donner a leur enfant cheri aucune idee fausse , aucune erreur, aucun de ces prejuges que leur insinuaient autrefois les domestiques , ou meme des parents ignorants et mal eleves.

Vous ne sauriez croire que de precautions le comiU d'education a prises pour apprendre la lecture a I'enfant le plus rapidement et le plus agreablement possible. II a long-temps delibere pour choisir le meilleur mode, et celui qu'il a choisi, pratique par la mere , fait de cet apprentissage un plaisir dont I'enfant est tellement avide que c'est lui qui desire la leQon ; et Ton est si habile a echauffer son ardeur qu'il faut ensuite le retenir. Ajoutez a cela que, notre langue s'ecrivant absolument comme elle se prononce et n' ayant aucune lettre equivoque ou inutile , il est beaucoup plus aise d'apprendre a la lire. Aussi cette premiere grande operation de I'education, qui jadis coutait tant de larmes et de temps a I'enfant et tant d'ennuis a I'instructeur, n'est plus aujourd'hui qu'un amusement de quelques mois pour I'enfant et sa mere.

Vous dirai-je que le choix des premiers livres employes pour apprendre a lire nous parait tellement important que ce sont nos plus celebres ecrivains que la Republique a charges de leur composition ? Nous n'en avons qu'un seul pour les enfants du meme age, et je vais vous le montrer. (II alia le prendre dans une chambre voisine.) Tenez, voWhVAmi des Enfants ! Voyez quelle jolierehure, quelles jolies gravurcs coloriees, quel beau papier et quelle magnifique impression! Emportez-le pour le lire : vous vcrrcz que de smiplicite , que de clarte , que d'interet , que de charme etque d'instruclion ce petit livrc rcnferme, sans qu'il y ait un scul mot, une seulc chose, ijnc seulc idee au-dcssus de rintclligence d'un enfant,

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parce qu'il n'y a pas une idee , pas une expression , pas un sentiment qui n'ait ete pese et choisi par I'auteur. Le petit livre que nous avions a cet usage , qui avail et6 couronne dans un concours aa milieu d'une foule d'autres, etait deja presque une perfection ; mais celui-ci, adopte depuis vingt ans seulement (car nous ameliorons sans cesse;, est un veritable chef-d'oeuvre ; et pour mon compte je ne trouve aucun ouvrage plus parfait et plus utile , ni aucune statue mieux meritee que celle decernee par la Republique au compositeur.

La m^re explique tout k I'enfant , I'interroge pour s'assurer qu'il comprend et salt parfailement tout ce qu'il a lu. Puis, a I'ecole, quand tous les cnfanls du m6me fige sont reunis, la maltresse (car «'est une femme) les fait lire, et les interroge de maniere a capliver 6galement I'altentionde chacun. Si I'un d'cuxhesite, un autre repond, et la maltresse n'explique elle-meme que quand aucun ne pent donner Texplicalion. Et quand, au bout de six mois, I'enfant a lu ou plutot devor6 ce petit livre , vous seriez 6tonn6 de la prodigieuse instruction qu'il a deja 1

Inutile de vous dire que la maltresse est presque une seconde mere , pour la tendresse et les caresses envers chacun de sespetits eleves ; car I'un de nos grands principes exigc que I'instrucleur soil toujours pour ses 616ves ce qu'est le plus tendre des peres pour ses enfanls : gronder un enfant , le hair, et surtout s'irriter contre lui a cause d'un vice ou d'un defaut quelconque, nous parait un contresens et une folic qui rabaisserait I'homme au-dessous de I'enfant lui-m6me.

Ainsi VAmi ties Enfants est le premier livre que lisent tous nos enfants de cinq ans.

Nous avons pour chaque &ge des livres du m6me genre ; et la bibliotheque de Venfant est tr6s-peu nombreuse , parce que nous pensons qu'un petit nombre d'excellents livres , que I'enfant sail bien , valent infiniment mieux qu'une confusion de bons et surtout un melange de mediocres et de mauvais.

Nous avons meme inlroduitune innovation immense dans la com-» position des livres d'etudes : c'est que tous nos livres des premieres annees , ceux de geographie , de calcul , par exemple , autrefois si arides , sont rediges en forme d'histoires charmantes.

L'enfant apprend Vecriture d'apres les mSmes principes, en jouant, avcc plaisir, sous la direction de sa mere , qui lui explique la raison dc tout ce qu'elle fait et de tout ce qu'elle lui fail faire j

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car il y a toujours une raison pour laqucUe on agit d'une maniere plutot que d'une autre, et Tun de nos grands principes est d'exercer de suite I'intelligence etle jugement de Tenfant, en Thabituanta toutraisonner, a toujours demander la cause, eta toujours espliquer le motif. Ainsi la mere explique a son enfant comment il doit tenir la plume et pourquoi, comment il doit placer son papier ct pourquoi ; et quand les enfanls sont reunis a Tecole, le maitre lour demande tous les comment, tous les pourquoi, quelle ecriture produira telle position, et quelle position a du produire telle ecriture. C/est la theorie de I'ecriture ; et dans toutes les parties de I'education, m6me dans la gymnastique et dans les jeux, nous unissons tcujours la theorie et la pratique. Vous concevez alors que tous rcux qui savent ecrire sont capables d'apprendre aux autres.

Cette methode d'exercer le raisonnement s'applique a tout et S'emploie continuellement par tous ceux qui approchent Tenfant. Loin de comprimer sa curiosite quand elle a pour but de Tinstruire, on I'approuve en repondant a toutes ses questions, et meme on I'excite sans cesse en lui demandant toujours le molif ou la cause de tout ce qu'il voit.

On I'habitue aussi a ne pas rougir d'ignorer ce qui ne lui a pas 6teenseigne, et a repondre sans hesiter Je ne sais pas, quand il ignore. Yous pouvez concevoir les consequences de cette habitude de tout examiner et de raisonner toujours 1

Le calcul elementaire et la geomeirie sont enseign^s dans Tecole avec des instruments et des procedes tels que cette etude est charmante pour les enfants, d'autant plus qu'on unit ici la pratique a la theorie, et que la plupart des operations d'etude se font dans des ateliers et des magasinsnationaux, pour habitucrl'enfant a compter, a peser, et a mesurer toutes les especes de matieres et de produits; ou dans la campagne, pourlui apprendre a mesurer les superticies, ct a resoudre sur le terrain les problemes trigonometriques.

Vous n'avez pas besoin que je vous explique les moyens imagines pour apprendre le dessin , la geographie , la musique et le reste.... D'ailleurs, je vous les montrerai quand nous visiteronsune ecole. Mais vous devez comprendre que quand une nation entiere veut absolument que Tenseignement de chaque science ou de chaque art soit agreable et mis a la portee de I'mteUigence la plus limitee, cette nation doit necessairement trouver les moyens de realiser sa volonte.

z& Education.

Vous serez ^mcrveille quand vous verrez nos instruments d'enseignement et nos musees. Je ne vous parle pas des musees d'histoire naturelle, de mineraux et de vegetaux, d'animaux vivants on morls, de geologie, d'anatomie (car nous en avons pour toutes les sciences et pour tous arts, outre que nos grands ateliers et nos grands magasins nationaux sont autant de musees industriels); je vous citerai seulement nos musees de geographie, ou des milliers de cartes et de machines de toute espece representent la terre sous tous ses aspects divers, les unes avec ses contrees seulement ouses peuples, les autres avec ses rivieres seulement ou ses chatnes de montagnes ; nos musees religieux, oil des statues et des peintures representent les dieux et les ceremonies de toutes les religions differentes ; et nos musees d'astronomie, dans I'un desquels la plus merveilleuse machine represente Vunivers en mouvement et fait toucher au doigt et a Toeil tous les phenomenes astronomiques les plus difficiles a comprendre autrement.

Vous devez concevoir qu'avec tous ces moyens, avec des promenades journalieres dans la campagne pendant le beau temps, ou des \isites dans les musees pendant les mauvais jours, il n'y a plus ni fatigue, ni degout, ni difficulte a apprendre les elements des arts et des sciences.

Mais nous ne nous contentons pas des instruments et des moyens materiels employes pour faciliter I'intelligence : I'un de nos procedes d'enseignement les plus efficaces consiste a exercer sans ccssela reflexion et lejugiemeni, eta charger chaqueetudiant d'apprendre aux moins figesce qu'il saitdeja lui-meme. Le professeur n'explique que ce qu'il est necessaire d'expliquer pour accelerer I'enseignement, et il dirige ses eleves dansl'elude et les fait penser eux-memes plulot que de penser pour eux. C'estsurtout dansl'art d'interroger que brille son talent, ou plutot dans I'art d'employer tous ses eleves a s'instruire mutuellement. Ainsi I'un des eleves explique ou repete I'explication, un autre interroge, chacun repond, et le professeur n'intervient que quand son intervention est absolument necessaire.

Mais je suis oblige de sortir; a demain ! si vous voulez venir avant huit heures et demie, nous irons visiter Vecole de notre quarlier, et jeyous parlerai de notre education morde.

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