CHAPITRE XIII
Sante. — Medecins. — Hospices.
~- « C'est aimable a vous, William ! vous nous quittez pour allor V reconduire Dinaise, et vous ne revenez pas me dire adieu!... B Je suis d'une colere !...
» J'ai bien envie de pardonner cependant : mais il faut que vous » veniez demander votre pardon. Venez ce soir, a huitheures, pour » me conduire chez Dinaise.
. Nemanquez pas de venir! je vous apprendrai quelque chose r qui vous fera plaisir. Venez 1 »
Ge billet me jeta dans une nouvelle perplexite : que signifient, me disais-je, cette colere et ce pardon? Quel est ce quelque chose qu'elle veut m'apprendre? Serait-ce son mariage? Serait-elle coquette? Non, non, c'est la candeur m6me ! Nous verrons I
Apres le dejeuner, j' allai visiter Yhospice du quartier avec Eugene ct un medecin de sa connaissance qui nous conduisit,
Je crus que nous serions obliges d'y laisser mon pauvre camarade, pour le gucrir de la iievre que lui donnaitson enthousiasme toujours croissant pour tout ce qu'il decouvrait en Icarie.
J'avoue que j'etais ravi moi-mOme de plus en plus, etque jepar-
HO MOEURS ICARIENNES.
lageai completeriicnt les sentiments qa'il exprimait en racontairt
notre visile a son frere : je joindrai tout-a-l'iicure sa lettre , apres avoir rapporte mon explication avcc Gorilla.
Gorilla etait prete quand j'arrivai , et nous sorlimes a Tinstanl.
— Vencz done, me dil-cllc en prenanl mon bras, venez done que je vous raconte ma joie ! Yous savez que mon frere aime Dinaise, il en est fou, le pauvre gargon !... mais aussi qu'elle est gentille j, bonne , aimable , charmante 1... Je n'ai pas besoin de le dire a vous qui , en Penlendant et en la voyant pour la premiere fois , lui trouviez une voix divine... une figure angelique... Oui , c'est un ange avecses parents et sesamis; et si ellc etait moins modcste, moins defiante d'elle-meme , moins sauvage ou moins timide avec les personnes qu'elle ne connait que peu , ce seraitune perfection.
— Elle aime Valmor ? lui demandai-je alors. — Gomment nc I'aimerait-elle pas, un garden si bon, si instruit, si estime, le frere de sa meilleure amie, le meillcur ami de son frere, avec lequel elle a pour ainsi dire ete elevee!.,. Oh! que nous serious malheureux tous, si elle ne I'aimait pas !... Que de mal elle m'a fait quelquefois en laissant echapper qu'elle ne pourrait jamais quitter sa mere , et qu'elle ne voudrait peut-etre jamais accepter un epoux !... Elle semblait fuir Yalmor, tout en lui temoignant beaucoup d'amitie quand ils se trouvaient ensemble ; et le pauvre Valmor n'osait lui parler de son amour ; et nous tous , mes parents et les siens , qui desirous cctte union presque autant que mon frere , nous n'osions pas la presser de s'expliquer positivement. Mais heureusement les mauvais jours sont passes : depuis quelque temps elle nous voit plus frcqucra-| ment... Son frere et sa mere nous donnent les plus flatleuscs cspe-' ranees; ils ne doutent meme plus de son consentemcnt, et nous venous de convenir qu'apres-demain nos deux meres lui demande-^ ront le oui qui nous comblera tous de felicile... Vous verrcz nos noces!,.. Etpour etre sure d'avoir un chevalier qui me plaise, je vous reliens d'avance : vous serez mon chevalier, William I
Quoique je partageasse bien sincorement ses voeux, scs csperauceset sa joie an sujct de Valmor, je me sentais mecontentet presque pique de son silence sur clle-ni(jme.
— Et vous n'avcz pas d' autre conlidence a me faire? lui dis-je, •-Non.
— Aucune? — Mais non, sans doute, aucunc.
— Vous me cachez votre propre manage !... — Comment, com* ment 1... ma mere vousl'a ditruutrejom\.B
Mi'DECINS. ,1,
— Maisnon , vousdis-je.., — Je le croyais...
~- Et CO mariage vous plait?.., —I! completeramonbonlieur.., C'est Ic meilleur des hcmmcs ! ... Voiis i'aimerez certainement quand il viendra, dans deux mois !... Dans la lettre que mon pere a recue de lui ce matin meme, il dit que, d'apres le portrait que nous lui avons fait, il partage deja notre amitie pour vous... Il sera I'un des meilleurs maris, et moi je serai Tune des femmes les plus parfaitement heureuses !
— Etmoi, queserais-je, sije vous aimais ? — Si vous m'aimiez, vous!... ha, ha, ha! (eneclatant derire)... etlabellemmi/enrte^ qui vous aime, que vous aimez, que vous avez promis d'epouser, et que vous epouserez dans huit ou dix mois !...
— Vous riez !... mais si je vous aimais, vous dis-je encore une fois !... — Que voulez-vous dire ? reprit-elle avec effroi... Que de reprochcs, que de regrets, que de remords, que je serais malheureuse!... William, milord, de grace, rassurez-moi vite!...
— He bien, oui, je vous aime, je vous cheris... je vous aime comme le plus tendre des freres, comme le plus respectueux et le plus devoue des amis...
— Ha , je respire , dit-elle !... quel poids vous m'otez I quel bien vous me faites ! ... j'en etais sure 1... mais quelle legon pour mes filles!... Adieu, mon ami, n'entrez pas, sauvez-vous, laissez-moi! j'ai besoin de courir raconter a ma mere combien votre soeur est hcureuse de Famitie de son nouveau frere I
Sainte amitie I me disais-je en m'eloignant, je ne connais encore que toi ; mais, quand tu nous donnes une pareille amie, qui mieux que toi peux meriter notre adoration et notre hommage 1
Voici maintenant la lettre d'Eugene a son frere.