SAVANTS
auditeurs , en m'entendant trailer d'anslocrate , rnc fit rire moimemc et mil fin a la discussion.
He bien, que dites-vous de la question , vous qui frequentez les savants (ajouta Eugene en s'adressant a moi), ou plutot vous, monsieur le stwant Icarien (dit-il en se tournant vers mon ami) ?
— C'est William qui va vous repondre, dit Valmor.
— Ma foi, je n'en sais rien precisement, repondis-je: mais je crois, comme vous, d'apresce queje vols de rorganisationd'Icarie, que la composition des ouvrages quelconques doit etre une profession, comme la medecine ; je pense qu il y a ici des savants , des ecnvains, des poetes nationaux, comme des medecins , des pretres , des professeurs naiionaujs; je suis meme persuade, en y reilechissant, que la Republique seule fait imprimer des livres , puisqu'elle a seule des imprimeries, des imprimeurs, du papier, etc.; et certainement la Republique ne fait imprimer que les bons ouvrages; personnene pent vendre de livres,' puisque personne n'a d'argent pour en acheler ; personne nc peut avoir que des livres distribues gratuitement , et certainement encore la Republique ne peut distribuer de mauvais livres.
Oui , vos arguments adresses au butor me paraissent sans replique; je suis convaincu que rien ne peut s'imprimer sans le consentement de la Republique ; et, dans cette innovation qui etonne au premier coup-d'oeil, je n'apergois aucun inconvenient , car qui pourrait se plaindre de ne pouvoir faire imprimer un mauvais ouvrage (qu'on mepriserait sans le lire), puisque chacun est nourri, v^tu el loge par la Republique? Et si quelque bon citoyen, consacrant ses loisirs au bien public, compose un ouvrage utile, comment croire que la Republique ne s'empressera pas de I'accepter et de le faire imprimer ?
— Et moi, repril Eugene, non-seulement je n'apergois aucun inconvenient, mais encore j'entrevois d'immenses avantages : jc suppose que le travail A'ecrioain soil considere comme une profession, qu'ii dis-huit ou dix-sept ans le jeunc homme ou la j(;une fille qui veut embrasser cette profession ne soil autorise a la choisir qu'apres un examen constatanl les dispositions convcnablcs ; que I'ocrivain futur receive alors pendant cinq ou six ans Teducalion s/jecia7e necessaire, el que ses ouvrages ne soicnt d'aillcurs impriuK'S qu'en vertu d'une loi, sur le rapport d'un comile ; n'aurait-on pas la certitude de ne plus imprimer de mauvais livres, avcc toules les chances possibles pour faire composer tons les bons ouvrages qu'on pourrait dosirer? La Republique aurait ainsi
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des historicns, des romanciers, dcs poetes, dcs chansonnicrs nationauo", conime autrefois Ics rois avaient des ecrivains pensionnes; cllc leur dcmanderait toules les compositions qu'ellejugerait utiles, indepcndamment de celles qu'ils auraient spontanemcnt congues ; on n'aurait ni romans licencieux , ni chansons obscencs ; personne n'aurait interet a so hiiter pour faire un ouvrage mediocre ; et ce systeme, applique a toutes les branches dcs leltres, dcs sciences et dcs arts, pourrait conduire a la perfection : toute rellcxion faitc, c'est le systeme d'Icaric 1
— Vous avez bien devine tous deux, dit Valmor , et je vois avec bien du plaisir que vous comprenez notre organisation: mais voyons, continucz 1
— Tous les gargons et toutes les filles, dis-je alors, apprenant les elements da toutes les sciences et suivant uii cours dc Ulldrature, tous les Icariens sans exception ont neccssaircment dos idees sur tout et savent exprimer Icurs idees soil en parlant soit en ecrivant. La perfection de la languc icarienne et I'habitude du laconisme que chacun acquiert dcs I'enfance doivent augmentcr encore la facilite d'ecrire. 11 n'est certainement pas d'ouvrier qui nc soit capable d'cnvoyer aux commissions ct aux journaux des notes bien redigecs contenant des observations utiles, et il en est pr(jbiiblemenlune foulequi, apres leurs travaux obligaloires dc I'utolier, composent de bons ouvrages en tous genres , dont les mcilleurs peuvent 6tre adoptes et imprimes par la Republique. — C'est cela, dit Valmor 1
— Quant aux nombreux savants de profession (chimistes, g6ologues, mecaniciens, physiciens, astronomes, etc., etc.), ce doit ctre bien autre chose: pendant long-temps, a partir de dix-sopt et dix-huit ans, leurs etudes specifies doivent CHre tellcment ap{)rofondies ct tellement transcendantes que, dans toutes les branches, los savants de vingt-cinq ans puissent posseder gencralement leur science ou leur art dans toutes ses parties , et consacrer le reste d'une existence longue et heureuse a des experiences et a des decouvertes qui recu ent les bornes de cet art ou de cette science. C'est dans cette masse de savants que se trouveraient les cxperimentateurs, les applicateurs, les profcsscurs, et les redacteurs de traitcs ct de journaux scientifiques et industriels. — Tres bien !
— Et il y aura, comme pour les serruriers, les imprimeurs et les auires ouvriers, d'immenses ateliers pour les ecrivains (historiens, poetes, etc.), pour les savants (chimistes, astronomes, etc.), etpour