CHAPITRE XVL
Dinaise ne veul pas se marier. — Desespoir de Valmor.
En arrivant, tout inquiet, a I'entree du jardin du Nord, j'apcrcus a quelque distance Yalmor qui se promenait a grands pas, I'air extremement agile. Aussitot qu'il m'eut entendu, i! courut a moi : — Es-tumonami?s'ecria-t-ilhorsdelui; viens, suis-moil... Je fuis Icara! N'abandonne pas un malheureux... un homme bien malheurcux , ropeta-t-il en se jetant dans mes bras avant que j'eusse pu lui rcpondre !... Ellc ne m'aime pas , William !... llier matin j'etais !e plus heureux des hommes, et aujourd'hui j'en suis le plus infortune!... Elle ne m'aime pas I... Depuis plus de dix ans, je concentre sur elle toutes mes esperanccs, toutes mes affections, tout le bonhcur de mon avenir.. . et elle ne m'aime pas!... Son frere et sa mere m'entretenaieDt dans une illusion qui me reoflait
144 DfiSESPOIR AMOUREUX.
heureux ; et un mot a detruit a jamais pour moi tout bonhcurl EUe nese mariera jamais!... 0 mon ami, que je suis mal heureux de ma douleur, de celle de ma famille et de ma soeur! car tous nous I'entourions de notre amour , et son refus nous accable tous de desolation... Si ton amitie n'abandonne pas un infortune, tu ne verras plus la joie parmi nous, mais la consternation et la tristesse....
Comme je lui prodiguais mes caresses et mes protestations, en m'efforgant de lui donner quelquc espoir :
— Non, me dit-il en me pressant les mains , plus d'espoir poui ton ami!.,. Si elle me haissait, j'espererais plutot...; maiselle de I'amitie pour moi... Et comment un si bon coeur pourrait-il hair un ami d'enfance, si tendre et si respectueux pour elle ! Elle est desolee de mon desespoir, desolee de la douleur de ma famille, et presque desesperee de I'afriiction qu'elle cause a sa mere et a son frere... Mais elle declare en pleurant qu'elle ne pent accepter aucunepoux; et ce qui nous desespere, c'est que cet ange d'innocence et de beaute, cet ange ordinairement si modeste, si timide, et toujours si pret a ceder aux desirs de ceux qu'elle aime, unit quelquefois a son affeclueuse complaisance et a son angelique timidite le caractere le plus ferme et le plus inflexible. Connaissant tout le chagrin qu'elle allait nous faire a tous, elle a long-temps combattu , long-temps hesite ; et son refus , qui lui coute tant a elle-m6me , nous desespere d'autant plus qu'il nous parait a tous invincible et irrevocable.
Apres I'avoir laisse long-temps exhaler sa douleur et lui avoir temoigne combien elle m'affligeait moi-meme, jc tentai de lui offrir quelque consolation en faisank un appel a sa raison, a son courage, a son amour pour sa soeur et sa mere, dont il devait calmer le chagrin par I'exemple de sa fermete dans I'infortune et sa resignation aux malheurs qui sont irremediables.
J'obtins qu'il ne partirait pas : mais je ne le quittai pas de toute la journ^e, mon amitie paraissant le soulager un peu ; et sa famille, cette pauvre Gorilla surtout, que je trouvai dans une tristcsse qui me fendait le coeur. me prierent de I'accompagner a la campagne oil Dinaros devait le conduire, le lendemain, pour quelques jours.
AGRICULTURE. Ho