CHAPITRE XVIL
Agriculture.
Nous sortimes tous trois par la porte par laquelle j'etais entr(5 dans Icara, et bientot, volant sur le cliemin de fer, nous atteignlmes la riviere par laquelle j'etais arrive, Valmor parut vivement emu quand nous pass&mes devant I'endroit oil mademoiselle Dinaise avail debarque. Je me sentis trouble comme lui quand le bateau s'arr^ta pour nous descendre a I'endroit oil elle s'embarqua, et oil je la vis ou plutot I'entendis pour la premiere fois avec sa mere. Je me sentis encore plus emu quand Yalmor me dit : — Te rappelles-tu ? C'est ici qu'elle monta pres de nous sur le bateau... Que I'avenir me souriait aiors ! Et aujourd'hui !...
Nous traversames plusieurs fermes qui me parurent charmantes. ' — Quel beau temps! s'ecria Diuaros, quelle belle campagne ! — Oui, repondit Valmor, et cependant le soleil m'importune , la verdure me plait moins, la nature n'aplus de charmes pour moi.
— Allons done , mon ami, reprit Dinaros, du courage ! Est-ce que tu n'es pas un homme ! Est-ce que tu ne serais plus le sage Valmor 1
A^res avoir marche plus d'une heure, nous arrivames a une autre ferme situee au pied d'un coteau.
— C'est ici qu'elle venait quand nous I'avons rencontree avec sa mere, me dit Valmor : avec quel bonheur je m'en approchais autrefois, quand j'y venais avec elle et son frere 1 Et maintenant je nesais quel air epais et pesant !... et il ne put continuer.
Leperede madame Diname, M. Mirol, intime ami du pere de Valmor, qui habitait cette ferme, avait ete prevenu de notre arrivee par une leltre de Dinaros. L'air d'empressement affectueux, et pourtant de tristesse, avec lequel nous rcQurent sa famille et lui, faillit arracher des larmes a Valmor.
— J'y suis venu plusieurs fois avec elle, me repeta-t-il a part , et la vue de ces lieux va me faire beaucoup de bien et.... beaucoup demal!...
Je trouvai la famille de M. Mirol bien nombreuse , de plus de quarante personnes : lui et sa femme, cinq 61s et leurs femmes >
as AGRICULTURE.
quatorze petits-fils et dix petites-filles , dont trois etaicnt mariees, et cinq ou six arri^re-petits-enfants en bas Sge , outre trois ou quatre qui fr^quentaient I'ecole.
L'un des petits-fils, Sge do pres de dix-neuf ans , allait bientot avoir acheve son education.
Pendant le diner^ qui fut d'abord triste et silencieux , le grandpere interrogea son pelit-fils sur ses etudes et son instruction. II lui demanda quels etaient les animaux qui faisaient du mal a I'agriculture. Le jeune homnie nomma, sans hesiter, tous les quadrupedes, les oiseaux, les insectes et les vers qui coupent les racines, mangent les semences , les feuilles , le germe des fruits avec les fleurs et les fruits en maturite , ou qui s'attachent aux animaux utiles. II raconta ensuite Thistoire des principaux de ces animaux , leur naissance , leurs habitudes , et les precedes pour les detruire.
Un de ses freres, plus Sge, nous raconta de mdme I'histoire des animaux utiles, avec toutes les particularites de leur education, de leur nourriture, de leurs maladies et de leurs qualites.
L'une des jeunes fiUes raconta I'histoire des vers a soie et de leur charmante production ; tandis que , a I'occasion d'une ruche en cristal remplie de miel, dont on vantaitla beaute etl'excellence, sa mere raconta I'histoire du miel et des abeilles.
Et pendant le recit de ces quatre orateurs principaux , chacun des auditeurs ajouta quelques circonstances interessantes.
Quoique je connusse assez Icarie pour n'6tre etonnede rien, j'etais surpris cependant de leur aisance a raconter et de I'elegance de leur prononciation , autant que de I'etendue de leurs coimaissances.
— Vous fetes surpris , me dit Dinaros , de trouver de pareils fermiers et de pareilies fermieres ; mais Valmor vous expliquera ce soir I'education de nos laboureurs (car nous etions convenus de faire parler Valmor le plus possible pour le distraire), et vous comprendrez alors toutes les merveilles que vous aurez le plaisir de contempler ici.
Apres le diner, M. Mirol voulut me faire visiter sa maison d'habitation. Je la trouvai, pour la distribution interieure et I'ameublement, absolument semblable a la maison de ville, mais plus etendue , et avec cet avantage que tous les cotes de la maison ont des fen6tres pour eclairer les appartements.
Plusieurs de ceux-ci sont destines a recevoir des parents ou des amis. La cuisine, ou se prepare le diner comme les autres repas, est plus considerable etplusgarnie que cellede la ville, comme
les campagnardes sont elevees pour 6lre plus savantes cuisinieres que les citadines. Le salon est aussi magnifique et plus grand cpie ceux d'lcara, afin de pouvoir contenir les families de deux fermiers voisins, quand ils veulent se visiter.
Je remarquai les murs tapisses partout de plans et de beaux tableaux imprimes, nidiquant tous les preceptes d'agricuUure les plus utiles et les plus usuels.
— Vou3 voye2, me dit M. Mirol, que nous autres campagnards (car nous sommes tous loges de meme inlerieurement ) nous n'avons rien a envier a nos freres des villes , et que nous ne sommes pas plus eblouis et embarrasses quand nous aliens chez eux qu'ils ne sont degoutes ou prives quand ils arrivent chez nous. A la verity , nous n'avons pas continuellement la vue de leurs superbes monuments; mais ils ne jouissentpas toujours des magnificences de la nature, et nous pouvons d'ailleurs aller en ville aussi facilement qu'ils peuventvenir a la campagne. Nous avons, comme eux, toutes les grandes et petites diligences qui parcourent continuellement la grande route, et, de plus qu'eux, nos chevaux de selle et nos cabriolets, qui nous conduisent jusqu'a ces diligences ou m6mc jusqu'aux portes de la ville, ou nous les deposons dans les ecuries et les hangars nationaux, pour prendre les omnibus; et, vous avez pu le voir, nos chemins sont si beaux, nos chevaux si rapides , et nos fermes si rapprochees de la ville communale , que deux heures nous suffisent toujours pour aller et revenir, en sorte que nous pouvons facilement nous rendre k toutes nos assemblees populaires, aux ecoles, aux cours, et m^me aux spectacles.
Du reste , des voitures speciales nous apportent regulierement de la ville, tout ce qui nous manque pjDur la nourriture , le v6tement et I'ameublement.
Comme il disait ces mots, nous sortions de la maison, dont il me fit remarquer que tous les cot^s etaient differents , et qu'ils presentaient quatre maisons diverses reunissant toutes les nuances de I'architeclure.
— Aucune ferme de la commune, ajouta-t-il, ne ressemble aux autres quant a la decoration exterieure ; mais toutes sont ^galement jolies.
Et voyez d'ici les murs des b&timents de feme, tous elegamroent quoique simplement ornes de treillages peints, garais de verdure et de fleurs.
Ne sont-ils pas charmants ?
Et vous verrez tout-a-l'heure la laiterie, le poulailler et le
reste
Mais venez d'abord voir lejardin et le verger.
Void I'essentiel, \epotager, departement de ma chere Elisa et de mon neveu Elois. C'est une habile cuisiniere que mon Elisa, comme vous avez pu le remarquer, etcomme elle vousle prouvera mieux encore ! C'est un habile jardinier que mon ami Elois ! Voyez les beaux legumes de toute espece ! Depuis quarante ans, presque tous, par les prodigieux progres de la culture, ont double et triple en volume et en bonte. Voyez ces cloches , ces couches , et toutes ces inventions d'hommes assez hardis pour oser aider la nature 1
Vous 6tes maintenant dans le royaume de ma gentille Alae et de son bon petit frere Alvarez. Admirez ces roses de mille especes, ces oeillets, ces fleurs de toute sorte qui charment nos yeux avant d'aller remplir nos parfumeries nationales, et pendant qu'ellesfournissent leur miel a nos abeilles, C'est le palais et la cour ou la majestueuse Alae rassemble ses plus riches sujels; car, d'autres fleurs, vous en verrez et vous en sentirez partout, embellissant et parfumant tout le domaine de la Republique.
N'allez pas plus loin! c'est le rucher. Les ouvrieres qui travaillent dans ces ateliers de paille et de verre, aussi sauvagcs et farouches que merveilleusement habiles , pourraient vous faire sentir combien leurs aiguilles sont piquantes , et combien elles aiment mieux les soins de mon aimable Camille que I'indiscrete curiosite d'un milord anglais.
Vous apercevez d'ici nos espaliers, et plus loin vous pouvez voir nos fraisiers et tous les arbfisseaux fruitiers : ce sont les etats de Frasie et de son cousin Comar ; car chacun ici est ministre , ou prince et princesse, et regne en maitre absolu sur ses sujets, ce qui ne doit cependant pas vous faire croire que nous regrettions le despotisme ou la monarchie.
Eh bien 1 Valmor (qui avait failli tomber dans un petit ruisseau), vous ne connaissez done plus nos eaux et notre jardin?.... Autrefois, milord, nous etions trfes embarrasses pour Tarrosage ; mais depuis une trentaine d'ann^es, nous avons si bien trouve le secret de penetrer dans les entraiiles de la terre et d'y creuser des puits pour en faire jaillir ses sources, ses fleuves et ses lacs sou terrains, que nous avons partout les eaux n^cessaires pour nos maisons, nos jardins, nos pr6s et nos champs ; et nos instruments i'arrosage
sont si commodes que, sans fatigue et sans vous mouiller, vous pourrez vous procurer le plaisir de repandre sur nos fleurs et nos legumes la fralcheur et la vie. Et si vous aimez la piche, vous aurez encore le plaisir de trouver tous nos ruisseaux, comme toutes nos rivieres, tous nos canaux et tous nos reservoirs, remplis de poissons de toute espece que nous avons grand soin d'y entretenir.
Voici le verger I C'est ici mon empire et celui de ma vieille et fidele imperatrice ; mais nous sommes si peu despotes, elle etmoi, que nous n'y sommes guere bien obeis ; et ce sont nos propres enfants qui viennent nous y devaliser I
— Quels beaux arbresi m'ecriai-je. Quelles belles cerises! — Et que diriez-vous done des autres fruits en automne? reprit Dinaros.
— Ah ! ah ! continua le vieillard, nous prenons des soins, nous raisonnons notre affaire ; nous faisons pour nos arbres comme pour nos legumes et nos fleurs; nous avons nos pepinieres, ou nous choisissons les plus beaux plants ; nous greffons les meilleures especes ; nous arrachons tout ce qui se montre ou devient defectueux ; nous bechons et nous arrosons ; toujours la scrpette a la main, nous taillons et coupons toutes les branches inutilos et parasites ; nous enlevons toutes les plantes surabondantes ; nous defendons noseleves contre tous leursennemis ; et, depuis leurnaissance jusqu'a leur vieillesse, nous les choyons comme des enfants ; et par consequent vous ne devez pas vous etonner qu'ils soient beaux et bien eleves, et que leur reconnaissance reponde a notre soUicitude.
Du reste, vousne verrez pas un arbre ou unc haie mu(t/es; mais dans nos champs, partout oil un arbre fruitier sera plus utile qu'autre chose, vous trouverez un arbre a fruit, et vous les verrez innombrables dans la campagne.
Mais la nuit approche : la soiree sera belle : allons rejoindre les enfants sur la terrasse, oil nous jouirons, en nous reposant, de la magnificence du soleil couchant.
Nous mont&mes done au haut de la maison, oil nous trouvSmes la famille rassemblee parmi des fleurs, et une large table au milieu sous une tente qui s'ouvrait et se pliait a volonte.
La vue de la campagne environnante et des fermes voisines , legerement eclairees par une lumiere mourante ; les rayons dii soleil dorant encore le sommet des arbres etdes hauteurs doatle
no AGRICULTURE.
pied disparaissait dans I'ombre ; les nuages et le ciel peints de miUe couleurs ; les cris des bestiaux rentrant a I'etable ou saluant la fin du jour ; le chant des oiseaux celebrant I'heure du repos et du sommeil ; le parfum et la fraicheur de I'air ; la beaute du soleil qui semblait nous promettre un beau lendeniain en descendant majestueusement sous I'horizon, tout concourait a me Jeter dans une ravissante extase.
— He bien , milord , me dit M. Mirol , n'avons-nous pas aussi nos spectacles a la campagne , et croyez-vous qu'ils soient moins magnifiques que I'opera des villes? Et si vous voyiez d'ici un bel orage d'ete, des milliers d'eclairs embrasant au loin ce vaste horizon, illuminant soudainement I'obscurite la plus profonde et pr6sentant a nos yeux eblouis I'image de la creation sortant du chaos a la seule voix du createur I si vous entendiez, au milieu du plus complet silence , les eclats de la f oudre , et le fracas du tonnerre repete par les 6chos de nos montagnes ! Mais vous verrez tout-a- I'heure les millions de lumieres qui vont illuminer la voute sans fin de notre immense salon, puis la lune, plus brillante encore, qui voudra les eclipser pour rivaliser avec son frere I
— Je I'ai vue, me dit Valmor a I'oreille, admirer ici toutes ces beautes : et je les admirals aussi, car mon coeur 6tait rempli d'esperance et de bonheur; mais a present !....
— Allons, Valmor, lui dit M. Mirol, puisque milord s'etonne de voir les laboureurs d'Icarie si habiles, montrez-lui que c'est I'effet tout naturel de notre education, et que, pour ne rien savoir, il faudrait que nous fussions aussi b^tes et ent6t6s que nos fines. Nous allons nous asseoir autour de la table, et nous vous ecouterons tons avec grand plaisir : commencez 1
Valmor, s'excusant d'abord... — Je suis ton p6re ici, ajouta le vieillard d'un ton paternel, et par consequent j'ordonne : nous altendons avec impatience : allons, allons, commence, Valmor 1
— Tu sais, mon cher ami, dit-il enfin alors, en s'adressant h moi, que, jusqu'a dix-huit ans pour les gargons et dix-sept pour les filles, tous les enfants d'Icarie regoivent, en commun, une EDUCATION elementaire et generale.
L'agriculture etant consideree chez nous comme le plus indispensable des arts, la Republique veut que tous les citoyens puissent, au besoin, etre agriculleurs, et que tous soient inslruils et eleves de manierea pouvoir relre.
Les connaissances necessaires a I'agriculteur sont d'ailleurs jugees necessaires aux citoyens de toutes les professions. Par consequent, tons les enfants apprennent les elements de ragriculture.
Et comme on veut toujours, autant que possible, joindre h pratique a la Iheorie , on conduit journellement les enfants a la campagnepourleur expliquer les productions de la terre, et pour les faireassisteraux travaux agricoies : ce sont pour eux des promenades aussi charraantes et salutaires qu'instructives.
Les plus robustes, ceux au-dessus de quatorze ans, y sont m^me conduits comme ouvriers pour travailler a certains travaux faciles, pour epierrer les champs , ou pour aider a faire les recoltes ; et ces travaux sont pour eux encore de charmantes parties de plaisir.
A dix-huit et dix-sept ans , I'enfant du laboureur est libre de choisir une autre profession , si quelque famille de la ville consent a I'adopter , comme I'enfant de la ville pent devenir agriculteur si quelque fermier veut I'accepter dans sa famille : mais les enfants des laboureurs preferent tousetre laboureurs comme leursperes.
Les enfanls qui choisissentl'agriculture regoivent alors. pendant un an , une education speciale, theorique et pratique, qu'ils completent ensuite dans la ferme paternelle, et qui doit les rendre des cuUivateurs aussi parfaits que possible.
L'agriculteur etudie done et connatt toutes les especes de metauT), de pierres , et surtout deterres, Icurs elements et leurs qualites diverses ; toutes les especes de productions ue^efaies et leurs qualitds, tous les instruments et leurs avantages ; tout ce qui tient aux saicons, aux vents, aux intemperies de Fair , et aux moyens de les |3viter et de s'en garantir.
! L'agriculteur etudie egalement et connait tout ce qui louche .lon-seulement a la r6coUe, mais encore a la transformation des produits en vin, cidre, etc.
Aucun d'eux ne peut ignorer toutce quiregarde \esanimaux nuisibles comme les animaux utiles, domestiques ou sauvages, ni les diverses productions animales.
La fille du fermier apprend de mSme et connait tout ce qui peut I'interesser dans I'agriculture , particulierement tout ce qui concerne le laitage, la volaille, les legumes, les fleurs et les fruits.
Et remarque encore que chaque Province ou chaque Commune ayant des qualites de terres differentes, et par consequent des
productions diff6rentes , Tune seulement des terres a vignes par exemple , et I'autre seulement des terres a grains, c'est specialement sur ces especes de terres et leurs produils que les ecoles de la Province et de la Commune dirigent Teducation de leurs jeunes agriculteurs.
Ajoute encore que, chaque ferme ayantsa statistique territoriale etpar consequent la qualite plus speciale encore de son petit territoirc , c'est vers cette derniere specialite qu'est concentree delinilivement Tinslruclion de chaque fermier.
Tu ne dois done plus t'etonner, maintenant que tu connais leur Education, des connaissances et de Thabilet^ de nos fermiers et de nos fermieres.
Et ne me dis pas que tu es surpris , au moins, qu'ils puissent tant apprendre ; car , en reflechissant , tu apercevras que des enfants peuvent apprendre bien des choses jusqu'a dix-neuf ou dixhuitans, surtout quand leur education est soignee des leur naissance.
Du reste, Tinstruclion de nos cultivaleurs, comme cclle de tous nos ouvriers et de tous nos citoycns, ne s'arrcle pas a I'ecole, mais se continue et s'augmente pendant toute la vie. Sortis de I'ecole et rentres dans la ferme, le jeune homme et la jeune fiUe y trouvenl les instrucleurs les plus experimenles et les plus affectueux dans leurs peres et leurs meres, leurs oncles et leurs tantcs, leurs ireres et leurs sceurs.
Us y trouvent aussi , magnifiquement imprimes par la Republique, tous les litres et <raiies qu'ils ont etudies, une vaste Encycloptdie agricole , une foule de Guides du jardinier , du fleuriste , etc,, enfm le Journal d' Agriculture , qui leur communique toules les decouvertes et tous les perfectionnements qui se produisent chaque jour sur toute I'etendue de la Republique.
Et juge que d'observations, que d'invenlions, que d'amdliorations doivent surgir d'une population si nombreuse d'agriculteurs si eclaires et si habitues a raisonner !
Car, si tu compares nos laboureurs d'aujourd'hui aux laboureurs d'aulrefois, aussi brutes que leurs bestiaux , tu comprendras que nous avons pour agriculteurs des millions dliommes habiles, au lieu d'animaux stupides , et que notre agriculture a du faire plus de progres chaque annee, depuis cinquanle ans , et surtout depuis trente ans, que pendant tous les siecles precedents.
Les progres dans toutes les branches et sous tous les rapports
sont tels que nous avons nous-m^mes besoin de nous en rappeler la cause pour n'en etre pas etonnes.
Tu serais encore frappe d'etonnement , sije te racontais les observations astronomiques faites par nos campagnards , sur leurs terrasses, ou plutot leurs observatoires.
lei, par exempie... — Bien, tres-bien, mon cher Valmor, lui dit M. Mirol en I'interrompant ,nous oublierions le souper et nos iits en t'ecoutant ; mais tu dois 6tre fatigue ; et demain , nous aurons le plaisir de nous revoir, a condition que tu nous procureras encore celui de t'entendre.
J'avais un grand plaisir pour mon compte ; car independamment de I'interet dusujet , et du charme avec lequel parle Valmor, sa melancolie rendait sa voix plus touchante, sa voix , qui deja naturellement rappelait un peu le timbre si penetrant de celle de Dinaise.
Nous n'avions pas eu le temps d'examiner le ciel et ses constellations, lorsqu'une des jeunesfiUes vint nous avertir que la table etaitservie.
Apres une collation delicieuse, Valmor m'emmena coucher dans la meme chi^mbre, ou je restai long-temps sans dormir, le malheureux ne pouvant s'emp^cher de me parler de son malheur, des qualiles et des perfections de celle doni son amour faisait un ange.