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CHAPITRE XVIII

Agriculture. (Suite.)

Reveilles de bonne heure, j'entralnai Valmor dans les bStiments de la ferme, ou Dinaros ne tarda pas a nous joindre.

Nous visilames successivement les diverses etables des nombreux animaux domestiques , les depots de funiier, les hangars pour les chariots , ceux pour les machines et les instruments aratoires, Tatelier pour les travaux de raccommodage, les vastes magasins pour les recoltes brutes, les granges pour travailler celles-ci, et les depots pour les productions pretes a etre transportees en ville : nous termin&mes par la basse-cour , le poulailler et ia laileric.

t?'\ je o'&vais pas su que les fermes avaient ete construites sur

m AGRICULTURE.

des plans-modeles , comme tous les autres ateliers de la Republique , j'aurais admire celle-ci plus encore que la maison ; car, la oil d'ordinaire on ne voit ailleurs que degoutante salete, desordre et niisere, je retrouvais toute la proprete , tout I'ordre , toute la commodite et toute I'elegance que j'avais remarques partout.

Valmor, qui m'expliquait tout, me fit admirer les grandes et petites charrues, et les nombreuses machines recemment invent^es pour faciliter, abreger et perfectionner les travaux , et pour epargner au laboureur presque toutes les fatigues, en remplagant ses bras et ses epaules par des animaux ou par des instruments inanimes , en sorte que le role de Tagricult^ur se trouve presque reduit a celui d'un direcleur intelligent et d'un ordonnateur eclaire, tandis que, d'un autre cote , un seul homme en fait autant aujourd'hui que dix ou quinze autrefois, et fait mfime beaucoup mieux. '

— Le mulet, me dit-il , Vdne et le chien meme sont autant de machines vivantes qui portent, en place de Thomme , dans les plus etroits sentiers.

Aussi, le vMement de travail du cultivateur, aussi cbaud en hiver que frais en ete, et d'ailleurs touj ours impermeable a la pluie, est-il , comme celui de I'ouvrier quelconque , tellement propre et m6me elegant qu'on a du plaisir a le voir, sans que j'aie besoin d'ajouter que celui des jeunes fermi^res est charmant, comme les fermieres elles-memes, au milieu de la verdure, des fleurs et des fruits de leurs campagnes.

"Nous rencontrames deux des cousines de Dinaros dans la laiterie, oil la blancheur de leur peau rivalisait avec celle du lait, tandis que leurs joues colorees semblaient des roses a cote des lis.

Qu'elle etait propre, cette laiterie garnie de vases remplis de lait , de creme, de beurre et de fromages de dix especes !

Mais, qu'elle etait jolie et animee, la basse-cour rafraichie par un reservoir convert d'oiseaux aqualiques, et garnie tout a I'entourde cellules pour des troupes d'oiseaux de toute espece 1 Quels beaux coqs , fiers et jaloux comme des sultans dans leurs serails ! Comme tous ces peuples divers accouraient a I'aspectde leur jolie raaitresse r^pandant sur eux ses bienfaits I

— Tiens, voila sa poule cherie, me dit Valmor en memontrant une magnifique poule blanche comme la neige ! Ah ! si tu I'avais vue au milieu de ces oiseaux ! qu'elle paraissait heureuse de leur presenter du grain que les plus hardis venaient becqueler dans sa main I Avec quel ravissement je la contemplais un jour, atravers

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ce feuillage, elle riante et heureuse de repandre le bonheur autour d'elle 1 . . . Je ne I'y verrai done plus I . . .

Apres le dejeuner, M. Mirol voulut me conduire Iui-in6me sur les champs de la ferme.

II me montra d'abord, sur un magnifique plan de la ferme tapissant le mur d'une des salles, le jardin a droite, les bcitiments derriere, les champs a gauche, et, devant, une prairie travers^e par une riviere et terminee par un bosquet de hauls arbres.

— Hicr, me dit-il, nous avons vu le jardin , et ce matin vous avez visile les b&timents; mainlenant , nous allons passer par la prairie, qui nous conduira a la pepiniere et au bois , et nous reviendrons par les champs.

Nous n'avons pas d'inutiles gazons de luxe ; mais peut-on voir un plus beau tapis que cette prairie emaillee de fleurs , et dont la verdure, parsemee de rouge, de blanc et de bleu, rend plus 6clatant encore le beau jaune de cette navette qui la borde? Voyez la-bas ces besliaux qui s'y delectent dans des pares mobiles qui nous dispensent de les garder.

Du reste, celle prairie, toute grande qu'elle est , serait loin de nous suffire, si nous n'avions pas, presque partout , d'autres prairies artificielles, d'autres herbes et d'autres legumes, avant ou apres nos autres recoltes ; car I'art de varier la culture et les semences est mainlenant pousse si loin que nous sommes parvenus ',a faire produire, chaque ann^e, successivement plusieurs choses a diaque champ, sansle laisserreposer jamais.

Voyez quel jolibassin et quelle johe riviere, oil nous pourrons taniot aller nous promener en barque! Mais remarquez surtout avec quel soin mes fils en ont aplani les bords, de mani^re a eviter tout danger. Plus haul, ou la rive est bordee par une roche a pic, ils ont eleve une petite barriere pour empecher d'y tomber ; car , quoique nos gargons et nos Giles apprennent tous a nager , la Republique ordonne de travailler le bord de toutes nos rivieres , canaux et eaux quelconques, de maniere a Eviter les accidents.

Apres avoir traverse la riviere sur un joli pont, et parcouru ie resle de la prairie, nous arrivames a la pepiniere, puis au bois, ou plutotau bosquet, dont les arbres me parurent magnifiques, mais que je fus 6tonne de voir cullives et travailles comme ceux tei

vei^er.

— Quel Sge leur donnez-vous? me demanda Dinaros. — Soixante ou quatre-vingts ans, repondis-je. — Trente-cinq, repliqua-t-il.

— Mais, reprit M. Mirol, il faut vous dire que la Republique a adopte un systeme tout nouveau relativement aux bois. Elle a fait arracher tous ceux qui ^taient mal places, d'une exploitation trop difBcile, ou qui pouvaient etre remplaccs par des produils plus avantageux. Les autres, elle les a partiellement defricMs, et n'a laisse que des bosquets entremfeles de cultures et de fermes ou de manufactures, en arrachant tous les arbrisseaux de ces bosquets, et en cultivant les grands arbres restants. Puis , dans toutes les fermes sans bosquets, elle en a fait planter comme celui-ci. J'ai choisi la place et I'ai preparee ; puis j'ai pris dans la pepiniere les espfeces et les plants qui m'ont paru le mieux convenir et qui sont les plus utiles, et je les ai transplant^s. Depuis, je n'ai pas cesse de les cultiver, tailler, soigner, comme on faisait autrefois seulement pour la vigne, le houblon, le peuplier et des arbres aristocratcs ; et vous voyez comme ils sont beaux I

Nous n'avons done plus ni vastes bois, ni taillis, ni broussailles comme jadis; mais toutes les fermes ont des bosquets, independamment des arbres fruitiers reunis dans les vergers ou disperses sur les champs, et des autres arbres qui bordent souvent les rivieres, les canaux et les routes.

Nous avons ainsi tout autant*de bois a brtiler au moins, et en tout cas autant qu'il en est besoin, avec Tavantage d' avoir beaucoup plus de terres, beaucoup plus d'arbres fruitiers, et beaucoup plus de beau bois de toute essence pour toutes les necessites de i'induslrie.

Ajoutez a tant d'avantages celui, qui n'est pas le moindre, d'avoir purge le pays de presque tous les animaux dangereux a I'homme ou nuisibles a I'agriculture.

Et d'un autre cote, on a trouv6 le moyen de semer ou planter des arbustes et des arbres sur des montagnes pel6es qui ne presentaient que de la pierre, d'y porter ou d'y creer en quelque sorte de la terre et de la vegetation, et de les conquerir pour ainsi dire sur la sterilite.

Nous voici sur nos champs, et vous apercevez mes enfants et nos voisins disperses partout : car, depuis le premier jusqu'au dernier jour de I'annee, il y a toujours quelque chose a faire au dehors ou au dedans, d'autant plus que nous ne sommes obliges de tra- S'ailler que six ou sept heures , comme les citadins ; mais nos

travaux, que nous faisons a volonte ou suivant le temps, nous sont tellement agreables que nous nous occupons sans cesse.

Mais je me sens fatigue de parler ; Valmor, expliquez a voire ami ce qui conceriie nos terras.

— Vols d'abord, me dit Valmor, comme tout estcultive demanifere a ne pas perdre un pouce de terre. Vois ; non-seulement pas une ronce, pas un chardon, pas une plante ou une herbe inutiles, mais pas une cloture, pas un mur, pas une haie sterile ! seulement les fosses, les rigoles, les chemins et les sentiers necessaires 1 Cette jolie bordure de groseilliers et de cassis, c'etait jadis un gros vilain mur en mines qui mangeait dix pieds de terre de chaque cote I

Calcule, si tu peux, la valeur des murs, des grilles, des palissades, des fosses en magonnerie, et tu verras Veconomie de tout genre qui resulle de la suppression des clotures I

Ce joli talus que tu apergois la-bas au bord du chemin, orne de la verdure et des fleurs d'un excellent legume, c'etaient autrefois des broussailles, des epines, et des nids a chenilles.

Et tu le vois , chemins, sentiers, fosses, sillons eux-mSmes, tout est en ligne droite : tous nos champs sont, autant que possible, des Carres longs, ce qui facilite la culture en meme temps qu'il Economise la terre, ce qui d'ailleurs n'a pas ete difficile a pratiquer, puisque, comme tu le sais, le terrain de chaque ferme a ete trace k volonte par les ingenieurs de la Republique.

Et vois comme la surface est unie, lors m^me qu'elle est inclinee 1 Tu n'apergois pas d'eminences ni de cavites 1 tu ne vois pas m^me une pier re !

Aussi peut-on voir une culture plus parfaite, de plus beaux epis, de plus belles chenevieres, de plus belles navettes !

Et remarque ces beaux chemins, ces fosses si bien coupes a la beche et si bien cures, ces jolis sentiers ferres en pierres et sables! Ne voit-on pas partout avec satisfaction le travail d'hommes qui raisonnent tout, qui cherchent la perfection en tout, et qui portent en tout autant de gout que de raison! Cette ferme entiere ne semble-t-elle pasun seul et superbe jardin dont ces jolis sentiers font une delicieuse promenade I

— Que dis-tu? dit Dinaros ; toutes ces fermes ne forment qu'un seul jardin, tous ces champs ne sont qu'une promenade sans fin.

— Tu as raison, reprit Valmor : nous n'avons pas plus de cl6tures que de proces, puisque nous ne connaissons plus la propriete ; et chaque fermier peut se promener sur les fermes voisines, comme les citadins peuvent se promener sur loute la campagne.

Et ne va pas craindre que personne se permette de toucher a rien ou de rien g&ter en marchant : notre syst^me d'education nous habitue des I'enfance a tout respecter, d'aulant plus que quand des citadins, qui d'ailleurs ne manquent jamais de rien en ville, se presentent dans une ferme, il n'est pas un fermier qui leur refuse des fleurs et des fruits.

— Mais, lui dis-je, toutes lesfermes ne peuvent pas ^tre aussi jolies, dans les montagnes, par exemple. — Dans les pays de montagnes, repondit-il, il y en a de bien plus charmantes encore, embellies par les mille agrements des sites, des vues pi ttoresques et des eaux limpides, jaillissantesou tombant en cascades! II est vrai cependant qu'il y a des montagnes moins fertiles et naturellement nioins agreables : mais c'est la surtout que se concentrent tous les efforts et toute la sollicitude de la Republique, pour corriger par la bienfaisance des arts I'apparente injustice de la nature. Ai-je besoin de te rappeler que la se trouvent egalement des villes communales parfaitement semblables aux autres, dont le territoirecontientle meme nombre de fermes de pareille etendue I Ai-je besoin aussi de te redire que les maisons de ccs fermes de montagnes sont pareilles aux autres, et que les bailments sont semblables suivant leurs destinations! Inutile encore d'ajouter que ces fermes ont egalement leurs jardins , leurs legumes , leurs fleurs et leurs fruits particuliers. La culture et les productions ne sont, il est vrai, les mfimes ni en nature ou en qualite , ni en quantite ; mais tout est egalement cultive et bien cultive , tout produit autant qu'il pent produire et meme produit beaucoup , tant Tart est devenu puissant! Toutes ces fermes ont des agrements qui leur sont propres ; toutes sont agreables a ceux qui les habitent ou les visitent; toutes sont utiles a la Republique ; et si tu veux que je te le dise, ce sont les lieux les plus deserts et les plus steriles dans le principe qui me plaisent le plus aujourd'hui par les miraculeuses metamorphoses que le genie leur a fait subir.

— Mais il pent arriver, dis-je, que quelques fermes aient trop de bras et d'autres pas assez : comment faites-vous alors? — D'abord, tu dois comprendre que des hommes intelligents, eleves pour etre laborieux et utiles, trouvent toujours a s'occuper pour rendre mcilleur ce qui est deja bon. Ensuite si quclque cultivateur se trouve reellcment sans travail, il peut, meme dans la ferme de son pere, exercer une autre Industrie, ou bien aider un fermier voisin. Quant a ceux qui ont besoin d'un secours habituel ou momentane,

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ils le trouvent toujours dans quelques membres des fermes voisines, ou dans quelques jeunes ciladins qui viennent s'incorporer volontairement dans leur famille, ou dans leurs amis , ou dans ies ecoliers, ou dans lescitadins qui ne refusent jamais le plaisir des travaux champetres.

— A gauche, Valmor 1 lui cria M. Mirol : rentrons du c6t6 des

espaliers ; ie veux Ies montrer a milord.

11 me fit voir, en effet, des espaliers fort singuliers : c'6taient , non des murs , mais des cloisons mobiles qui reverberent encore mieux la chaleur pour miirir Ies fruits, et qu'on enleve quand on craintque lesarbres ne soient brulespar un soleiltrop ardent.

Nous nous reposSmes un moment sous des treilles et des 6erceaux charmants oii nous respirions un air parfume sous une voute de verdure et de fleurs ; puis nous rentr&mes en cueillant, avec Ies jeunes lilies qui vinrentembrasser leur grand- pere, des fruits pour !e diner.

— Qu'elle etait belle sous son large chapeau de paille, me dit tout bas le pauvre Valmor en me serrant le bras , la derniere fois que je I'ai vuecueillir ici des fraisesl Ah, mon amil puisses-lu n'^tre jamais aussi malheureux que moil...

Pendant le diner, M. Mirol mit la conversation sur Ies ricoUes^ la chasse et la 'p4che, en s'adressant toujours a ses filles ou pelites- Clles, qu'il me parut toujours avoir un grand plaisir a entendre.

L'une d'elles raconta comment se faisaient la fenaison, la moisson, la vendange, la recolte des legumes, des fleurs et des fruits.

Elle expliqua d'abord que chaque fermier choisissait le temps qui lui convenait pour chaque recolte ; qu'il s'arrangeait toujours de maniere a faire chacune d'elles en un seul jour pour 6tre plus sur d'avoir un beau temps : que, quand il avaitbesoin d'aides, il Ies demandait solt aux fermiers voisins qu'il aidait de meme a son tour, soit aux jeunes gens desecoles, soita ses amis de la ville, qui ne refusaient jamais, parce que le jour de recolte etait toujours un jour de plaisir et de f6te ; et que, a cet effet, chaque ferme avail des chaussures et des coiffures de campagne pour quarante ou cinquante etrangors, avec Ies instruments neceasaires.

Elle expliqua encore avec une grSce charmante comment tous ces fermiers et fermieres improvises arrivaient de la ville en omnibus ou diligences, avec leurs vivr«s portes par des mulcts.

Puis elle raconta , avec un esprit qui nous arracha souvent un

sourire universel, la joie dcs jeunes garc-ons et des jeunes filles en arrivant, leurs rires en se traveslissant, leurs cris ou leurs chants en travaillant, lesgaietes des repaschampetres, lesjolies et folalres ceremonies qui commencent le travail, les danses et les jeux quelquefois prolonges jusqu'au milieu de la nuit et toujours sous les yeux des parents aussi joyeux que leurs enfants. Ce recit si gracieux rappelait sans doute d'heureux ou plutot de douloureux souvenirs au pauvre Valmor, car je crus plusieurs fois apercevoir une larme briller dans ses yeux.

Une autre jeune fille nous raconta la chasse, non aux gros animaux sauvages , puisqu'ils n'ont plus de retraites et qu'on les a tous detruits, mais aux oiseaux nuisibles, auxquels on tend toules sortes de pieges, et surtoutaux insectes. Commesa soeur, elle nous fit beaucoup rire en nous racontant la chasse qu'on fit un jour, sur tout le territoire de la Republique, a un oiseau qui mangeait le quart des recolles en ble et qui fut totalement detruit dans la journee. Elle nous fit beaucoup rire encore en nous racontant une autre chasse a certain insecte qui arrive en nombre infini a ccrtaine epoque fixe; chasse qui se fait le memejour dans toutes les fermes de la Republique, et pour laquelle presque tous les citadins accourent a la campagne comme pour la plus precieuse recolle.

Un des jeunes gargons nous raconta aussi la reparation d'un c/iemin commun a plusieurs fermes, expliquant comment tous les fermiers et leurs enfants, reunis en une seule troupe et diriges par un seul general, terminaient ordinairement I'operation en deux ou trois jours.

Apres le diner nous reconduislmes jusqu'au bateau Dinaros, qui ne pouvait pas rester plus long-temps avec nous. J'en eus beaucoup de regret, parce que, dans le peu de temps que nous avions pu causer ensemble , j'avais decouvert en lui autant de bonte et d'amabilite que je lui connaissais auparavant d'instruclion ; et I'attachement qu'il avail pour Valmor me les rendait tous deux plug chers encore. II se montrait lui-meme reconnaissant de I'amitie que je temoignais a son ami autant que s'il avait ete son frere, et nie fit promettre d'aller le voir souvent a notre retour.

Le pauvre Valmor faillit s'evanouir quand il I'embrassa pour lui dire adieu. — Que je dois te paraltre lache 1 me dit-il ensuit?, J^lais je redeviendrai hommcj tu verrasl

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Comme nous revlnmes a travers cinq ou six fermes toutes plus riches et plus belles les unes que les autres, je m'extasiais sur tant de richesses et de beautes.

— Et que dirais-tu done , me dit-il , si tu comparais la prosperite de notre agriculture d'aujourd'hui a sa misere d'autrefois ! Nos progres ne m'etonnent pas ; mais ils sont immenses , incalculables. Quelque part que nous jetions lesyeux, tout est perfectionne , admirablement perfectionne. La terre cultivable est presque doublee en etendue par les defrichements et la culture des parties autrefois negligees et perdues ; cetle meme terre est presque doublee une seconde fois par i'art plus parfait de la culture, des melanges et des engrais, et par la multiplicite des semences successives sur la meme terre dans la meme annee : chacune de nos productions est non-seulement plus abondante par le nombre et par le volume, mais incomparablement superieure en qualite ; nous avons meme beaucoup d'especes nouvelles extremement utiles. Par exemple, tu as vu dans le jardin une espece de melon monstrueux et plus exquis qu'aucun de nos anciens fruits : eh bien , il y a trente ans nous n'en avions pas un ; et les premiers qui furent apportes d'un pays voisin etaient mediocres en saveur comme en volume, tandis qu'aujourd'hui ils sont aussi gros que delicieux et tellement abondants que tous les Icariens s'en regalent.

Et tout ce que je te dis des fruits s'applique aux animaux et aux productions animales , aussi bien qu'a tous les vegetaux et a leurs produits : la Republique n'a rien epargne pour obtenir des pays etrangers tout ce qu'ils avaient de mieux en procedes agricoles, en especes vegetales et en races animales. Aussi nos chevaux , nos boeufs, nos moutons et leurs laines ne sont pas plus reconnaissables que nos grains et nos legumes , nos fruits et nos fleurs. En un mot , en tenant compte de toutes les ameliorations , devine combien de fois la production totale de Tagriculture est augmenlee depuis cinquante ans, d'apresla statistique nationale? — Que sais-je, moil cinq fois? — Douzefois, ettu pourras le verifier toi-menie. Apres cela sois done etonne que la population ait presque double, et que les 50 miUions d'lcariens soient tous loges, meubles, nourris et vfitus comme tu le vois I — Oh, je ne m'etonne de rien...

II allait continuer, lorsque nous apergumes M. Mirol , qui nous avait promis de venir au-devant dc nous avcc une parlie de scs enfanls.

11 voulait nous conduire a une fontaine charmante, disait-il : mais nous etions fatigues, et nous nous retirSmes de bonne heure.

Je reflechissais encore a tout ce que j'avais vu et entendu , que deja Valmor dormait d'un sommeil agite , murmurant des phrases entrecoupees ou plutot des sons inarticules , parmi lesquels j'eus peine a distinguer Bonne. . . . belle. . . . angelique. . . . regret eternel. ., ,

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