‹ Voyage en IcarieChapitre 58 sur 156 · PANTHEON · texte numérisé non relu

PANTHEON

avec des cheveux, des yeux et des costumes Y^ritaWea, qui produisaient une illusion tellement complete qu'on se croyait au mileu d'une reunion de personnes vivantes.

Toutes avaient des postures differentes, et beaucoup faisaient, au moyen de ressorts cach6s, des mouvements qui rendaient encore I'illusion plus parfaite,

Eugfene s'extasiait sur la perfection de la ressemblance humaine. — Oui, lui dis-je; maisces statues de cire habill6es ont bienmoins de m^rite que des statues de marbre ou de bronze.

— Eh 1 que m'importe, repondit-il , le m6rite de la difBculte vaincue 1 c'est le merite de la ressemblance que je veux avant tout, puisque c'est la le but de la peinture et de la sculpture : or, quel est le portrait ou le buste, le tableau ou la statue, qui puissent, aussi bien que cette cire , imiter une personne ou une t^te?

— D'ailleurs, ajouta Valmor, ne crois pas que cette perfection dans ces statues de cire soit chose si facile 1 Examine ces formes, ces mains, ces tetes, ces chairs, ces poses ; et sache que nos plus habiles statuaires et nos plus savants peintres comptent ici leurs chefs-d'oeuvre couronnes dans des concours. Les costumes mSmes exigent plus de science et de talent que tu ne parais le croire, pour I'exactitude et pour I'application ; et c'est ici que nos acteurs et nos peintres viennent maintenant pour apprendre a habiller les anciens personnages qu'ils yeulent represeuter sur la scene ou dans leurs tableaux.

Nous parcourumes, d'abord dans le Pantheon, puis dans le Pandemonium , je ne sais combien de salles contenant les personnages les plus celebres de chaque nation ; et nous y pass&mes pour ainsi dire en revue les temps et les pays , les bienfaiteurs et les fleaux du genre humain. Mais il faudrait consacrer un mois a cette revue, et'3 rapidite de notre examen n'a presque servi qu'a fatiguer ma tete en eblouissant mes yeux.

Ce furent surtout les personnages icariens contemporains que Valmor nous fit remarquer, en nous prevenant que c'etaient euxmemesque nous voyions, tantleur ressemblance etait frappante.

Je m'attendais a trouver dans Icar, idole d'Icarie, un air d'inspire, et dans Lixdox, dont le nom n'est prononce qu'avec horreur, un air de demon ou de brigand ; mais Icar n'avait rien de remarquable que la serenite de son visage, et Lixdox n'etait qu'un homme laid , borgne et bossu , qui paraissait plus malin que m^chant, quoiqu'il fut reellement aussi mdchant qu'arabitieux et hypocrite.

<92 ASSEMBLfiES

Quant a la jeune reine Cloramide, son image ne s'effacera jamais de mon souvenir, pas plus que I'etourderie d'Eugene, qui , en I'apercevant , s'ecria : — Comme elle ressemble a la SoBur de Dinaros !

Je vis Valmor rougir ; et son trouble trop evident me jeta moimfime dans un trouble inexprimable.

jamais je n'ai rienvude plus charmantl Jamais, je crois, plus beau front n'a porle le diademe ; jamais plus beaux cheveux n'ont enlace une couronne ; jamais plus de majeste et plus de gr&ces ne so sont assises sur un trone; jamais regards plus doux n'ont penetro dans les coBurs; jamais bouche plus jolie n'a souri d'unsourire plus enchanteur : il ne lui manquait que la voix de Dinaise, et j'ecoutais pour I'entendre s'echapper de ses levres entr'ouvertes !

— Pauvre femme 1 m'ecriai-je , quel malheur , quel mallieuf qu'cUe ait eu Lixdox pour Ministre 1

— Quel malheur, reprit Eugene, qu'elle ait cu ce tilre de Reine qui pent pervertir les meilleurs coeurs 1

Je ne me lassais pas de contempler cette belle image, et c'est avec peine que je me vis entraine par Eugene et Valmor ; mais je reviendrai souvcnt visiter ce musee !

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