HISTOIRE
I'ambition sur la t6te des oppresseurs du Peuple! Vous allez voir maintenant combien fut different le sort du bon Icar.
HISTOIBE D'ICAR.
La passion d'Icar 6tait I'amour de I'Humanite.
Des son enfance , il ne pouvait voir un autre enfant sans courir pour le caresser, I'embrasser et partager avec lui le peu qu'il avail.
Dans sajeunesse, il ne pouvait voir un malheureux sans souffrir lui-m6me de ses miseres et sans le consoler. Souvent on I'a vu donner son pain au pauvre qu'il rencontrait. Un jour m6me , ayant trouve un jeune homme presque nu et mourant de froid sur le pave, il lui donna ses vetements , qu'il n'avait que depuis deux jours , et rcntra transporte de joie, mais presque nu lui-meme , chez son pere qui , pauvre et brutal , furieux de la perte des habits qu'il avait eu tant de peine a lui procurer pour I'hiver, le mit en sang a coups de fouet.
Un autre jour, dans un effroyable incendie qui glagait d'epouvante les spectateurs les plus intrepides , on le vit avec terreur se precipiter au milieu des llammes, et, les habits en feu et la main droite presque brulee , revenir avec un enfant dans ses bras.
Fils d'un miserable charretier, charretier lui-m6me pendant plusieurs annees, il avait eprouve toutes les miseres de Touvrier et du pauvre.
Passionne pour les livres, il consacrait a la lecture tout le temps que les enfanls et les ouvriers de son Sge sacrifiaient a leurs jeux. Des qu'il avait commence la lecture d'un livre , il fallait qu'il le lilt jusqu'a la fin ; il lisait en marcbant , sur les routes ou dans les rues , m6me pendant ses repas, meme pendant la nuit, malgre les defenses et les coleres de son pere; et c'etaient les livres philosophiques qui lui plaisaient !e plus : il les devorait comme lesjeunes filles devoraient alors les romans d'amour.
Tout excitait ses meditations et lui faisait tirer d'utiles cons6quences , qui restaient ineffagables dans son esprit. — Ce furent les deux premiers mots de la priere chretienne, Notre Pere, qui commencerent a lui persuader que tons les hommes sont freres ei egaux, que tous ne devraient former qu'wne seule famille, et que tons devraient s'aimer et s'aider fraternellement. — Une succession inallendue , qui avait subilement fait passer Tun de ses voisins , le plus
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paresseux ct Ic plus mt'chant, de la plus profonde misere a I'opu- Icnce, tanilis qu'au m6me moment la foudre roduisail a la mi=ere le plus riche, le plus laborieux et le plus charitable des autres voisins, lui avait donne la premiere idee du vice d'une organisalioa sociale dans laquelle la fortune ou I'indigence depend du caprice, du hasard. — Ce fut en examinant un tailleur de pierre au travail, et en reilechissant aux dispositions prises par I'architecte pour preparer la construction d'une maison, qu'il comprit, pour la premiere fois, comment un pays tout entier pourrait etre bien administre. — Ce fut enfin en conduisant sa voiture dans un vaste monastere qu'il eut la premiere pensee que tous les habitants d'un pays pourraient travailler et vivre en commun.
Je ne vous dirai pas par quel singulier hasard 11 se fit pr4tre , ne voyant rien de plus beau que de se consacrer au salut des hommes. Je ne vous dirai pas non plus comment il fut amene de sa Province dans la Capitale. Son instruction, son Sme tendre, son coeur chaud, son imagination ardente le rendirent bientot un predicateur celebre. Rempli de douleur et transporte d'indignalion a la vue de I'eflroyable misere des ouvriers dont il visitait les cabanes, il foudroyait, du haut de la chaire evangelique, les vices de I'organisation sociale, I'insensibilite des riches et la degeneration des Chretiens. II invoquaitsans cesse le nom et les paroles de Jesu»-Christ en faveur de I'egalite, de la fraternite et meme de la Communaute des biens ; et son eloquence produisait une impression si profonde que ses superieurs lui interdirent la predication et le condamnerent a I'inaction et au silence.
II quitta rfiglise, publia contre les abus plusieurs ecrits qui lui attirerent de nouvelles persecutions de la part du Gouvernement. II fut expose publiquementsurunechafaud,commeunvoleur, pour avoir dit que Jesus-Christ etait le plus intrepide propagandiste et le plus hardi revolutionnaire qui eut jamais paru sur la terre. Mais loin de Fhumilier et de refroidir son zele, cet outrage ne fit qu'augmenter son enlhousiasme.
Ce fut alors qu'apres avoir etudie profondement la question de I'organisation sociale ; apres avoir examine tous les syslemes des philosophes ancienset modernes, etrangersetnalionaux;apres avoir medite sur la doctrine de Jesus-Christ et sur les milliers de Communautes religieuses dont cette doctrine est la base; apres avoir dress6 leplari d'une nouvelle organisation politique et sociale baseesurle