‹ Voyage en IcarieChapitre 74 sur 156 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

principe de Vegalitc parfaite et de la Communaute de bicns; ce fut alors, dis-je, qu'il demeura convaincu , non-seulement que cette nouvelle organisation 6lait la seule qui put faire le bonhcur du genre humain sur cette tcrre, mais encore qu'elle n'elait pas impraticable.

Une brochure qu'il publia en faveur de la Communaut6 le fit arreter de nouveau et iaillit lui couter la vie. Comme les premiers Chretiens, il fut accuse de conspiration, de provocation au regicide et a la guerre civile ; comme cux, il fut traile d'anarchiste, de buvcur de sang, d'ennemi du Peuple et de I'Humanite ; et cepcndant, en lui presentant la mort, on lui offrait la liberte s'il voulait se retracter: mais il reponditqu'il preferait mourir comme Socrateet Jesus-Christ *, plulot que de renier une verite qui ierait un jour laconqu^tedu monde. La moitie desjugesle condamnerent et les autres ne I'acquitterent qu'en declarant ses doctrines insensees.

Devenu tout a coup maUre d'une immense fortune laiss(5e par un oncle qui venait de mourir aux Indes orientales, il fit voeu, dansun transport de saint enthousiasme, de consacrer cette fortune et sa vie a la regeneration de sa patrie ; et son exaltation etait d'autant plus grande qu'il considerait la regeneration de son pays comme entralnant la regeneration de THumanite tout entiere.

Dfes ce moment, il se fit rdvolutionnaire et propagandiste comme Jesus-Chrisl, pr6t a se dsvouer comme lui pour le bonheur des Jhommes, pret aussi a ne remplir qu'un role subalterne s'il pouvait decouvrir quelqu'un plus capable, par son nom ou par son genie, de remplir le premier role, de rallier les masses et de faire triompher la Re forme.

Des ce moment encore, il s'entoura dejeunes gens instruitset genereux, qui Taiderentdans sesecrits et ses travaux, et qu'il chargea notamment de rechercher et de reunir toutes les opinions, anciennes et modernes, etrangeres et nationales, pour ou contre la Communaute, afin de presenter au Peuple, non pas seulemenlson opinion individuelle, mais la pensee humaine sur cette question, la plus interessante pour le bonheur de I'Humanite ; et sa joie egalaii ses esperances quand il parcourait, sur la liste des opinions favorables, les plus grands noms historiques dans la legislation et la philosophic,

Des ce moment enfin il ne n^gligea rien pour accroitre sa popu larile deja grande.

» Et comme Tliomas Monis , chancdicr d'Anglelerre.

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Je ne vous dirai pas tous les moyens qu'il employa : niais en peu d'annees, sa frugalite, toujours la meme malgre sa recente et soudaine opulence , la simplicite de ses vetements et de ses manieres, son affabilite, la reputation de sa grande fortune, remploi qu'il en faisait en la consacrant entierement a la cause populaire , son indubitable amour pour le Peuple , ses luttes contre la tyrannic, son courage et son habilete , lui conquirent tellement la confiance et Taffection qu'il se trouva le chef reconnu du parti reformateur et revolutionnaire.

II eut assez d'influence pour empecher les attentats individuels et les tentalives imprudentes et prematurees : mais, qnand un acte de tyrannie manifeste lui parut une occasion convenable, ce fut lui qui donna le signal de I'insurrection, enflammant, par son exemple autant que par ses proclamations, le courage et le devouement patriolique du Peuple insurge.

Apres un combat acharne et sanglant qui dura deux jours , les i 3 et 14 juin i 782 , le Peuple resta yictorieux, el le brave Icar, legerement blesse, fut proclame dictateur au milieu des acclamations populaires.

Maitre alors du pouvoir, et n'ayant toujours d'autre pensee que telle de faire le bonheur de sa Patrie, il ne neg-igea rien pour obtenir plus completement encore la confiance universelle, afin d'arreter le massacre, de reiablir Tunion, d'organiser le Peuple comma un seul homme , d'assurer le triomphe de la revolution au dehors comme au dedans, et d'accomplir enfinson grand projet de Reforme radicale et de regeneration.

Ce fut lui, dictateur, qui proposa a ses concitoyens VEgalite sociale et politique , la Communaute de biens et la Republique democratique, avec un plan d'organisation transitoire pendant cinquante ans.

4 Apres une guerre terrible contre tous les Rois voisins coalises , apres d'epouvantables revers suivis d'une victoire decisive, apres la paix generale conclue dans un G««gres des Peuples, tous ses plans furent adoptes avec enthousiasL el les immenses travaux necessaires pour la realisation de la C^^nmunaute furent commences sur tous les points du pays.

Plusieurs Provinces et beaucoup de Communes possedaient deja Je regime de la Communaute , et plus de trois millions de pauvres

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jouissaient du bienfait de I'organisalion nouvelle, lorsque, le 7janvier 1798, la seizieme ann^e de I'ere de noire regeneration , apres avoir vu raccomplissement de sa grande OBuvre assure, le meilleur et le plus bienfaisant des hommes qui jamais honorerentrHumanit6 mourut Sge de cinquante-neuf ans.

Jamais homme ne re^ut plus d'unanimes benedictions pendant sa vie et apres sa mort. Simple magistral de son village apres avoir ele dictaleur, simple citoyen meme (car il avail voulu donner I'exemple de la verlu dans loutes Ics situations sociales), il ne pouvait sorlir sans etre salue par les acclama>ions populaires el sans recevoir a chaque pas les plus touchantes manifestations d'amour et dc respect. Aussi disait-il souvent lui-m^mequ'iletaille plusheurcux des mortels.

A la nouvelle du fatal cv6nement , tous les citoyens , sans en excepler un seul, suspcndirent spontanement leurs travaux ou leurs plaisirs el prirenl le dcuil : jamais lanl de larmes ne furent rc'pandues a la mort d'un Roi I

La Representation populaire decida que son corps serait amen6 dans la capitale ; que ses funeraillesseraienl celebrees le meme jour <lans toutes les Communes de la Republique ; qu'elle porteraitellenieme le deuil pendant un an ; que chaque annee le Peuplc celebrerait I'anniversaire de sa naissance ; que sa statue serait clevee sur la place centrale de loutes les villes ; enfinque sonbuste serait place dans tousles batiments nationaux , et son portrait dans loutes les maisons parliculieres ; et celui qui s'etait conslamment oppose' a Texposition publique de son effigie, est peul-6tre Thomme dont' Timage a ele le plus multipliee et le plus veneree apres sa mort. I

Jusque-la , I'anniversaire des deux jours ne se celebrait que par, deux fetes, celle des martyrs et celle du triomphe : mais la Representation nationale decida qu'on ajouterait une Iroisieme fete (a laquelle Icar s'etait loujours oppose), celle de la dictature.

Elle decreta m6me que la Nation quitterait son nom pour prendre celui d'Icar, que le pays s'appellerail desormais Icarie, le peupla IcARiEN, la capitale Icaba , el ses habitants Icaeuens.

Beaucoup de personnes pretendaienl qu'Icar 6tait un second Jesus-Christ et voulaienl qu'on I'adoral comme un Dieu , invoquanl, pour prouver sa divinite, les m^mes raisons qui furent invoquees, plus de dix-huit cents ans auparavant, par les premiers adorateurs du Christ,

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Mais Icar ne s'etait jamais presenle lui-m6mc conime un Dieu ; et scs admirateurs se contenterent de venerer sa memoire comme celle d'un Gme bienfaiteur de rHumanite.

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