‹ Voyage en IcarieChapitre 78 sur 156 · Scene 3. — La Cour est en seance · texte numérisé non relu

Scene 3. — La Cour est en seance

— Les deux temoins, dit le Grand-Jugeur, enfermes separement dans deux chambres differenles, sans avoir confere ni entre eux ni avec aucune autre personne quelconque, ont eu le temps de faire leurs reflexions, et nous aliens cerlainement connaitre la verite. ( Le pfere et la fille sont amenes : I'anxiete est peinle sur tous les visages.)

— Persistez-vous a soutenir que vous avez vu remeltre la lettre? dcmande-t-on au pere. — Oui.

— Voire fille I'a-t-elle vu remeltre? Nous ne demandons que la v6ritd, •-- Oui. (La Cour s'epanouit.)

— Voire p5re vient de dire la verite, ditle Grand-Jugeiir a la jcune fille ; imitez-le, dites la-vc'rile! Vous avez vu remettrc la let- Ire?... — L'enfant, tonjours troublee, baissant la tele , pleurant, repond d'une voix a peine entendue: Oui...

— On n'entend pas, s'ecrient plusieurs Juges... Qu'a-t-elle ropondu? — Elle a repondu oui, dit le Grand-Jugeur. (La joie eclatc bruyamment sur tous les bancs.)

— Vousn'^tes pas des juges, s' eerie Kalar, mais des tigres alteres de sang I

Alors le Grand-Pr6v6t, le Grand-Jugeur, plusieurs Juges se reunissent pour accablor Kalar, et lui opposent la declaration de la jounc fille comme ecrasanle, parce qu'elle confirme la declaration du pere et cclle de iMiguf.

— Vous avez vu, s'ecrie le Grand-Prcv6t, les combats de la jeune fille ; c'est elle qui vous condamne !

— Non, non, non 1 s'ecrie Tcnfant de sa place. Jc n'ai rien vu, je n'ai rienvul... et elle tombe evanouie. (Stupefaction universelle, irritation sur plusieurs bancs.)

On la relive, on la ramene au milieu de la salle, on la presse de questions... mais on cntend un cri pcrcant... on lavoit tombcr encore... elle s'est coupe la languel

Et la seance est suspendue , sur place, au milieu de la plus grande confusion.

Aprfes la reprise de la stance et I'audition de plusieurs autres tcmoins, le Grand-Prevot soutientl'accusation. II loue le repentir et la sincerite du faux Miguf ; il le presenle comme une victime de Kalar, presque comme un heros et comme un ange.

Quant a Kalar, il trouve mille preuves de sa culpability ; les contradictions de Miguf, ses mensonges, son audace, ses injures contro Kalar, sont des preuves... Les hesitations, les retractations , la catastrophe de la jeune fille sontaussi des preuves... Le silence do Kalar, ses denegations, ses protestations d'innocence, son courage, sont encore des preuves.

C'est le principal coupable, le seul coupable, un scel^rat dont il faut se hater de purger la tcrre I

Le faux Miguf, certain de conserver la vie , ne prend la parole que pour demander hypocritement h mourir en expiation de son crime, et pour exhorter le Peuple a renoncer aux complots.

Mais Kalar, certain de sa condamnation, prolestc qu'il eslvictime de quelque infernale machination qu'il ne peut decouvrir... Vous 6tes un assassin! dit-il au Grand-Pr6v6t... Vous 6tes un assassin ! dit-il au Grand-Jugeur... Vous 6tes tous des assassins 1 dit-il aux Juges...

C'est en vain qu'on lui impose silence, et que des soldatsle forcent a s'asscoir. Ma mort est resolue depuis long-temps I s'ecriet-il. C'est le democrate et I'ami du Peuple que TAristocratie veut livreralaTyrannie!... Jemourrai martyr 1... (on va lui mettre un bfiillon...) ; mais quelque jour le Peuple vengera mamemoirel...

Lcs soldats Pemportent, et la Cour se retire pour deliberer son arret.

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