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CHAPITRE XXXIX

Marlage de milord decide.

C'^tait aujourd'hui notre partie sur I'eau, depuis long-temps projelee.

Nous arrivSmes tous, environ trente-six, sur la rive du Tair, et nous montfimes sur un petit bateau ou grande barque qui no devait contenir que nous ; car il y en a de toutes grandeurs, et cliaque famille ou chaque reunion peut s'en procurer une en prevcnant quelques jours d'avance.

Quelques-unes , les plus petites , marchent a la ramc : mals

presque toutes sont entrainees par la vapeur ou par diverses autres machines.

Toutes ont des formes charmantes, sont peintes, pavoisecs, garnies de tentes elegamment decordies.

Le tempsetantsuperbe , la riviere en etait couverte dans toute £a largeur et presentait le spectacle le plus anime, le plus varie et le plus ravissant.

Nous en avions cependant un autre peut-etre plus admirable encore, celui des deux rives et de la campagne des deux cotes , oil TArt disputait a la Nature le prix des embellissements ; car c'est la Republique qui , pour le plaisir de ses promeneurs et de ses voyageurs , fait dessiner la campagne sur le bord des rivieres et des routes , comme un riche proprietaire fait ailleurs dessiner son pare ou son jardin.

Mais rien, je crois, n'est comparable aux d^lices de Vile Fleurie, oil nous debarquames apres une hcure de navigation , et oil nous passamcs la journee au milieu des jeux , des chants et des rires.

Tout concourant a nous inspirer des idees de bonheur, nous tlnmes un grand conseil sur nos amours et nos futures destinecs.

C'etait en vain que Valmor, persev^rant dans sa vicloire sur luim^me et trouvant une ineffable jouissance dans son genereux devouement, nous pressait lous les jours, Dinaise et moi, de consentir a son projel d'un triple manage a la fois, etsemblait prendre plaisir a rend re nos sentiments plus vifs ; nous ne voulions prendre au- C'lno resolution definitive tant que nous n'aurions pas la preuve que notre union ne causerait le malheur ni de Valmor ni de miss Henrict. Mais deux lellres que j'avais regues d'Angleterre la veille, aiderent Valmor a renouveler ses instances avec plus d'energie ; il nous assura qu'il n'etait pas assez miserable pour s'exposer a r'^ii'lr3 uno femme malheureuse , et qu'il etait certain de trouver doublement le bonheur dans son propre menage et dans la vue de r.olre felicite ; il mit tant de chaleur a nous en convaincre, quo nous fmlmes par nous laisser persuader ; et , la question mise aux voix , il fut unanimement decide , au milieu des transports de joie, que nos trois manages seraient relebres le meme jour, dans deux mois.

DinaTsc y mit seulement une condition, qui fut unanimement npplaudic, c'cst que je me dcclarcrais partisan de la Communautc,

et que je consacrerais mon influence et ma fortune a la propagcr ailleurs ; avant qu'elle eut acheve , j'avais deja repondu qu'avec elle je serais le plus redoulable propagandiste : mais elle ajouta one seconde condition, qui fut accueillie avec les memes applaudissements , c'est que je la ramenerais chaque seconde annee a sa mere, a sa famille et a ses amis.

Restait cependant une difficulte : laloi ne permet a une Icarienne d'epouser un etranger que quand il a d'abord obtenu la petite naturalisation (qui ne le force pas a renoncer a sa premiere patrie), et elle n'autorise cetle naturalisation qu'en favour de Tetranger qui a rendu quelque grand serviceix la Republique : mais le grandpere de Valmor assura que la propagation de la Communaute en Angleterre serait consideree comme Tun des plus grands services qu'un etranger put rendre a Icarie , et il se fit fort d'obtenir ma naturalisation.

Nous revenions remplis de joie, et nous etions deja pres d'Icara, lorsqu'un accident subit vint jeter I'effroi parmi nous : une des petitcs fiUes , agee de sept ans , tomba dans I'eau. Deux des jeuncs gargons, I'un de dix et I'autre de douze ans, et meme Eugene, allaient se precipiter a son secours quand Valmor s'y jeta lui-meme, en criant qu'on ne bougeat pas et qu'on n'eut aucune peur. Dinaros s'y jeta presque en meme temps, apres s'etre assure que le bateau etait arrke et ramene en arriere, et apres m'avoir recommande de prendre la perche et la corde, et de me tenir pr6t a tendre I'uneou I'autre. Puis , au son d'une petite cloche placee dans cette prevoyance , toutes les barques voisines accoururent sur la ligne que le corps pouvait parcourir. Mais tons ces secours furent inutiles, et Valmor et Dinaros n'eurent pas meme la satisfaction de sauver la petite fille , qu'its se garderent bien de toucher, quand ils la virent reparaitre sur I'eau et nager sans crainte et sans danger.

Sa mere la gronda doucement en I'embrassant , et Ton rit meme de I'effroi qui s'etailpeint sur ma figure ; parce qu'on n'ignoraitpas que I'enfant savait nager, et qu'elle ne courait aucun peril avec uii plongeur comme Dinaros et un nageur comme Valmor,

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