‹ Voyage en Indo-Chine et dans l'empire chinoisChapitre 4 sur 27 · SUR LE ROYAUME DU CAMBODGE · texte numérisé non relu

SUR LE ROYAUME DU CAMBODGE

S'il est facile aux théoriciens d'attaquer le système colonial en mettant ce qu'il rapporte en regard de ce qu'il coûte, les hommes appelés à diriger une grande nation, à quelque école économique qu'ils appartiennent, sont conduits par une pression irrésistible à commettre ces prodigalités généreuses qui honorent la jeunesse des peuples et profitent à leur maturité. La Grèce avait colonisé l'Àsie-Mineure, la Sicile et l'Italie; Rome s'était assimilé le monde par les mœurs comme par les armes, et l'Angleterre ne serait aujourd'hui qu'une nation de troisième ordre, si l'intrépide race anglo-saxonne, qui. couvre les deux continents, avait appliqué la récente et peu sérieuse théorie de l'isolement. La doctrine du chacun chez soi et du chacun pour soi est radicalement contraire au génie de la France, dont l'expansion est l.i loi. Si nombreux qu'aient été ses mécomptes en matière

coloniale, sa foi a heureusement survécu à ses déceptions. C'est au bruit d'applaudissements unanimes que le gouvernement français nous a ouvert par une victoire les portes du Céleste-Empire, et c'est en comptant avec raison sur l'approbation de tous les esprits politiques qu'il a planté le drapeau national entre l'Inde et le Japon; à l'embouchure de l'un des plus grands cours d'eau de la haute Asie. Le Français qui arrive d'Europe après avoir vu Perim et Malacea, touché à Aden, à Pointe de Galles, à Singapore, contemple avec une joie indicible le drapeau qui flotte au sommet du cap Saint- Jacques, abritant plus de trois millions d'hommes, sujets ou protégés de la France, dont nous avons su respecter les droits, les mœurs et les intérêts en élargissant tous leurs horizons.

Je ne me propose ni d'exposer ici la situation de la Cochinchine française, ni d'en indiquer l'avenir tel qu'il apparaît à quiconque a connu et la fécondité de cette terre et les heureuses aptitudes de la race intelligente qui l'habite. C'est une œuvre déjà accomplie par des écrivains fort compétents; mais nos possessions ont une annexe, le Cambodge, dont l'importance est beaucoup moins comprise. L'éclatant succès de l'amiral Rigault de Genouilly à Touranne, l'heureuse inspiration qui le conduisit à Saigon, la victoire décisive remportée à Kihoa par l'amiral Charner, tous ces faits sont désormais consignés dans nos fastes militaires, et n'en constituent pas les pages les moins glorieuses ; mais on ignore généralement comment nous avons acquis le Cambodge, ce complément nécessaire d'un territoire dont il pouvait seul assurer la sécurité. J'essayerai de

ET DANS L'EMi'IIŒ CHINOIS

le dire. Ce pays a été d'ailleurs le point de départ de la eo-mmission chargée d'explorer jusqu'à ses sources le fleuve immense qui le féconde ; on ne s'étonnera donc pas si, admis à y séjourner avant le commencement de ce voyage, je lui consacre une étude particulière qui formera une introduction naturelle au long récit de noire expédition.

Les six provinces qui composent aujourd'hui notre colonie de Cochinchine faisaient autrefois partie du royaume de Cambodge. Il n'y a pas encore deux cents ans que l'empereur d'Annam, inquiet du caractère turbulent d'un grand nombre de Chinois qui fuyaient leur pays pour ne pas se soumettre aux Tsing, victorieux de la dynastie des Ming, leur assigna fort habilement au midi de ses Etats des terres qui ne lui appartenaient pas. Ils s'y établirent, et chassèrent les habitants. Plus tard, le gouvernement annamite ordonna de « lever et de réunir des gens du peuple, surtout parmi les vagabonds, depuis la province de Quang-Binh, au-dessus de Hué, jusqu'au Binthuan, et de les transporter comme colons dans ces nouvelles provinces *. » Ces vagabonds ont fait souche d'honnêtes gens; ils se sont multipliés en moins de deux siècles sous l'influence de la législation

1. Histoire et Description de la basse Cochinchine , In non de M. Aubaret.

chinoise, qui consacre et sauvegarde le principe civilisateur par excellence, le principe de la propriété, et ils ont formé la population de trois millions d'àmes qui nous paye aujourd'hui près de huit millions d'impôts. Les Cambodgiens , refoulés vers l'ouest , ne forment plus en Basse-Coehinchine qu'une partie minime de la population. Pour étudier leur civilisation, si différente de celle qui fleurit en Annam, il fallait donc aller les visiter chez eux. Je m'y déterminai, afin de mettre à profit le temps dont je pouvais disposer avant le départ de la commission préparée par le gouverneur de la Gochinchine et chargée d'explorer le bassin de Mékong.

Je quittai Saigon au commencement de l'année 18G6 sur une de ces petites canonnières si bien appropriées à la police des arroyos. A bord, près d'un missionnaire à longue barbe et de quelques officiers français, des Cambodgiens formaient un groupe à part, et causaient en fumant leur cigarette. C'étaient des parents du roi Norodom retournant chez eux après avoir assisté à l'exposition industrielle et agricole qui avait inauguré en Cochinchinc l'ère des fêtes de la paix. Ils avaient l'esprit tout rempli du spectacle auquel ils venaient d'assister. Ce qu'ils avaient le plus de peine à comprendre, c'est que nous pussions à la fois distribuer des récompenses et laisser aux exposants la libre disposition des objets qu'ils avaient apportés. Tant de magnanimité les confondait et leur faisait faire des retours sur euxmêmes. Ces mandarins, puissants et riches en dépit de l'exiguïté de leurs appointements, qui ne s'élèvent guère, pour les mieux rétribués, à plus de 1,000 francs par an, se payent tous de leurs propres mains sur la bète popu-

laire , livrée presque sans défense à une impitoyable exploitation. Leurs exigences n'ont d'autre limite que celle de leur intérêt même, qu'une rapacité trop arbitraire mettrait bientôt en souffrance, puisqu'elle provoquerait l'émigration dans une province voisine. Le neveu du roi, bambin de hui| ans, a des bracelets d'or aux jambes et aux bras. Son cou est orné d'un collier bigarré composé de plaques d'or réunies par une ficelle à des morceaux de verre mêlés de quelques pierres plus ou moins précieuses. Il ne porte de cheveux que sur la partie antérieure de la tète, du côté droit seulement. L'occiput est complètement rasé à l'exception de deux tresses. Son costume se compose, comme celui de tous les Cambodgiens, d'une veste courte et d'un langouti. Ce dernier vêtement est une sorte de jupon en étoffe de coton ou de soie qui entoure le bas du corps jusqu'aux genoux, et dont une extrémité, relevée entre les jambes, vient se fixer par derrière à la ceinture, les mollets restant nus. Cela rappelle assez les braies celtiques et le pantalon large des Grecs ou des Albanais. Cette tenue, plus virile que la longue robe des Annamites, est généralement adoptée par les Siamois et par les Laotiens.

Tout princes que sont mes compagnons de voyage, ce n'est pas sans quelque répugnance que je me vois contraint de m'étendre à côté d'eux, le soir venu, pour essayer de dormir. Après des siècles de luttes trop souvent sanglantes, les préjugés de caste et de classe ont à peu près, grâce à Dieu, disparu en France ; mais pour un Européen, si dégagé qu'il puisse se croire de préjugé, le contact avec les représentants d'une race jaune, noire ou cuivrée est toujours une épreuve. Ce

n'est qu'après de longs efforts qu'on arrive, sinon à comprimer tout à fait ces mouvements intérieurs, du moins ù dominer ce qu'ils ont de trop impérieux. A ce moment, nous quittions le Donnai pour entrer dans le Soirap. Nous étions tout près de la mer, qui envoyait jusqu'à nous ses parfums vivifiants et ses eaux agitées. Le vent venait du côté de la France avec la mousson du sud-ouest, et je l'ai aspiré longtemps avant de m'enfoncer de nouveau dans les terres. Nous franchîmes rapidement les deux Vaïcos pour tomber dans Yarrqyo de la Poste, canal creusé en partie par la nature, en partie par la main de l'homme, et qui relie le grand fleuve du Mékong à la rivière de Saigon. Il court comme une rivière de parc anglais entre deux rives couvertes d'aréquiers, de palmiers et de mille arbres et plantes aux fleurs multicolores, au feuillage varié. Ce ne sont plus ces éternels et monotones palétuviers des autres nrroyos de laCochinchine, arbustes amphibies, industrieux au point de conquérir sur l'eau de vastes provinces par l'enchevêtrement de leurs racines envahissantes. Les barques qui nous croisent sont, suivant la coutume, couvertes de pavois. On pourrait croire que l'équipage s'occupe de sécher son linge, si l'équipage portait du linge, et si l'on ne voyait flotter à la place d'honneur les trois couleurs françaises.

Jjfirroyo de la Poste est célèbre en Cochinchine, ou le riz pousse à merveille, mais où le pittoresque fait absolument défaut. Voici Mythe, chef-lieu d'une de nos trois anciennes provinces. Cette petite ville située au confluent de Yarroyo de la Poste et du Mékong, prenait une certaine importance ; mais depuis l'annexion récente

de Vinh-long, les Chinois l'ont un peu désertée, et son développement s'arrête. Au milieu des cases qui se pressent sur les quais , on remarque l'établissement des sœurs de la Sainte-Enfance, qui ne sauraient manquer d'attirer les enfants rien qu'en leur inspirant le désir d'être Lien logés dès ce monde. La citadelle est une vaste enceinte construite par les Annamites, et dans laquelle se trouvent renfermées presque toutes les habitations des Européens résidant à Mytho. Celle du commandant de la marine est une ancienne case transportée là et remontée à grands frais à l'époque où l'enthousiasme des premiers organisateurs de la conquête les portait à tout admirer sans réserve et à tout imiter sans discernement chez nos nouveaux sujets, leurs institutions comme leur architecture.

En s'éloignant de Mytho, on découvre un paysage superbe. Rival des plus grands cours d'eau de l'Asie, le Mékong s'étend à perte de vue, et ses eaux se confondent dans le lointain avec les nuages auxquels un ardent soleil les réunit par un rideau de vapeurs transparentes. Ce n'est pas sans une émotion profonde que je me sens porté par les eaux du Mékong. Je dois bientôt remonter ce fleuve et concourir pour ma part à recueillir des notions certaines sur ses sources ; déjà je refoule son courant parla pensée, je suis brûlé par le soleil, et je serai peut-être un jour sur ses bords paralysé parle froid dans les montagnes du Thibet. Je n'ai jamais mieux compris l'idée de l'ancienne mythologie, qui donnait aux grands fleuves un dieu ou un génie pour père. A la vue du Mékong, l'image de Camoéns, qui composa sur ces rivages sa paraphrase du psaume Super ûuminaBabyl-onis,

me traversa l'esprit ; je partageai les tristesses du grand exilé tempérées par ses espérances viriles, et je me sentis fortifié par ce souvenir subitement évoqué. Le Mékong coule à cet endroit entre la province de Dinh-Tuong et les trois provinces que le traité de 1862 avait laissées aux Annamites. Il est couvert d'une multitude débarques dont un grand nombre porte le pavillon français. Toutes n'ont pas droit de l'arborer; mais elles le hissent en fraude, parce qu'il couvre la marchandise. Les Annamites français sont en effet dispensés de payer des droits à la douane cambodgienne en vertu du traité du protectorat. Les eaux étaient très-basses, et la navigation était difficile; môme pour notre petite canonnière. J'arrivai enfin au lieu où le Mékong forme quatre bras, dont chacun a l'aspect d'un fleuve immense. C'est une position unique que nous dominons aujourd'hui par une concession de terrain habilement choisie sur la langue de terre qui sépare le grand fleuve descendant du Laos du bras qui conduit au lac. La ville de Pnom-Penh, où le roi venait de transporter sa capitale, s'annonce au loin par une grande pyramide construite sur un monticule, et qui fait espérer au voyageur qu'il va rencontrer une autre Bangkok reflétant dans un fleuve beaucoup plus beau que le Meïnam des monuments dont la bizarrerie n'exclut pas la grandeur. L'illusion dure peu : Pnom-Penh n'est qu'un amas de cases en planches et en bambous, la plupart élevées au-dessus du sol sur des poteaux autour desquels les chiens, les porcs et les poules vivent pêle-mêle dans une intimité qui entraîne pour les habitants des inconvénients de plus d'une sorte. Une grande rue sinueuse traverse d'un bout à

l'autre celte ville relativement populeuse et la plus considérable du Cambodge. Ce fut jadis une cité de 50;000 âmes. Les guerres d'invasion, dont sa position dans le voisinage d'Hatien la faisait particulièrement souffrir, avaient réduit à 5 ou 6,000 environ le nombre des habitants. Depuis notre protectorat, la population a presque triplé. Les indigènes s'y entassent les uns sur les autres. Il y en avait près d'une centaine logés dans les trois maisons affectées par le roi à la résidence de l'officier français qui représente auprès de lui le gouverneur de la Gochinchine. Le roi, depuis qu'il est notre protégé, s'efforce d'imiter la France, et il a signifié à un grand nombre de ses sujets l'ordre d'abandonner leurs maisons pour les reconstruire sur un plan uniforme. Il veut que sa capitale soit digne de lui ; c'est l'expropriation pour cause de caprice royal, sans qu'il soit, bien entendu, question d'indemnité. Xorodom veut lui-même donner l'exemple, et il a fait marché avec un industriel français, qui de sa vie ne fut architecte, pour lui construire une villa en briques. Il n'y a pas à s'inquiéter des dépenses, ce sont les Cambodgiens qui payeront.

Je remis à un autre jour ma présentation au roi, et remontai le bras du lac jusqu'à Compon-Luon, gros village situé sur le rivage à 6 kilomètres environ de ITûudon, la capitale qui venait d'être délaissée. Le résident français habitait là, ayant sa canonnière mouillée au pied de sa maison et assez près du roi pour le diriger et le surveiller. Au moment de mon arrivée, ce poste était confié à M. de Lagrée, capitaine de frégate. Secondant avec autant d'énergie que d'habileté les vues de l'amiral de La Grand iôre, il a planté et affermi le

drapeau français au Cambodge; c'est sous ses ordres que j'ai remonté le grand, fleuve dont il avait en vain, pendant plusieurs années, essayé de sonder les mystères; les renseignements des indigènes demeuraient aussi obscurs que les flots troubles du Mékong, et, quand on lui offrit de déchirer de sa main tous les voiles, il accepta sans hésiter. J'ai séjourné chez lui en attendant que l'expédition fût complètement organisée, je lui dois sur le Cambodge, qu'il connaissait à fond, la plupart des détails que je vais extraire de mes notes de voyage. Sa maison était en bois, couverte de chaume; mais il en avait été lui-même l'architecte, et pas un mandarin ne pouvait se vanter d'avoir un palais plus élégant, plus coquet et surtout mieux tenu. À côté et dans la même enceinte, une infirmerie, un corps de garde, un magasin et quelques dépendances complétaient cette résidence, annoncée de loin par un mât de pavillon où flottaient nos couleurs. La construction de ce petit établissement français sur un terrain consacré par la présence d'un magnifique banyan, l'arbre sacré dont l'ombre ne couvre d'ordinaire que les bonzeries, les pagodes et les tombeaux, avait marqué le terme de la lutte entre les deux influences rivales qui aspiraient à prévaloir au Cambodge. Il m'a paru qu'il ne serait pas sans intérêt de rappeler les principaux incidents de cette longue liataille que nous avons souvent failli perdre, mais dont nous sommes enfin sortis victorieux. Aussi bien, puisque nous sommes désormais définitivement établis dans ces parages, il importe de bien connaître et nos amis et ceux qui sont destinés à demeurer longtemps encore nos adversaires.

Lorsque, par le traité signé à Hué en 1862, l'empereur d'Annam eut reconnu les droits de la France sur les trois provinces do la Basse-Goehinchine, le premier soin du gouverneur de notre nouvelle colonie fut d'assurer la tranquillité de nos frontières. Nous venions de couper en deux les domaines de Tu-Duc, qui conservait au sudouest de nos possessions les provinces de Vinh-long, Angiang et Hatien. Une des conditions du traité étant en effet la rétrocession de Vinh-long, nous ne pouvions songer à étendre immédiatement notre domination jusqu'au golfe de Siam, notre limite naturelle. La nécessité de posséder ces provinces, que nous avons été conduits à occuper depuis, n'avait pu d'ailleurs apparaître à l'auteur du traité de 1802 avec l'évidence que les événements n'ont point tardé à lui donner. A l'est et au sud-est, nous étions bornés par le territoire annamite et par la mer; au nord-ouest, nous touchions au Cambodge, petit royaume alors fort ignoré. Les rares voyageurs qui l'avaient visité en passant ne nous avaient rien appris de son histoire. A la faveur de l'impénétrable mystère qui voilait, disait-on, le sens des inscriptions gravées sur les murailles des monuments en ruine, l'opinion s'était généralement répandue que l'histoire du Cambodge devait être écrite, à la façon des annales égyptiennes, sur les parois des temples, opinion désormais peu probable. J'ai vu le chef des bonzes du Cambodge lire devant moi, dans la grande pagode d'Angcor, quelques inscriptions choisies parmi celles qui semblaient, à en juger par la place qu'on leur avait assignée, devoir être les plus importantes. Il comprenait aisément les morceaux écrits dans l'ancienne langue cambod-

giennc alors qu'elle était encore pure de tout alliage , et tout cela était relatif à des pèlerinages, à des cérémonies religieuses, à des événements fort confus de la légende bouddhique, et n'offrait que peu d'intérêt au point de vue de l'histoire. Sans doute il n'est pas impossible qu'un jour quelque inscription serve à jeter une certaine lumière sur le passé de ce royaume; mais il est permis de craindre que les événements dont il a été le théâtre n'aient jamais été écrits. A moins que quelque couvent de bonzes ne garde le dépôt de ces problématiques annales, il faut renoncer à l'espoir d'être complètement éclairé sur les temps auxquels remontent la grandeur et la prospérité du Cambodge. Vers le milieu du xvie siècle, des Portugais vinrent se fixer dans ce pays, où l'on reconnaît encore chez leurs descendants quelques traits de leur race ; ils avaient laissé des mémoires qui eussent été, au moins pour l'histoire de cette époque, une source précieuse d'informations ; les Siamois les ont détruits. Ces Portugais, à leur arrivée dans le pays, demandèrent au roi un coin de terre. Celui-ci leur permit de déterminer eux-mêmes l'espace dont ils avaient besoin. Ils déclarèrent humblement qu'ils en voulaient grand comme la peau d'un buffle, puis, renouvelant l'escamotage des compagnons de bidon, ils s'approprièrent un terrain considérable. Depuis ce jour, les Cambodgiens disent volontiers d'un chrétien qu'il appartient au village de la peau qui s'étire.

Quelques passages des livres chinois font mention du Cambodge comme de l'un des nombreux royaumes tributaires du Céleste-Empire. Ils le font même dépendre, antérieurement au vu" siècle de notre ère, de la province,

alors chinoise, du Founan ou Tonkin. S'il faut en croire leur témoignage, en l'année 010 de l'ère chrétienne, sous le règne de Yongti, de la dynastie des Soui, le pays de Cambodge, qu'ils appellent Tchinla , commence à payer tribut et à envoyer des ambassadeurs au Fils du Ciel. Un des rois du Cambodge aurait secoué le joug du Tonkin, dont il se serait môme emparé, ainsi que du royaume de Thsan-pan, en l'année 625. Ce dernier pays pourrait être l'ancien Ciampa, visité par Marco-Polo, compris aujourd'hui dans la province annamite du Binthuan, à laquelle nous touchons par celle de Bienhoa. Sous les Ming, les armées de Tchinla auraient soumis la Cochinchine tout entière. L'empereur de la Chine, dans ses luttes contre le Tonkin, ne dédaigne pas luimême de rechercher l'appui du roi de Tchinla en 1070. Les rapports paraissent donc avoir été fréquents entre le grand empire et le puissant royaume. Le voyageur chinois dont Abel Rémusat a traduit la relation raconte que de son temps les habitants de Tchinla donnaient à leur pays le nom de Kamphoutchi, devenu bientôt Kamphoutche. Les Cambodgiens d'aujourd'hui s'appellent eux-mêmes Khmer, et disent, en parlant de leur patrie, Sroc-Khmer, pays des Khmer. On ne peut s'empêcher néanmoins de reconnaître dans le Kambodia des Portugais , dont nous avons fait Cambodge , une corruption évidente du mot Kamphoutche.

D'un autre côté, on lit dans les annales de Siam que le pays de Sajam a été longtemps sous la domination du roi de Kamphoxa , et lui payait tribut. Phra-Ruang, procède Sajam, affranchit son pays, qui prit alors le

nom de Thaï, c'est-à-dire libre, et modifia l'alphabet cambodgien, exclusivement employé dans la suite pour écrire les livres de religion. 11 résulterait de là que le Cambodge aurait, à certains moments de son histoire, englobé dans ses frontières élargies la plus grande partie de l'Indo-Chine. xle ne chercherai pas plus longtemps à remonter le cours ténébreux des âges. Une chose est certaine, le passé du Cambodge a été fort brillant. De gigantesques ruines en ont porté jusqu'à nous le glorieux témoignage, et nous n'avons pas tardé à en trouver la confirmation durant notre séjour au Laos. Dans un pays tributaire de la Birmanie et très-voisin de la frontière de Chine, un vieux bonze nous interrogeait avec avidité sur le sort du Cambodge, qui portait dans ses livres le nom de Tepada-Lakhon, ou royaume des anges. Quant aux Cambodgiens eux-mêmes, ils ne savent rien de leurs origines et rien de leur histoire. Déchus comme ils le sont, ils n'imaginent pas que leurs pères aient été capables de construire les monuments dont les ruines couvrent le sol de leur pays. M. de Lagrée, qui les a constamment interrogés sur ce point durant un long séjour, finit par obtenir d'un bonze réputé très-savant le nom du fondateur d'Angcor. Quand il voulut comparer ce nom avec ceux qu'il avait recueillis déjà, il s'aperçut qu'il n'avait d'autre valeur qu'une épithète de fantaisie signifiant en français architecte du ciel. Nous ignorions absolument nous-mêmes, au moment de notre arrivée en Cochinchine , non-seulement le passé , mais encore l'état présent du peuple cambodgien , et un premier examen de la situation du royaume conduisit à découvrir dans la nature de ses rapports avec ses voisins un

obstacle sérieux à la légitime extension de notre in-

fluence dans l'Indo-Chine.

Le Cambodge renferme aujourd'hui une population qui atteint «à peine un million d'àmes. Encore faut-il comprendre dans ce chiffre 40,000 esclaves et 20,000 sauvages habitant les montagnes, où ils jouissent en fait d'une sorte d'indépendance. Ce petit royaume , moins peuplé que certains départements français, ne pouvait par lui-même être pour nous un péril ou devenir même une cause de souci ; mais le droit des gens tel qu'on le professe en Europe est chose fort peu connue en Orient, et le Cambodge confine à Siam , voisin relativement puissant qui lui a pris des provinces en employant tour à tour la force et la ruse. La cour de Bangkok et colle de Hué convoitaient toutes deux ce qui restait de ce royaume démembré. Dès' 1795 en effet, le roi de Siam avait enlevé du Cambodge le jeune Ang-eng pour le soustraire aux violences de ses sujets révoltés , et il l'avait fait couronner plus tard à Houdon. Il avait pris pour se payer de ses services les provinces de Battambang et d'Angcor ; l'empereur d'Annam de son côté n'avait pas déployé une activité moindre. Le gouvernement siamois dut même tout d'abord se réjouir de notre intervention, qui faisait échec à la politique ambitieuse des Annamites. Ceux-ci, appelés en 1810 par Ang-chan

pour le secourir contre les Siamois, achevèrent la conquête des six provinces que nous possédons aujourd'hui sous le nom de Basse-Gochinchine, et s'établirent même à Pnom-Penh, d'où ils gouvernèrent directement le pays jusqu'en l'année 1834. Non contents de tenir sous leur joug les infortunés Cambodgiens, ils essayèrent encore de leur imposer leurs coutumes ; l'historien de Gyadinh, avec son triple orgueil de vainqueur, de lettré et de Chinois, ne craint pas d'écrire que l'empereur d'Annam accorda aux différents mandarins civils et militaires du Cambodge un costume de cérémonie. « Ainsi, continuet-il, disparaissent chaque jour et peu à peu ces habitudes barbares qui consistent à se couper les cheveux, à porter des habits non fendus sur les côtés, à se ceindre le corps d'un langoûti, à manger avec les doigts et à se tenir accroupi. »

L'antipathie qui sépara toujours les deux races se changea d'un côté en haine inextinguible , de l'autre en mépris profond. Une loi cochinchinoisc allait jusqu'à punir de la strangulation tout Annamite qui épouserait une Cambodgienne. L'intention de conquérir le royaume entier était bien évidente chez l'empereur d'Annam , et la déclaration du ministre d'Etat Phan-tan-gian *, publiée par M. Aubarct, ne tient pas contre les faits. « En principe, dit-il, notre intention n'est point de nous emparer de ce pays ; nous voulons , à l'exemple du ciel,

1. Phân-tan-gian a été ambassadeur à Paris. Il était, gouverneur de Vinh-long. On s» i t qu'avec la résolution d'un héros de Pluiarque il s'esl empoisonné après la prise de celte province par la France pour ne pas survivre au serment qu'il avait fait ;i son maître de la lui conserver.

laisser les hommes vivre et exister en paix ; non , nous ne voulons pas la perte de ce petit royaume, comme le machinent d'autres personnes au cœur plein de fiel. » Ces hommes sont les Siamois. Non contents des deux provinces arrachées à Ang-eng, et sous le prétexte de soutenir les intérêts de Ong-duong, le roi légitime, ils s'avancèrent pour chasser les Annamites. La lutte dura pins de dix ans entre les deux rivaux. De quelque côté que se fût prononcée la victoire, le Cambodge était condamné à disparaître ; mais la paix fut signée , chacun garda ce qu'il possédait avant la guerre, et le partage définitif fut ajourné. Ong-duong s'engageait à payera ses deux voisins un tribut périodique, et à ce prix les Siamois le placèrent sur le trône du Cambodge , non sans lui avoir imposé l'obligation de laisser ses enfants à Bangkok, où ils devaient recevoir une éducation plus digne de leur naissance. En réalité, le roi de Siam voulait dans le présent s'assurer des otages et préparer pour l'avenir des instruments à ses projets.

A la mort de son père, Norodom, grâce à l'appui de son protecteur intéressé, monta sur le trône. Si-vata, l'un de ses frères, se révolta sur-le-champ. Ce dernier prétendait au trône parce qu'il était le fils d'un roi couronné, tandis que Norodom, l'aîné, avait été conçu avant que leur père Ong-duong eût ceint la couronne dans une cérémonie solennelle considérée comme très-importante d'après les rites cambodgiens. Un oncle des princes, Senong-sôo, soutint la cause de Si-vata, agita la province de Baphnum , voisine de Pnom-Penh , et le roi s'enfuit à Bangkok sans tenter de résister. Au mois do février 18G2, il fut ramené dans ses Etats par les soldats

is VOYAGE EN INDO-CHINE

du roi de Siam et rétabli à Hôudon à la condition qu'il inaugurerait son règne par l'abandon des provinces de Gompong-soaï et de Pursat, comme son père avait signalé le sien en se laissant dépouiller au profit du Laos de deux provinces limitrophes de ce pays, sur une partie duquel Siam exerce une souveraineté absolue. Pressé de posséder le pouvoir, Norodom souscrivit à tout, et le roi de Siam put être fier de son élève. A Bangkok , on prit acte de sa promesse, en déclarant toutefois qu'on n'en exigerait pas l'accomplissement, si le roi du Cambodge se montrait docile aux conseils de ses amis. Norodom n'était donc que trop bien disposé au rôle de roi vassal qu'on voulait lui faire jouer. L'arrivée des Français en Cochinchine enlevait définitivement aux Annamites, fort occupés à se défendre, toute idée de conquête, et le roi de Siam se mit en devoir de s'assimiler les restes d'une nation dont il avait en quelque sorte pétri le souverain de ses propres mains.

Les choses en étaient là au moment de la prise de Saigon. Ce court exposé permet d'apercevoir l'intérêt qui devait nous contraindre à intervenir, et aussi de pressentir les difficultés qui nous ont arrêtés quelque temps. Le moment était décisif. Les Anglais, qui ne sont cependant pas à l'étroit dans les Indes, ont vu leurs desseins contrariés par notre présence dans l'empire d'Annam. La peur qu'ils inspiraient à la cour de Siam a longtemps empêché celle-ci d'accorder aux nations européennes le droit d'avoir un consul à Bangkok. Aujourd'hui ils ont gagné du terrain , et jouissent dans les conseils du gouvernement siamois d'une influence considérable. Ils (Missent tenu pour un véritable succès

politique d'amener le roi Phra-maha-mongkut, fort disposé à suivre oc conseil, à s'annexer purement et simplement le Cambodge. On sait trop bien ce que cache d'ordinaire la tendresse portée par l'Angleterre à ses clients pour ne pas douter un peu du désintéressement qu'elle affecte en témoignant à Siam tant de sollicitude. Ses éclatants succès dans le passé autorisent tous ses fèves d'avenir ; elle s'irrite de rencontrer sur son chemin des rivaux qu'elle croyait avoir pour jamais expulsés de l'Asie. De Moulmeln, elle guette déjà Bangkok, et, ne pouvant prendre elle-même le Cambodge, elle s'efforçait d'enrichir un ami dont elle se croyait assurée d'hériter. lui attendant, on se ménageait la facilité de nous entourer d'ennemis dans notre nouvel établissement. Il y avait plus encore : le royaume du Cambodge commande la vallée inférieure du Mékong; une batterie placée sur la pointe de la douane fermerait au commerce le passage des quatre bras de ce fleuve, et nous ne pouvions admettre que la prospérité de notre colonie de Saigon, appelée à réunir un jour dans son port tous les produits de l'intérieur, dépendît absolument d'une nation étrangère qui, conseillée comme elle l'était, devait nous ôtre le plus souvent hostile. Ces considérations étaient décisives, et l'indépendance du Cambodge dut apparaître bientôt comme une condition essentielle au développement et presque à l'existence de la Cochinchine française. Dans l'état de faiblesse où se trouvait réduit le royaume, l'indépendance était impossible sans un protectorat. Les droits de suzeraineté de la France, substituée à Tu-Duc, étant dès le principe au moins égaux à ceux de Siam, nous pouvions les déclarer les uns elles

autres éteints par compensation. Un traité nous créerait des droits nouveaux et exclusifs, Siam serait définitivement écarté. C'est vers ce but que durent se diriger tous les efforts des officiers français , devenus diplomates.

Un chef cambodgien, Senong-sôo, l'oncle du roi Norodom, avait cherché un refuge sur notre territoire pour échapper aux Siamois, et le premier ministre de Siam adressa immédiatement à l'amiral Bonard une demande d'extradition qui ne fut point accueillie. Cet acte dut faire réfléchir la cour de Bangkok sur nos intentions à l'égard du Cambodge; il ouvrit en quelque sorte les hostilités. Pour amener Norodoin à traiter avec nous, il importait de marquer une différence entre la manière dont nous entendions user du protectorat qu'il nous accorderait et la façon oppressive dont le roi de Siam exerçait son humiliante suzeraineté. Il ne pouvait être question pour nous ni d'hommages ni de redevances; nous n'avions qu'un résultat à atteindre, l'autonomie du Cambodge. C'est selon cet esprit que furent dirigées toutes les négociations. Le roi d'ailleurs en désirait depuis longtemps l'ouverture; il avait l'instinct que Siam se relâcherait de ses exigences le jour où il lui faudrait compter avec nous. Pour les mômes raisons, cette dernière puissance redoutait l'intervention française, et le général siamois Phnéa-rat, logé aux portes du palais royal, redoubla de vigilance. Il mit à remplir ses fonctions de surveillant et de tuteur une conscience farouche; jamais la plus scrupuleuse des' duègnes ne s'ingénia davantage pour sauver son précieux dépôt. Le roi ne disait pas un mot qui ne fût entendu, ne faisait pas un geste qui ne fût surveille, et les lettres mêmes

qu'il eut à écrire au commandant français de l'un des cercles frontières commençaient par ces mots : « le roi et le général siamois. » Il fallait éviter dans le début de nos relations avec la cour de Houdon toute manifestation éclatante, agir avec prudence pour arriver à soustraire le roi sans secousse à une sujétion aussi incompatible avec sa dignité qu'avec nos propres intérêts. Sous des prétextes divers, nos bâtiments sillonnèrent le Mékong. Les officiers évitaient de séjourner longtemps au même lieu pour ne pas soulever de défiances prématurées; ils entrèrent peu à peu en relations directes avec le roi. Leurs instructions leur défendaient de reconnaître en aucune façon la tutelle du Siamois et de souffrir un intermédiaire quelconque entre eux et sa majesté cambodgienne. L'aviso à vapeur le Gyadinh fut le premier navire français désigné par l'amiral de La Grandière pour stationner dans les eaux du Cambodge. Le roi accueillit avec empressement son commandant M. de Lagrée, et lui accorda sur-le-champ, pour y établir un dépôt de charbon, l'emplacement que nous occupons encore vis-à-vis Pnom-Penh. Norodom poussa même la courtoisie jusqu'à venir sans retard à bord du Gyadinh; il fut accompagné, il est vrai, par le Siamois. 11 manifesta le désir de rendre visite au nouveau gouverneur de la Gochinchine; mais ce n'était là qu'un caprice d'enfant curieux auquel il renonça bientôt lorsque son tuteur lui eut fait comprendre la portée politique d'un pareil voyage.

A mesure que le représentant de la cour de Bangkok sentait augmenter ses craintes et qu'il entrevoyait mieux l'émancipation prochaine de son pupille, il devenait plus

exigeant. Bien qu'il fût écarté de toutes les audiences accordées aux Français, il s'arrangeait pour ne pas perdre un mot de ce qui s'y disait. Il affectait de ne se montrer en public que dans un appareil somptueux dont le luxe éclipsait celui du roi lui-même. 11 prenait partout des airs de maître, et ses soldats, copiant les allures de leur chef, soumettaient le marché à un pillage quotidien. Celte manière d'agir, très-blessante pour un peuple, si déchu qu'on le suppose, faillit amener une révolution au profit de Phra-kéo-féa *, jeune frère du roi, à qui sa haine des Siamois faisait une sorte de popularité. Notre présence seule empêcha la révolte; le général siamois le senti l, et, ne voulant pas assister plus longtemps au spectacle, si pénible pour lui, des progrès de notre influence, il saisit cette occasion pour annoncer qu'obligé d'aller chercher des ordres nouveaux il laisserait son frère pour tenir sa place auprès du roi 11 jugeait d'ailleurs utile d'emmener à Bangkok l'auteur d'une insurrection qui aurait pu compromettre le repos d'un Etat tributaire de Siam, et il espérait qu'une année passée dans un couvent et sous l'habit des bonzes inspirerait au jeune prince de meilleurs sentiments. C'est ainsi qu'il masqua sa retraite. Quant à nous, nous venions de rendre un service, d'exercer en quelque sorte à l'avance notre protectorat. Le moment était donc favorable pour le faire reconnaître régulièrement, sauf à n'en tirer que plus tard toutes les conséquences.

L'amiral de La Grandière, mettant ces circonstances

li II a été depuis interné à Saigon, cl la révolte de 18C6, suô" citée par Pou-ciuaniho, s'est autorisée do son nom.

à profit, arriva sur-le-champ à Houdou. Le roi, un peu surpris peut-être, et ne comprenant qui avec peine le sens du mot protectorat , encore plus difficile à définir en cambodgien qu'en français, consentit facilement à revêtir de son sceau un traité en dix-neuf articles, dans lequel le protectorat de la France sur le Cambodge, solennellement proclamé, était entouré de toutes les garanties que nous désirions obtenir. 11 fut entendu que jusqu'à la ratification de l'empereur des Français la convention n'avait qu'une valeur éventuelle. Nous venions d'amener le roi à faire acte de volonté souveraine et à prendre avec nous un engagement formel, nous pouvions croire a un premier succès. A peine cette nouvelle fut-elle parvenue à Siam qu'elle y souleva des colères dont le retentissement effraya notre nouveau protégé au point de lui faire oublier sa parole et de nous créer de véritables embarras.

Le kalahom 1 déclara nettement au commandant du Forhin, envoyé à Bangkok à l'occasion de la mort du consul de France, que le roi du Cambodge n'était qu'un vice-roi vassal de Siam, qu'il n'avait pas le droit de traiter avec nous, et que ses intérêts ne pouvaient se régler qu'à Bangkok ; puis, se radoucissant, il fit trèsclairement entendre que son maître serait disposé à partager avec nous ce qui restait de l'ancien royaume cambodgien. Nous nous trouvions en face d'affirmations précises, la réponse dut être catégorique. Il fut en effet officiellement signifié au kalahom que cette prétendue Vassalité du roi du Cambodge n'avait jamais été recon-

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