Î)ANS L*ANNÉE
prodiguée par Joacbim : nous l'avons vu s'opposer seul au passage- de cinq cavaliers , el ne îear permettre de eoniînner leur marche quV près leur avoir arraché le ruban y aux acclamations de la populace qui le suit ; cependant ^ nous apprenons qu'à quelques centaines de pas de notre demeure, un officier de la garde nationale y irrité de son audace , lui a balafré le visage \coupsde sabre; le peuple entoure son protégé ) et le 'porte tout sanglant au palais du commandant anglois, qui répond qu'il a reçu une juste punition , et le laisse entre les bras de ^s amis.
De pareils désordres peuvent s'accroître et devenir dangereux; quelques détachemens de troupes rentrées dans Naples parcourent les rues à pied et à cheval ; Icf garde nationale les seconde ; partout on déclare )a guerre aux Lazaronis , on lès poursuit , et des grêles de coups de plat de sabre et de bâton , les font rentrer dans leurs demeures. Pourra-t-on les contenir long- temps? Oh attend avec impatience les troupes autrichiennes, elles ne dévoient faire leur entrée qu'après-demain ; ou envoie des courriers pour hâter leur marche.
•l88 VOYAQE EN ITALIE
22 mai.
Nous n^avoDs pas d'idée, dans nos contrées au-delà des Alpes, des transports auxquels peuvent se porter les peqpl^BS du raidi ; nous avons vu aujourd'hui le Napolitain ivre, de joie, faire e'clater ses sentimens avec uqe violence qui n'a point de bornes. Ce matin,. de bonne lieure , quelques c<5)*ps de cavalerie allemande sont arrive's : on a reçu les proclamations de Ferdinand et de Léopold son second fils, toutes les deux diclëes par un sentiment paternel. On a appris que l'armée arriveroit à Naplesifllans ïa journée, et que Le'opold ieroit son entrée " avec elle : la rue de Tolède s'est remplie , les toits , les balcons étoient couverxs de femmes^ d'ecclésiastiques ; les fenêtres étoient ornée? de tapis de couleurs vives qui floHoient dans l'air j c'éloit chez le peuple que la joie e'clatoit avec le plus de violence; il a conservé pour la personne de son roi une affection que l'absence et le temps n'ont point détruite ; la populace des environs s'est jointe à celle de la ville pour accompagner l'armée et pour honorer son entrée j nous avons JDÎentdt vu une foule immense qui descendoit du haut de la rue de Tolède , et ensuite , briller les armes et les étendarSs. Les
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Lazaronis, à peine vêtus , se prëcipitoient audevant des corps de troupes 9 cmnt^ sautant; ils précedoient a la course les voitures des officiers , portant des brandies d'arbres ornées d^ « rubans rouges ; des foules de femmes et d'enfans augnientoient le désordi*e; àeis jeunes filles dansoient'la tarentele et jouoient des castagnettes. Un sentiment si vif pouruq prince éloigne' depuis long-* temps, a quelque chose de touchant. Dans celte foule , cependant , combien 'd%ommes se iaissoient aller a ces transports , sans en savoir ^e motif, ou chez lesquels Fespoir du trouble et du pillage augmenloit la joie Je revoir leur souverain !
Enfin ces vainqueurs, attendus avec 'tant dHmpatience , annoncés avec tant d'^n^hou-r siasme , ont paru. Les pauvres Laz^vont», voulant fêter l'entrée de ceux qui leur ramenoient leur roi, suivoient les corps en portant de grands sceaux d'eau , s'introduisant dans les rangs , pour remplir la gourde des soldats, attentifs à deviner leurs désirs , irop heureux de la préférence qu'ils vouloienibied )eur accorder» L'ivresse de la nation NapoK^ai^^e' >coiitrastoit avec la démarche calme des'$oldet5'àufiéiohiens, qui , accablési de fatigue et der'châleur ^couverts de poussière ^ ne répon(|oiçiit|)iièmt<à renihou-
lûb VOYAGE BN ITALIE
sîasme qu'ils faîsoient naître, et paroissoîent nù tirer aucune vanité' des accIamatîonsNqui s'élevoient sur leur psissage. Les corps de cavalerie çt d'infaolerie ont défilé pendant deux heures; au centre a paru le pripce Léopold , accaoïpagnë du général JBianchi et de lord Burghess,. ambassadeur de Londres en Toscane: à sa \oé les . cris ont redoublé ; Içs femmes agitolent leurs mouchoirs et accabloient le prince de feuilles de roses et de couronnes.
Après le passage de l'année , lagiiation des habitans , les nombreuses patrouilles , les corps de cavalerie et d'infanterie allemande, qui revenoient sur leurs pas pour se rendre dans leura quartiers^^ qui se croisoient et se barrolent le passage , ont long-temps entretenu le tumulte»
Ce soir y par une belle lune , nous sonimes allés sur le port , nous avons pris un bateau , et nous nous sommes glisses au milieu de la flotte; de petits bâtimens sillonnoient les eaux et ^isparoissoient à côté de l'énorme masse des vaisseaux anglois : nous avons passé devant le Tremendou^; la mallieureuse Caroline y est en* eore ^ &oa dépàrt^est retardé; de sa prison eli#* a entendu les cdups de canon qui ont célébré l'entrée du maître qui vient se replacer sur le trône qu'elle a occupe ; eUe a entendu les eris,
les transports de cç peuple qui l'^vo'it souvent applaudie eUerip[)é|i)e; le soir , eUe a vu Naples illuminée, et les feux répétés dans toutes les viUes de la cotç ; elle a vu livrée à la joie cette ville où elle n'est plus rien : le jour de son départ est un jour de fête. A combien d'illusions il faut renoncer en descendant du trône ! Le diadème est un bandeau qui en tombant de'voile bien d'amères vérités.
Il est plus de minuit , je pose souvent la plume en vpus écrivant ceciy.mescbérs amis^ pour aller sur le bakon qiiitdomîiie la.rue de Tolède : les ci>is cessent peutâi^peu , les flambeaux s'éteignent y les iboutiqnes et les cafés se ferment, le peuple se retire, oi> n'entend plus le bruit des voitures et les pas des chevaux ; les Litzaronis^ plongésdans le. sémmeil , oublient leurs transports , les vainqueurs et les méoontens reprisent; la ^ardei nationale veille ^ et ses détacbemelis parcoureol eni silence les rues. Dans peu j ces lieux ^ il y. a* 'quelques heures le théâti^ d'nne si gi*ande agitetioïi , seront déserts: ce jour mémorable a vu tombe)* du fatte une funille ique le hasard avoit sortie de l'obscurité i^ mais qui , pendant plù^enrs années, av.oit ' obtenu une place. parpoi les sou*^
verains de l'Ënsope}^ il ne kà reste plus' que le
touvenir de sa passagère gi^aridetir. Demain le Napolii^io y en^ se r^veilfeint, se Irowvera soumis à un gouvernement >di9ét*ekjt de celdi de la veille : dans peu de jouTs il' oubKera qu'il en avoit' change; « • ■ ;
20 mai.
Gë matin on nous^ néyeille bromique ment , on nous dit qu'une flotte considérable parûît à l'horizon ^qu'elle vient de Sicile ^ et porte Ferdinand à Nâples ; ïious .deseendons à Sainte-Lucie , nous montoas' en bateau jî ce n'étoit pas le roi, mais un ,eofiToi de troupes anglo- siciliennes. Quel spectadef^gtiaraïite vaisseaux se dessinent .dans 'le loini^ain, ifs; s'approchent et / déploient toutes leurs voiles en <:ouranl difie^
rentes bordmsfDOos no«is trdqvons bietitot au milieu <}e ia flotte ; l'ombre des voiles passe £ur nos tétesiiconime. un nuage; qui glisse et dispanoii^}' des bateaux iremplis de' pêcheurs et <le'Ieurs'f6mmés. ^e jouent^nireles vaisseaux, • <lout ha nabrche' est lente et régulièi^e. Les Na^ politoîfis demandent leurroi^'on leur répond qu'ils Tauroot daiis'i^eu; âls poussent de grands cris de' joiei^Ma- flotte'qntrê daps le port, elle est saluée paroles vaisseaux à l'iincre.
.' Les Aut; icbîeus établisse At^Que police sevére^
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h Naples ; on ne ces$e d'exhorter le peuple à la tranquiililé : on veut re'orgaoiser l'armée et eûgager les déserteurs à rapporter leurs armes. Le comte de Neip{)erg est nomme commandant de la ville ; des corps de troupes autrichiennes se dirigent vers la partie méridionale du royaume ; les proclamations de la famille de Bourbon sont affichées ; les princes ont pris l'engagement d'oubliet* le passe , de respecter la. dette ^ de maintenir les officiers dans leurs grades et dans leurs honneurs : des intentions si sages et si ]iacifiques leur promettent nn règne paisible.
mai.
La ville de Naples, à mon arrive'e, m'avoii paru trcs-peuplee ; son mouvement n'etoit rien en comparaison de ce qu'il est aujourd'hui ; les gi*andes rues €t les places sont teliemeut obstrue'es de militaires , de voitiues, de fourgons^ de curieux, qu'on a peine à s'y faire jour : on passe souvent en revue les troupes devant le palais ; tous les soirs à l'heure de la retraite^ deux ou trois corps de la musique de l'armée montent la rue de Tolède , et la redescendent à peu de distance les.uns des autres. Le prjace Léopold est» allé eri grand çorte'gç jdans 1^ ca,-
thëdrale, remercier Pieu de son retour dans le roj^aume de ses pères : nous l'avons vu au spectacle, dans la loge qu'a occupée si long-temps la famille de Murât. — On voit ici des officiers et des soldats de toutes les nations, Autrichiens , Toscans , Siciliens , Napolitains ; des troupes de terre et des marins anglois : les Napolitains forme's par Murât , ont la tournure et Funiforme François. Les Siciliens ressemblent aux Anglois, avec lesquels ils ont servi long-temps.
mai.
Nous a^ons loue' un petit bâtiment portant pavillon anglois^ qui nous conduira à Livourné; nous mettrons à la voile dès que le vent sera favorable. Nous avons eu beaucoup de peine à obtenir des passeports ; ils ne nous ont ëte' accordes qu'en qualité de Suisses , et grâce aux peines de notre consul : cet homme respectable , tout dévoue aux intérêts de son pays, a obtenu la mise en liberté' de plusieurs officiers ses compatriotes qui avoient servi dans l'armée de Murât. Caroline est partie : on dit que l'amiral anglois , surpris de l'énorme quaniitt? d'effets précieux qu'elle avoit entasse's sur le Capri, s'opposoit à sop départ. L'ex-reine a fait demander une entrevue au comte deNeipperg,
DANS li^ANNÊE l6l5. îg5
qnMle avoit connu à sa coût* en qualité de miuîstre d'Autriche : ce n'est plus comme souveraine, c'est comijiie suppliante qu'elle a traité avec lui ; elle s'est mise sous la protection de l'Autriche, a renonce' à la convention conclue avec les Anglois , a fait venir ses enfans dd Gaëie , et est partie pour Triesie.
Nous avons attendu longtemps che2 le comte de Neîppcrg-, épiant le moment où nous poui^ rions lui demander nos passeports : durant notre longue station dans son anti- chambre , nous avons vts paroître un Napolitain ^ssoufflë^ et fort animé ; il entrainoit dvec lui un jeune homUfie d'environ vingt ans : voilà, a-t^il dit en entrant^ mon fils , que l'officier charge de la réorganisation de l'armée, ti'a pas voulu admettre datts ie corps qu'il forme ; rpon fils, qui a refusé de suivre Murât , et qtii ne vent servir que S* M. Ferdinand ly ! et il répétoît avec com»j)laisance , S. M. Ferdinand IV ! Je Viens m'a* dresser à S. Excellence, pour qu'elle liiî accorde un brevet j puis il présentoit à l'admiration de l'assemblée ce fils si fidèle k son légitime souverain : le jeune homme restoit dans le silence; tFn aidè-déi-camp a paru , le père lui a adressé «a demande; raidé-de-canifi^, jetant snrl'iâspirant un regard f>eti favorable' 5 a dît à haute